vendredi 18 juillet 2008

Pas de bâton dans les roues('DH'mardi 27 août 1996 pg3)


Pas de pression sur Bourlet, insiste le ministre de la justice

Pas de bâton dans les roues

«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 3

Bruxelles - Stefaan De Clerck a réuni la presse, hier après midi pour faire le point sur l'affaire Dutroux. L'occasion, pour le ministre de la Justice, de faire le point sur plusieurs éléments versés au dossier.

-Sur les rumeurs concernant d'éventuels bâtons jetés dans les roues des enquêteurs. « L'enquête continue, avec tous les moyens souhaités, sans aucun obstacle, sans aucune intervention. Je tiens à réagir contre les rumeurs faisant état de possibles interventions.

Personnellement, je n'ai connaissance d'aucun élément qui pourrait nuire au travail, remarquable, de Neufchâteau. Il convient donc de rejeter toutes les spéculations à ce propos. »
Et d'insister: « l'ensemble du gouvernement souhaite que cette enquête se poursuive. Il faut terminer tout ce qui a été commencé et ce dans les plus brefs délais. »

-Réagissant aux propos, tenus sur la RTBF, par Michel Bourlet : « Ses propos ont été mal interprétés. Il ne m'appartient pas de donner ma propre version de ses déclarations, mais je peux vous confirmer - et il en est, lui aussi, convaincu - qu'il ne fait l'objet d'aucune pression.
Qu'il ait sa propre idée sur d'autres affaires, c'est son problème.

Mesures provisoires
-Sur sa rencontre, dans la matinée, avec Jean-Luc Dehaene. « J'ai eu un long entretien avec le Premier ministre, au cours duquel j'ai fait le point sur les recherches menées durant son voyage à l'étranger.

Nous nous sommes par ailleurs mis d'accord pour présenter au conseil des ministres du 30 août un premier paquet de mesures qui, grâce à l'existence de la note d'orientation, n'ont pas dû être prises dans l'improvisation. »
Refusant d'en dévoiler le contenu, Stefaan De Clerck se contente de préciser « qu'il s'agira de solutions provisoires, en attendant que ne soit terminé le projet global de réforme du système pénal.

- Sur la mission confiée à Jacques Velu. « Le procureur général auprès de la Cour de Cassation doit faire l'analyse de l'enquête dans sa globalité. A lui de déterminer si des manquements ont été commis aux parquets de Mons ou de Charleroi. Tous les documents nécessaires lui ont été transmis, il peut donc commencer à travailler. Aucun délai ne lui a été imparti.

- Sur la tâche dévolue à Anne Thily. « Je lui avais déjà demandé d'élaborer un rapport relatif au travail exécuté à Liège. Je l'ai en plus priée d'analyser, dans un plus bref délai, la nature des renseignements transmis par les gendarmes au juge d'instruction liégeois. Ses conclusions seront comparées a celles rendues par la gendarmerie.

- Sur la requête de la commission de la Justice, qui réclame les dossiers du cabinet Wathelet.
«J'ai écrit à mon prédécesseur pour lui demander de transmettre toutes les informations requises.

- Sur la nomination de Zicot au grade d'inspecteur principal à la PJ de Charleroi. « Il s'agit d'une promotion automatique. Cet agent répondait aux conditions, il a donc été nommé en vertu d'une application correcte de la législation.

- Sur les accusations de Marie France Botte. « Je la rencontrerai le 3 septembre. J'espère qu'elle me transmettra alors une note ou des renseignements précis.

Suites de Kinkempois
Le ministre de la Justice recevra par ailleurs dans les prochains jours une lettre signée de l'avocat d'une des petites victimes du curé de Kinkempois et de ses complices.
Celui-ci, relayant les sentiments de sa jeune cliente, s'inquiète des bruits faisant état d'une prochaine libération des pédophiles et demande à Stefaan De Clerck de le «rassurer».

Véronique Lamquin
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Un policier hollandais :Harry le nez débarque

«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 3

AMSTERDAM - Un nez de l'armée de terre néerlandaise spécialisé dans la recherche de cadavres va participer aux fouilles des maisons de Marc Dutroux, principal suspect dans l'enquête sur les rapts d'enfants en Belgique, a indiqué lundi le ministère néerlandais de la Défense.

Le lieutenant Harry Jongen, mondialement connu pour son sens olfactif sans pareil, est arrivé hier en Belgique à la demande du procureur du Roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, chargé de coordonner l'enquête.
Selon le ministère, il est accompagné de ses deux collègues du service d'exhumation et d'identification de l'armée de terre néerlandaise.
En 27 ans de carrière, Harry le nez, comme on le surnomme aux Pays-Bas, s'est rarement trompé, l'emportant même sur des chiens dressés.
Il a permis de faire progresser de nombreuses enquêtes criminelles dans son pays, prêtant par ailleurs son concours à des opérations d'exhumation à l'étranger. Il s'est ainsi rendu en 1993 dans l'ex-Yougoslavie pour y rechercher des victimes de guerre

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Demanet se blanchit

«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 3

MONS -Au lendemain de l'arrestation de Georges Zicot, inspecteur principal à la PJ de Charleroi, les médias évoquent les relations passées, tendues, entre ce dernier et M. Georges Demanet, procureur général près la Cour d'appel de Mons.
Et on reparle de la Porsche volée de son fils, Philippe Demanet, par ailleurs expert automobile auprès du parquet de Charleroi.
M. Georges Demanet nous a dit ce qu'il savait sur les deux sujets.

- Avant son arrestation de samedi, que saviez-vous de M. Zicot ?
- Georges Demanet : « Je savais qu'il était inspecteur principal à la PJ de Charleroi, pour le trafic de voitures. Ce samedi, vers 18h, M. Van Dooren, magistrat national, m'a informé par téléphone,
Georges Zicot était arrêté pour une affaire grave, disait-il. Puis, lors de la conférence de presse de M. Bourlet, j'ai appris la teneur des inculpations : faux, usage de faux, association de malfaiteurs... ainsi que les noms de deux autres personnes arrêtées : Thierry Dehaan et Gérard Pinon ».

- Que savez-vous du passé judiciaire de Zicot ?
- G. Demanet : « Le 8 février 1994, le directeur de la compagnie d'assurances Axa m'a fait part de la découverte, en Italie, d'une Mercedes 250D volée à Zaventem. Une demande de prime liée à l'information m'a interpellé; le nom de Zicot était cité. Aussi, j'ai envoyé une apostille au chef de la 23e brigade de la PJ, afin que l'on me tienne informé, et que tout devoir utile se réalise. L'affaire a été mise à l'instruction pour trafic de véhicules, non pas à Charleroi ou Mons, mais à Bruxelles (magistrat Lafineur), par souci d'objectivité. Zicot a été appréhendé, interrogé; puis relâché.
Tandis que le comité P poursuivait l'enquête. Attention l'arrestation de ce week-end est consécutive elle, à l'enquête de Neufchâteau... dont je ne sais rien de plus que sur l'instruction de Bruxelles ».

- Votre fils a été cité par plusieurs médias hier. Où en est l'instruction concernant sa Porsche volée en Espagne?
- G. Demanet- « Mon fils Philippe, expert automobile, est un dingue de voitures, et s'était acheté (contre mon conseil) cette Porsche 911 en leasing, pour un peu moins de 3 millions de francs, auprès de la sprl Adam, à Charleroi; le gérant était un de ses amis.
La voiture avait été précédemment volée..mais pour des motifs techniques, informatiques
(lesquels ?),ils ne le savent pas. Il a placé sur sa Porsche, une plaque spéciale (LRS 911) qui lui avait coûté 25.000F. Pour se rendre en Espagne, il avait utilisé une plaque doublon, connaissant le risque de vol de plaques dans ce pays. Il possédait la voiture depuis peu (un mois ?) quand il a entrepris ce voyage : la voiture a été volée, et n'est jamais réapparue. Il possédait toujours la plaque d'origine ! ».

- Où en est l'enquête ?
- G Demanet- « C'est un certain Thierry Dehaan qui a effectué l'enquête, qui a duré quelque 8 mois.
Pendant ce temps, mon fils a continué de payer la société de leasing.
Puis, un rapport final a estimé que rien ne permettait de soupçonner mon fils. L'assurance Royale Belge a alors indemnisé la société de leasing ».

- Mais on a parlé d'une autre voiture volée, dans un hangar?
- G. Demanet- « Voilà un an, le magistrat bruxellois a ordonné une perquisition chez Philippe (donc dans mon immeuble), puis dans un hangar appartenant à un dépanneur à Ransart. Là se trouvaient des voitures que Philippe Demanet devait expertiser, ainsi qu'une Porsche, de rallye, qui lui appartenait. Elle a été examinée ce véhicule était bien distinct de sa Porsche volée. Suite à ce dernier épisode, mon fils, dégoûté, l'a revendue... Combien? A perte en tous cas. Toujours dans le cadre de cette affaire, mon fils doit être entendu à Bruxelles le mois prochain. Pour que la clarté soit faite sur tout cela

Propos recueillis par G.M.
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Mme Thily a entendu différents investigateurs

A qui profite tant de laxisme ?


«La Dernière Heure » du mardi 27 août 1996 page 3

LIÈGE - Depuis pratiquement 14 mois, les parents de Julie et Mélissa crient à l'injustice. Dès la disparition des petites, ils ont en effet dénoncé certains égarements des autorités judiciaires. Selon eux, l'enquête était effectuée de manière peu limpide. Durant pratiquement 14 mois, les parents ont été considérés par certains comme des révoltés essayant d'attirer l'attention sur eux. Et pourtant...

Le 18 août, alors qu'ils avaient appris la veille la mort de leurs enfants, les parents ont prononcé de terribles paroles : « C'est la pédophilie qui les a tuées. Mais également les balbutiements et les errances d'une enquête menée par des professionnels réduits à espérer, selon de vieux principes, que le temps fasse son oeuvre pour résoudre les énigmes et que l'élément déclenchant surgisse ».
La raison de ce laxisme: mystère...
Mais sans doute jamais les parents n'ont ils osé penser qu'il était volontaire !

Critiques des parents

Dans les critiques adressées par les parents, c'est le nom de la juge d'instruction liégeoise, Martine
Doutrewe, qui était le plus souvent cité. Il est vrai que la magistrate liégeoise a été souvent pointée du doigt, de même que son collègue de la PJ, M. Lamoque.
Certains éléments indiquent cependant que les manquements pourraient être imputables à d'autres personnes.
L'enquête a été menée de plusieurs côtés : la PJ liégeoise, la juge d'instruction censée diriger toute l'opération et la cellule Julie et Mélissa, composée de gendarmes de la brigade de Grâce-Hollogne et
de la BSR de Seraing.
La communication entre ces quatres services a-t-elle bien fonctionné ? Il semblerait que non. Mais chacun actuellement campe derrière ses positions et il n'est guère facile de localiser l'erreur.
La gendarmerie de Charleroi a adressé plusieurs rapports à la cellule : l'un en juillet 95, le deuxième un mois plus tard et le troisième fin août de la même année. Tous faisaient état des agissements de
Marc Dutroux.
A la gendarmerie liégeoise, on affirme avoir transmis les documents à Mme Doutrewe. La juge d'instruction nie cependant avoir été mise au courant de ces documents confidentiels, si ce n'est « partiellement et verbalement»... Il semblerait même que ce soit par hasard que le juge Doutrewe ait pris connaissance du dossier relatif à l'opération Othello, nom de code relatif à la surveillance de Dutroux...
Pourquoi ces divergences dans les déclarations des autorités ?
Dans quel intérêt les documents auraient-ils été volontairement cachés au magistrat instructeur?
Actuellement, le mystère plane toujours...

Différentes auditions

A la demande du ministre de la Justice, M. Stefaan De Clerck, le procureur général de liège, Mme Anne Thily, a ouvert hier une enquête sur l'enquête. Durant toute la journée, des auditions ont été réalisées dans le bureau du procureur l liégeois. Mme Doutrewe a été entendue. Il semblerait également que le premier substitut, M. Hombroise, ait fait état de la situation à Mme Thily.
Dimanche, un commandant de gendarmerie du district de liège a été pour sa part entendu à Neufchâteau. Il aurait à nouveau été interrogé hier, par le procureur général de liège cette fois.

De tous côtés, on se refuse à commenter cette enquête sur l'enquête. C'est pourquoi autant de conditionnel doit être utilisé. Dans les prochains jours, Mme Thily rendra son rapport à M. De Clerck. On espère alors être en possession d'informations plus concrètes !

Nathalie Evrard

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