vendredi 18 juillet 2008

Combattre le fléau pédophile('DH'mardi 27 août 1996 pg4)


Combattre le fléau pédophile


Claude Lelièvre dérange :Plaintes et menaces

« La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 4

BRUXELLES - Depuis des mois, Claude Leliève, délégué général aux droits de l'enfant en Communauté française, mobilise les forces pour obtenir enfin une réflexion et des actes efficaces pour lutter contre la pédophilie. Les derniers événements dramatiques ont démontré de manière terrible l'urgence de sa démarche.
« Depuis quelques jours. Nous sommes assaillis de témoignages. On nous dénonce des pédophiles à la pelle en nous demandant d'agir », explique Claude Lelièvre, depuis son bureau des tours WTC, au nord de Bruxelles. A l'écoute de tous, enfants et adultes, le délégué est lui aussi amené, on l'ignore souvent, à dénoncer aux autorités judiciaires des faits de pédophilie ou de maltraitance d'enfants.
Et cela ne se passe pas toujours sans mal. L'action salutaire de Lelièvre dérange. Plaintes et menaces ne sont pas rares...
Dernière affaire en date, un homme, suspecté de se rendre en Thaïlande pour y recourir à la prostitution enfantine, a déposé plainte au parquet de Bruxelles, avec constitution de partie civile, contre Claude Lelièvre. Ce dernier avait informé les autorités judiciaires des soupçons qui pesaient contre cet homme. Il a été interpellé en Thaïlande, avant que son dossier ne soit traité en Belgique, comme la loi l'y autorise désormais. L'enquête aurait abouti à un non-lieu. Le suspect en question a alors décidé de contre-attaquer.
Sur demande du juge d'instruction Goblet, la BSR de Bruxelles a interrogé Claude Lelièvre en juin dernier, apparemment pour connaître ses sources.

Pneus crevés
Sans se prononcer sur l'affaire, Claude Lelièvre explique: « Imaginez un instant qu'un témoin qui m'a fait confiance en venant me voir découvre que je n'ai rien fait et que la personne dont il me parlait est finalement arrêtée plus tard pour des faits de pédophilie...
Il est de mon devoir d'informer les autorités judiciaires quand l'information que je reçois apparaît comme sérieuse.
Et ceci se fait dans le secret. On peut me faire interroger par des policiers, des gendarmes ou des juges d'instruction, je ne dirai rien. Je ne révélerai jamais l'identité des personnes qui me font confiance. C'est une garantie que je leur donne et je m'y tiens.
Je ne me fais pas que des amis, commente Claude Lelièvre. Après une conférence sur la pédophile, à Charleroi comme par hasard, j'ai retrouvé trois pneus de ma voiture crevés.

Le délégué n'est pas le seul personnage visé. La porte du domicile de Marie-France Botte a été dernièrement maculée de couleur.
Des plaintes et des menaces pas toujours simples à vivre, mais qui, à contrario, démontrent que l'on frappe aux bons endroits...

B. F.
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Actrice porno pour Dutroux

« La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 4

BRATISLAVA - On se doutait de la réalité des voyages de Marc Dutroux vers les pays de l'Est. Mais qu'y faisait-il? La police slovaque vient d'apporter une première réponse : Dutroux recrutait de jeunes actrices pour des films pornographiques, qu'il ramenait en Belgique. Certaines ont été droguées.
La police slovaque a en effet recueilli ces derniers jours des témoignages d'une dizaine de jeunes femmes slovaques qui avaient eu des contacts avec le pédophile belge Marc Dutroux, mais sans trouver de traces d'An et d'Eefje, les deux jeunes filles enlevées en Belgique en août 1995, a indiqué lundi le directeur du bureau slovaque d'Interpol, M. Rudolf Gajdos.
De même en Tchéquie, l'enquête en cours n'a-t-elle toujours pas permis de découvrir des indices sur une éventuelle présence dans le pays des adolescentes.

Agées de 18 ans
Les enquêteurs slovaques ont réussi à interroger une dizaine de jeunes femmes âgées d'environ
18 ans, dont plusieurs avaient voyagé en Belgique à l'invitation de Marc Dutroux ou l'avaient rencontré lors de ses déplacements en Slovaquie, a indiqué M. Gajdos.

Certaines des jeunes femmes invitées par Dutroux en Belgique y auraient été, engagées comme
« Actrices dans des films porno », selon M. Gajdos, mais « elles s'y étaient déplacées volontairement et sont toutes rentrées dans leur pays d'origine", a-t-il précisé.
Certaines d'entre elles ont cependant affirmé avoir été « sous l'influence de stupéfiants " et qu'elles " ne se souvenaient pas de détails " de leur séjour en Belgique.

L'une des filles interrogées a déclaré avoir «sommeillé pendant trois jours » en Belgique, mais aucune d'entre elles n'a voulu porter plainte contre Marc Dutroux, a précisé M. Gajdos.
Selon le directeur du bureau d'Interpol à Bratislava, l'enquête en cours a également confirmé des déplacements de Dutroux en Slovaquie, en Autriche, en Hongrie et en République tchèque. Il n'y a cependant jamais eu aucune plainte pour disparition d'enfants déposée en Slovaquie même.

Officier belge à Prague
Par ailleurs, un officier de contact de la police belge est arrivé lundi à Prague pour contribuer à la coordination » de l'enquête menée en République tchèque sur l'affaire Dutroux, a indiqué le directeur du bureau pragois d'Interpol, M. Frantisek Zelenicky.
Jusqu'à présent, « il n'y a pas eu de nouveaux indices » sur l'éventuelle « piste tchèque », ni de traces d'An Marchal ou d'Eefje Lambrecks en République tchèque, selon M. Zelenicky.
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Dutroux dans les Pyrénées ,Elisabeth : Qu’attend t’on ?

« La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 4

NAMUR - Deux Dinantais affirment avoir vu Elisabeth Brichet et Marc Dutroux dans les Pyrénées françaises. La PJ de Namur tente de vérifier. Le 5 septembre 1995, Michèle et son mari, des habitants de la région dinantaise, en vacances en voiture, s'étaient égarés en chemin, alors qu'ils venaient de quitter lourdes pour se diriger vers l'Espagne. Elle explique: « En cherchant notre route, nous avons pris un petit chemin à travers un bois. Et là, soudain, j'ai vu arriver un couple à pied. J'ai immédiatement reconnu la jeune femme. C'était Elisabeth Brichet. Elle était pâle et avait l'air malade.
Son regard n'a pas quitté la plaque belge de notre voiture. » Les voyageurs sont restés, disent-ils, hantés par cette rencontre. De retour en Belgique, ils avaient alerté la gendarmerie.
Mais faute de localisation précise, les recherches se révélaient impossibles.

Le couple était donc retourné dans cette région un mois plus tard pour tenter de donner un nom à la localité qui se trouvait à la sortie du bois. En vain. Ce n'est que cette année, en juin, et avec l'aide de la gendarmerie locale, qu'ils avaient retrouvé l'endroit, près de Bagnères-de-Bigorre. On leur précisait que les habitants du quartier étaient tous honorablement connus.
«A la sortie du sentier, il y a une maison et un café à l'enseigne des Trois S. Nous sommes entrés dans ce café pour essayer d'en savoir plus. Nous y sommes restés trois heures. Nous avions pris une photo d'Élisabeth pour la montrer, mais nous l'avons cachée très vite, car on s'est rendu compte qu'elle dérangeait. Alors qu'on nous avait dit que c'était un établissement normal, nous avons clairement entendu un client demander une chambre au serveur qui est monté en prenant une clé. Albert un client belge qui parlait avec nous, avait noté : Il faut être jeune pour aller en chambre. » Pour Michèle, il ne fait aucun doute que dans ce bar on prostitue une ou des filles qui sont enfermées dans les chambres.

Furieux
En sortant de l'établissement, les Dinantais ont aperçu un homme qui les attendait devant la maison
Il regardait la plaque de notre voiture. Il semblait furieux comme un lion. Il m'a fait peur. » Aujourd'hui, après avoir vu sa photo dans les journaux, Michèle affirme que cet homme n'était autre que Marc Dutroux. La PJ de Namur a été alertée, mais Michèle dénonce la lenteur mise à effectuer les vérifications parce que, semble-t-il, la gendarmerie veut se saisir du dossier. La bonne foi de ces témoins qui sont retournés sur place à deux reprises et à leurs frais ne peut pas être mise en doute.
« Qu'est-ce qu'on attend ? De la retrouver aussi emmurée? » demande Michèle.

S. Dorval
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Gérer la pédophilie à la rentrée scolaire ;Les réponses des instituteurs

« La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 4

BRUXELLES - « Ne mentons pas aux enfants. Soyons avec eux, les plus honnêtes possible ».
Psychothérapeuthe au sein de l'équipe SOS-enfants de l'ULB, Yves-Hiram Haesevoets ne rencontre plus un gosse, ces jours-ci, qui ne soit au courant des tristes développements de l'affaire Julie et Mélissa.
Et parce que ces gosses-là -même à 5 ans seulement cauchemardent, s'inquiètent et se posent des tas de questions, le spécialiste, qui, à d'autres moments dans l'année, suit d'autres enfants, victimes d'abus sexuels, se dit qu'il faut faire quelque chose. Qu'il faut rassurer.

A d'autres niveaux, on s'organise dans le même sens : la rentrée scolaire est proche, et, au vu des dimensions importantes et graves que prend le dossier Dutroux, nul doute que les enseignants seront confrontés, eux aussi, aux interrogations de leurs élèves.

Ce mardi, à l'initiative de l'Office National de l'Enfance (ONE), de sa présidente Marie-José Laloy, de son Comité d'accompagnement à l'enfance maltraitée, une réunion se tiendra tout l'après-midi, en concertation avec le délégué général aux droits de l'enfant, Claude Lelièvre et le cabinet Onkelinx.
On devrait notamment y réfléchir à l'utilité d'un nouvel outil pédagogique pour les enseignants, qui sont nombreux - et souvent désemparés - à se manifester par téléphone auprès des différentes institutions. « ils se demandent comment aborder de la manière la plus juste, la plus équilibrée, le drame pour lequel de nombreux enfants n'ignorent plus rien ».

Retrouver confiance
« Ce qui a déterminé notre action, au départ, souligne Mme Laloy, ce sont précisément les coups de fil d'enfants auprès de nos équipes SOS-enfants. Par jour, cela représente des centaines d'appels.
Ceux-ci concernent aussi nombre de parents perturbés et d'enseignants qui se demandent comment aborder la prochaine rentrée.

C'est notre rôle, en tant qu'organe de protection de l'enfance, de faire quelque chose. Nous voulons restaurer un peu la confiance dans la population, et que cela se fasse dans un climat serein ».

« Il faut absolument que la Communauté française développe des projets de prévention », surenchérit Claude Lelièvre. Il ne faut pas en arriver à surprotéger nos enfants et les empêcher de sortir.
Nous devons les guider vers l'autonomie avec un maximum de sécurité. Leur donner des réflexes de sécurité personnelle. On peut utilement recommencer la campagne article 34, avec la diffusion des brochures

Un enfant n'est pas un partenaire sexuel.... Des propositions dont on attend rapidement du concret : la rentrée c'est la semaine prochaine.

N.F.

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Le papa d’Élisabeth :Lettre ouverte

« La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 4

NAMUR - Francis Brichet, le papa d'Elisabeth, dit son désespoir dans une lettre intitulée « Une incommunication de 7 années avec la justice ».
M. Brichet écrit notamment « On ne m'a pas vu aux obsèques nationales de Julie et Mélissa. On me m'y a pas entendu prendre la parole : 7 années bientôt que le cauchemar dure m'ont rendu trop vulnérable pour cela, une éternité pour ronger un coeur de père nourricier.
Et pourtant en 7 ans j'en ai renversé des montagnes d'indifférence. Les affiches diffusées par milliers, y compris à l'étranger, c'était moi.
Pour moi aussi les recherches inutiles mais épuisantes, la réception de centaines de propositions d'aide ou de propos pervers et l'histoire mille fois racontée avec pour rançon quotidienne l'angoisse, la rancoeur et aussi la révolte.
Un parcours des ténèbres qui, hélas, deviennent le lot de parents de plus en plus nombreux. Mais 7 ans c'est beaucoup trop long.
On a le temps de ressasser s débuts d'une enquête qui n'a pas démarré quand il aurait fallu, tout de suite.
Le temps pour les témoignages de tant de gens crédibles qui n'ont pas été crus, de tomber dans l'oubli.
Ainsi, le témoignage de cette institutrice qui avait vu une fillette se débattre à l'arrière d'une voiture aux heures de la disparition.
Des voisins peu interrogés car jugés difficiles ou à ménager. Des négligences jugées insignifiantes, mais sans doute essentielles. Et toujours cette guerre entre gendarmerie et PJ qui ne permet ni le regroupement ni le recoupement des informations.

Et pourtant tant de bonnes volontés individuelles d'enquêteurs attachés au dossier, ainsi a la PJ.
Au-dessus de ces gens qui font leur métier avec conviction, le mutisme d'un juge qui promet d'informer mais ne le ait pas, reste parfaitement indifférent et toujours évasif.

Au bout de 7 ans, je ne veux pas que cessent les recherches, car ce serait abandonner tout espoir. Elisabeth est peut être encore en vie, comme le croient ces personnes de Dinant, dignes de considération.
Pour tous les parents d'enfants disparus, la plaie reste toujours béante. La justice ne peut continuer à rester muette à leur égard.

Elle existe pour protéger la société, poursuivre les coupables, non pour alourdir, par son mutisme, le fardeau des victimes. La déshumanisation de l'appareil judiciaire est devenue légendaire jusqu'à devenir caricatural.

D'une justice pour des robots, la société n'a que faire. D'une justice de fonctionnaires, les enfants meurent aujourd'hui ».

Sabine Dorval

Pas de bâton dans les roues('DH'mardi 27 août 1996 pg3)


Pas de pression sur Bourlet, insiste le ministre de la justice

Pas de bâton dans les roues

«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 3

Bruxelles - Stefaan De Clerck a réuni la presse, hier après midi pour faire le point sur l'affaire Dutroux. L'occasion, pour le ministre de la Justice, de faire le point sur plusieurs éléments versés au dossier.

-Sur les rumeurs concernant d'éventuels bâtons jetés dans les roues des enquêteurs. « L'enquête continue, avec tous les moyens souhaités, sans aucun obstacle, sans aucune intervention. Je tiens à réagir contre les rumeurs faisant état de possibles interventions.

Personnellement, je n'ai connaissance d'aucun élément qui pourrait nuire au travail, remarquable, de Neufchâteau. Il convient donc de rejeter toutes les spéculations à ce propos. »
Et d'insister: « l'ensemble du gouvernement souhaite que cette enquête se poursuive. Il faut terminer tout ce qui a été commencé et ce dans les plus brefs délais. »

-Réagissant aux propos, tenus sur la RTBF, par Michel Bourlet : « Ses propos ont été mal interprétés. Il ne m'appartient pas de donner ma propre version de ses déclarations, mais je peux vous confirmer - et il en est, lui aussi, convaincu - qu'il ne fait l'objet d'aucune pression.
Qu'il ait sa propre idée sur d'autres affaires, c'est son problème.

Mesures provisoires
-Sur sa rencontre, dans la matinée, avec Jean-Luc Dehaene. « J'ai eu un long entretien avec le Premier ministre, au cours duquel j'ai fait le point sur les recherches menées durant son voyage à l'étranger.

Nous nous sommes par ailleurs mis d'accord pour présenter au conseil des ministres du 30 août un premier paquet de mesures qui, grâce à l'existence de la note d'orientation, n'ont pas dû être prises dans l'improvisation. »
Refusant d'en dévoiler le contenu, Stefaan De Clerck se contente de préciser « qu'il s'agira de solutions provisoires, en attendant que ne soit terminé le projet global de réforme du système pénal.

- Sur la mission confiée à Jacques Velu. « Le procureur général auprès de la Cour de Cassation doit faire l'analyse de l'enquête dans sa globalité. A lui de déterminer si des manquements ont été commis aux parquets de Mons ou de Charleroi. Tous les documents nécessaires lui ont été transmis, il peut donc commencer à travailler. Aucun délai ne lui a été imparti.

- Sur la tâche dévolue à Anne Thily. « Je lui avais déjà demandé d'élaborer un rapport relatif au travail exécuté à Liège. Je l'ai en plus priée d'analyser, dans un plus bref délai, la nature des renseignements transmis par les gendarmes au juge d'instruction liégeois. Ses conclusions seront comparées a celles rendues par la gendarmerie.

- Sur la requête de la commission de la Justice, qui réclame les dossiers du cabinet Wathelet.
«J'ai écrit à mon prédécesseur pour lui demander de transmettre toutes les informations requises.

- Sur la nomination de Zicot au grade d'inspecteur principal à la PJ de Charleroi. « Il s'agit d'une promotion automatique. Cet agent répondait aux conditions, il a donc été nommé en vertu d'une application correcte de la législation.

- Sur les accusations de Marie France Botte. « Je la rencontrerai le 3 septembre. J'espère qu'elle me transmettra alors une note ou des renseignements précis.

Suites de Kinkempois
Le ministre de la Justice recevra par ailleurs dans les prochains jours une lettre signée de l'avocat d'une des petites victimes du curé de Kinkempois et de ses complices.
Celui-ci, relayant les sentiments de sa jeune cliente, s'inquiète des bruits faisant état d'une prochaine libération des pédophiles et demande à Stefaan De Clerck de le «rassurer».

Véronique Lamquin
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Un policier hollandais :Harry le nez débarque

«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 3

AMSTERDAM - Un nez de l'armée de terre néerlandaise spécialisé dans la recherche de cadavres va participer aux fouilles des maisons de Marc Dutroux, principal suspect dans l'enquête sur les rapts d'enfants en Belgique, a indiqué lundi le ministère néerlandais de la Défense.

Le lieutenant Harry Jongen, mondialement connu pour son sens olfactif sans pareil, est arrivé hier en Belgique à la demande du procureur du Roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, chargé de coordonner l'enquête.
Selon le ministère, il est accompagné de ses deux collègues du service d'exhumation et d'identification de l'armée de terre néerlandaise.
En 27 ans de carrière, Harry le nez, comme on le surnomme aux Pays-Bas, s'est rarement trompé, l'emportant même sur des chiens dressés.
Il a permis de faire progresser de nombreuses enquêtes criminelles dans son pays, prêtant par ailleurs son concours à des opérations d'exhumation à l'étranger. Il s'est ainsi rendu en 1993 dans l'ex-Yougoslavie pour y rechercher des victimes de guerre

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Demanet se blanchit

«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 3

MONS -Au lendemain de l'arrestation de Georges Zicot, inspecteur principal à la PJ de Charleroi, les médias évoquent les relations passées, tendues, entre ce dernier et M. Georges Demanet, procureur général près la Cour d'appel de Mons.
Et on reparle de la Porsche volée de son fils, Philippe Demanet, par ailleurs expert automobile auprès du parquet de Charleroi.
M. Georges Demanet nous a dit ce qu'il savait sur les deux sujets.

- Avant son arrestation de samedi, que saviez-vous de M. Zicot ?
- Georges Demanet : « Je savais qu'il était inspecteur principal à la PJ de Charleroi, pour le trafic de voitures. Ce samedi, vers 18h, M. Van Dooren, magistrat national, m'a informé par téléphone,
Georges Zicot était arrêté pour une affaire grave, disait-il. Puis, lors de la conférence de presse de M. Bourlet, j'ai appris la teneur des inculpations : faux, usage de faux, association de malfaiteurs... ainsi que les noms de deux autres personnes arrêtées : Thierry Dehaan et Gérard Pinon ».

- Que savez-vous du passé judiciaire de Zicot ?
- G. Demanet : « Le 8 février 1994, le directeur de la compagnie d'assurances Axa m'a fait part de la découverte, en Italie, d'une Mercedes 250D volée à Zaventem. Une demande de prime liée à l'information m'a interpellé; le nom de Zicot était cité. Aussi, j'ai envoyé une apostille au chef de la 23e brigade de la PJ, afin que l'on me tienne informé, et que tout devoir utile se réalise. L'affaire a été mise à l'instruction pour trafic de véhicules, non pas à Charleroi ou Mons, mais à Bruxelles (magistrat Lafineur), par souci d'objectivité. Zicot a été appréhendé, interrogé; puis relâché.
Tandis que le comité P poursuivait l'enquête. Attention l'arrestation de ce week-end est consécutive elle, à l'enquête de Neufchâteau... dont je ne sais rien de plus que sur l'instruction de Bruxelles ».

- Votre fils a été cité par plusieurs médias hier. Où en est l'instruction concernant sa Porsche volée en Espagne?
- G. Demanet- « Mon fils Philippe, expert automobile, est un dingue de voitures, et s'était acheté (contre mon conseil) cette Porsche 911 en leasing, pour un peu moins de 3 millions de francs, auprès de la sprl Adam, à Charleroi; le gérant était un de ses amis.
La voiture avait été précédemment volée..mais pour des motifs techniques, informatiques
(lesquels ?),ils ne le savent pas. Il a placé sur sa Porsche, une plaque spéciale (LRS 911) qui lui avait coûté 25.000F. Pour se rendre en Espagne, il avait utilisé une plaque doublon, connaissant le risque de vol de plaques dans ce pays. Il possédait la voiture depuis peu (un mois ?) quand il a entrepris ce voyage : la voiture a été volée, et n'est jamais réapparue. Il possédait toujours la plaque d'origine ! ».

- Où en est l'enquête ?
- G Demanet- « C'est un certain Thierry Dehaan qui a effectué l'enquête, qui a duré quelque 8 mois.
Pendant ce temps, mon fils a continué de payer la société de leasing.
Puis, un rapport final a estimé que rien ne permettait de soupçonner mon fils. L'assurance Royale Belge a alors indemnisé la société de leasing ».

- Mais on a parlé d'une autre voiture volée, dans un hangar?
- G. Demanet- « Voilà un an, le magistrat bruxellois a ordonné une perquisition chez Philippe (donc dans mon immeuble), puis dans un hangar appartenant à un dépanneur à Ransart. Là se trouvaient des voitures que Philippe Demanet devait expertiser, ainsi qu'une Porsche, de rallye, qui lui appartenait. Elle a été examinée ce véhicule était bien distinct de sa Porsche volée. Suite à ce dernier épisode, mon fils, dégoûté, l'a revendue... Combien? A perte en tous cas. Toujours dans le cadre de cette affaire, mon fils doit être entendu à Bruxelles le mois prochain. Pour que la clarté soit faite sur tout cela

Propos recueillis par G.M.
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Mme Thily a entendu différents investigateurs

A qui profite tant de laxisme ?


«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 3

LIÈGE - Depuis pratiquement 14 mois, les parents de Julie et Mélissa crient à l'injustice. Dès la disparition des petites, ils ont en effet dénoncé certains égarements des autorités judiciaires. Selon eux, l'enquête était effectuée de manière peu limpide. Durant pratiquement 14 mois, les parents ont été considérés par certains comme des révoltés essayant d'attirer l'attention sur eux. Et pourtant...

Le 18 août, alors qu'ils avaient appris la veille la mort de leurs enfants, les parents ont prononcé de terribles paroles : « C'est la pédophilie qui les a tuées. Mais également les balbutiements et les errances d'une enquête menée par des professionnels réduits à espérer, selon de vieux principes, que le temps fasse son oeuvre pour résoudre les énigmes et que l'élément déclenchant surgisse ».
La raison de ce laxisme: mystère...
Mais sans doute jamais les parents n'ont ils osé penser qu'il était volontaire !

Critiques des parents

Dans les critiques adressées par les parents, c'est le nom de la juge d'instruction liégeoise, Martine
Doutrewe, qui était le plus souvent cité. Il est vrai que la magistrate liégeoise a été souvent pointée du doigt, de même que son collègue de la PJ, M. Lamoque.
Certains éléments indiquent cependant que les manquements pourraient être imputables à d'autres personnes.
L'enquête a été menée de plusieurs côtés : la PJ liégeoise, la juge d'instruction censée diriger toute l'opération et la cellule Julie et Mélissa, composée de gendarmes de la brigade de Grâce-Hollogne et
de la BSR de Seraing.
La communication entre ces quatres services a-t-elle bien fonctionné ? Il semblerait que non. Mais chacun actuellement campe derrière ses positions et il n'est guère facile de localiser l'erreur.
La gendarmerie de Charleroi a adressé plusieurs rapports à la cellule : l'un en juillet 95, le deuxième un mois plus tard et le troisième fin août de la même année. Tous faisaient état des agissements de
Marc Dutroux.
A la gendarmerie liégeoise, on affirme avoir transmis les documents à Mme Doutrewe. La juge d'instruction nie cependant avoir été mise au courant de ces documents confidentiels, si ce n'est « partiellement et verbalement»... Il semblerait même que ce soit par hasard que le juge Doutrewe ait pris connaissance du dossier relatif à l'opération Othello, nom de code relatif à la surveillance de Dutroux...
Pourquoi ces divergences dans les déclarations des autorités ?
Dans quel intérêt les documents auraient-ils été volontairement cachés au magistrat instructeur?
Actuellement, le mystère plane toujours...

Différentes auditions

A la demande du ministre de la Justice, M. Stefaan De Clerck, le procureur général de liège, Mme Anne Thily, a ouvert hier une enquête sur l'enquête. Durant toute la journée, des auditions ont été réalisées dans le bureau du procureur l liégeois. Mme Doutrewe a été entendue. Il semblerait également que le premier substitut, M. Hombroise, ait fait état de la situation à Mme Thily.
Dimanche, un commandant de gendarmerie du district de liège a été pour sa part entendu à Neufchâteau. Il aurait à nouveau été interrogé hier, par le procureur général de liège cette fois.

De tous côtés, on se refuse à commenter cette enquête sur l'enquête. C'est pourquoi autant de conditionnel doit être utilisé. Dans les prochains jours, Mme Thily rendra son rapport à M. De Clerck. On espère alors être en possession d'informations plus concrètes !

Nathalie Evrard

Le radar est rentré en action('DH'mardi 27 août 1996 pg2)


Le radar est rentré en action

«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 2

Neuchateau - Lundi, le juge d'instruction Jean-Marc Connerotte a placé sous mandat d'arrêt une dixième personne dans le cadre du dossier Dutroux et plus spécialement de son volet vols de véhicules, séparé apparemment des affaires d'enlèvements. II s'agit de Pierre Rochow, 24 ans, domicilié rue du Nord à Courcelles (lire ci-contre).

Après celles d'Anthée, d'autres perquisitions ont par ailleurs été menées durant la journée, notamment par la brigade nationale de la P1 dans un appartement d'Ostende où des complices de Dutroux ont pu séjourner.

Après l'arrestation de Georges Zicot, inspecteur à la PJ de Charleroi suspecté d'avoir trafiqué des
P.-V. pour disculper Dutroux dans le vol du camion de Braine-l'AIleud, l'enquête continue à se concentrer sur les protections dont aurait bénéficié Marc Dutroux.

D'autres arrestations au sein même de l'appareil judiciaire ne sont pas exclues.
Lundi encore, les parents de Julie et Melissa, puis ceux d'An Marchal ont été reçus par le procureur
Bourlet, qui les a tenu au courant des progrès de l'enquête.
Les recherches menées en Slovaquie ont permis de retrouver la trace de Dutroux, qui y engageait des actrices pornos (lire en page 4), mais pas celle d'An et Eefje.

Marc Dutroux également être responsable de la mort d'une autre adolescente. Selon RTL•TVI, Alexandra Scalon (14 ans), retrouvée morte en septembre 1995, pourrait avoir été victime de ses agissements. La jeune fille avait disparu le 11 juin 1995 à Lodelinsart. Son corps avait été retrouvé le 18 septembre 1995. Marc Dutroux avait été interrogé à l'époque sur cette affaire par... Georges Zicot.

Aucune charge n'avait été retenue contre Dutroux à la suite de cet interrogatoire. Le père d'Alexandra habite à quelques mètres de l'une des maisons de Dutroux...

Les fouilles se poursuivent
Hier, le superintendant Bennett, complet gris et flegme de circonstance, est arrivé en début d'après-midi dans la maison maudite de Sars la Buissière accompagné de trois employés chargés du bon fonctionnement de son matériel de détection sophistiqués.

Sur place, alors que photographes et cameramen le guettaient, peu de gens l'ont aperçu avant qu'il ne s'enfonce avec son équipe dans les profondeurs de la cave de la maison de la rue de Rubignies, à quelques dizaines de mètres du terrain où les corps de Julie et Mélissa ont été retrouvés.

Le ground radar n'a pas non plus été vu avant la soirée. L'équipe devait s'atteler au cours de cette première journée de recherches au seul examen de la cave de la maison qui couvre plusieurs dizaines de mètres carrés, septante, selon le commissaire de police de lobbes qui est descendu sur les lieux en compagnie du superintendant anglais.
Le radar, qui est censé détecter la moindre anomalie dans le sous-sol à une profondeur de trois mètres, devait sonder toute la superficie de la cave.
Dans le jardin, un bulldozer continuait de travailler sans relâche. Il s'agissait aussi de reboucher certains trous pratiqués à l'occasion des fouilles afin de continuer les recherches dans de meilleures conditions.

A Jumet aussi, à la rue Daubresse, où avait habité Bernard Weinstein, le complice assassiné par Dutroux et retrouvé près des corps de Julie et Mélissa, un important dispositif de gendarmerie avait été requis hier.

La protection civile est venue avec des engins de levage pour emporter les nombreux outils entreposés dans l'atelier.
Des chiens de décombres devaient ensuite venir renifler les endroits dégagés.
Des architectes, spécialisés dans l'étude des volumes étaient également sur les lieux afin de dire sans doute si des caches pouvaient avoir été aménagées.

Hier, les recherches n'avaient toujours rien donne malgré l'intérêt marqué des riverains et de curieux venus de plus loin.

A Jemeppe-sur-Sambre, rue Lenoble, ainsi qu'à Montignies-sur-Sambre, ou des chiens e décombres et ceux dressés à retrouver des cadavres ont été vus, des fouilles ont eu lieu.

F. M. et B. F,
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Complice et Victime

«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 2

CHARLEROI - Un nouvel inculpé vient de rejoindre en prison les autres détenus de l'affaire Dutroux. On avait déjà parlé de Pierre Rochow puisque, dimanche, d'importantes fouilles avaient été organisées chez son père, Peter, dit Pierre l'Allemand, qui habite rue du Nord, à Courcelles où il a également ses entrepôts. L'endroit ressemble à s'y méprendre à une cache de Dutroux puisqu'on y trouve aussi un fatras de vieilles carcasses et de ferrailles en tout genre.

En fait, Pierre Rochow, né le 15 novembre 1971, qui est officiellement sans profession, travaillait dans la mouvance de son père. Le jeune homme avait été l'un des protagonistes de l'affaire qui devait mener Dutroux en prison en décembre 1995 jusqu'en mars 1996.

Pierre Rochow et un de ses amis, un certain Jadeau avaient dissimulé un camion qui avait été volé par Weinstein à Braine-l'Alleud en octobre 95.
Les deux jeunes gens étaient en cheville avec Dutroux mais avaient, bien mal leur avait pris, tenté de le doubler. Dutroux, avec la complicité de Weinstein, avait alors enlevé les deux hommes et les avait séquestrés à Jumet, rue Daubresse, chez Weinstein.
Les deux truands avaient enchaîné leurs otages et les avaient drogués. Non contents de cela, ils avaient ensuite fait venir la fiancée de Jadeau qui était tombée dans le traquenard.
La jeune femme avait été contrainte de prendre des médicaments mais Dutroux ne l'avait pas ligotée.
La jeune femme était parvenue à fausser compagnie à ses geôliers et à aller prévenir la police qui était intervenue en force. Weinstein était parvenu à prendre la fuite malgré l'important dispositif policier.
C'est la dernière fois qu'il avait été signalé vivant semble-t-il. Dutroux avait été interpellé peu après, inculpé et écroué.

Camion volé
Au centre de cette affaire, il y avait donc un camion volé par Weinstein. Or, c'est à propos de ce même banal vol de camion que Georges Zicot aurait rédigé un faux procès-verbal. Georges Zicot aurait assuré qu'il avait rédigé ce faux dans le seul but de couvrir un informateur considéré par lui comme précieux.
Le camion volé aurait transité par le hangar situé à la chaussée de Bruxelles, à Lodelinsart, qui appartenait à Gérard Pinon, domicilié au 63 de la même chaussée, un mécanicien qui fêtera le 29 août ses 41 ans en prison, puisqu'il est également inculpé dans le cadre des affaires de voitures de Dutroux et sa bande.

Comme on le voit, il n'est nulle part. question ici de pédophilie et de violences à enfants : on navigue dans les eaux troubles du trafic de voitures dont Dutroux semblait s'occuper avec beaucoup de zèle et où semble aussi se dessiner un réseau.

F.M.

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Pour couvrir un indic

«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 2

CHARLEROI - A la PJ de Charleroi, où Zicot semble continuer à bénéficier d'un capital confiance important auprès de ses collègues, on pense toujours que l'homme a pu être la victime d'une cabale mais les policiers ne sont pas prêts à couvrir un collègue s'il a vraiment commis des irrégularités.
Même son de cloche au parquet, où le procureur du roi Thierry Marchandise a écourté ses vacances en Ardèche à cause de l'affaire et doit rentrer aujourd'hui un rapport à sa hiérarchie.

Ennuis
Georges Zicot, 45 ans, avait fait ses classes à la gendarmerie, à l'ABT, avant d'être, pendant dix ans, un des enquêteurs de la BSR de Charleroi qu'il quitte au profit de la PJ de Charleroi, grâce à des états de service exceptionnels.

Il devient Monsieur voitures volées et obtient des résultats dans sa branche jusqu'à un passé récent où les ennuis s'accumulent. Une enquête menée par le comité P, la police de polices, qui le suspecte de corruption, qui met le doigt sur des pratiques un peu troubles.

Des ennuis avec le milieu qui lui tombe dessus à bras raccourcis au cours d'un expédition punitive qui le laisse dans un sale état. Enfin, il s'attire l'inimitié du procureur général Georges Demanet, peut-être à la suite d'une perquisition ordonnée chez le fils de ce dernier.

Mais le procureur général assure de son côté que la seule raison de sa méfiance à l'égard de Zicot vient du fait que l'enquêteur aurait tenté de soutirer de l'argent à une compagnie d'assurance en échange d'un véhicule volé qu'il avait retrouvé.

En décembre, Zicot, à la suite d'une initiative de M. Marchandise, avait été muté à la section Crimes de la PJ. Sa récente inculpation va désormais l'écarter pour un bon bout de temps de la PJ de Charleroi, où sa réintégration causerait trop de problèmes.

F.M.
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Rapt à Molenbeek :Méthode semblable

«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 2

Molenbeek - Après deux jours de mutisme, le parquet de Bruxelles a confirmé l'information que nous vous donnions hier. Une enquête a, bien été ouverte pour rapt d'enfant. Une jeune fille de 13 ans a raconté qu'elle avait été kidnappée à Molenbeek, puis relâchée à Anderlecht.

Selon son témoignage, les faits se sont produits vendredi, vers 16 h. La gamine se rendait à un arrêt de bus, sur la ligne 63.
Elle devait aller chez sa grand-mère. Des inconnus ont surgi. La jeune fille a été saisie à la gorge, par l'arrière.
On lui a bandé les yeux, les ravisseurs l'ont saisie par les mains et les pieds avant de la jeter dans une voiture. Là, un des malfrats lui a poussé des pilules dans la bouche.
La victime a pu en recracher quelques unes, avant qu'on ne la force à nouveau.

L'enfant se rappelle d'attouchements à la poitrine. La gamine s'est finalement retrouvée dans la rue de Neerpede, à Anderlecht, où les ravisseurs l'ont poussée hors de la voiture.
La victime a demandé l'aide d'une passante. On l'a emmenée à l'hôpital. Aucune trace de violences physiques ou sexuelles n'a été relevée.

Au parquet, on constate que le modus opérandi ressemblait très fort à celui décrit lors des enlèvements de la bande Dutroux.
La description des agissements du monstre de Sars la Buissière a-t-elle donné des idées à d'autres ?

B. F.


La chasse aux complices('DH'mardi27août1996)


La chasse aux complices

Alors que d’autres se profilent déjà, une dixième arrestation dans l’enquête sur Dutroux,pour laquelle le ministre De Clerck a assuré que la justice irait jusqu’au bout

La « UNE » du journal « La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996

Lundi, le juge d'instruction Jean-Marc Connerotte a placé sous mandat d'arrêt une dixième personne : il s'agit de Pierre Rochow, nouvel élément de la toile tissée, par Marc Dutroux.

L'homme serait impliqué dans le volet des vols de véhicules, apparemment séparé des affaires de pédophilie.

Alors que le ministre de la Justice a assuré que l'enquête irait jusqu'au bout, de nouvelles perquisitions et fouilles ont été entreprises.

Après l'arrestation de l'inspecteur Georges Zicot, d'autres inculpations dans les milieux judiciaires n'étaient pas exclues. Pendant que l'on mettait en oeuvre des techniques de recherche hyper sophistiquées à Sars la Buissière, la police slovaque a découvert que Dutroux s'était rendu à l'Est pour y recruter de jeunes actrices pour films pornographiques.

Les conséquences de la pédophilie sont inestimables('Wallonie'lundi26août1996pg9)



Les conséquences de la pédophilie sont inestimables

L’enfant perd sa jeunesse, sa santé, sa dignité et son avenir


« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 9

Les conséquences de l'exploitation sexuelle d'un enfant à des fins commerciales sont tragiques. L'enfant perd son enfance, sa dignité, souvent son avenir. Il s'agit là de coûts impossibles à quantifier, mais certains résultats de l'exploitation sont plus faciles à mesurer.

Le plus évident se rapporte à la santé d e l'enfant. Le SIDA est à la fois une cause et une conséquence de l'exploitation sexuelle commerciale des enfants.

Plus sûrs?
Tout indique que dans certaines régions du monde, les enfants sont choisis comme partenaires sexuels dans l'idée faussée que les rapports avec eux sont «plus sûrs». On pense qu'avoir des relations avec un enfant protège le violeur du SIDA parce que l'enfant a plus de chances d'être «propre» et d'avoir eu moins de partenaires sexuels.

C'est plutôt le contraire. En raison de leur vulnérabilité et de leur faiblesse, les enfants prostitués sont souvent forcés à prendre plus de clients qu'un adulte n'en accepterait et sont généralement dans l'impossibilité de demander au client d'employer un préservatif.
De plus, les enfants sont physiquement plus vulnérables aux infections, non seulement parce qu'ils subissent plus facilement des lésions internes (et sont souvent traités avec violence par leurs clients) mais également parce que les jeunes membranes sont plus poreuses.

La «pure vierge» est recherchée par de nombreux clients comme le «pari le plus sûr». La chirurgie reconstructive est une pratique fréquente, ce qui fait que certains enfants exploités sexuellement à des fins commerciales sont comme vierges même s'ils ont eu de multiples partenaires sexuels.
La réalité est que de nombreux enfants forcés à se livrer au commerce du sexe contractent le VIH.

Les enfants libérés des maisons de passe en Asie du Sud-Est subissent immédiatement le test du SIDA. Il est normal de trouver des taux de séropositivité de 50 %, allant parfois jusqu'à 90 %.
Il s'agit non seulement d'une condamnation à mort, mais ce résultat signifie également que l'enfant risque de passer ce qui lui reste de vie hors de sa famille et de sa communauté, frustré de sa dignité et de toute option. Les enfants séropositifs sont en effet en butte à la discrimination et au rejet.

Les enfants obligés d'avoir des relations sexuelles connaissent d'autres séquelles physiques et psychologiques graves.

On vole leur enfance
On vole à ces enfants leur enfance et les jeux de leurs années de formation. Cette privation laisse des cicatrices qui peuvent prendre des années pour se refermer. Les enfants perdent leur confiance à l'égard d'autrui, particulièrement des adultes, et deviennent vulnérables à une autre exploitation.

Ils courent également plus de risques de devenir eux mêmes exploiteurs. Ils perdent leur estime et leur dignité et peuvent présenter un éventail de symptômes de stress post-traumatique comme la dépression, l'agressivité et la violence, la perte du contrôle de soi et l'automutilation. Leur vie se termine souvent par le suicide.

Ils conservent longtemps certaines conséquences physiques.
Les enfants pris au piège de l'exploitation sexuelle sont souvent maltraités, battus, brûlés, torturés et privés d e nourriture, d'air, d e lumière et de mouvement, mais ils sont également vulnérables aux infections des reins, au cancer du col de l'utérus, aux grossesses précoces et à répétition et aux maladies sexuellement transmissibles.

De nombreuses études ont également montré des niveaux élevés de toxicomanie chez les enfants pratiquant la prostitution.
La drogue est souvent employée pour assurer la soumission des enfants prostitués. Elle peut également être un moyen médical d'alléger la douleur de la faim ou du désespoir.
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Un congrès mondial à Stockholm

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 9

Nous poursuivons aujourd'hui nos articles qui s'inscrivent dans le cadre du Congrès mondial contre l'exploitation sexuelle d'enfants à des fins commerciales qui se déroulera à Stockholm, Suède, du 27 au 31 août 1996.
Rappelons que ce Congrès s'inscrit dans un processus plus large de protection des droits d e l'enfant.

Il se centrera sur trois éléments de l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales : la prostitution d'enfants, la traite et la vente d'enfants à des fins sexuelles, et la pornographie enfantine.
Le principal objectif du Congrès est d'attirer l'attention internationale sur les problèmes de l'exploitation sexuelle d'enfants à des fins commerciales et de promouvoir la mise au point de politiques nationales et de programmes pour lutter contre toutes les formes d'exploitation dans les contextes spécifiques où elles se produisent.
A cette fin, le Congrès examinera et adoptera une Déclaration et un Agenda pour l'action.
Le Congrès fournira une tribune ouverte de discussion par le biais d'ateliers et la présentation d'études de cas, dans lesquels tous les segments de la société pourront échanger des expériences.
Il définira les dimensions du problème, étudiera ses causes profondes et les formes spécifiques de l'exploitation sexuelle d'enfants à des fins commerciales dans différents pays et régions.
L'objectif le plus important est néanmoins de jeter les bases d'une action nationale en sensibilisant l'opinion, en forgeant des coalitions et des partenariats nationaux avec les gouvernements, les ONG, la société civile et les organisations internationales. Le Congrès n'est qu'une étape de ce processus important.

Si le Congrès se déroule aujourd'hui, c'est qu'il ne fait aucun doute que certains aspects de l'exploitation sexuelle des enfants s'étendent. La propagation du SIDA et la mondialisation ont conduit à une recrudescence de l'exploitation. De plus, la communauté internationale a pris conscience du problème et l'indignation qu'il suscite a grandi. Ce Congrès est la première tentative internationale de coordination de la coopération internationale sur des questions transnationales et de rassemblement des acteurs internationaux.
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Pornographie enfantine : Un marché d’un milliard de dollars par an

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 9

La pornographie enfantine est la «reproduction sexuellement explicite de l'image d'un enfant».
C'est, en soi, une forme d'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales.
Encourager, forcer ou convaincre les enfants (souvent avec l'emploi de drogues) à poser pour des photographies pornographiques, ou à prendre part à des vidéos pornographiques, est d dégradant et destiné à dépouiller un enfant de sa dignité et de son amour-propre. Cela enlève toute valeur au corps de l'enfant et lui montre que le corps est en vente et ne sert à rien d'autre.
Cela peut donc être un premier pas vers la prostitution ou s'inscrire dans le cadre de la prostitution.
Souvent, également, la pornographie enfantine comporte la coercition et la violence.
Non seulement ces manifestations font parfois partie du «scénario » d'un film vidéo ou d'une séance de photos, mais elles sont régulièrement infligées à l'enfant rebelle pour s'assurer de sa soumission et sa coopération.
Certains exploiteurs satisfont leurs fantaisies sexuelles en produisant de la pornographie enfantine ou «en jouant un rôle» dans les clichés. Dans la pornographie enfantine, certains des «acteurs» sont des exploiteurs qui retirent du plaisir lors de la production du matériel.
Une fois produite, la pornographie enfantine est également un moyen d'alimenter la demande d'enfants prostitués, Les images d'enfants se livrant à des rapports sexuels ou pris dans des poses obscènes - que ce soit en photo ou en vidéo - sont utilisées pour exciter et accroître la demande.
Les progrès technologiques ont rendu la pornographie infantile plus facile à produire, plus difficile à arrêter et plus aisée à distribuer.
En particulier, la disponibilité de caméscopes et d'équipements de réalisation et de reproduction a rendu le «vidéo amateur» facile et peu coûteux. L'avènement du graphisme sur ordinateur et de la transmission mondiale par le biais d'Internet signifie que les images peuvent maintenant être transmises dans le monde entier et «livrées » chez soi.

L'Europe au centre du réseau
Les recherches sur la pornographie enfantine ont commencé au milieu des années 80, et en 1987, un rapport citait l'Europe comme la source de la plupart des films et photographies pornographiques. INTERPOL estime que l'Allemagne est le principal producteur, les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont des centres de distribution et les Etats-Unis représentent le plus vaste marché, avec un chiffre d'affaires annuel d'un milliard de dollars en 1980.
Dans les années 80, de nouvelles lois ont obligé à transférer l'essentiel de l'activité en Asie du Sud-Est.

Ces législations ont fait progresser vers l'interdiction de la pornographie, mais elles deviennent maintenant obsolètes dans les pays où les progrès de la technologie ont permis aux producteurs de créer des images en utilisant un «enfant» créé par l'ordinateur. En conséquence, les lois qui protègent les enfants ne tiennent pas toujours compte de situations où une image électronique, et non un véritable enfant, est employée.
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Qui sont les exploiteurs ?

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 9

Des personnes peuvent avoir des relations sexuelles avec les enfants en toute connaissance de cause, par manque d'intérêt ou par ignorance.
Les premiers et les plus faciles à distinguer – mais qui représentent une minorité - sont les pédophiles.

La pédophilie est une condition dans laquelle les adultes préfèrent avoir des relations sexuelles avec des filles et des garçons pré pubères.
Le comportement pédophile suit des caractéristiques assez bien définies : souvent les pédophiles se placent dans des situations où ils sont en contact régulier avec les enfants. Ils ont des relations difficiles avec les adultes, mais affirment «bien s'occuper» de l'enfant, indiquant souvent qu'ils rémunèrent leurs rapports avec l'enfant pour aider financièrement l'enfant et sa famille, ou pour aider l'enfant à découvrir le sexe avec une personne attentionnée.
Les pédophiles obtiennent régulièrement des oeuvres pornographiques réalisées avec des enfants et «collectionnent» les photos, vidéos et autres souvenirs des enfants avec lesquels ils entrent en relation, afin de «geler» l'âge de l'enfant et revivre sans cesse cette expérience.

Peu importe l'âge
D'autres personnes ne souhaitent pas savoir si leur partenaire sexuel est un enfant. Le flux mondialisé d'argent a accru la demande de sexe commercial et de nombreux exploiteurs sont des autochtones, qui ont souvent recours aux prostitués et ne font pas de distinction en fonction de l'âge.
Dans certains cas, les clients demandent des enfants car ils croient que les enfants auront moins de partenaires sexuels et seront donc moins à même de transmettre une infection.

Dans certains cas, des mythes affirment que les relations sexuelles avec des enfants peuvent guérir des maladies, rajeunir ou même améliorer les affaires.
Certaines personnes ont des relations sexuelles avec les enfants sans demander l' âge du partenaire, Il peut s'agir de personnes qui dans des circonstances «normales» n'auraient pas choisi d'avoir des rapports avec un enfant, mais qui, pour plusieurs raisons, le font. Ces raisons incluent la liberté ressentie à l'occasion de vacances dans un pays étranger «exotique», l'ébriété ou la prise de drogue, l'ignorance ou le manque d'intérêt pour se rendre compte que le partenaire proposé est probablement un mineur.
Cette ignorance n'est pas excusable.
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Tourisme sexuel : Des voyages exotiques

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 9

Le tourisme sexuel est un secteur développé de l'industrie de l'exploitation, avec sa propre panoplie de matériel promotionnel allant de brochures luxueuses à des clubs organisés en passant par la disponibilité d'informations sur les «circuits» sur Internet.

Cette technologie interactive met l'information et les conseils à la disposition des clients et leur permet de préparer leurs vacances à l'avance selon leurs besoins.
Les industries développées de tourisme sexuel ont été étudiées aux Philippines, au Cambodge et en Thaïlande.
Plus récemment, les voyages organisés de ce type depuis l'Amérique du Nord vers le Brésil et la République dominicaine ont augmenté.
Au Sri Lanka, on affirme que dans certaines régions, plusieurs milliers de garçons sont disponibles pour des pratiques sexuelles avec des touristes masculins.
Il est probable que le tourisme sexuel augmente dans les pays d'Europe de l'Est. De plus, la plupart des touristes à la recherche de sexe voyagent actuellement séparément ou en couple dans des vols ordinaires, dans le passé, les voyages organisés étaient faciles à identifier et à condamner, ce qui fait que les organisateurs de ce type de tourisme font aujourd'hui voyager leurs clients plus discrètement.

Législation extra-territoriale
Depuis 1990, l'ECPAT (End Child Prostitution in Asian Tourism) étudie et lutte contre le tourisme sexuel en Asie et, depuis peu, également ailleurs dans le monde. L'ECPAT est parvenu à promouvoir la coopération gouvernementale transnationale, la législation extra-territoriale qui permet aux gouvernements de poursuivre leurs ressortissants pour des crimes commis dans d'autres pays et à attirer l'attention du public sur l'arrestation, la détention et la condamnation des pédophiles qui pratiquent le tourisme sexuel.
L' ECPAT a également réussi à attirer l'attention des autorités touristiques mondiales, des agents de voyages, des éditeurs de guides de voyages et des promoteurs de voyages organisés et les a incités à travailler activement contre le tourisme sexuel.
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Les routes du trafic

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 9

En 1987, un rapport du Conseil de l'Europe a identifié cinq réseaux internationaux de traite d'enfants en Europe.

-De l'Amérique latine vers l'Europe et le Moyen-orient

-De l'Asie du Sud-Est vers l'Europe du Nord et le Moyen Orient

-Un marché régional européen

-Un marché régional arabe

-Des exportations de fillettes originaires d'Afrique de l'Ouest.

En Europe de l'Est aujourd'hui, le trafic se déroule généralement d'est en ouest. Des filles de Russie, d'Ukraine et de Russie blanche sont transportées en nombres importants vers la Pologne, la Hongrie, les Etats baltes, ou poursuivent le voyage à destination des capitales occidentales, rejointes par des filles des pays voisins.
Des chercheurs ont également identifié un trafic de prostituées roumaines vers l'Italie, Chypre et la Turquie.

Il y a également plusieurs routes bien définies en Asie du Sud-Est. Les routes les plus lucratives d e traite d'enfants vont d'Asie du Sud-Est vers le Japon et Hawaii via Hong Kong.
Le trafic d'enfants d'Asie du Sud (d'Inde et du Pakistan) vers le Moyen-Orient est également très répandu.
Il y a sans aucun doute d'autres réseaux.
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Tant de choses restent à faire

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 9

Beaucoup de choses doivent être encore effectuées afin de résoudre le problème de la pédophilie. Petit tour d'horizon.

Au point de vue de la répression : les changements en matière de législation sont vains si des améliorations importantes ne sont pas apportées dans le domaine de la répression, tâche gigantesque pour de nombreux pays.
Les initiatives policières constituent un élément clef dans l'élimination de l'exploitation sexuelle d'enfants à des fins commerciales, mais la corruption des agents de police pour qu'ils ferment les yeux sur la prostitution enfantine sont monnaie courante, tout comme l'exploitation sexuelle d'enfants par ceux qui sont chargés de les protéger et de faire respecter la loi. Il convient de changer cette attitude des autorités légales, qui banalisent le traumatisme et blâment les enfants entraînés dans la prostitution.
Des mesures d'incitation, des programmes de formation et d'appui spéciaux s'imposent donc de toute urgence afin de soutenir les efforts de la police visant à mettre un terme à la prostitution enfantine.
Au Népal, par exemple, l'UNICEF travaille en étroite collaboration avec la police dans le domaine de la prévention de la prostitution, notamment en ce qui concerne l'information et la mobilisation du public. Le programme comporte également des activités de réinsertion des enfants et de sensibilisation.
Au Pérou, Save the Children et l'UNICEF assurent la formation de la police en matière de droits de l'enfant.
Des ONG se penchent de façon indépendante sur le problème depuis plusieurs années, rassemblant l'essentiel des éléments de preuve nécessaires pour poursuivre les criminels ,comme en témoignent des cas récents au Cambodge, aux Philippines, au Sri Lanka et en Thaïlande et de nombreux autres cas où les ONG collaborent avec la police pour faciliter les arrestations.
Compte tenu du caractère transnational de l'essentiel des activités de prostitution et de traite d'enfants, la coopération transfrontalière et internationale entre les forces de répression revêt également une importance particulière.
Le groupe de travail permanent d'Interpol sur les infractions commises contre les mineurs, qui compte des membres provenant de 60 pays - soit le double de sa composition en 1995 est un organe vital dans la lutte internationale en vue d'assurer une application plus stricte des lois en vigueur, de procéder à un échange de données d'expérience sur les meilleures pratiques en matière de formation des agents de la force publique et d'encourager la coopération entre les juridictions nationales.

Protection spéciale
Une autre cruauté infligée aux enfants exploités est le fait que ce sont eux et non pas leurs exploiteurs qui sont le plus souvent arrêtés et traités comme des criminels lors des descentes de police dans les maisons closes. Ces enfants sont détenus dans des cellules où ils sont exposés à des abus, privés du droit de parler pour leur propre défense et d'où ils sont ensuite déportés ou libérés dans des situations où ils sont de nouveau vulnérables à l'exploitation. Les plus exposés sont les enfants qui ont été amenés d'autres pays, victimes de la traite, parce qu'ils sont isolés par leur langue et leur culture et qu'ils n'ont pas de papiers. Il convient d'adopter des dispositions légales spéciales pour protéger ces enfants ou les renvoyer dans leur pays d'origine.

Réadaptation psychosociale
Des efforts sont en cours dans ce domaine crucial pour remédier au choc émotionnel de la prostitution sur les enfants et les aider à acquérir des compétences utiles leur permettant de gagner leur vie autrement.
Le Young Women's,Programme, géré par l'International Catholic Migration Commission au Cambodge, est l'un des nombreux exemples de programmes d'ONG qui conseillent les enfants sauvés de la prostitution et leur offrent une formation axée notamment sur l'alphabétisation, la couture et l'acquisition d'autres compétences.
Le taux de réussite de ces programmes reste toutefois faible, en raison du grave traumatisme que ces enfants ont subi, des difficultés qu'ils ont à se réintégrer dans des communautés prêtes à les accueillir, des risques élevés de santé auxquels ils ont été exposés et de la dépendance cruelle qui leur a été imposée.

Education et sensibilisation
Les familles et les communautés doivent connaître l'étendue et les véritables effets de l'exploitation sexuelle à des fins commerciales pour pouvoir protéger leurs enfants et aider à réduire cette grave violation de leurs droits.
L'horreur d e la vie des enfants exploités doit susciter la mobilisation d'une vaste coaltion de partenaires sociaux pour que soient éliminés le mal et l'injustice que constitue la prostitution enfantine.
De nombreuses initiatives sont en cours. Les membres et les sympathisants de la coalition d'organisations non gouvernementales, End Child Prostitution in Asian Tourism (ECPAT) et d'autres ONG attirent l'attention sur des problèmes tels que le sida qui touche directement la communauté.

Le Daughters' Education Programme en Thaïlande, par exemple, réunit toutes les semaines des notables, des personnalités religieuses et des enseignants en vue de déterminer les familles vulnérables et d'aider à empêcher la vente d'enfants.
Ce programme, qui a également un volet de promotion de l'éducation pour garder les fillettes à l'école, organise des excursions dans les taudits et quartiers réservés urbains pour permettre aux fillettes de voir ce qui est arrivé à tant d'autres.

Pour éduquer les touristes et les sensibiliser au problème de la prostitution des enfants, des films d'une demi-heure sur la question sont projetés sur les vols Condorde l'Allemagne au Sri Lanka.
Les associations hôtelières de Taïwan ont demandé à leurs adhérents d'apposer visiblement à la réception des autocollants dénonçant la prostitution des enfants et de délivrer des cartes de traitement préférentiel aux sympathisants de l'ECPAT. Elles ont également pris des mesures disciplinaires contre les membres qui permettent à leurs clients d'avoir des relations sexuelles avec des enfants dans leurs chambres.

Fodors et Lonely Planet, qui publient des guides touristiques, ont également produit de la documentation expliquant les horreurs de la prostitution enfantine; des expositions itinérantes nationales ont été montées pour mettre en garde contre le tourisme sexuel axé sur les enfants. L'UNICEF, l'ECPAT et d'autres ONG s'emploient activement à mener des campagnes d'information et à mobiliser les médias, les centres d'information et les décideurs du monde entier.

3 arrestations dont 1 inspecteur principal PJ Charleroi('Wallonie'lundi26août1996pg8)



Trois arrestations dont un inspecteur principal de la PJ de Charleroi

Le FBI américain va prêter main-forte aux enquêteurs


« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 8

Trois personnes ont été placées sous mandat d'arrêt dimanche à Neufchâteau dans des dossiers connexes à l'affaire de séquestration et pédophilie pour laquel Marc Dutroux a été arrêté, a annoncé dimanche soir le procureur du roi de Neufchâteau, Michel Bourlet.
Parmi celles-ci figurent Georges Zicot, inspecteur principal à la PJ de Charleroi.

Ces trois personnes ont été inculpées d'association de malfaiteurs et de faux et usage de faux notamment. Leur arrestation s'inscrit dans un dossier de vols de camions et de l'assassinat de Bernard Weinstein, ce truand français que Marc Dutroux a dit avoir tué en mars dernier car ce dernier aurait essayé de le doubler.
Marc Dutroux avait été arrêté dans le cadre de ce dossier en décembre dernier mais avait été libéré quelques mois plus tard.

Après une rafle
Les trois mandats d'arrêt ont été décernes après une rafle opérée cette nuit. Sept personnes ont été interpellées. Quatre d'entre elles sont toujours interrogées.

Les trois autres ont été placées sous mandat d'arrêt: il s'agit de Georges Zicot, Gérard Pinon, le propriétaire d'un hangar de Ransart où les enquêteurs ont perquisitionné les jours derniers ainsi que d'un assureur, Eric Dehann.

Michel Bourlet n'était pas seul pour cette conférence de presse. Le procureur général de Liège, Anne Thily a tenu à rassurer la population: tout sera fait pour aller au bout de cette enquête, a-t-elle souligne.
Les magistrats nationaux, M.Van Dorera et Duinslaeghe, étaient présents à la conférence de presse. M. Bourlet a précisé que deux analystes du FBI allaient apporter leur appui dans cette enquête
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« Othello », une enquête parallèle ?

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 8

La RTBF-radio a fait état d'une "enquête parallèle", qui aurait reçu le nom de code "dossier Othello", menée par la gendarmerie de Charleroi dans l'affaire des disparitions d'enfants et notamment à propos des activités de Marc Dutroux et de ses complices.

Ce fait semble indiquer que la confiance ne régnait pas entre les différents services de police, comme le soulignent plusieurs journaux samedi matin.

Il est sans doute à rapprocher des propos exprimés vendredi soir par le procureur du roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, lors de l'émission spéciale de la RTBF-télévision: « Tous les individus seront identifies si possible, et seront poursuivis si on me laisse faire ».

Selon la RTBF, seule une "infime partie" des renseignements recueillis par la gendarmerie dans ce contexte auraient été transmis au juge d'instruction liégeois Martine Doutrewe, chargée à l'époque du dossier sur la disparition de Julie et Mélissa.
Mais il existerait des contradictions à ce propos entre les affirmations de la juge d'instruction et celles des responsables de la gendarmerie.

RTL-TVI avait dès vendredi soir fait état de ces faits et révélé le contenu d'un avis de recherche "non urgent" lancé par la gendarmerie le 25 août 1995 concernant Marc Dutroux mais où il n'est nulle part question de disparitions d'enfants.

Les antécédents de Dutroux, les séquestrations et viols de mineures n' y seraient pas mentionnés, selon la même source.
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Mise au point de la gendarmerie

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 8

A la suite d'une opération parallèle de la gendarmerie baptisée "opération Othello" dont ont fait état vendredi et samedi matin certains média, le Colonel Wilhem Vanden Broeck, port-parole de l'Etat-Major de la gendarmerie, a communiqué samedi midi à l'agence Belga la mise au point suivante:

"Quelques médias de ce matin (24 août 96) font état de l'opération Othello en prétendant en plus qu'il s'agit d'une opération parallèle de la gendarmerie, montée en dehors de l'autorité judiciaire. Il s'agit d'une présentation tout à fait fausse, qui appelle la mise au point suivante

1. Afin de confirmer par des constatations précises les informations fournies par un informateur, une observation fut installée durant quelques temps (unités POSA de la gendarmerie);

2. ce dispositif d'observation fut appelé Othello;

3. l'attribution d'un nom de code est une pratique policière courante afin de garantir la discrétion. Sans discrétion, aucune observation valable n'est possible;

4. ce dispositif d'observation fut installé avec l'accord du Parquet de Charleroi qui fut également informé du résultat;

5. l'autorité judiciaire de Liège a également été mise ou courant. Cette autorité y a donné suite en prescrivant un devoir judiciaire subséquent;

6. affirmer par conséquent que Othello a été une initiative individuelle et parallèle et qu'elle eut lieu sans information et accord des autorités judiciaires est absolument fautif et mérite une rectification vigoureuse.

Afin de ne perturber en rien les enquêtes en cours, il ne sera fourni aucune autre information à ce sujet".
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Que faisait Dutroux ?

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 8

Les recherches se sont poursuivies samedi en vain dans l'enquête relative au dossier de Marc Dutroux, qui était par ailleurs toujours entendu samedi soir par les enquêteurs de Neufchâteau.
Les enquêteurs ont profité du week-end pour relire les déclarations des différents inculpés et faire l'analyse de toute une série de procès-verbaux concernant des disparitions d'enfants ou d'adolescents qui leur parviennent d'autres juridictions.

Curieusement, souvent les témoignages concordent et à Neufchâteau, on en vient à se demander si Dutroux ne passait pas le plus clair de son temps à se promener pour tenter d'enlever des enfants.
Plusieurs tentatives, voire même d'autres enlèvements pourraient être élucidés.

Ainsi par exemple la petite Vinciane Closset enlevée le 15 novembre 1991 à Namur et retrouvée morte pratiquement un mois plus tard (le 6 décembre) pourrait avoir été victime des agissements de Dutroux.
Le juge Marotte, à Namur, en charge du dossier a en effet demandé aux enquêteurs d e Neufchateau qu'on lui donne les noms des médicaments utilisés par Dutroux pour endormir ses victimes.
La jeune fille était en effet morte à la suite d'une overdose.

Concernant les trois jeunes gens qui selon, le journal flamand Morgen, auraient été séquestrés au domicile de Bernard Weinstein par ce dernier et Marc Dutroux (voir ci-dessous), les enquêteurs estiment qu'elle n'aurait rien avoir avec une affaire de pédophilie.

En réalité, les trois jeunes gens (et non des adolescents) avaient tenté de doubler Dutroux dans une affaire de vol de camion. Pour se venger, Dutroux avait enfermé et drogue ces trois personnes. Il est fort probable qu'ils auraient subi le même sort de Weinstein si l'un d'entre deux n'avait pas réussi à s'échapper.
Pour cette affaire, Dutroux avait été incarcéré le 7 décembre 1995 et libéré le 26 mars 1996.
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Dutroux était déjà mêlé à cette affaire

Novembre 95 Trois jeunes s’échappent de chez Weinstein

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 8

Deux garçons et une fille qui étaient retenus dans la maison de Bernard Weinstein, le complice de Marc Dutroux, sont parvenus à s'en échapper en novembre 1995.
Marc Dutroux a été arrêté dans le cadre de cette affaire le 7 décembre mais a ensuite été relâché, faute de preuves.
C'est ce qu'a confié le commissaire de police de Charleroi Raymond Vertessen au quotidien DeMorgen, qui relate l'information dans son édition de samedi.
Le commissaire a refusé de préciser l'âge ou l'identité de ces trois personnes. "Disons qu'ils avaient l'âge d'Ann et Eefje", a indiqué le commissaire Vertessen.
Rappelons qu'Ann Marchal et Eefje Lambrecks, qui avaient à l'époque des faits 17 et 19 ans, ont disparu le 22 août 1995 alors qu'elles se trouvaient au littoral.

Enchaînés
Le 4 novembre 1995, ces trois adolescents ont été enfermés dans une cave de la maison de Bernard Weinstein, à Jumet, par ce dernier et Marc Dutroux, après avoir été endormis au moyen de gouttes. La même technique a été utilisée lors de l'enlèvement de Laetitia Delhez. Les deux garçons ont
été enchaînés.
Un complice de Marc Dutroux, chargé de surveiller les adolescents, a quitté la maison peu avant minuit, persuadé qu'ils resteraient anesthésiés jusqu'au lendemain matin. Mais la fille, qui n'avait pas été attachée, est parvenue à s'enfuir et a alerté la police.
Lorsque la police est arrivée sur les lieux, une brève fusillade s'est produite avec le complice de Marc Dutroux et Bernard Weinstein, revenu peu auparavant sur place.
Personne n'a été blessé et le complice est parvenu à s'enfuir. Les deux garçons, toujours endormis, ont été évacués sur des brancards.
II voulait donner une leçon
Après une longue série d'interrogatoires, la police de Charleroi a établi le lien avec Marc Dutroux, qui a été arrêté le 7 décembre.
Il a rejetté la responsabilité des faits sur Bernard Weinstein qui aurait voulu, dit-il, donner une leçon aux adolescents.
Ceux-ci auraient en effet été impliqués dans le vol de deux véhicules qui appartenaient à Marc Dutroux.
Le Parquet de Charleroi a jugé le propos crédible et, le témoin principal Bernard Weinstein restant introuvable, a relâché Marc Dutroux le 20 mars 1996.
"Nous étions persuadés à l'époque que la séquestration des trois adolescents n'était liée qu'à cette affaire de vol de voitures", a expliqué le commissaire Vertessen dans les colonnes du Morgen.
"Si vous me demandez aujourd'hui si nous n'aurions pas dû alors orienter nos recherches vers un éventuel réseau de pédophiles, je vous répondrai que cela revient à demander à Napoléon s'il n'aurait pas mieux fait d'agir différemment lors de la bataille de Waterloo".
"Les trois adolescents sont restés séquestrés cinq heures maximum. Mais nous ignorons combien de temps ils voulaient les garder et dans quelle perspective", a-t-il ajouté.

Etonné
Contacté par l'agence Belga dans la nuit de vendredi à samedi, un autre commissaire de police de Charleroi, M. Duperoy, a affirmé qu'il n'avait jamais eu connaissance de ces faits.
Il s'est également dit étonner par ces déclarations au Morgen, qui interviennent bien après les rebondissements enregistrés depuis une dizaine de jours dans ce dossier. Le commissaire Duperoy a enfin rappelé que la police de Charleroi ne s'occupait en rien de l'enquête sur l'affaire Dutroux. C'est la gendarmerie de Charleroi qui en est chargée.
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Office de la naissance et de l’enfant

Une cellule de crise pour gérer les conséquences


« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 8

L'affaire Dutroux a bousculé l'Office de !a Naissance et de l'Enfance (O.N.E.) qui va réunir demain à Bruxelles, les 10 équipes "S.O.S. Enfants qu'elle subventionne (120 millions de francs) en Communauté française.
Comme !'a précisé à l'Agence BELGA, sa présidente Marie-José Laloy, elles vont créer une cellule de crise pour gérer les conséquences de cette dramatique affaire.
Les appels reçus, ces derniers jours, par ces équipes "S.O.S. enfants" révèlent que beaucoup de jeunes de 10 à 12 ans se posent des questions sur la pédophilie et les pédophiles.
Ils "cauchemardent". Les images de Julie et Mélissa, mortes de faim, de même que celles de Laetitia et Sabine emmurées les pourchassent. Les enfants se retrouvent brutalement confrontés à la mort.
Des parents aussi ignorent comment leur répondre et nombre d'enseignants appréhendent la rentrée scolaire pour la même raison.

Une stratégie pédagogique
Face à tant de questions et de réponses les plus adéquates possibles à fournir, l'O.N.E. a décidé de confronter ses équipes "S.O.S. enfants" pour mettre en place une stratégie pédagogique. D'autant que pour Marie-José Laloy, "face aux événements Dutroux, il convient de ne pas perdre confiance".
"Ces derniers jours, par centaines, les parents ont retiré leurs enfants des colonies de vacances et des camps d'été des mouvements de jeunesse par appréhension de la pédophilie et des conséquences", a-t-elle souligné.
Pour la présidente de l'ONE, ce phénomène est inquiétant car il va entraîner une méfiance maladive de tout ce qui concerne les associations et organisations pour jeunes".
"La société belge fait beaucoup pour encadrer les enfants. La Communauté française le prouve notamment avec les équipes de "S.O.S. enfants".
Lorsqu'elles ont été créées, en 1985, le budget alloué était d e 10 millions de francs. Aujourd'hui, il est de 120 millions de francs.

20.000 enfants suivis et 650 traités
Marie-José Laloy a rappelé aussi le travail important effectué sur le terrain par l'O.N.E. qui suit annuellement quelque 20.000 enfants. En 1995, elles ont dénoncé aux autorités judiciaires près de
650 cas de maltraitance sexuelle, de pédophilie et de maltraitance.
La présidente de l'organisation compte d'ailleurs profiter de cette affaire Dutroux pour attirer l'attention des décideurs politiques et judiciaires sur la nécessaire concertation qui doit exister entre tous les acteurs de terrain" .

Laurette Onkelinx sollicitée
Marie-José Laloy a par ailleurs précisé qu'elle avait sollicité la ministre présidente de la Communauté française, Laurette Onkelinx, pour qu'elle organise une concertation entre responsables de la Justice et de la Jeunesse afin que tous les travailleurs d u terrain se sentent obligés d'agir en équipe. "Cela permettrait d'établir un réseau de protection des enfants comme une sorte de toile d'araignée infranchissable", a-t elle conclu.
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Précisions des parents de Julie Mélissa

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 8

Les parents de Julie et Mélissa n'ont donné leur accord sur aucune des multiples initiatives qui se prennent actuellement au nom de leurs filles, "initiatives dont un grand nombre viennent de
I'ASBL "Marc et Corine".

Dans un communiqué diffusé samedi en fin de soirée, les parents des deux petites victimes affirment que malgré les dissensions qui existent entre eux, l'ASBL "Marc et Corine" "n'a pas eu le courage de dissiper d'elle-même suffisamment tôt la confusion qui règne dans le public à propos de l'image de Julie et de Mélissa et leur association".

Les parents ajoutent que cela les oblige a proclamer qu'ils se dissocient de toutes les initiatives prises au nom de l'immense émotion soulevée par la mort de leurs 2 filles.

Ils répètent qu'ils n'ont rien a voir dans les pétitions qui circulent actuellement, notamment celle sur les peines incompressibles initiée par l'ASBL "Marc et Corine", et ce en dépit du fait que les noms de Julie et Mélissa y soient associés sur des milliers de feuilles.

Ils se dissocient également de "toutes les manifestations spectacles à court terme et non réfléchies, comme celle qui a eu lieu vendredi à Verviers" (voir aussi en page 3).Les parents de Julie et Mélissa tiennent par ailleurs à rappeler que le seul compte bancaire sur lequel peut être versé tout don est le numéro 2400285928-73 et qu'il n'ont donné leur autorisation pour aucune autre collecte.
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Fillette enlevée et relâchée

« La Wallonie » du lundi 26 août 1996 page 8

Une fillette aurait été enlevée vendredi soir à Molenbeek, et retrouvée le lendemain matin en état de choc.
L'information, diffusée par la RTBF, a été confirmée du bout des lèvres par le parquet de Bruxelles, dont le porte-parole a cependant souligné dimanche qu'il ne souhaitait faire aucun commentaire ni ne donner aucune précision sur cette affaire, classée "confidentielle".

La fillette, 12 ans, aurait été enlevée, vendredi soir, par un groupe d'individus non identifiés. L'enfant aurait été retrouvée le lendemain matin dans un état de choc qui a nécessité une hospitalisation.
C'est la PJ qui a été chargée de ce dossier.

Pays-Bas : une arrestation
Le "renseignement" qui a conduit jeudi soir à l'arrestation d'un Néerlandais de 74 ans résidant à Amstelveen (près d'Amsterdam), évoquait un lien possible entre son domicile et les activités de Marc Dutroux et de ses comparses, provenait des Pays-Bas et non de Belgique, a précisé samedi Klaas Wilting, un porte-parole de la police néerlandaise, interrogé par la BRTN-radio.
"Les perquisitions effectuées vendredi au domicile du suspect n'ont pas permis jusqu'ici de découvrir d'indices lies à la disparition des deux jeunes filles belges disparues", a ajouté le porte-parole, évoquant implicitement An et Eefje, les deux jeunes limbourgeosies disparues.

"Bien entendu"
L'enquête menée à Amstelveen est une initiative de la police néerlandaise, mais des contacts ont, "bien entendu" été établis à ce sujet avec la jus tice belge, a encore ajouté en substance le porte-parole. Celui-ci n'a pas précise combien de temps le suspect resterait en prison. Le septuagénaire, dont l'identité n'a pas été révélée, était toujours détenu samedi matin.
Le porte-parole de la police néerlandaise avait précédemment démenti que les perquisitions chez le suspect aient été effectuées à la demande des autorités judiciaires belges, comme le rapportait samedi matin le quotidien néerlandais "De Telegraaf' . Il a également qualifié "d'absurdes" les affirmations du même journal selon lequel la rue où résidait le suspect ait été "hermétiquement bouclée" durant les perquisitions,,
L'homme arrêté avait précédemment été impliqué dans une affaire de détention illégale d'armes à feu. "C'était en soi suffisant pour que nous intervenions", a dit Klaas Wilting. Les enquêteurs ont d'ailleurs découvert deux armes a feu au domicile du suspect.


Le procureur annonce l’arrestation d’un policier('La Wallonie'lundi 26 août 1996)


Le procureur annonce l’arrestation d’un policier

« UNE » du journal « La Wallonie » du lundi 26 août 1996

Conférence de presse de Michel Bourlet

Trois personnes ont été placées sous mandat d'arrêt dimanche à Neufchâteau dans des dossiers connexes à l'affaire de séquestration et pédophilie pour laquelle Marc Dutroux a été arrêté.
C'est ce qu'a annoncé hier, en début de soirée, le Procureur du Roi de Neufchâteau, Michel Bourlet

Drôles d’embrouilles à Charleroi('Le Soir'lundi 26 août 1996 pg11)


Drôles d’embrouilles à Charleroi

« Le Soir » du lundi 26 août 1996 page 11

Le fer de Neufchâteau est porté au coeur même de l'institution judiciaire carolorégienne.
L'interpellation de Georges Zicot ouvre la seconde vague d'enquêtes déclenchée par le juge Connerotte depuis l'arrestation de Marc Dutroux. Elle vise clairement les «magouilles» auxquelles Dutroux et consorts se livraient en plus du trafic d'enfants. Elle porte surtout le fer dans le milieu des protecteurs de la bande, et au coeur même de l'institution judiciaire carolorégienne dont on n'hésite pas à dénoncer, sous le couvert de l'anonymat, les pratiques mafieuses qui s y sont installées chez certains depuis quelques années.

Au centre de l'histoire, pour l'instant: le rôle de l'inspecteur principal de police judiciaire Georges Zicot, chargé à la P.J. de Charleroi des vols et trafics de voiture. Né en août 1951, Georges Zicot est d'abord entré à la gendarmerie en 1979.
De 1982 à 1985, il a été affecté à la BSR de Charleroi, mais il a quitté le corps à sa demande (sans rapport «négatif») le ler octobre 1985, pour entrer à la P.J. de Charleroi.
Georges Zicot a la réputation, chez ses collègues policiers, d'être « un bon flic ». Un de ceux qui n'hésitent pas à prendre des risques pour boucler ses affaires et lutter efficacement contre la truanderie. Un des premiers à avoir mis en évidence les mécanismes compliqués utilisés par les trafiquants de voitures, comme « le carrousel » ou « le leasing italien ». Les amis de Zicot se plaisent ainsi à rappeler qu'il y a plus d'un an des voyous italiens lui ont «donné une leçon » en le tabassant très sérieusement.

Ils ajoutent en outre que l'efficacité policière de Zicot lui vaut, depuis plus de deux ans, la haine de Philippe Demanet (né en mars 1963 à Gosselies) et de son père Georges Demanet, le procureur général de Mons.

L'histoire mérite d'être contée...
Le 10 septembre 1993, Philippe Demanet signale à la police de Castel Playa d'Aro (en Espagne) le vol de sa Porsche 911 et de sa marque d'immatriculation LRS.911 (une immatriculation rare se rapportant au modèle de cette voiture de 3,5 millions). Le signalement de ce vol est confirmé à Thuin... où un policier commet une erreur dans le numéro de châssis du véhicule (inscrivant un «0» à la place d'un zéro). A cause de cette erreur, la Porsche de Philippe Demanet « volée » en Espagne n'est donc pas vraiment signalée volée.

Cette Porsche avait, en fait, été volée une première fois en 1992 chez un riche collectionneur de voitures flamand et elle avait retrouvé sa virginité grâce à une facture de vente dressée au nom de la société Deltalab.
Une société où plusieurs factures vierges avaient jadis été volées et servent depuis à ce type de maquillage. Une entourloupe connue dans les assurances et chez les spécialistes du vol de voitures. Mais Philippe Demanet pourtant expert automobile au Parquet de Charleroi ne s'en était apparemment pas rendu compte.

PRESSIONS RÉCIPROQUES
Plus étrange encore : alors que la voiture et ses plaques étaient censées avoir disparu, Philippe Demanet a écrit plusieurs lettres à l'OCR (l'Office de la circulation routière) pour obtenir qu'on remette sa plaque chérie en circulation. Il assurait, en effet, qu'il la possédait toujours.
Toujours plus extraordinaire : un mobilophone équipait ce véhicule. Et, des mois après le vol, il fonctionnait toujours.

Pourquoi? Parce que, assura le fils Demanet, deux utilisateurs étaient branchés sur ce numéro.
En 1993, on allait atteindre le sommet de l'étrange. Georges Zicot, lors d'une visite dans le «garage. de Ransart (en liaison avec Dutroux dans son commerce de voitures volées), allait apercevoir trois Porsche d'origine douteuse. Dont celle de Philippe Demanet. Occupé par autre chose, il remettait au lendemain le projet de s'occuper de cette affaire... mais, bien sûr, un jour plus tard, la Porsche avait disparu.
Une enquête a cependant été ouverte. Sur le vol ou le pseudo vol de cette Porsche, mais aussi sur la nature des rapports troubles que Zicot semblait entretenir avec une série de trafiquants de voitures. Pas -de doute, le torchon brûlait entre le procureur général Demanet et son inspecteur carolorégien. Preuve de la haine corse que les deux hommes se vouent sans doute Zicot a assuré, voici quelques mois: Le procureur général de Mons a mis un contrat sur ma tête dans le milieu carolorégien.

Le « comité P » a ainsi été chargé d'une enquête sur Zicot.
Elle lui semble en son état actuel extrêmement défavorable, mais le dernier devoir d'enquête effectué dans ce dossier remonte à juin 1996. Le dossier Zicot comme l'enquête sur la Porche semblent tout deux évoluer au ralenti : on n'hésite pas, dès lors, à évoquer une sorte d'équilibre de la terreur qui se serait installé entre le haut magistrat et le policier.

Quoi qu'il en soit, le procureur général de Mons a réellement mis le Parquet de Charleroi sous sa tutelle. Cette «reprise en main » (passant par la promotion de certains magistrats et «l'éviction» de certains autres) a bien entendu suscité des rumeurs et des rancoeurs.
On évoque ici les liens étroits d'un magistrat avec des membres du milieu mafieux; l'interrogatoire d'un suspect mené à la matraque par un autre juge; des chantages s'effectuant sur un magistrat; l'implication de policiers judiciaires dans un système de « boule de neige »; des armes disparues dans le contexte de l'enquête sur l'assassinat de l'inspecteur de la P.J. de Charleroi Simon Poncelet (assassiné en février alors qu'il enquêtait sur un trafic de voitures) et pour lesquelles on n'a pas fait de P. -V...
Voilà le contexte peu reluisant dans lequel s'inscrit l'interpellation de Georges Zicot qui entraîne avec lui, dans la boue de l'enquête Dutroux, tout l'arrondissement de Charleroi

ALAIN GUILLAUME
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On a fouillé l’entrepôt de Pierre l’Allemand à Courcelles

« Le Soir » du lundi 26 août 1996 page 11

Pas de trêve ce week-end dans la région de Charleroi où de nouvelles fouilles ont été opérées dans les différentes caches de Marc Dutroux.

Vendredi soir, la maison de Dutroux située à Marcinelle, chaussée de Philippe ville, a été entièrement vidée. Des chiens allemands, spécialement dressés pour retrouver des cadavres, ainsi que deux chiens de décombres de la Protection civile ont ensuite été lâchés, notamment à proximité d'une plaque de béton suspecte située dans la cave.
Ils n'ont cependant rien détecté. La maison a ensuite été refermée et le trottoir, encombré de fleurs et de lettres, a été interdit d'accès par une barrière.

Samedi, des fouilles ont été menées dès 8 heures du matin dans les maisons de Bernard Weinstein à Jumet, rue Daubres se, ainsi qu'à Mont-sur-Marchienne à la rue des Hayettes, dans la maison de Michael Diakostavrianos.
Des chiens y ont aussi participé, en vain, semble-t-il. La surprise est venue dimanche après midi lorsque d'importants effectifs sont arrivés à Courcelles, rue du Nord, pour y mener des fouilles.

C'est en effet au 41 de cette rue que se trouvent les entrepôts de Pierre Rochow, dit « Pierre l'Allemand» dans son quartier. Rochow est démolisseur ferrailleur. Le nom de son fils, qui porte le même prénom, a été cité en décembre 1995 en même temps que celui de Dutroux et Weinstein dans un dossier judiciaire.
A l'époque, ces derniers avaient en effet séquestré et drogué Rochow et un complice qu'ils suspectaient de vouloir leur cacher l'endroit où étaient dissimulés des camions volés. Une femme avait aussi été enlevée, la compagne d'un des deux hommes.
C'est elle qui s'était évadée et avait alerté la police de Charleroi qui était intervenue et avait libéré Ies trois personnes.

Weinstein était parvenu à prendre la fuite. On ne l'avait jamais revu avant la découverte de son cadavre à Sars-la-Buissière.
Dutroux avait été arrêté et avait purgé quatre mois de détention préventive qui, affirme-t-il aujourd'hui, avaient été fatals à Julie et Mélissa.
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Le protecteur de Dutroux

« Le Soir » du lundi 26 août 1996 page 11

Au moins deux affaires incroyables tendent à démontrer la protection que Georges Zicot semble avoir assurée à Marc Dutroux et à ses complices.
La première se rapporte à une affaire de camion volé et à la séquestration par Dutroux des trois voleurs. C'est dans l'entrepôt du père d'un membre de ce trio qu'on a perquisitionné dimanche (lire ci-dessous).
Dutroux avait lui-même volé ce camion... mais trois jeunes, qualifiés de «voyous» (dont il pourrait s'être servi), lui avaient à leur tour dérobé l'engin. Foude rage, Dutroux avait enlevé et séquestré les trois présumés voleurs avec l'aide de son complice Weinstein.
On sait que les trois jeunes allaient réussir à s'échapper et que leur séquestration allait valoir à Dutroux sa dernière arrestation (obtenue, pensait-il, grâce aux tuyaux livrés par Weinstein aux enquêteurs).

C'est pour cette raison, sans doute, que Dutroux a « liquidé » Weinstein après une première interpellation, mais avant son arrestation.
Avant d'être arrêté, Dutroux, qui avait récupéré son camion, devait lui rendre une certaine légitimité (aux yeux des enquêteurs et des assureurs). Mais comment reconnaître la récupération du camion sans avouer implicitement la séquestration des trois présumés voleurs?

C'est ici que Georges Zicot entre en jeu: c'est lui qui a prétendu avoir retrouvé le camion... et les assureurs y ont cru, ou ont fait semblant d'y croire.

Voilà un premier signe de la protection que Zicot assurait apparemment à Dutroux. Mais il y en a un autre. Plus inquiétant encore.

A Sars-la-Buissière, une voisine de Dutroux aurait dit à certains de nos confrères (et apparemment confirmé aux enquêteurs) que, voici plusieurs mois, elle s'était inquiétée des travaux nocturnes que Dutroux effectuait dans son jardin, avec son bull. Elle s'en était plainte auprès de la police locale.

A sa grande surprise, quelques jours plus tard, elle avait été convoquée à la P.J. de Charleroi pour s'y faire tancer par un inspecteur de police. Celui-ci lui reprochait son comportement délateur et peu convivial. Un policier de Charleroi? Oui! Tout indique qu'il s'agissait, encore une fois, du même Georges Zicot.

Alors, une fois de plus, on peut se demander ce qui se serait passé si, ce jour-là, un policier s'était vraiment inquiété des travaux nocturnes de Marc Dutroux plutôt que de passer la main à un complice probable du voleur d'enfants.

AI. G.

les enquêtes sur l’enquête('Le Soir'lundi 26 août 1996 pg10)



Tous azimuts les enquêtes sur l’enquête

« Le Soir » du lundi 26 août 1996 page 10

Othello n'était pas une opération parallèle menée à l'insu des parquets, dit la gendarmerie.

A Liège, le procureur général Anne Thily est chargée par le ministre de la Justice Stefaan De Clerck d'effectuer un relevé précis et d'analyser tous les devoirs effectués dans l'enquête sur la disparition de Julie et Mélissa.

Trois questions importantes se posent. Toutes les informations relatives aux projets de Dutroux d'enlever des enfants ont-elles été transmises, et à quelle époque, par la gendarmerie aux parquets de Charleroi et de Liège ainsi qu'à la juge d'instruction Martine Doutrèwe?

Le parquet de Charleroi a t-il transmis toutes les informations qui étaient destinées à Liège?
On sait en effet qu'une opération de gendarmerie baptisée « Othello » fut déclenchée à la mi-1995 (après les disparitions de Julie et Mélissa, en juin, et d'An et Eefje, en août) sur base d'informations connues depuis octobre 1993, relatives aux travaux que Marc Dutroux effectuait dans ses caves, à son intention de kidnapper des enfants, de les séquestrer et de les vendre à l'étranger.
Marc Dutroux fut mis sous surveillance à la fin d'août et en septembre 1995 par les gendarmes du Posa de Charleroi.

Vendredi, la gendarmerie précisait que ces informations avaient été exploitées sous la coordination du bureau central de renseignements (BCR) et que la magistrature de Charleroi comme celle de Liège en furent régulièrement informées.

Le dernier rapport écrit de la gendarmerie, daté de novembre 1995 et communiqué au parquet de Charleroi, a t il été transmis à Liège
C'est la question que le procureur général de Mons, Georges Demanet, a dû poser ce week-end au procureur du Roi de Charleroi M. Marchandise, revenu de vacances en raison des développements de l'enquête.
Samedi, dans un nouveau communiqué relatif à l'opération « Othello », la gendarmerie affirmait avec force qu'il ne s'agissait pas d'une opération parallèle de la gendarmerie montée en dehors de l'autorité judiciaire

1) Afin de confirmer par des constatations précises les informations fournies par un informateur, une observation fut installée durant quelque temps (unités Posa de la gendarmerie);

2) Ce dispositif d'observation fut appelé « Othello »;

3) L'attribution d'un nom code est une pratique policière courante afin de garantir la discrétion. Sans discrétion aucune observation valable n'est possible;

4) Ce dispositif fut installé avec l'accord du parquet de Charleroi qui fut également informé du résultat;

5) L'autorité judiciaire de Liège a également été mise au courant. Cette autorité y a donné suite en prescrivant un devoir judiciaire subséquent;

6) Affirmer par conséquent qu'"Othello » a été une initiative individuelle et parallèle et qu'elle eut lieu sans information et accord des autorités est absolument fautif et mérite une rectification vigoureuse.

A Liège, on affirme tout aussi vigoureusement, tant au niveau du parquet qu'à celui de la juge d'instruction, n'avoir pas reçu d'information à ce sujet. On répète à Liège que la juge Doutrèwe savait qu'on indaguait sur un suspect à Charleroi mais que les gendarmes de la BSR de Seraing qui enquêtaient sur Dutroux avec leurs collègues de Charleroi ne lui avaient donné qu'un minimum d'information.

A noter dans ce même contexte qu'en août 1995, à l'époque où eut lieu une réunion de coordination entre les BSR de Seraing et de Charleroi avec le BCR, ce bureau central diffusa aux unités territoriales de gendarmerie un « avis non urgent » sur Dutroux, destiné à faire surveiller les neuf véhicules qu'il utilisait (l'avis comportait principalement la liste des véhicules et des plaques d'immatriculation), n'indiquant pour tout «modus operandi » de Dutroux: en relation avec des faits commis sur des mineurs d'âge et sur des faits d'effraction contre les propriétés, et annotant la rubrique rapprochement avec d'autres délits» d'un seul mot, «inconnu ».

Les éléments d'information relatifs à d'éventuels manquements au niveau de la magistrature seront soumis au procureur général de Cassation Jacques Velu et, sur des manquements dans les services de police, au Comité P (de contrôle des polices), avait annoncé jeudi le ministre de la Justice.

RENÉ HAQUIN

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Des liens avec les dossiers Cools et Mathues

« Le Soir » du lundi 26 août 1996

Certains éléments de l'enquête menée à Neufchâteau sur Marc Dutroux et ses complices permettent de se demander s'il existerait des liens entre le dossier Dutroux et d'autres affaires criminelles non élucidées, comme le dossier Cools.
Dutroux et ses complices Bernard Weinstein (le Français abattu par Dutroux probablement en novembre 1995), Michel Lelièvre (arrêté le 13 août), Michaël Diakostavrianos (arrêté la semaine dernière), tous à un titre ou l'autre informateurs de policiers ou de gendarmes, étaient aussi soupçonnés de se livrer à un trafic de véhicules volés. Peu après la surveillance de Dutroux par les gendarmes du Posa en août et septembre 1995, trois adolescents (dont une fille) auraient volé deux véhicules à Dutroux qui, pour les récupérer, avait, avec l'aide de Bernard Weinstein, enlevé les trois jeunes.

Samedi, le journal « De Morgen » a publié la suite de l'histoire telle que relatée par Raymond Vertessen, un commissaire de la police de Charleroi.
Le 4 novembre 1995 au soir,Dutroux et Weinstein ont séquestré chez ce dernier à Jumet, pendant cinq heures, les trois jeunes, les droguant avec des gouttes. Les deux garçons étaient enchaînés.
Un complice de Dutroux chargé de les surveiller a quitté la maison peu avant minuit, les croyant endormis jusqu'au lendemain. La fille s'est éveillée, s'est enfuie et a alerté la police. Une brève fusillade a eu lieu avec les policiers,Weinstein et l'autre complice étant revenus sur les lieux. Personne ne fut blessé.
La police trouva chez Weinstein des documents de voitures et de camions volés. Dutroux, brièvement interpellé, fut laissé en liberté. C'est sans doute après cette interpellation que, certain d'avoir été «donné par Weinstein, Dutroux l'a liquidé. Réarrêté le 7 décembre 1995 dans le cadre de ce trafic de véhicules, Dutroux minimisa les faits en rejetant toute la responsabilité sur Weinstein qui, disait il, avait voulu donner une leçon aux trois adolescents.

Bernard Weinstein, recherché et restant introuvable, le juge Lorent de Charleroi crut aux propos de Dutroux et le remit en liberté le 20 mars dernier. Avec l'accord du parquet et sans avoir informé le ministre de la Justice (en vue de révoquer l'arrêté de 1992 libérant Dutroux sous condition, comme l'exige la loi).
Nous étions persuadés à l'époque que la séquestration des trois adolescents n'était liée qu'au vol des voitures, explique le commissaire Vertessen.

Un éventuel lien avec l'affaire Cools ?
L'un des patrons du trafic de véhicules volés est proche de Mauro De Santis, un des Italiens du dossier des «titres volés.
C'est chez De Santis qu'avait eu lieu le 5 décembre 1991 «la nuit des braquages»: armes aux poings, la bande des Albanais de Schaerbeek réclamait des comptes à propos des titres à Pino Di Mauro et au gendre de Todarello.
C'est à cette bande de voleurs de voitures qu'on avait aussi demandé au début de 1991 d'acheminer une voiture à Tongres. Pour évacuer le tueur d'André Cools, a dit plus tard Todarello.

Par ailleurs, l'enquête sur Dutroux a permis la saisie de grandes quantités de médicaments utilisés pour endormir ses victimes. Or dans l'enquête sur la mort de la jeune Laurence Mathues, disparue le 28 août 1992 vers 9 h 30, à l'entrée du parc Walibi où elle était jobiste, et dont le corps fut retrouvé le 8 septembre à Franc-Warêt, recouvert de branchages, l'instruction du juge namurois Jean Pierre Marotte a conclu contre l'avis du père de Laurence,qui fit appel en vain,a un suicide probable et à un transport du corps. L'autopsie avait révélé l'absorption de Seconal (barbiturique mortel) et d'une surdose de Loramét. Un tranquillisant dont la présentation est identique aux plaquettes de cachets saisis en grand nombre dans les maisons de Dutroux...

R. Hq.
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Quand une marche silencieuse fait du bruit

« Le Soir » du lundi 26 août 1996 page 10

Une marche silencieuse aux flambeaux avait été organisée à Verviers, vendredi soir, pour rendre hommage à Julie et à Mélissa et remettre des revendications aux mandataires politiques de la région.

Cette marche a • recueilli un très grand succès. De 7.000 à 8.000 personnes y ont participé, ce qui fait près de 10 % de la population verviétoise.
Cela se passait dans le silence et la dignité. Jusqu'à ce que, à la fin, quelques trublions perturbent cette attitude.

Les marcheurs remettaient alors leurs revendications aux autorités judiciaires, puis aux responsables politiques, tous partis confondus.
Ces revendications portaient sur quatre points, suivant en cela celles de la pétition lancée par Marie-France Botte : une application plus sévère des peines en cas de pédophilie, un meilleur suivi thérapeutique et social des auteurs, un meilleur suivi psychologique et social des victimes, le vote d'une loi sur l'incompressibilité des peines.

C'est alors que quelqu'un s'empara du micro et lança un appel à la peine de mort, qu'une partie de la foule suivit. «On lança ensuite des photos de Julie et de Mélissa dans le public et certains se bousculèrent même pour s'en emparer.
Le recueillement n'était apparemment plus de mise...

Les organisateurs en sont déçus. Ces scènes choquantes, disent-ils, ne reflètent pas la manifestation elle-même, elles ne sont le fait que d'un petit groupe de personnes, qui, à elles seules, ont tout fait dégénérer.
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Les pétitions ce n’est pas nous

« Le Soir » du lundi 26 août 1996 page 10

Les parents de Julie et de Mélissa n'ont donné leur accord sur aucune des multiples initiatives qui se prennent actuellement au nom de leurs filles, « initiatives dont un grand nombre viennent de l'ASBL Marc et Corine», ajoutent-ils.
Dans un communiqué diffusé samedi, les parents des deux petites victimes affirment que, malgré les dissensions qui existent entre eux, l'ASBL Marc et Corine « n'a pas eu le courage de dissiper d'elle-même suffisamment tôt la confusion qui règne dans le public à propos de l'image de Julie et de Mélissa et leur association ».

Les parents ajoutent que cela les oblige à proclamer qu'ils se dissocient de toutes les initiatives prises au nom de l'immense émotion soulevée par la mort de leurs deux filles.
Ils répètent qu'ils n'ont rien à voir dans les pétitions qui circulent actuellement, notamment celle sur les peines incompressibles initiée par l'ASBL Marc et Corine, et ce en dépit du fait que les noms de Julie et de Mélissa y soient associés sur des milliers de feuilles.
Ils se dissocient également de «toutes les manifestations spectacles à court terme et non réfléchies, comme celle qui a eu lieu vendredi à Verniers » .

Les parents de Julie et de Mélissa tiennent par ailleurs à rappeler que le seul compte bancaire sur lequel peut être versé tout don est le numéro: 240-0285928-73 et qu'il n'ont donné leur autorisation pour aucune autre collecte.

Notre combat ne s'arrête pas. Nous ne nous reposons pas, mais nous ferons connaître en temps utile sa portée, pour que Julie et Mélissa soient toujours vivantes et que nous ne soyons jamais désappropriés de leur image », ont ils enfin tenu à dire.

Rappelons aussi que les parents des deux petites filles ont lancé un appel pour que l'on cesse de leur rendre visite ou de leur téléphoner et qu'on les laisse à leur deuil. (Belga.)
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Ce qu’on dit de Claude Thirault à Grez Doiceau

« Le Soir » du lundi 26 août 1996 page 10

L'Opel Kadett rouge est toujours parquée devant la petite maison blanche, le long de la chaussée de Wavre. C'est la voiture de Claude Thirault, arrêté vendredi après-midi à Grez-Doiceau. Il roulait comme un fou dans le centre de Grez, se souvient un jeune du village.
D'autres ajoutent : Normal, avec ce qu'il buvait.

Claude Thirault était venu habiter la commune en octobre 1995. Il habitait seul avec ses deux garçons (3 et 5 ans) dont il avait la garde. Il racontait que sa femme l'avait quitté, et le fait de se retrouver seul avec deux très jeunes enfants avait d'abord suscité un certain mouvement de sympathie autour de lui. Qui n'a pas duré. Certains dénoncent aujourd'hui sa brutalité à l'égard de ses gosses.

L'aîné était très perturbé, mais il recevait aussi pas mal de coups. Aujourd'hui, certains gestes, certaines propositions deviennent évidemment l'objet de toutes les interprétations. Comme cette invitation faite par Thirault d'aller, seul, à Aqualibi, avec une gamine de Grez pour fêter son anniversaire. Tous ses voisins immédiats ne sont pourtant pas aussi hostiles.

Il avait un comportement normal, assène avec force le propriétaire de sa maison, visiblement très surpris par son arrestation. Il m'avait expliqué à mots couverts avoir eu des problèmes avec son propriétaire précédent (Dutroux).
Le jour où on a arrêté Dutroux, il regardait la télévision avec moi et il s'est exclamé: « Mais, c'est mon ancien propriétaire! » Rien de plus.

Claude Thirault portait toujours des lunettes noires, pour cacher les séquelles d'un accident de moto (il était borgne). Il vivait de la mutuelle et de petits travaux en noir, mais il semblait avoir beaucoup d'argent, racontent certains.

Depuis deux ou trois semaines, pourtant, il semblait être aux abois et réclamait le paiement de petites dettes à tous ceux qui lui devaient de l'argent.

M. Vdm.
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Des noms oui, mais pas de suite

« Le Soir » du lundi 26 août 1996 page 10

Depuis plusieurs jours, sur la base de quelques informations prudemment distillées par la presse, des déductions de Marie-France Botte et des déclarations du père d'An Marchal, chacun croit savoir que le juge d'instruction Connerotte dispose de listes de clients de Marc Dutroux. Des clients achetant ses vidéocassettes ou louant ses prisonnières. Des clients fortunés et donc puissants qui seraient en même temps ses protecteurs...

L'hypothèse suscite d'autant plus d'intérêt que le procureur du Roi de Neufchâteau a assuré, vendredi soir, lors d'un débat télévisé à la RTBF : Toutes les personnes qui auront été identifiées sur les cassettes seront poursuivies... si on me laisse faire.

Sans doute est-il donc utile de faire le point sur ces rumeurs. Le procureur Michel Bourlet a maintes fois répété que, pour l'instant, il ne dispose pas de listes de clients de Marc Dutroux.
Et cette affirmation nous est confirmée par d'autres sources. Toutefois, au cours des nombreuses perquisitions déjà effectuées, les enquêteurs ont relevé, dans des agendas, sur des documents de diverses natures, quantité de noms et d'adresses.

Sans doute des noms de clients de Dutroux se trouvent-ils dans ce « fatras ». Le long travail d'enquête qui s'engage consistera à découvrir qui, victimes et bourreaux, est filmé dans ces cassettes et pourquoi Marc Dutroux et ses complices étaient en relation avec les gens dont ils avaient noté les coordonnées.

Pour des raisons parfaitement normales? Parce qu'ils étaient mêlés à l'un des trafics de Dutroux ? Mais lequel ? Les filles, les vidéos, les voitures?
À ce propos, on notera encore que Michel Bourlet a précisé que sa phrase assassine « Si on me laisse faire... » ne se rapportait pas à un incident qui serait survenu dans un autre dossier de pédophilie. Il refuse de dire à quel dossier il pense, mais selon nos informations, le procureur de Neufchâteau faisait sans le moindre doute référence au dessaisissement du juge Connerotte dans «l'affaire des titres volés », en connexion avec l'affaire Cools (une procédure d'appel est d'ailleurs engagée contre cette décision de dessaisissement).

Hier, le père d'An Marchai a confirmé à la chaîne de télé flamande VTM que des informateurs lui avaient transmis de telles listes de clients, dont quelques-uns qualifiés « d'importants ».
Mais il a précisé que ces listes de clients pédophiles n'étaient pas ou pas directement en relation avec l'affaire Dutroux.
Sans doute est-ce aussi le cas pour les informations dont Marie-France Botte dispose. Selon nos informations, ces listes se rapporteraient aux clients du réseau Cries mis au jour il y a quelques années.

Dans ce contexte, on notera enfin que certains enquêteurs s'interrogent sur trois décès étranges intervenus récemment. Il s'agit d'un Bruxellois décédé d'un arrêt cardiaque et de deux Namurois qui se seraient donné la mort.

ALAIN GUILLAUME

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