lundi 26 mai 2008

De fouilles en macabres découvertes….


De fouilles en macabres découvertes….

«La Meuse» du lundi 19 août 1996 page 13

C'est samedi après midi que les corps de Julie et de Mélissa ont été retrouvés

Après la joie inespérée d'avoir retrouvé Laetitia et Sabine saines et sauves vendredi soir, l'enquête sur le réseau de pédophilie a brusquement pris une tournure dramatique vendredi soir lorsque le juge d'instruction Connerotte a décidé de lancer à 21 h une vaste opération de perquisition dans les 11 points de chute du réseau dans la région de Charleroi.


Dès samedi soir, commençaient les macabres découvertes tant redoutées depuis le début de l'enquête :les cadavres de Julie et Mélissa mais aussi d'un adulte, un complice de Marc Dutroux.
Le parquet de Neufchâteau a continué à progresser à vitesse accélérée après la libération de Sabine et Laetitia. Grâce au GSM de Marc Dutroux et au listing d'appels fourni par Proximus, les enquêteurs avaient pu procéder à une nouvelle vague d'interpellations: Jean-Michel Nihoul, un agent immobilier bruxellois connu de la justice pour des faits d'escroquerie, sa compagne Anne Bouty, une ex-avocate, condamnée pour escroquerie et radiée du barreau de Bruxelles, et Michaël Diakostarianos, domicilié rue des Hayettes, n° 19 à Mont-sur-Marchienne.

Sur base de certaines indications lâchées par ces inculpés, les enquêteurs ont eu la conviction que les multiples planques de la bande dans la région de Charleroi recelaient d'autres victimes que Laetitia et Sabine.

Malgré la fatigue de ses troupes après une semaine de travail acharné, le juge d'instruction Connerotte a estimé qu'il ne pouvait pas permettre aux enquêteurs de se reposer, s'il restait ne fût-ce qu'une chance de retrouver un enfant vivant séquestré quelque part. Aussi, vendredi soir, dès 21 h, il a lancé une vaste opération de perquisitions en 11 lieux différents de la région de Charleroi.

C'est au domicile de Dutroux à Sars-la Buissière que le déploiement des forces était le plus imposant : une centaine de gendarmes, policiers et agents de la protection civile ont entrepris de fouiller de fond en comble la maison et surtout le terrain d'environ 1 ha situé à l'arrière du café « L'Embuscade », près de la place du village.

Les enquêteurs ont été confrontés à un véritable capharnaüm, tant dans la maison que sur le terrain, encombré de vieilles voitures, de caravanes et de ferraille. Ils ont donc vidé entièrement la maison. Un vétérinaire a été appelé pour anesthésier deux bergers allemands qui étaient enfermés dans deux pièces inhabitées menant aux greniers.

Ensuite, à la lueur de phares et de torches, ils ont évacué avec des dépanneuses les véhicules qui se trouvaient sur le terrain. Grâce aux indications d'un complice, ils ont trouvé vers 23 h 30 parmi les épaves une CX grise qui aurait été utilisée dans l'enlèvement de Ann et Eefje.

Sur le terrain, se trouvait un amas de terre déjà ancien sous lequel les enquêteurs ont décelé la présence d'une taque qui peut-être dissimulait une fosse. Ils ont donc déblayé ce monticule avec la pelleteuse que Dutroux utilisait très fréquemment pendant la nuit, selon les voisins.
La protection civile a pompé toute l'eau d'un puits qui se trouve près de la maison.

Vers 1 h 30 du matin, les enquêteurs étaient déjà certains que l'endroit ne recelait pas d'otage vivant. Un quart d'heure plus tard, arrivait sur les lieux une équipe de spécialistes hollandais équipés de caméras thermiques hypersophistiquées. Ils ont sondé un à un tous les murs de la maison afin d'essayer de détecter une cache ou un escalier dissimulé dans l'épaisseur des murs. En effet, le sous-sol de la maison est constitué d'un enchevêtrement de caves. Dutroux est non seulement un pervers, mais aussi un maniaque du béton : il en a coulé partout.
A 3 h 30, toujours bredouilles, les enquêteurs ont décidé de tout casser, systématiquement.

A l'avenue de Philippeville à Marcinelle, où étaient séquestrées Sabine et Laetitia, ils ont fait sauter tout le carrelage et ont trouvé une dalle de béton suspecte sous la véranda, à l'arrière de la maison. Une dalle de béton semblable avait été trouvée au fond du puits à Sars la-Buissière.
A 4 h 30, le juge Connerotte donnait l'ordre de suspendre les recherches jusqu'au lendemain. Des gendarmes étaient mis en faction devant la maison pour empêcher de briser les scellées.
Samedi, dès 9 h, les travaux ont repris dans les 11 lieux de perquisition.

Pendant ce temps,Marc Dutroux était toujours soumis à un interrogatoire serré à Neufchâteau. A Marcinelle, on a fait sauter au marteau-piqueur la dalle de béton de la véranda.
Les enquêteurs auraient trouvé là des ossements suspects. Le Dr Beauthier, le médecin légiste du parquet de Charleroi, est descendu sur place peu après 15 h, suivi de peu par l'équipe du laboratoire de la P.J.

C'est cependant au fond du terrain de Sars la-Buissière que les enquêteurs allaient faire samedi après midi la macabre découverte qu'ils redoutaient tant depuis la semaine dernière.
Et encore, il a fallu que Marc Dutroux passe aux aveux et leur désigne l'endroit exact où il avait enseveli ses victimes.
Le principal inculpé a été amené sur les lieux vers 16 h 30, caché au fond d'une voiture.
Peu de temps avant, un escadron de gendarmes avait été envoyé de Bruxelles pour boucler le périmètre et tenir les journalistes et les très nombreux badauds à l'écart.

Les rumeurs de la découverte de deux cadavres ont été très rapidement confirmées par l'arrivée du médecin légiste et de l'équipe du laboratoire de la P.J.
Vers 17 h 45, le juge d'instruction Connerotte et le procureur du Roi M. Bourlet descendaient à leur tour de Neufchâteau.

Les noms de Julie et Mélissa étaient déjà sur toutes les lèvres... La boucle d'oreille d'une des petites a permis de les identifier très rapidement malgré le fait qu'elles étaient apparemment ensevelies depuis de longs mois.
Lorsque les magistrats sont repartis et ont croisé les corbillards, la terrible nouvelle s'est répandue dans tout le village, laissant la foule muette d'effroi...
Lorsque les recherches ont été interrompues samedi au coucher du soleil,on apprenait l'exhumation d'un troisième cadavre à Sars: un truand français nommé Weinstein, un complice de Dutroux porté disparu depuis plusieurs mois.

E.Mathieu


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Samedi 19hr50 : La confirmation de l’horreur

C'est le procureur général de Liège qui leur a appris la terrible nouvelle

«La Meuse» du lundi 19 août 1996 page 13

La découverte de Sabine et Laetitia avait renforcé leur espoir. Mais au lieu de retrouvailles dans la joie, les parents de Julie et Métissa ont sombré dans un désespoir aussi profond que l'amour qu'ils avaient pour leurs fillettes.

Samedi, lors des fouilles organisées dans les différentes maisons de Dutroux, les enquêteurs ont, en effet, découvert les corps sans vie de Julie Lejeune et Melissa Russo. Très vite après cette terrible découverte, le procureur général de Liège, Mme Anne Thily, s'est rendue au domicile de M. et Me Russo, à GrâceHollogne. Les parents de Julie étaient également présents.

En sortant, Mme Thily n'a voulu faire aucun commentaire précis. On avait bien découvert des corps à Sars-la-Buissière, mais rien n'indiquait encore formellement qu'il s'agissait des deux fillettes tant recherchées. Puis, vers 19 h 50, Mm° Thily est revenue à Grâce-Hollogne, chez la famille Russo. Les traits tirés, son visage ne laissait plus guère de doute quant aux nouvelles qu'elle avait la lourde tâche d'annoncer.

Quelques minutes plus tard, M. Russo a ouvert la porte de sa maison. Sans mot dire, il a collé une affiche sur sa porte.
On pouvait y lire la phrase suivante :
«L'ancien ministre M. Wathelet a-t-il la conscience tranquille? »

Une allusion à peine masquée quant à la responsabilité de l'ancien ministre social-chrétien de la Justice qui, en 1992, avait libéré Dutroux, alors que ce dernier avait été condamné en 1989 à 13 ans de prison. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un détenu ayant bénéficié de la bienveillance de l'ancien ministre commet des gestes criminels après sa libération.

Cette phrase indiquait également que le doute n'était plus permis. Les deux fillettes retrouvées sans vie dans la maison de Dutroux étaient bien les petites Julie et Mélissa.

D'ailleurs, quelques minutes plus tard, Mme Thily est sortie de la maison et a fait face à la presse :
« Nous ne sommes pas encore certains qu'il s'agit de Julie et Mélissa. Des autopsies sont encore en cours. Mais les deux corps sans vie correspondent à deux filles en bas âge et l'une d'entre elles portait des boucles d'oreilles. Les décès remonteraient à plusieurs mois.
En outre, les enquêteurs ont fait tout ce qu'il fallait pour retrouver Julie et Mélissa.
En août et en décembre 95, ils ont perquisitionné chez Dutroux et n'ont rien trouvé.
S'il n'y avait pas eu le témoignage du gamin de Bertrix, on chercherait toujours.
Les enquêtes, c'est comme ça, le moindre petit détail peut tout faire redémarrer.
Les gamines ont probablement été détenues à Marcinelle et ont été retrouvées dans le jardin de Sars-la-Buissière. »

Reste maintenant le désespoir des parents et de la famille de Julie et Mélissa.
« Les parents sont courageux, continue Mme Thily, ils sont entourés des membres de leurs familles, d'un psychologue et d'un médecin. Hier, ils avaient encore de l'espoir, il était de mon devoir de le leur enlever. »

Ce dramatique dossier qui, depuis le 24 juin 1995, était dans les mains de la juge d'instruction Mme Doutrewe a été transféré au parquet de Neufchâteau au profit du juge d'instruction M. Jean-Marc Connerotte.
Sur les fardes entourant ces milliers de pages, il sera dorénavant fait mention d'assassinat.

Les ouvriers de Ferblatil, les collègues de M. Russo, ont observé un arrêt de travail, lorsqu'ils ont appris la terrible nouvelle.

Jean-Michel Crespin


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Laeticia, à présent, se rend compte de ce quoi elle a échappé

«La Meuse» du lundi 19 août 1996 page 13

Hier après-midi, une chape de plomb pesait encore sur la petite cité de Bertrix.

Sur la grand-place, on avait mis les drapeaux en berne. Toute la localité était toujours sous le choc, frappée de plein fouet depuis l'annonce des terribles nouvelles sur les suites de l'enquête menée, depuis Neufchâteau, au départ de la disparition de Laetitia, l'enfant du pays.
Oui, elle, a eu plus de chance que d'autres victimes de l'infâme bande à Dutroux.

Au local de Bertrix Initiatives., le syndicat d'initiative local, qui sert également de point de chute à l'antenne de l'ASBL Marc et Corine, les anonymes continuent à se succéder pour apposer leur signature sur la nouvelle pétition lancée par l'association.

Du côté de la rue Dr Liffrange, là où demeure Laetitia Delhez, l'adolescente et sa maman tentaient de prendre quelques heures de repos, le plus loin possible de l'agitation et des réminiscences de l'horreur. Prostrées, la mère et la fille se sont isolées, entourées de proches.

Une tante de Laetitia nous confiait hier en fin de journée:
«Depuis l'annonce de la mort de Julie et Mélissa, Laetitia pleure beaucoup. Elle se rend vraiment compte à présent de ce à quoi elle a échappé. Elle est partagée entre la joie d'en être sortie vivante et la tragédie que représente la mort atroce des deux petites de Grâce-Hollogne. »

Martine PIETTE

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