samedi 18 juillet 2009

Des perquisitions scandaleusement bâclées (« Télé Moustique » du jeudi 21 novembre 1996 pages 38 à 40)


Des perquisitions scandaleusement bâclées

« Télé Moustique » du jeudi 21 novembre 1996 pages 38 à 40

Le 13 décembre 1995, quatre gendarmes perquisitionnent pendant plus de deux heures dans la maison de l'horreur à Marcinelle. Mais ils ne décèlent pas la sinistre cache dans laquelle sont séquestrées Julie et Mélissa. Le témoignage de Jean-Denis Lejeune démontre clairement que cette perquisition – ainsi que celle qui suivit le 19 décembre - a été menée en dépit du bon sens, mais aussi, comme nous le révèle le colonel de gendarmerie en retraite André Jacquemin, au détriment des règles élémentaires qui doivent être respectées en de telles circonstances.

Dans de précédentes livraisons de Télé-moustique, nous avions déjà insisté sur le caractère tardif des perquisitions organisées chez Dutroux pour retrouver Julie, Mélissa, An et Eefie vu le nombre impressionnant d'informations rassemblées dès l'été 1995 et l'automne 1995 par la gendarmerie sur ce suspect. On le sait, la manière dont ces perquisitions ont été organisées est elle-même contestée. C'est ce qui sait le lieutenant-général Deridder à s'en expliquer, dès le 22 août dernier, dans une lettre confidentielle adressée au ministre

de la Justice. Télémoustique a pu prendre possession de ce document. On y lit la version des faits suivante: "Le domicile de Dutroux au 128 de l'avenue de Philippeville à Marcinelle fera en réalité l'objet de deux perquisitions les 13 et 19 décembre 1995. La première perquisition a été effectuée durant plus de deux heures par quatre gendarmes en présence d'un serrurier. La deuxieme, qui avait pour but de récupérer seulement quelques objets bien précis ayant servi aux faits du 5 novembre a duré un peu moins de ceux heures et a également été effectuée par quatre gendarmes. ( Dutroux n'a pas assisté à ces perquisitions.) Lors de cette deuxième perquisition, durant laquelle ils effectuent encore une visite complète de l'habitation deux enquêteurs ont entendu des voix d'enfants alors qu'ils étaient dans une des deux caves. Les recherches faites à l'intérieur de la maison pour localiser ces voix n'ont rien donné. A l'extérieur jouaient des enfants des voisins et les enquêteurs ont conclu qu'ils avaient entendu des voix de ces enfants, amplifiées par la disposition des lieux. Hormis la déclaration de Dutroux, rien ne permet dans l'état actuel de l'enquête d'affirmer que ces voix auraient pu être celles de Julie et Mélissa, la date de leur mort n'étant à notre connaissance pas déterminée par la médecine légale".

"Les limites du mandat qui ne visait que la découverte d'objets relatifs aux faits du 5 novembre 1995, le désordre indescriptible et l'état de chantier du bâtiment (confirmé par les dossiers photo réalisés en décembre 1995 et août 1996) rendaient impossible la découverte de la cache qui sera Faite, plus tard, sur les indications de Dutroux, alors qu'une perquisition de près de cinq heures avait été effectuée r sept gendarmes, deux membres du laboratoire de la PJ, un chien pisteur le 13 août 1996. Tant les perquisitions de décembre 1995 que celles d'août 1996 ont été effectuées sous la coordination du même chef d'enquête. Lors de la découverte de la cache du 15 août 1996, l'ingéniosité du système parfaitement dissimulé mis en place par Dutroux excluait la possibilité de suspecter l'existence d'une éventuelle cache à cet endroit (les dossiers koto en attestent également"

Colonel de gendarmerie en retraite qui autrefois a enseigné la manière de perquisitionner à ses subordonnés, André Jacquemin sursaute quand nous lui faisons part des explications du lieutenant général Deridder: "Je doute tort que cet officier, comme bien d'autres à la gendarmerie, n'ait jamais effectué ou même assisté à une seule perquisition dans sa vie!", affirme-t-il. Et ce spécialiste de détricoter point par point la version avancée par l'état major dénonçant par là l'incroyable amateurisme qui a présidé dans l'organisation des perquisitions chez Dutroux.

- "Ce qui me fait réagir, c'est d'abord l'argument utilisé par certains gendarmes qui ont participé aux perquisitions, selon lequel il n'y aurait pas de technique précise en la matière. Cela m'étonne. En réalité, Loupage, grand patron de la police judiciaire, a, il y a une cinquantaine d'années déjà, mis au point et publié une technique qui n'a pu être beaucoup modifiée depuis lors! Cette technique a d'ailleurs été enseignée à l'école de gendarmerie et il existe un film d'instruction qui s'y trouve. Cette technique reprend notamment les points suivants:

1) Avant la perquisition proprement dite, une visite rapide de la maison doit être faite pour rassembler les personnes qui s'y trouvent et pour se représenter la configuration des lieux;

2) Une attention toute particulière doit être donnée à l'examen des combles et des caves, endroits qui se prêtent à y chercher des cachettes;

3) Le suspect doit accompagner les enquêteurs pour permettre à ceux-ci d'observer ses réactions éventuelles et lui poser des questions susceptibles de faciliter les recherches;

4) L'examen d'une pièce se fait méthodiquement en partant d'un côté de la porte d'entrée pour se terminer de l'autre côté. Les meubles ou objets doivent être déplacés pour permettre d'inspecter les murs, le plafond, le parquet.

- Un autre argument qu'on entend du côté de la gendarmerie est de dire qu'on n'a pu utiliser dans ce dossier tous les moyens techniques existant parce que les perquisitions ont eu lieu dans le cadre d'un dossier "vol" et non dans le cadre d'un dossier "séquestration d'enfant". Cela m'étonne aussi. La réussite d'une perquisition dépend essentiellement de facteurs humains, de la méthode utilisée par les enquêteurs!

- De plusieurs sources reprises par la presse, il ressort qu'un seul, voire deux gendarmes sur les quatre présents ne soient pas descendus dans la cave en question. C'est tout à fait contraire à la pratique normale de la perquisition. Toutes les pièces doivent être visitées par tous les enquêteurs. C'est ce qui permet de travailler de manière méthodique sous le regard attentif du chef de l'enquête.

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