dimanche 7 août 2016

MARTIN LIBRE !! -- !! HONTE !! HONTE !!

Celle qui a laissé mourir de faim et de soif

les petites Julie et Mélissa  

est libre  !!
HONTE A CEUX QUI ADMETTENT

QUE CETTE CRIMINELLE MONSTRUEUSE

PEUT SORTIR DE PRISON !!

RIEN N'A CHANGE DANS CE PAYS !!

---QU'EN PENSENT LES 300.000 CITOYENS DE LA GRANDE MARCHE BLANCHE 

D'OCTOBRE 1996 ???



samedi 30 octobre 2010

20 OCTOBRE 1996 !!


Certains voudraient bien nous faire oublier cette date !!



video

jeudi 17 décembre 2009

Le Livre d’or des enfants disparus(«Libre Belgique » 19 décembre 1996 pg 17 à 24)


Le Livre d’or des enfants disparus

Vous avez été plusieurs milliers à partager le choix de la rédaction de la « Libre Belgique » qui vous proposait, en cette année exceptionnelle, de désigner les enfants disparus et leurs familles comme « Personnalité Libre 1996 »

Voici quelques extraits :

Détermination, persévérance des parents face à un système nébuleux, face à l’incrédulité de la nation et face à la méprise de tous les systèmes.

Des gens du peuple, guidés par leur amour parental et les droits de l’enfant, ont tout donné pour percer cette indifférence, cette hypocrisie, ce mépris, cette haine, ces plans machiavélique.

Par-dessus « notre » pauvre Belgique, dite démocratique, au nom de toutes les victimes, leurs parents nous donnent à chacun une leçon de dignité, de tolérance, de solidarité, de conscience, de vie et d’humanité.

Merci, aussi, à tous ceux qui veulent ce « Monde meilleur »

Gh. JOSKIN ,4000 Rocourt

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C’est avec des yeux qui ont pleuré que l'on voit les choses telles qu'elles sont.

Nous comptons sur vous et vous aiderons à faire cette lessive indispensable, ce sera notre façon de garder vos enfants dans nos coeurs

Maurice Maurice LUCA , (6950 Nassogne)

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De tout coeur avec vous dans votre immense peine, je suis heureuse de pouvoir vous dire toute mon admiration pour votre courage, votre détermination, pour le calme et la force avec les quels vous lutter pour la vérité, alors que vous pouviez vous replier sur votre douleur.

C'est par vous que beaucoup de choses pourront changer en Belgique....et ailleurs, pour plus de justice.

Nous comptons sur vous. Merci.

Janine ANEL (7500 Tournai)

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Toutes les bonnes volontés du monde, tous les élans du cœur ne suffisent jamais à ressentir dans ses entrailles ce qu’un parent vit et souffre dans cette douleur de calvaire mortel de son enfant ,cependant ,chacun peut « grâce » où « à cause » de cet événement ,relativiser son quotidien en donnant une échelle de valeur à ses propres soucis si souvent bénins et se tourner vers l’autre qui souffre plus que lui. C’est cela, la compassion.

En cette fête de Noël, je prierai pour que chacun de vous trouve la paix, celle qui vient de l’enfance,la vraie.

B.DEBLIQUIS (7022 Nouvelles - Hainaut)

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Nous voulons compatir à votre douleur et vous dire combien votre courage et votre dignité impressionnent .Nous voudrions aussi vous dire combien votre action est providentielle et génératrice d’union des citoyens, qu’ils soient du nord où du sud où des populations immigrées.

Edmond BUDZINSKI (7333 Tertre )

Messages («Libre Belgique » 19 décembre 1996 pg 16)


Vous êtes notre force

« La Libre Belgique » du jeudi 19 décembre 1996 page 16

Triste est l'état de dame Belgique. A peine s'était-elle réjouie en août de retrouver deux de ses enfants, qu'elle revêtait déjà un manteau de deuil.

Tout d'un coup, le temps s'était arrêté. La terre a semblé avoir cessé de tourner. Le monde pouvait s'écrouler à l'étranger que cela n'avait aucune importance.

Les médias se sont focalisés sur une chose, les enfants disparus. Cet intérêt est apparu tellement paradoxal par rapport à l'indifférence dans laquelle les parents ont vécu et dans laquelle certains vivent toujours.

Et puis, le peuple a presque pris d'assaut cet imposant édifice que l'on appelle palais de Justice un jour où l'on a dessaisi un certain juge d'instruction dont beaucoup ne connaissaient jusqu'alors même pas les fonctions. Les rues de la capitale furent inondées d'une marée humaine un certain 20 octobre comme une révolution silencieuse, comme une promesse de changement : jamais plus rien ne sera pareil.

Ne pas oublier parce qu'oublier, c'est les condamner. Ne pas oublier parce qu'oublier, c'est aider les monstres qui les ont enlevés. Ne pas oublier parce qu'oublier, ce serait les trahir. Toujours espérer. Toujours espérer parce que l'espoir fait vivre.

Toujours espérer parce que l'espoir permet de continuer.

Toujours espérer parce que, tant qu'on espère les retrouver vivants, ils sont vivants.

Toujours espérer parce que l'espoir est plus fort que tout.

Aux trois cent mille marcheurs blancs. A tous ceux qui nous portent dans leur coeur. A tous ceux qui nous soutiennent. Vous êtes notre force. Vous êtes l'espoir de changement. Vous restez près de nous. Nous comptons sur vous.

Nabela Benaïssa, la soeur de Loubna

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PLUS ",Julie An Mélissa EEfje" ÇA !

« La Libre Belgique » du jeudi 19 décembre 1996 page 16

Plus « Jamee » de laxisme infanticide, plus « Jamee » de clientélisme partisan, plus « Jamee » d'affairisme irresponsable, plus « Jamee » d'obscurantisme influent, plus « Jamee » de démission citoyenne, plus « Jamee » d'amateurisme coupable, plus « Jamee » de complicité sordide, plus « Jamee » d'égoïsme confortable, plus « Jamee »de politique nombriliste, plus « Jamee » de mercantilisme inconséquent, plus « Jamee », plus «Jamee» d'intolérance imbécile, plus « Jamee » de surdité aléatoire, plus « Jamee » d'inhumanité policière, plus « Jamee » d'incurie médiatique, plus « Jamee » de cécité intermittente, plus « Jamee » d'économisme assassin, plus « Jamee » de priorités inversées, plus « Jamee de détricotage social, plus « Jamee » de paupérisation de l'enseignement, plus « Jamee » de lynchage empressé, plus « Jamee » de désacralisation familiale, plus « Jamee » de myopie environnementale, plus « Jamee » de désolidarisation inter-régionale,...

Voeu pieux ? Peut-être... Mais il est intéressant de noter que voeu et vote ont la même origine étymologique... Et, si le premier n'est pas exaucé, rien n'empêche de changer le second !

Et mes excuses aux parents des enfants disparus dont les initiales n'ont pas trouvé place dans ce slogan publiforme...

Benoît

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Lettre à Margot

« La Libre Belgique » du jeudi 19 décembre 1996 page 16

Ma petite fille du bout du monde, aux yeux d'amande.

Après trois ans et demi à te ballotter de Bangkok à Phnom Phenen passant par Rangoon, rêvant toutes deux de nuits où les tirs dans les rues ne viendraient plus nous réveiller en sursaut, rêvant de Bruxelles, d'opéra et de mille activités, la découverte de Sabine et Laetitia et par la suite, de Julie et Métissa,deux petites filles enlacées dans l'horreur, d'An et Eefje... Nous rêvions d'un pays en paix et nous avons trouvé le chaos.

Le regard des familles, de Gino, Carine, Louisa et Jean-Denis, leur dignité face à la détresse ultime.

Combien de fois me suis-je demandé, petite Margot, si je pourrais survivre à un tel drame?

Nous pensons souvent, toi et moi, aux enfants abîmés rencontrés dans la rue, aux petits morts trop nombreux du centre de nutrition de Phnom Phen et à nos petits amis sur les lignes de front.

Une longue histoire est née entre les étoiles, une petite fille et sa maman. Nous, il nous arrive souvent de regarder la nuit, les étoiles, en voulant croire que tous ces enfants sont là-haut. Là où tu dis toujours qu'il doit faire très doux. Là d'où on peut regarder ceux que l'on aime.

Tu m'as dit un soir que nous devions regarder les étoiles de Julie et Mélissa. Tu n'as que 4 ans et demi, mais les enfants ont la pureté et la vérité. Moi qui souhaitais un retour à Bruxelles, pour que tu vives normalement une vie d'enfant. Depuis 3 mois, tu fréquentes ton école accompagnée d'un gars de la police judiciaire. Les menaces pleuvent et l'angoisse a fait place à cette sérénité que nous attendions.

Continuer, à quel prix ? La question se pose tous les jours... Pourtant, dans nos grands moments de tendresse, puisque tu es à toi seule la fragilité et la confiance de tous les enfants réunis, mon coeur me dit que pour toi, pour tous les enfants de l'ombre, nous devons nous battre.

Tu es ma gigantesque vitamine quand de ta petite voix tu me dis : « Tu exagères, maman. ».

Marie-France Botte

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A tous les parents , à tous les enfants

« La Libre Belgique » du jeudi 19 décembre 1996 page 16

Ne pouvant pas remercier tout le monde individuellement, je profite de ces quelques lignes pour dire combien toutes les marques de sympathie reçues m'ont réconfortée. Je vous envoie à tous un petit message : il ne faut j’aurais perdre espoir et continuer à croire en la bonne volonté des gens.

Moi-même j'ai retrouvé le sourire et j'espère que pour 1997 le soleil brillera dans toutes les familles de Belgique et d'ailleurs. Je souhaite un joyeux Noël et une bonne année au monde entier !

Laetitia

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Par la même occasion, je souhaite une bonne année 1997 à toutes les personnes ayant participé aux recherches de Laetitia, en particulier à l'asbl Marc et Corinne, aux gendarmes, policiers, magistrats...

Et bonne année à toi, Laetitia !

Claude, le parrain de Laetitia

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Nous avions rêvé...

« La Libre Belgique » du jeudi 19 décembre 1996 page 16

Nous, parents d'enfants disparus, avions rêvé d'une immense marche blanche dédiée à nos enfants pour que plus jamais personne ne puisse rester sourd et aveugle aux cris et aux larmes des plus petits qui souffrent encore, pour que plus jamais aucun adulte ne mette rien au dessus de l'intérêt et de la protection de nos enfants.

Nous avons rêvé ensemble, nous avons discuté ce rêve, nous avons imaginé comment le faire exister, nous en avons cherché les moyens et puis, un jour d'octobre, il s'est concrétisé.

Sans doute étions-nous si nombreux à faire le même rêve en secret, si nombreux et si seuls à la fois dans sa tête avec ce rêve.

Il a suffi d'un élan, d'un appel pour que 300.000 personnes se rassemblent autour de ce même rêve.

Il a suffi d'un rendez-vous fixé en un lieu, une date et une heure.

Un rendez-vous dont les médias voulaient bien faire part à tous et relayer, un rendez-vous que nos autorités voulaient bien nous accorder, un rendez-vous auquel, par ailleurs, vous avez bien voulu vous rendre. il a suffi de bien vouloir prendre un peu de son temps et de son courage pour marcher.

Et la marche blanche de nos rêves était née

Carine Russo, la maman de Mélissa

Nous avons écrit (Le Roi veut toute la clarté)(Libre Belgique »19 décembre 1996 pg 14)


Le Roi veut toute la clarté

« La Libre Belgique » du jeudi 19 décembre 1996 page 14

11 septembre 1996

Voici le texte intégral du communiqué diffusé mardi par le Palais royal :

Le Roi et la Reine ont poursuivi lundi leurs contacts avec les familles des enfants disparus. Comme chaque citoyen, les Souverains ont été frappés par leur dignité et leur courage.

Les parents des enfants disparus ainsi que les Souverains ont été touchés par l'extraordinaire courant de solidarité qui a traversé notre pays. Il n'a connu ni frontière linguistique ni écarts entre générations ni différence entre immigrés et belges.

Ce midi, le Roi a reçu le ministre de la Justice pour lui transmettre une lettre d'observations et de questions suite aux rencontres qu'il a eues avec les familles.

Le Roi a rappelé qu'une clarté totale doit être faite sur ce drame, ses origines et toutes ses ramifications.

Sur le plan national, le Roi s'est engagé vis-à-vis des familles des victimes à poursuivre avec elles, ensemble

avec le ministre de la Justice, des spécialistes et des hauts fonctionnaires compétents, un dialogue concret sur les mesures prises et à prendre pour combattre la pédophilie et la traite des êtres humains chez nous, en Europe et dans le monde. Une première réunion aura lieu en octobre.

Il est en outre certain que sans porter atteinte à l'indépendance du pouvoir judiciaire, essentielle à notre démocratie, une réflexion de fond doit être conduite et poursuivie, qui doit mener à une justice plus humaine et plus efficace. Elle doit aussi mettre en place les contrôles internes et externes, et une formation plus adéquate pour permettre au pouvoir judiciaire de mieux faire face à l'évolution de la criminalité.

Il ne s'agit pas de généraliser les critiques mais de corriger et d'améliorer ce qui doit l'être là où c'est nécessaire. Tous ceux qui sont engagés dans les enquêtes judiciaires doivent être encouragés à poursuivre

leurs efforts jusqu'au bout.

Sur le plan international,une réunion des ministres de la Justice et de l'Intérieur des pays de l'Union européenne se tiendra à la fin de ce mois et sera consacrée notamment à la répression de la pédophilie et la traite des êtres humains.

Nos ministres y préciseront un certain nombre de mesures concrètes prises par la Belgique et qui devraient être renforcées à l'échelle européenne. Une autre section sera également menée au sein des Nations unies pour combattre ces fléaux à l'échelle mondiale.

Le ministre de la Justice a également informé le Roi des résultats des réunions tenues concernant l'enquête sur l'assassinat du ministre d'État André Cools. Là aussi toute la clarté doit être faite.

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Une foule contre le mal

« La Libre Belgique » du jeudi 19 décembre 1996 page 14

Lui a-t-on assez répété qu'il ne comprenait rien ! Rien à la complexité des pouvoirs, rien à la subtilité des règles juridiques ! Il a répondu dimanche, le bon peuple, par un après-midi doux et gris, sous un ciel couleur d'âme au lendemain de douleur. Il a répondu d'un coeur fort, innombrable et monolithique : la justice est comme l'affection, simple, belle et évidente. Elle est comme ces gens qui ce matin ont quitté leurs foyers, comme ces minuscules ruisseaux qui, de tous les coins habités du pays, ont conflué vers les villes et forment maintenant un fleuve énorme coulant puissamment entre deux murs gris.

Prendre un enfant par la main, sur le dos et dans une poussette, venir en mère, en père, amener le fils-frère du héros du Huitième Jour, ne porter comme emblème blanc qu'une chevelure vieillissante, mais être là, à applaudir en cadence les parents meurtris et dignes, à siffler aussi, pour bien faire entendre que calme et dignité ne peuvent être confondus avec bêtise et naïveté.

Les murs se renvoient l'écho à l'infini alors que deux cortèges convergents se heurtent, puis se mêlent à la suite des parents et que les rues parallèles s'emplissent du trop plein des boulevards. Les murs résonnent et tremblent, submergés par la vague blanche, comme une voie lactée, sueur lumineuse de l'âme pure des enfants.

Que tombent ces remparts de briques, Julie, Mélissa, An, Eefje, Élisabeth, Loubna, Nathalie, Laetitia et Sabine, si vous ne fûtes pas bien-aimées ! Si vous ne l'êtes pas plus encore aujourd'hui, dans vos familles, dans votre immense famille enfin réunie. Cette foule, Julie, alors que tu écrivais seule ton joli nom sur le mur sale de ta prison...

Un enfant chante Duteil, les parents disent des mots tendres et durs. On se sèche la joue d'un revers de manche avant d'applaudir pour ne plus pleurer. Comment ne pas comprendre, alors que les yeux les plus arides et les visages les plus durs se mouillent, les larmes de Bourlet et Connerotte ?

Comment admettre les devoirs mal faits, les coeurs restés insensibles devant l'inquiétude dévorante des parents, quand tout était possible ?

Des colombes s'envolent par dessus la foule, par dessus cette multitude éclatée en autant d'idées de la justice et de la société qu'elle compte d'individus, mais qui rejette d'une même haine le monde noir et sous-terrain du vice innommable, le monstre diffus et griffu qui tient encore ses victimes. Face à lui, on dirait aussi que s'avance une louve géante au corps ondoyant de colère.

Lorsque vient le crépuscule, ils continuent à progresser par centaines de milliers alors que déjà les convois reforment une étoile pour ramener chez eux ceux des premiers rangs.

Les uns comme les autres savent que jamais pourtant la nuit ne tombera sur cette journée, que jamais rien ne pourra obscurcir ni l'effet ni le souvenir de la marche claire d'un peuple contre le Mal.

Jean-Marie BARON.

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Notre devoir

« La Libre Belgique » du jeudi 19 décembre 1996 page 15

4 novembre 96

Les Belges ont peur que les enquêtes en cours sur l'existence de réseaux pédophiles, en lien ou non avec l'affaire « Dutroux-Nihoul », n'aboutissent pas. Ils le redoutent parce que des informations ont filtré sur l'implication dans ces dossiers de gens puissants -politiciens, magistrats, hommes d'affaires -.Est-ce la crainte de découvrir que notre «système»est davantage atteint qu'on ne le pensait par les métastases de ce mal et que la santé démocratique de notre pays pourrait en être irrémédiablement affectée ?

Ou n'est-ce pas plutôt la peur diffuse d'être abusé par l'alliance objective de tous ceux qui, à différents niveaux, s'arrangeraient pour que la vérité ne soit jamais connue, et que les enquêtes s'engluent?

Nous disposons, comme d'autres médias, d'informations sur l'évolution des enquêtes; celle sur Dutroux et consorts, mais aussi celles qui ont été ouvertes à propos de faits graves commis dans le passé et qui, dans certains cas, continuent de se commettre.

Nous nous sommes engagés auprès du Parquet à ne pas en divulguer la teneur. Nous avons pris un tel engagement parce que, à l'heure actuelle, nous avons confiance. Nous savons que ces enquêtes progressent.

Nous voulons qu'elles aboutissent et donc, que des preuves ne soient pas détruites, que de faux alibis ne soient pas construits, que des témoins ne soient pas terrorisés jusqu'à ce qu'ils se rétractent.

Des enquêteurs et des magistrats scrupules aujourd'hui comme hier travaillent, plus efficacement désormais parce qu'ils se sentent soutenus par une pression positive de l'opinion. Des parlementaires veulent faire éclater la vérité, même si c'est aux dépens de certains de leurs « amis » politiques. Il faut les encourager, les uns et les autres, et préserver cette volonté d'aboutir.

Dans ce cadre, des journaux - dont « La Libre Belgique » - tentent de jouer pleinement leur rôle. Pas celui de « justiciers blancs », ni de Zorro, ni de redresseurs de torts. Nous aussi, nous devons chaque jour trouver l'équilibre entre une mission d'information - notre devoir premier - et un rôle de vigilance démocratique, - notre fierté -. Rechercher en permanence cet équilibre, c'est notre honneur.

L'exercice est difficile. Exemple : nous comprenons mal que des parlementaires, membres de la commission d'enquête, se livrent à des commentaires publics à l'issue des réunions qu'ils ont eux-mêmes décidé de tenir à huis clos.

Mais nous recueillons de tels commentaires et nous les relayons pour que l'équilibre soit trouvé entre l'indispensable efficacité des travaux de la Commission et la transparence minimale que réclame légitimement la population, échaudée par des expériences multiples de dissimulation ou d'asphyxie de la vérité.

Il n'y a donc pour personne de leçons à donner à quiconque.

Mais bien des questions à se poser, y compris à soi-même. En conscience.

La Belgique vit, on l’a dit, un temps exceptionnel d'où peut sortir le pire - on ne peut s'empêcher de le craindre – mais aussi le meilleur, et nous voulons y croire. Chacun - citoyens, magistrats, mandataires, médias - doit y jouer pleinement son rôle.

LA LIBRE BELGIQUE

Hommage (Libre Belgique du 19 décembre 1996 pg 12 et 13)



Hommage

La Libre Belgique du 19 décembre 1996 pages 12 et 13

A Sabine Dardenne ,12 ans (Photo 1)


Laetitia Delhez ,14 ans (Photo 2)


Eefje Lambrecks et An Marchal ,19 et 17 ans (Photo 3)


Elisabeth Brichet ,12 ans au moment de sa disparition le 20 décembre 1989 (Photo 4)


Loubna Benaïssa ,9 ans en août 1992 (Photo 5)


Julie Lejeune ,8 ans (Photo 6),


Mélissa Russo ,8 ans (Photo 7) ,


à Nathalie , Ken, Gevrije , Liam , Kathrym , et tous les autres enfants volés ou disparus

Nous avons écrit (Douleur...)(Libre Belgique »19 décembre 1996 pg 10)


DOULEUR

« La Libre Belgique » du jeudi 19 décembre 1996 page 10

19 août 1996

Peut-on imaginer enchaînement plus horrible, plus sordide, plus révoltant; en un mot, plus inhumain?

La libération, jeudi 15 août, des deux dernières fillettes disparues, Sabine et Laetitia, avait ranimé l'espoir de retrouver vivants les enfants dont on était sans nouvelles depuis plusieurs mois, ou plusieurs années.

La terrible phrase de Dutroux - « je vais vous donner deux filles » - avait certes suscité un intense soulagement, mais aussi la perspective de découvertes moins heureuses, surtout lorsqu'on la rapprochait de certains témoignages de voisins, faisant état des travaux à la grue et à la bétonneuse effectués nuitamment dans différentes habitations du couple pervers.

L'exhumation des corps, sans vie depuis plusieurs mois, de Julie et Mélissa, les déclarations de Dutroux quant à la manière dont les deux fillettes sont mortes, ses aveux et les témoignages à propos des sévices sexuels endurés par les fillettes enlevées, d'autres éléments encore comme la torture infligée aux enfants à qui il faisait croire que leurs parents s'en désintéressaient; tout cela mérite bien un mot souvent galvaudé, horreur.

Il n'y a plus de faits divers, il n'y a plus d'éditions spéciales, il n'y a plus d'articles à écrire. On ferme les yeux, on pense à ces fillettes, et la douleur inracontable enserre le coeur, quand elle ne durcit pas les poings.

Aujourd'hui, leur souffrance est terminée. Celle de leurs parents, elle, débute. L'attente, l'espoir, l'inquiétude, la colère parfois ont alimenté chacune de leurs journées depuis que leur enfant a disparu.

Maintenant, la détresse est sans fin, innommable.

Ce ne sont pas des téléspectateurs, des voisins, ou des concitoyens, qui ont appris, écoeurés, ce dénouement samedi soir. Ce sont des centaines de milliers d'hommes et de femmes, parents eux aussi, parfois simplement dans leur coeur, qui ont partagé la souffrance des Russo et des Lejeune.

Cette sympathie - spontanée, vraie, intense - se manifeste de manières diverses, parce que notre société est plurielle. Certains crient leur colère avec virulence, d'autres ont discrètement renoncé à la fête qu'ils préparaient, d'autres encore se sont recueillis, seul ou dans leur communauté paroissiale.

Depuis samedi, notre pays ressent une de ces émotions imprévisibles qui emportent l'ensemble de la collectivité nationale, comme après une catastrophe - le Cazier, l'Innovation - ou comme après la mort du roi Baudouin.

Peu importe le nombre de victimes ou leur notoriété. Cette fois, « on » a touché à des enfants, on les a enlevés, torturés, abusés, vendus peut-être et puis on les a achevés ou laissés mourir. On a meurtri tous les enfants, on a violé l'enfance, cette part de nous même à laquelle nous tenons le plus parce que nous l'avons désirée, portée, élevée. Cette part de nous-même que nous respectons le plus parce qu'elle est innocente, et qu'elle représente cet idéal que - hélas! – nous ne parvenons pas à atteindre.

Aujourd'hui, seule compte cette douleur de quelques-uns, que veut partager à sa manière l'ensemble de la communauté.

L'heure des questions, des accusations, et surtout des réponses qu'il faudra y apporter, l'heure de la sanction aussi, viendra vite.

Que ce soit pour Dutroux et ses complices, pour ceux qui, éventuellement, auraient profité de son odieux commerce, pour ceux qui l'ont protégé. Que ce soit aussi pour ceux - responsables politiques et judiciaires - qui ont commis des erreurs, voire des fautes, dans l'exercice de la mission qui leur avait été confiée.

Afficher l'heure de la douleur et de la peine, ce n'est pas sous-estimer l'ampleur de l'incompréhension et de la révolte à l'égard de certaines décisions qui ont été prises, ou d'autres qui ne l'ont pas été, à temps en tout cas. Cette incompréhension et cette révolte nous habitent tous, tellement fort qu'elles poussent à les crier plus qu'à les exposer. L'heure de cette mise à plat viendra, comme arrivera aussi celle du deuil pour les parents et les proches des petites martyres. L'une et l'autre seront nécessaires à chacun pour que, avec la détermination et la sérénité d'une société adulte, nous puissions que se reproduise demain ce qui s'est passé hier, et dont la seule évocation nous fait aujourd'hui si mal.

Jean-Paul DUCHATEAU.

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Le chagrin de la Belgique

4 septembre 1996

Les enquêteurs et, avec eux, toute une opinion bouleversée arrivent peut-être au bout de l'interminable cauchemar. Celui dans lequel s'est enfoncé, au fil des jours, ce que l'on n'ose plus appeler « l'affaire » Dutroux tant l'expression, si souvent utilisée en d'autres circonstances, paraît ici dérisoire.

Restées vaines malgré les aveux de l'assassin de Julie et Mélissa, les fouilles avaient laissé percer un espoir, celui de voir d'autres fillettes disparues toujours en vie, ici ou ailleurs. Cet espoir, après tant d'autres, est brutalement déçu.

Du coup, c'est tout un pays qui se retrouve prisonnier d'un drame dont on mesure encore mal le véritable traumatisme qu'il laissera dans sa population. Un drame dont il sera temps, plus tard, de découvrir s'il était évitable mais dont il faudra, sans prétextes ni détours, révéler les causes mais aussi les responsables. Et, bien sûr, les remèdes.

Par-delà, le malheur infini et la douleur indicible de parents dont la peine n'a d'égale que la dignité, les belges sont en train de vivre ce qui apparaîtra sans doute plus tard, bien plus tard mais jamais trop tard, une véritable révolution de société. D'une société à laquelle la cruauté d'un Marc Dutroux interdira de se laver les mains de ses crimes. Une société qui ne pourra pas ne pas se sentir responsable de la tragédie qu'elle vit.

Pour que le sacrifice - parce que,sans doute, en est-ce un - de quelques innocentes ne sombre pas dans l'absurde, cette révolution devra prendre la forme d'une prise de conscience.

Conscience que, si le mal a toujours été présent dans toutes les sociétés de tous les temps, cette présence ne peut servir d'excuse à s'y résigner encore. Conscience que, lorsqu'on atteint le fond - et, sans doute, l'atteint-on cette fois –, on se doit de remonter au risque de périr.

Une société qui engendre un Dutroux - et ce n'est pas chercher à le disculper que de l'armer - a le devoir de chercher les gènes des monstruosités dont celui-ci s'est rendu coupable. Il est sans doute facile, en I'occurence, de parler d'appât du gain, de laxisme dans les moeurs, de perversité ambiante.

Facile et peut être même dangereux.

Il n'en reste pas moins qu'il y a, dans un quotidien qui est tout de même le nôtre, trop de facilités voulues ou acceptées. Trop de laisser aller, de laisser-faire, d'à quoi bon. Plus assez de retenue, ni de discrétion, ni de cette pudeur qui a fait la vraie dignité des hommes. Plus de limite à la perversité de l'argent et à l'argent de la perversité. Et trop, beaucoup trop de cette hypocrisie qui masque le pire et paralyse le meilleur.

De tout cela, le deuil étant passé sinon la douleur, il faudra que la Belgique reparle. Son chagrin est aujourd'hui trop profond pour que demain, il soit ravalé avec ses larmes.

Robert VERDUSSEN.

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Une heure sépare le paradis de l'enfer

« La Libre Belgique » du jeudi 19 décembre 1996 page 11

Jumet, Marcinelle, Sars la Buissière...Reportage sur les lieux des crimes.

A Hasselt, l'attente se prolonge pour les parents d'An et Eefje, qui gardent espoir

30 août 96

Les travaux d'excavation et de fouilles du chalet, du hangar et du terrain de la rue Daubresse, à Jumet, ont été interrompus jeudi vers 16 h 30. Les conditions météorologiques, réellement épouvantables,empêchaient les fouilles de se poursuivre. Il semble que les enquêteurs disposent d'une déclaration de Michèlle Martin, l'épouse de Marc Dutroux, à qui ce dernier aurait dit qu' il avait éliminé An et Eefje .

A Hasselt, les parents Marchal gardent espoir : « C'est a M. Bourlet de chercher la vérité. Nous ne croyons que ce qu'il trouve. »

LES CHEMINS DU MAL

Il y a une heure de route entre le paradis et l'enfer, entre le bonheur indicible des choses simples et l'innommable horreur. Moins d'une heure entre Liège et Charleroi, entre Grâce et Marcinelle, d'une autoroute où passent chaque jour des milliers de véhicules, chacun transportant des hommes, des femmes, des enfants,

avec leurs soucis, leurs espoirs et leurs problèmes quotidiens.

Parfois aussi une camionnette blanche, plus banale que les autres, où deux fillettes luttent contre le somnifère

que vient de leur injecter un effrayant inconnu et qui dans leur semi-inconscience se rendent compte qu'elles viennent d'être arrachées, peut-être pour toujours, au monde heureux de leur enfance.

Était-il utile, quinze jours après la découverte des corps martyrisés de Julie et Mélissa, quatorze mois après leur rapt, à l'heure où les parents tentent de résister à la folie où d'insupportables visions risquent de les entraîner, où d'autres connaissent encore les affres de l'angoisse, où l'enquête continue à fuser dans tous les sens, était-il utile de revisiter les lieux symboliques désormais connus de chacun ?

Fallait-il tenter d'établir une topographie des chemins du mal, de mettre en relation les deux pôles géographiques du drame ? Certes les endroits ne sont pas indifférents, encore qu'ils pourraient être interchangeables, ni la distance qui les sépare, ni le temps, qui est mouvement dans l'espace, changement des lieux, mutation des êtres (brèves minutes de la chute dans l'univers de la cruauté, heures lentes de la mort par la faim, des années pour aimer un enfant, une seconde pour le perdre)...

Utile à coup sûr, ne fût-ce que pour découvrir, comme tant d'autres avant nous, la parfaite banalité des lieux, leur quotidienneté anodine, face au caractère extraordinaire des faits qui s'y sont déroulés. Impensable que des crimes qui resteront sans doute pour la Belgique des plus atroces du siècle, aient eu pour cadre des quartiers que rien ne distingue de ceux que nous traversons tous les jours, à la campagne ou en banlieue industrielle.

Ce fut à vrai dire un pèlerinage irréel dans la réalité la plus ordinaire. L'ancien village de Mons-Crotteux s'étend sur deux collines se faisant face et les rues qui le parcourent sont bordées autant de prairies que d'habitations. Sur chacune de ces collines,de nouveaux lotissements se joignent aux vieux quartiers : Mélissa habitait dans l'un d'eux sur la colline de Crotteux, Julie sur la colline de Mons.

Une seule église, une même école communale où les fillettes se retrouvaient. Un seul patro et un même cours de danse. Elles parcouraient quelques centaines de mètres pour rejoindre le bungalow de l'une ou l'autre, logis si semblables dans leur coquetterie, par le souci de jeunes couples de se donner un cadre agréable et d'y élever des enfants heureux.

Aujourd'hui que le malheur a frappé, les pelouses sont recouvertes de bouquets et les fenêtres de portraits souriants de naguère.

Un mot gentil des parents - soulignera-t’on jamais assez leur dignité, et notamment la remarquable stature intellectuelle et morale de M. Russo ? - demande quelques jours de tranquilité. Les passants déposent des fleurs, s'inclinent et s'éloignent...

A l'église, les gerbes sont restées sur l'autel. Le curé répond à la demande d'un comité de La Louvière qui se propose d'amener dimanche un autocar de septante personnes.«Nous ferons une courte veillée de prières, recommande l'abbé, car c'est ce qui manque le plus à notre société...»

Au pied du parvis, trois dames prennent accord pour la marche silencieuse qui aura lieu dimanche. Elles se rappellent les deux joyeuses petites : « On n'a jamais vu de choses aussi horribles nulle part, il fallait que cela arrive dans notre petit village. »

Au cimetière proche, où les voitures venant du pays tout entier font la file pour se ranger, le fossoyeur fait la même réflexion : « Inimaginable, surtout ici... » C'est sans doute ce que leur diraient aussi bien des gens dans la plupart des régions du pays. Parmi les familles qui se recueillent devant les tombes où la terre fraîche disparaît sous les fleurs figure presque toujours une petite jeune fille. Le fossoyeur creuse une fosse juste à côté : « A l'avance, pour ne pats être pris de court. »

C'est ce rude pelleteur qui a préparé la dernière demeure des corps de Julie et de Mélissa : « J'ai pleuré pendant deux jours sur ma bèche... »

L'école communale affiche le deuil; la cour proprette et le préau coloré sont encore vides pour quelques jours.

Comme elles sembleront légères les obligations quotidiennes au regard de la fin de tout !

SE DISSOCIER

Pas ici ! Aux deux pôles de la tragédie, dans le monde des victimes et dans celui des assassins, c'est comme

si on se refusait à admettre l'existen ce du mal absolu qui vient d'être révélé. Les affichettes, les drapeaux en

berne, les manifestes de vengeance ou de réflexion qu'affichent autant que Mons-Crotteux le joli village sambrien de Sars-la-Buissière et les quartiers carolorégiens de Marcinelle et de Jumet, s'ils expriment la volonté des habitants de voir l'enquête poussée jusqu'au bout (« Plus jamais cela »), marquent aussi le désir de se dissocier des faits immondes et de leurs auteurs. Et plus que la honte d'avoir enfanté et abrité un monstre - le ministre des Affaires étrangères lui-même ne reconnaissait-il pas à Stockholm que le pays tout entier est recouvert par l'ombre de l'infâmie ? -, il faut y voir la négation, le refus d'admettre l'existence de pareilles déviations au coeur de l'homme.

La peur peut-être de regarder en soi-même et d'y découvrir des zones d'ombre, non certes comparables aux abîmes de perversion qui viennent d'être mis au jour, mais des sentiments qui ne jaillissent pas de la meilleure part de nous-mêmes, comme celui, qui, dans un premier temps, nous ferait crier « A mort » avec les Loups.

FOI EN L'HOMME

C'est probablement à proximité du pont de l'autoroute où elles aimaient aller faire signe aux automobilistes que Julie et Mélissa ont été enlevées. Ce pont, qui porte désormais un drapeau noir, a vu repasser la camionnette qui emmenait les fillettes vers l'enfer, livrées à des êtres abjects pour qui un enfant adoré ne vaut pas plus qu'une voiture volée, basculant à jamais dans un univers où elles devenaient de la chair, l'exact opposé du leur, incompréhensible. Cette autoroute est aujourd'hui le moins réel des liens entre les deux mondes : l'intense réseau d'informations, et surtout d'émotions, englobe dans une même réprobation toute la population. Dans une même incompréhension. Même les enquêteurs les plus aguerris n'avaient jamais voulu croire à l'existence d'un prédateur unique, d'une audace effroyable, repérant des enfants dans toute la Belgique, les enlevant et les emmenant dans un de ses repères.

Ce n'est pas qu'une image : c’est vraiment au bout du monde que l'autoroute a transporté Julie et Mélissa.

Cette rue de Marcinelle achoppant sur la sinistre clôture du chemin de fer, surplombée par un viaduc routier aux piliers de briques sales, représente une certaine image de l'enfer.

Laideur, grincements métalliques, vacarme des moteurs : aucune des personnes que nous y avons rencontrées n'a voulu reconnaître qu'elle y habitait. Pourtant, il s'y trouve sûrement une majorité de braves gens, peut-être les plus indignés d'entre nous.

La pluie tombait sans cesse, pénétrante jusqu'aux os, et on ressentait comme un malaise physique dans ce quartier où plusieurs fillettes ont connu un calvaire dégradant, où Julie et Mélissa sont mortes de faim, oubliées dans des geôles étroites. Monde souterrain et obscur, infernal dans tous les sens du mot.

C'est là qu'a été piétinée aussi, comme on l'a écrit, l'illusion enfantine qui vivait en nous, cette part d'innocence perdue mais jamais oubliée, cette foi dans l'homme, dont l'expression ultime est aujourd'hui la colère et la répulsion. D'avoir connu l'ignominie de nos semblables nous rend présente la pensée d'un de nos plus généreux génies, Beethoven, écrivant : « La seule supériorité est celle de la bonté. » Cette réalité est aussi forte que tout ce qui précède.

Jean-Marie BARON.

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