lundi 26 mai 2008

Week-end de douloureuse attente à Hasselt


Week-end de douloureuse attente à Hasselt

Ann et Eefje, de bons espoirs de les retrouver en vie

«La Meuse» du lundi 19 août 1996 page 12

Un week-end de douloureuse attente pour les Marchal, à Hasselt. Paul Marchai a eu, hier vers midi, un contact avec les enquêteurs qui lui ont bel et bien confirmé les propos encourageants et matinaux du procureur du Roi de Neufchâteau. « La bonne piste a été confirmée et on approche du but. Cela fait un an qu'on attend cela... »
Nous rappelait le papa. L'après-midi, le téléphone n'a pas cessé de grésiller chez les Marchal.
L'espoir de retrouver Ann et Eefje vivantes était bel et bien au rendez-vous.

« La maman d'Anthony De Clercq nous a téléphoné pour nous donner du courage. Je lui ai demandé d'évoquer avec le ministre l'histoire de cette libération anormale et aussi des dangers de ces spectacles d'hypnose. »

Il n'en démord pas. «Ann et Eefje n'étaient pas dans leur état normal en sortant de ce spectacle de mage au casino de Middelkerke. Je ne change pas d'avis sur ce point. Quand tout sera terminé, il faudra s'y attaquer.»

Moins médiatisés parce qu'ils ne le souhaitaient pas, les parents d'Eefje sont divorcés. Depuis la disparition d'Eefje, 18 ans aujourd'hui, la maman avait préféré se tourner vers des voyants et des médiums. Le papa, lui, travaillait à l'étranger. Vendredi soir, il a été rappelé d'urgence de France.

Foi
Depuis près d'un an, Dieu avait donné la foi aux Marchal. Catholiques pratiquants, les parents d'Ann puisaient leurs inébranlables forces dans la religion. Dans sa jolie maison d'Hasselt qu'il a transformée en véritable Q.G., ce couple limbourgeois a quatre enfants dont Ann, l'aînée de 20 ans.

Dès les premiers jours de sa disparition, Paul et Betty n'ont jamais cru à une fugue. Ce n'était pas dans son caractère.

Car, par exemple, «Ann téléphone toujours quand elle rentre tard ».En plus, l'ambiance familiale était au beau fixe. Ann avait juste préféré des vacances en compagnie d'amis, dans un bungalow de Marinapark, à Westende, à un séjour en famille en Espagne.

Durant l'absence de ses parents, elle s'était occupée de sa ménagerie, au fond du jardin où voisinent des clapiers à lapins, des pigeonniers et des cages de hamsters. Depuis début janvier 95, Ann faisait partie d'une troupe de théâtre. Cette grande fille très timide s'y est fait de nouveaux amis et a appris à s'extérioriser. « Avant de partir à la mer avec quelques amis de la troupe, elle nous a laissé une longue liste de tout ce qu'on devait donner à manger et les lapereaux qu'il y avait à vendre. »

Noël 95
Après le temps des battues est venu celui des rumeurs et des témoignages de tout acabit.

Le 20 septembre 95, un hélicoptère Sea King équipé de caméras thermiques avait repéré des traces suspectes au dessus des dunes de Westende. Mais le ballet de tracteurs et de pelleteuses n'a rien donné.
Début octobre, on apprend que les deux amies auraient été aperçues à plusieurs reprises sur la Costa Brava, dans le nord de l'Espagne. En choeur, elles auraient même interprété Let it be des Beatles dans un karaoké bar. « La maman d'Eefje ne croit pas à la piste espagnole. Depuis le début, elle fait confiance aux voyants plus qu'au parquet.

Je n'y crois pas aux voyants, même si on reste à l'écoute. Une soixantaine de voyants ont déjà voulu nous aider. » Paul Marchal entreprendra le voyage en Espagne et les pistera à Figueras, Lloret del Mar et Rosas. Mais sans succès.

Le 5 décembre, à l'image des parents de Julie et Melissa,ils reçoivent un nouveau coup en plein coeur. Trois mois à peine après la disparition de leurs filles, une missive officielle de l'administration leur annonce la radiation des allocations familiales. Comme si elles n'existaient plus.

Ce triste Noël-là, les parents Russo et Lejeune sont invités chez les Marchal. Près d'un sapin enguirlandé « j'ai encore trois autres enfants plus jeunes,je ne pouvais pas ne rien faire pour eux»,s'était presque excusée Betty Marchal, ils passeront la soirée à partager les terribles épreuves qu'ils traversent.

Au Nord comme au Sud du pays, on remue ciel et terre, enquête du moindre indice, de la plus minime piste.
« C'est au Visserskaai, à Ostende, qu'elles ont été finalement vues pour la dernière fois », soulignait, hier, Betty Marchal. Avant que Dutroux et ses complices ne repèrent les deux jeunes filles?

Caroline Geskens

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Loubna Ben Aïssa et Nathalie Geijsbregt :

Des liens de véhicules avec deux autres disparues

«La Meuse» du lundi 20 août 1996 page 12

Le lendemain de la disparition, le 5 août 1992, à Ixelles, de Loubna Ben Aïssa, fillette de 9 ans, une camionnette blanche rôdait dans les parages.


De celle qui a servi à Marc Dutroux et ses complices dans les affaires d'enlèvement de Julie et Mélissa et d'Ann et Eefje. Un véhicule qui est donc loin d'être au-dessus de tout soupçon ! La petite Loubna fait-elle partie des prochaines disparues que les enquêteurs s'apprêtent à retrouver ?

D'origine marocaine, calme et sérieuse, Loubna était aussi une petite fille sans histoire. Dès le départ de l'enquête, la famille certifie quelle n'aurait jamais fugué. Avec ses sept frères et sueurs, ils vivent dans une petite maison de deux étages, à Ixelles. « Elle ne serait jamais partie seule chez des amis, sans prévenir ma mère » confiait sa sueur aînée, Nabela.
C'est durant l'heure de midi, ce 5 août 92, que Loubna s'est évanouie dans la nature entre la maison et un magasin proche de là. Avec 40 F en poche, elle devait rapporter un pot de yaourt pour son petit frère de 7 mois. Loubna n'y est jamais arrivée.

Comme toutes les recherches sont restées vaines, cinq mois plus tard, les parents Ben Aïssa sont au désespoir. L'absence de nouvelles les soumet à une véritable torture. Ils décident alors d'offrir un demi million de francs pour obtenir des témoignages qui les aideraient à retrouver leur fillette de 9 ans. Ce n'est pas pourtant faute d'avoir cherché. Dimanche, on apprenait qu'il y avait aussi un lien entre cette camionnette blanche maudite et sa disparition.

La CX grise pour le rapt de Nathalie Geijsbregts

Et Nathalie Geijsbregts, 10 ans, de Bertem ? Retrouvée à Sars-la-Buissière, la CX Grise a bel et bien servi durant son enlèvement le 26 février 91, près de Louvain. Il y a plus de cinq ans déjà. Cette blondinette aux yeux bleus a disparu ce matin-là sur le chemin de l'école. Vers 7 h 30, ses parents l'avaient déposée' à l'arrêt de l'autobus scolaire, au carrefour Boskee-Foksweg, à Bertem-Leefdaal. Elle n'est jamais arrivée à l'école. Au même moment, une voisine avait aperçu une autre voiture, une vieille « Toyota » de couleur grise au capot ouvert, parquée à deux enjambées de l'arrêt d'autobus.

Militaire de carrière, le père de Nathalie avoue qu'il a aujourd'hui «peur de la vérité ». Et de déclarer ce week-end: « On peut supposer qu'il y ait un lien entre Nathalie et le réseau pédophile wallon. Les vieilles blessures se rouvriront à nouveau. Je constate que dans notre pays, il n'existe pas de distances. De Charleroi à Liège, Namur ou Bertrix, pour un réseau pédophile organisé, c'est la même distance que pour Leefdaal. Et je n'éprouve pas la moindre pitié pour ces kidnappeurs. »

C.G.


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Les négligences meurtrières de l’enquête

A plusieurs reprises,Dutroux a été surveillé et perquisitionné

«La Meuse » du lundi 19 août 1996 page 12

Le travail exceptionnel des enquêteurs de Neufchâteau ne met que mieux en évidence les lamentables carences d'autres parquets dans les multiples dossiers de disparitions d'adolescentes qui s'accumulent depuis des années dans notre pays.

Sans ces lacunes, Marc Dutroux aurait pu être arrêté beaucoup plus tôt et Julie et Melissa seraient peut-être encore en vie...

La première erreur monumentale du ministère de la Justice dans cette lamentable affaire a été de libérer anticipativement un individu aussi pervers et dangereux que Marc Dutroux.

Normalement, les condamnés libérés sous condition font l'objet d'une surveillance particulière. Or, personne ne s'est étonné du train de vie mené par les époux Dutroux.
Ceux-ci n'avaient aucun travail stable et bénéficiaient même d'une aide sociale.

Pourtant, ils disposaient d'une dizaine de maisons dans la région de Charleroi (certaines leur appartenaient, d'autres étaient louées). Michelle Martin circulait dans un mobilhome et Marc Dutroux avait les moyens de s'offrir un GSM.

Il y a trois ans, Marc Dutroux s'était même permis de doubler la mise d'un autre amateur et de verser 3 millions de FB cash pour acheter la maison de Sarsla-Buissière. Et personne ne s'est interrogé sur l'origine de ces revenus.

On sait que le parquet de Neufchâteau a réussi à remonter jusqu'à Marc Dutroux grâce à un témoin qui avait signalé la présence à Bertrix d'une camionnette blanche et avait relevé une partie de la plaque d'immatriculation. Pour recueillir ce genre de témoignage capital, il importe de réagir extrêmement rapidement. Or, dans la plupart des enquêtes de disparition, les parents se plaignent des tergiversations des enquêteurs qui ont perdu du temps. en privilégiant dans un premier temps la thèse de la fugue.

On apprend maintenant que la présence d'une camionnette blanche a été signalée dans trois autres dossiers de disparition:
Julie et Mélissa à Grâce-Hollogne en juin 1995, Loubna Ben Aïssa en août 1992 à Bruxelles et Ann Marchal et Eefje Lambrecks à Ostende en été 1995.

Chaque fois, des témoins avaient signalé une camionnette blanche rôdant dans les environs dans les jours qui ont suivi la disparition. Apparemment, la Cellule Disparition n'a jamais fait le rapprochement. Des pervers du genre de Dutroux qui ont cinq enlèvements de gamine avec séquestration et viol à leur actif, il ne doit pas y en avoir 50.000 en Belgique. D'autant qu'il n'a même pas pris la peine de changer de technique de rapt ou de lieu de séquestration par rapport à sa première vague de kidnappings...
On aurait au moins pu vérifier si lui ou ses proches ne possédaient pas une camionnette blanche.

On sait maintenant que Marc Dutroux a été soupçonné par le juge d'instruction liégeois qui a mené l'enquête au sujet de la disparition de Julie et Mélissa.
Dutroux a alors été surveillé pendant deux mois par le POSA. Deux perquisitions ont été effectuées à Sars-la-Buissière en août et septembre 1995. Ces perquisitions n'avaient rien donné.

Mais les enquêteurs n'avaient pas pris alors la peine de faire venir des détecteurs thermiques sophistiqués de Hollande. Afin de ne pas attirer l'attention de Dutroux au cas où il séquestrerait les enfants, ces perquisitions avaient été ordonnées sous prétexte d'une enquête dans le cadre d'un trafic de voitures. Pourtant, les enquêteurs n'ont trouvé ni la camionnette blanche, ni la fameuse CX grise saisie avant-hier sur le terrain de Sars-la-Buissière. On sait maintenant que les pneus de ce véhicule correspondent à des traces relevées dans le cadre de la disparition de Nathalie Geijsbregts a Bertem Leefdaal en février 1991. Ces maigres indices menant à Dutroux ont été négligés par les enquêteurs.

Manifestement, l'enquête du juge Connerotte ne fait que commencer. Si elle continue sur sa lancée, elle permettra probablement d'élucider une bonne partie de ces dossiers de disparition. Mais, que ces victimes soient encore en vie ou non, ce sera de toute façon trop tard. Le mal sera fait et les séquelles irréparables.

L'image de la justice ne sortira certainement pas grandie de cette affaire, pas plus que la confiance déjà fort ébranlée que les citoyens ont en elle...

E.Mathieu


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