lundi 26 mai 2008


Toutes les planques de Dutroux

«La Meuse» du lundi 19 août 1996 page 9

Tous les voisins n'en reviennent pas d'avoir côtoyé des monstres

SARS-LA-BUISSIERE:
Petit village paisible, entre Lobbes et Thuin. Il est devenu depuis samedi synonyme d'horreur et d'incompréhension. Les habitants sont partagés entre la colère et un sentiment de culpabilité. Mais qui aurait pu se douter de l'horrible vérité ? Marc Dutroux disait « s'entraîner » à manier son excavatrice.
En fait, il enterrait les deux fillettes.


Et peut-être d'autres encore. Pour pouvoir le faire à l'abri des regards, il avait acheté une maison au coeur du hameau de Rubignies, derrière un café et à côté d'un garage. Ainsi, le ferrailleur Dutroux pouvait travailler à construire sa façade de « chipoteur » de voitures.

Mont-sur-Marchienne
Entre août 1995 et août 1996, on a beaucoup vu Marc Dutroux aux abords des maisons à Mont-sur-Marchienne. Là même où hier, la protection civile de Ghlin retournait de fond en comble le jardin. C'était la maison voisine d'un ressortissant grec arrêté la semaine dernière et relâché faute de preuves, hier.
Dutroux y a effectué des travaux de terrassement.
« C'est vrai, nous confirme un voisin, en août 95, il est venu avec son bobcat (ndlr: petit bulldozer) ramener toute la terre derrière un mur qu'il venait de faire.Dutroux était plutôt poli, peut-être un peu trop, même un peu envahissant puisqu'il est venu nous proposer ses services pour des travaux que nous voulions faire. Il n'y a qu'une fois où il a eu une colère anormale: quand il a enfermé toute une journée son petit gamin dans une CX grise, en plein soleil. » « Il a passé une nuit sur place », précise la voisine.

Marcinelle
Avenue de Marcinelle, n 128. La maison où l'on a retrouvé Laetitia et Sabine jeudi dernier. Dimanche matin, et depuis trois jours, la rue est devenue un passage très fréquenté. On vient de loin pour « voir ». Des Carolos y amènent de la famille venue de France. Le défilé est incessant. Voir indécent. Moins lorsque vous parlez avec les hommes, les femmes et les enfants qui s'arrêtent. Ils ont des larmes dans les yeux et de la colère dans la voix. Ils viennent presque en pèlerinage.
Les voisins sont partagés entre une volonté d'en découdre avec Marc Dutroux et sa compagne, et un sentiment de culpabilité.

«Comment n'avons-nous rien vu, rien entendu. C'est vrai que cette cave était murée mais quand même... », explique une dame habitant juste à côté.
« Mon petit gamin est une fois rentré chez eux. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai tout de suite été le rechercher. Dutroux m'avait dit: « Quel beau petit garçon ». J'ai engueulé mon fils et lui ai interdit de recommencer. Parce que je trouvais Dutroux bizarre; Je ne sais pas pourquoi, mais c'était ainsi... »
Dans la porte du 128, un trou. Dans le trou, un petit billet. Sur le billet, une inscription:« Qu'on les pende ».

La Docherie:
Le 17 de la rue Jules Destrée à MarchienneDocherie est une des propriétés de Marc Dutroux. C'est là que résidait, depuis trois semaines, Michel Lelièvre, un des complices du couple infernal, arrêté aussi mardi dernier. Si l'on en croit les voisins, « Dutroux aurait hérité de cette maison d'un vieil oncle. Il y a de ça déjà plus de trois ans. Il n'a jamais habité ici. Il y faisait des travaux, ça oui, mais pourquoi faire... ? »
Et c'est vrai que, comme toutes les maisons où est passé Marc Dutroux, il règne au 17 de la rue Destrée un indescriptible capharnaüm blocs de béton, moteurs en pièces détachées, meubles esquintés... « Il était en train de réparer son toit. Un morceau envolé avait déjà endommagé le mien, précise le voisin. Les 20 m de rampe d'accès à la maison, c'est lui qui les a coulés. Il travaillait avec son bobcat. » Ce petit bulldozer est une autre constante,inséparable de l'individu.

« Nous ne parlions pas avec lui. Nous savions qu'il avait déjà été en prison, et pour quelles raisons. On se méfiait. J'ai aussi des enfants, dont une fille de 12 ans. Hier soir, elle a pleuré toute la soirée. Elle m'a dit: « Et s'il m'avait prise... »

Jumet
Dutroux a également été aperçu à Jumet. Il effectuait de fréquentes visites à son «copain» Bernard Weinstein aux numéros 63-65 de la rue Daubresse. Weinstein, dont on a retrouvé le cadavre à Sars-la-Buissière. «Il disait que la maison lui appartenait, explique M. et Mme Lips, des voisins.
C'était un drôle de gars, qui sortait tous les soirs, avec son camion ou sa moto. Mais vous savez, un jeune homme... On voyait bien que c'était un « branquignol » mais en même temps, une crème d'homme. Il ne faisait pas de bruit. On s'occupait même de son chien et de ses poules, qu'il oubliait parfois ».
Selon le couple de Jumet, Weinstein a disparu en novembre dernier, après une histoire de séquestration d'adultes dans sa maison.
« Quant à Dutroux et sa femme, il faudrait les enchaîner et ne plus les nourrir. Comme ils ont fait à ces deux pauvres petites chottes... »

Yvan Scoys

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L’enfance de l’assassin

«La Meuse» du lundi 19 août 1996 page 9

« Marc Dutroux était un gamin bien sage, qui jouait tout seul dans le jardin de ses grands-parents », se souvient-on à Jemeppe-sur Sambre

C'est le souvenir de ce Marc Dutroux-là qu'on a conservé à Jemeppe-sur-Sambre. Les voisins directs de la maison de ses grands parents maternels le revoient encore lorsqu'il venait passer quelques jours ici. Dans une grosse bâtisse située au 27 de la rue Léopold Lenoble.
Le petit Marc n'avait pas de copains,ce qui ne l'empêchait pas de jouer seul dans le verger familial.
Des grands parents, on ne conserve pas un souvenir impérissable. On dit qu'ils étaient très renfermés sur eux-mêmes, ne parlaient jamais à personne.
Marc Dutroux était l'aîné de cinq enfants. Quatre garçons et une fille. C'est aussi le seul mouton noir de la famille. Serge, le benjamin, s'est donné la mort par pendaison à la mort de leur grand-mère en 1992. Il n'aurait pas supporté la disparition de cette dernière.
Les deux autres frères sont facteurs, ils mènent une vie bien ordinaire, tout comme la soeur dont on est sans nouvelles à Jemeppe-sur-Sambre.

Enfant du divorce
Lorsqu'ils ont convolé dans les années 50, ses parents ont élu domicile dans une petite maison des grands-parents maternels à Obaix.
Peu de temps après, les jeunes mariés décident d'aller exercer leur profession d'enseignants au Congo. Avec Marc dans leurs bagages. Pour fuir les émeutes du début des années 60, ils reviennent en Belgique. Leur retour ne cimente pas leur couple qui bat de l'aile. Le père, dit-on, navigue de dépression en dépression. Le couple finit par se désagréger. Marc sera désormais, avec ses frères et sa sueur, un enfant du divorce.

Désormais, c'est leur maman qui les prend sous son aile protectrice à Obaix. Au fil des années qui s'écoulent, il gagne sa vie de bric et de broc. Il «chipote» déjà avec des voitures et s'attire des petits ennuis avec la police.
Lorsqu'il se marie, il déniche une maisonnette dans les bois d'Onoz ; elle appartient au Comte de Beaufort.
Le couple n'y reste pas longtemps car Dutroux fait déjà parler de lui pour tapage nocturne. Le comte a tôt fait de les expédier vers d'autres cieux.

Ferrailles et tapage nocturne

On perd sa piste un certain temps. Avant de la retrouver dans une charmante cité de Goutroux, rue des Anémones.
Les bonnes habitudes ne se perdent pas. Si Marc et sa première épouse se font très discrets durant la journée, ils mettent un point d'honneur à montrer qu'ils sont bien là la nuit venue. Pendant la journée en effet, ils sont sur les routes à bord de leur Renault 19 beige.
Le soir, lorsque Marc Dutroux tape comme un sourd sur les moteurs entassés dans le garage, les décibels de la chaîne hi-fi se déchaînent.

A l'époque, on se souvient dans le quartier que le couple Dutroux avait offert une forme d'hospitalité à un certain Jean Van Piteghem.
Ce dernier vivait dans une caravane installée face à la maison. Van Piteghem ne manquait jamais d'accompagner le couple Dutroux dans ses pérégrinations diurnes.

Les voisins se souviennent qu'il écoutait beaucoup Michel Sardou, c'était la grande époque des « Lacs du Connemarra ». L'un de ces voisins se souvient aussi que c'était quelqu'un de très affable. Toujours en salopette, sale et dégoulinant d'huile. Son épouse, Michelle Martin, n'était pas plus reluisante; elle portait souvent les mêmes habits.

Un père indigne... sûr de son bon droit

Bien que Marc Dutroux cultivât une très grande discrétion, il lui arrivait de temps à autre de tailler une bavette avec son voisin du n° 2. Ce n'était pas le cas de Michelle Martin. C'est à peine si elle disait bonjour, on finissait même par croire que cette grande jeune femme blonde était timide.
En fait, elle était à l'opposé de la première épouse qui s'est fait la malle avec ses deux gosses. Lasse peut-être de les laisser parfois livrés à eux-mêmes la nuit. Rue des Anémones, on se souvient des cris et des pleurs de ces enfants.
Un soir, deux voisins ont vainement tenté de les faire sortir de la maison. Peine perdue, les gosses étaient enfermés dans leur chambre.

Les rapports de « bon voisinage » n'empêchent pas les voisins d'alerter la police. On leur répond qu'on ne peut pas toucher au couple infernal car la BSR les a en point de mire.

A ceux qui manifestent l'envie de lui casser la figure, Marc Dutroux répond tranquillement qu'il a cité en justice le dernier qui a osé lui fendre la lèvre. Pour réclamer des dommages et intérêts.
Un beau jour, à la grande joie des plaignants, il disparaît de la cité goutrousienne. Le voilà de retour trois mois plus tard. Il soutient qu'il était parti se faire soigner pour une dépression. En fait, on est convaincu maintenant qu'il est allé passer un séjour à l'ombre.

En 1985, le couple plie bagage et déménage. On perd encore sa trace. On sait qu'il a vécu l'an dernier au 27 de la rue Léopold Lenoble à Jemeppe-surSambre. Au domicile, donc, de sa grand-mère décédée en 1992.
Depuis, cette maison est devenue une pomme de discorde entre lui et sa mère. Cette dame que l'on présente comme une « petite femme très coquette » a chargé la justice de l'en déloger.
C'est maintenant définitivement fait. On peut décemment le penser.

A.MADI


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PEINES INCOMPRESSIBES

Enorme succès pour la pétition de Marc et Corinne

«La Meuse» du lundi 19 août 1996 page 9

C'était à nouveau l'effervescence dimanche dans les locaux de l'asbl Marc et Corine. Les photocopieuses tournaient à plein régime.
Non pas cette fois pour imprimer un nouvel avis de disparition mais bien pour sortir le plus possible de formulaires de pétition en faveur de peines incompressibles pour les crimes les plus graves, dont bien sûr les rapts d'enfants.

« Nous avons été d'accord avec la suppression de la peine de mort puisqu'elle n'était plus appliquée, nous explique Jean-Pierre Malmendier, le papa de Corine. Mais en ce qui concerne les peines, il faut absolument que les décisions des juges et des jurés soient mieux respectées. Pour l'exemple que représente toujours la privation de liberté pour un criminel, mais aussi par respect pour la victime qui ne veut pas se retrouver face à son agresseur quelques mois plus tard.

Il faut rappeler que Melchior Wathelet avait à l'époque introduit un projet de loi portant en même temps et sur la suppression de la peine de mort et sur l'instauration de peines incompressibles (un laps de temps durant lequel un condamné ne pourra en aucun cas sortir de prison).
Son successeur au poste de la Justice, Stefaan De Clerck, a voulu scinder les deux dossiers.
Aujourd'hui donc, l'arsenal juridique belge ne possède plus la peine de mort et ne possède pas (pas encore?) de peines dites incompressibles.

Le journal La Meuse-La Lanterne a voulu s'associer à la diffusion de cette pétition que nous estimons pleine de bons sens et de respect.

C'est pourquoi nous la publions intégralement. A vous de la faire remplir par vos connaissances et de la renvoyer au siège de l'asbl Marc et Corine, rue des Vingt-Deux, 30, à 4000 Liège (Tél.: 041152.73.97).


Luc Gochel

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