dimanche 25 mai 2008

Les révélations d’interpol


Les révélations d’interpol

« La Wallonie » du lundi 24 juin 1996

Invité hier au Palais des Congrès de Liège, Jacques Mercier, chef de groupe à Interpol Lyon, a jeté un fameux pavé dans la mare, en expliquant publiquement que le juge d'instruction chargée du dossier "Julie et Métissa" avait refusé, dès le début de l'affaire, de transmettre à Interpol les portraits des deux fillettes de Grâce-Hollogne. Il avoue ne pas comprendre et n'hésite pas à parler de faute

Le Palais des Congrès de Liège a été le théâtre, hier après-midi,d'une très intéressante conférence débat, organisée dans le cadre du douloureux anniversaire de l'enlèvement de Julie Lejeune et Mélissa Russo, Conférence qui a d'abord- permis aux parents,
Comme c'était prévu, de communiquer une liste de 58 questions, très précises,"qu'ils se posent depuis un an sur le fonctionnement de la justice et la méthodologie de l'enquête concernant l'enlèvement d e leurs enfants.

De nombreux parlementaires belges Anne-Marie Lizin, Philippe Monfils, Pierrette Cahay,
Jacqueline Herzet se sont en suite succédés pour expliquer leurs différentes initiatives visant à
améliorer l'efficacité de la recherche d'enfants enlevés ou disparus. Parmi celles-ci, le projet Inter-police Enfant de la sénatrice et bourgmestre de Huy Anne-Marie Lizin, visant à la création d'une unité nationale d'intervention immédiate en cas de disparition ou d'enlèvement

« Il ne pouvait s'agir d'une fugue...»

Présentes aussi, plusieurs, personnalités étrangères, invitées à témoigner de leur expérience quotidienne quant au problème de la lutte contre la criminalité dont les enfants sont victimes. Et ici, c'est l'intervention de Jacques Mercier, chef de groupe à Interpol Lyon, qui a été la plus d’étonnante. Celui-ci a expliqué, en long et en large, pourquoi les portraits de Julie et Métissa n'avaient été diffusés par Interpol qu'au mois de novembre 1995, soit plus de quatre mois après l'enlèvement des deux fillettes.

«L'enlèvement de Julie et Mélissa a eu lieu un samedi», raconte-t-il. «Nous en avons été informés .le lundi ou le mardi par notre service de presse. Nous avons alors immédiatement pris contact avec notre agent de liaison en Belgique, qui s'est lui même mis en rapport avec la juge d'instruction en charge du dossier, pour obtenir les portraits des deux petites et les diffuser sur notre système informatique. Ce qui lui a été refusé, sous prétexte que, selon cette juge d'instruction, Julie et Mélissa étaient toujours sur le territoire belge... Il était pourtant évident qu'elles avaient déjà quitté la Belgique. Alors que, de toute évidence, il ne pouvait s'agir d'une fugue... »

Jacques Mercier poursuit : «C'est le 6 juillet, soit douze jours après !es faits, que nous avons diffusé internationalement le signalement de Julie et Métissa, mais sans leur photo. Nous n'avions en notre possession qu'une simple notice, dont nous avons dû nous contenter. Il faut savoir, en effet, qu'interpol ne dispose pas de pouvoirs supra -nationaux. En clair,nous pouvons suggérer à un État de faire quelque- chose, mais en aucun cas lui imposer d'agir... »

Mystère...

Parce qu'ils n'ont pas le choix,Jacques Mercier et son équipe font donc avec les moyens du bord, jusqu'à la fin d u mois d'octobre, qui coïncide avec la visite du procureur général de Liège Léon Giet au siège d'lnterpol, à Lyon. «Lors de cette visite, Léon Giet nous a demandé de voir les photos des deux petites. Nous ne les avions pas, bien sûr, puisqu'on n'avait pas voulu nous les transmettre. Nous avons tout expliqué au procureur général. Il était furax et a dû le faire comprendre dès son retour à Liège. Car les photos nous sont alors parvenues, début novembre, et nous les avons aussitôt diffusées sur le réseau... »

En attendant, plus de... quatre mois se sont écoulés depuis l'enlèvement de Julie et Mélissa. Jacques Mercier avoue ne rien comprendre : «On ne rattrape jamais le temps perdu. Dans un cas pareil surtout. Nos fichiers sont accessibles dans 176 .pays.

Pourquoi la juge d'instruction a-t-elle refusé notre aide ? Pourquoi n'a-t-elle pas utilisé l'arme que nous lui offrions ? Cela restera toujours un mystère. Peut-être y avait-il, de sa part une méconnaissance de notre organisation et de notre système de fonctionnement...
Mais cela étant, et sans porter le moindre jugement sur le système judiciaire belge, elle a commis une erreur, ou plutôt une faute grave... »

Didier Schyns

Nous aurons l'occasion, dans nos éditions de mardi, de revenir plus en détail sur certains points essentiels évoqués lors de cette conférence débat.

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