samedi 18 juillet 2009

ÇA CHAUFFE (« Soir illustré » du mercredi 20 novembre 1996 pages 38 et 39)


ÇA CHAUFFE

Derrière les manœuvres bleues, il y a aussi des schtroumpfs noirs

« Soir illustré » du mercredi 20 novembre 1996 pages 38 et 39

Ce qui s'est passé ce week-end ne montre pas seulement que le climat est empesté. On voudrait faire capoter les enquêtes qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

- Depuis plusieurs semaines, certains journalistes, dont nous sommes, se taisent. Des informations sur les véritables réseaux de pédophilie circulent. Elles mettent en cause des personnalités des mondes politique, économique et judiciaire. Pourquoi donc certains journalistes adoptent-ils une attitude qui pourrait apparaître comme anti-professionnelle ?

Pour deux raisons essentiellement. D'une part, avant de lâcher des noms, ils veulent être sûrs que des éléments probants ont été réunis par la justice. Car, à l'heure actuelle, lâcher un nom équivaut à un lynchage. D'autre part, parce qu'il faut que ces enquêtes, pour qu'elles aient une chance d'aboutir, aient lieu dans la discrétion.

FUITES

- Ce qui s'est passé le week-end dernier va exactement dans le sens contraire. Selon les informations que nous avons pu recueillir et recouper, les perquisitions qui ont eu lieu vendredi soir dans deux appartements de Saint-Gilles visaient, sur base de dénonciation, à retrouver des documents ou des cassettes vidéo qui auraient mis en cause deux ministres, l'un du gouvernement fédéral, l'autre de la Communauté française, dans des affaires de pédophilie. Les deux personnes qui ont été perquisitionnées sont deux homosexuels qui ne sont pas connus de la justice comme pédophiles. Ils ont d'ailleurs été remis en liberté. Car ni la lecture des documents saisis ni la vision par des gendarmes de Bruxelles des quelque 120 cas settes vidéo saisies n'a pu permettre de découvrir des faits à caractère pédophilique et, a fortiori, mettant en cause des ministres.

- Mais la manière même dont les faits se sont déroulés laisse pantois. En effet, selon nos informations, c'est dans l'urgence que les perquisitions ont été lancées vendredi dernier. Il semble que le parquet ait été poussé à l'action par la «menace» de la sortie d'informations dans un des quatre quotidiens flamands qui ont ouvert le feu samedi matin.

D'autre part, on comprend mal pourquoi une information qui a été recueillie par la PJ de Bruxelles a été transmise à la 6ème SRC, la section financière de la BSR de Bruxelles. N'avait on pas sous la main les personnes ad hoc pour réagir à la PJ ? A-t-on voulu mettre une peau de banane sous les pieds de cette même 6ème SRC? Ce qui s'est passé est l'exact inverse de ce qui devrait se produire: dans ces dossiers intimement liés à la criminalité organisée, il faut laisser du temps aux enquêteurs et aux magistrats pour qu'ils puissent chercher à l'aise et «bétonner» leurs dossiers.

Car c'est aujourd'hui un secret de polichinelle. La 6ème SRC enquête sous la direction de Neufchâteau et d'un magistrat national sur des réseaux de pédophilie. Fort curieusement, ces enquêtes mettent en cause du

«beau monde» mais pas du tout, à notre connaissance, le vice-Premier ministre Elio Di Rupo dont l'action au gouvernement a plutôt eu tendance, à notre connaissance, à favoriser le bon déroulement des enquêtes de

Neufchâteau pour qu'elles puissent «aller jusqu'au bout».

DE CROO, DÉMISSION ?

- Voudrait-on faire capoter ces enquêtes qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Mais le contexte politique est, lui, tout aussi nauséabond. C'est en effet le quotidien flamand De Standaard qui a ouvert le feu en citant le nom d' Elio Di Rupo, oubliant de mentionner le nom du ministre de la Communauté française. On peut voir derrière ces «révélations», qui s'effondrent aujourd'hui, une opération de politique politicienne. De Standaard fait partie de ceux qui, en Flandres, voudraient bien voir capoter l'actuelle coalition gouvernementales PS-CVP

pour la remplacer par une coalition plus droitière où les libéraux et les sociaux-chrétiens cohabiteraient. L'ampleur donnée à ces accusations lancées à la légère par Herman De Croo, le président du VLD (les libéraux flamands) et par Didier Reynders, le vice-président du PRL, va dans ce sens.

On peut s'étonner du comportement démagogique du président du VLD qui, voici quelques semaines encore, sommait en direct à la télévision un gendarme de prouver ses assertions concernant des dossiers judiciaires étouffés par le parquet sous peine de se retrouver à la porte de la Gendarmerie. Il serait étonnant que le président du VLD s'auto applique ces critères.

REVOILÀ LIÈGE

- Mais ce qui se passe dans le monde judiciaire à l'heure actuelle n'est pas toujours plus clair.

Ainsi, un magistrat verviétois s'est trouvé traîné dans la boue pour faits de pédophilie dans une piscine. Les éléments aujourd'hui s'effondrent, mais le mal est fait et risque de perdurer.

- D'autre part, nos confrères de Télé-Ciné Revue ont été perquisitionnés par la PJ de Charleroi sur base d'une plainte introduite par la ... PJ de Charleroi. La Libre Belgique et Le Vif-L'Express l'ont été, eux, par la PJ de Liège sur base d'une plainte introduite par l'avocat général Marc de la Brassine officiant ... à Liège.

PARQUET GLISSANT

- Suite à ces articles de presse, une procédure de mise à l'écart du parquet général de Liège de ce dernier a été proposée au ministre de la Justice Stefaan De Clerck. Marc de la Brassine est accusé de faits de pédophilie, de problèmes fiscaux et est soupçonné d'avoir liquidé une de ses locataires pour s'approprier ses biens. Rien moins. L'avocat général s'en défend et les témoignages à son encontre restent faibles.

Certains s'interrogent sur la rapidité avec laquelle il a amassé sa fortune, d'autres sur des relations homosexuelles avec de jeunes adultes. On est loin, ici, de pédophilie.

Est-il coupable ou victime, dans la foulée de l'affaire Dutroux, d'une chasse aux sorcières sur le plan de la normalité sexuelle digne de l'époque victorienne? Son dossier est actuellement à l'étude à la cour de Cassation qui doit se prononcer sur la mise à l'instruction de son dossier devant un conseiller de la cour d'Appel de Bruxelles ou de Mons.

- Ancien époux d'une Ruffo de Calabre, qui, contrairement à ce qui a été écrit, n'est liée à la reine Paola qui si l'on remonte à des ancêtres communs au 17ème siècle, Marc de la Brassine n'est pas le seul membre du parquet général de Liège à être sur la sellette. Son supérieur hiérarchique, le premier avocat général Franz

Joseph Schmitz, a demandé à être mis en congé. Il est accusé de corruption. C'est le quotidien flamand De Morgen qui a révélé le contenu du dossier à charge de Franz-Joseph Schmitz. L'homme a commencé sa carrière au sein du PSC de langue allemande. Il fut un proche collaborateur de plusieurs Premiers ministres avant de rentrer dans la magistrature.

- Aujourd'hui, un certain nombre de personnalités du monde politique et de l'économie l'accusent de leur avoir soutiré de l'argent depuis de nombreuses années.

L'homme considéré comme le plus puissant des cantons de l'Est se défend lui aussi. Mais son dossier a déjà été transmis par la cour de Cassation à un conseiller à la cour d'Appel de Bruxelles pour instruction.

- Les affaires de la Brassine et Schmitz sont, quoi qu'il en advienne, symptomatiques d' un état des lieux déplorable du parquet général de Liège. C'est pourtant là que sont supervisées les enquêtes actuelles de Neufchâteau sur les réseaux de pédophilie qui risquent, par ailleurs, d'être malmenées suite aux événements de ce week-end. «J'irai jusqu'au bout, si on me laisse faire ...», une phrase qui revient dans toutes les mémoires de manière lancinante.

Philippe Brewaeys.

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OTHELLO: CACHER JULIE ET MÉLISSA

« Soir illustré » du mercredi 20 novembre 1996 pages 38 et 39

Un nouveau document sur lequel nous avons pu mettre la main montre que le BCR de la Gendarmerie a tout fait pour cacher à la Police Judiciaire qu'elle enquêtait sur la piste de Marc Dutroux dans l'enquête sur l'enlèvement de Julie et Métissa.

Ce document est daté du 28 août 1995. Que s'est-il passé avant cela? Depuis début juillet 1995, on sait que la BSR de Seraing et la brigade (pas la BSR comme nous l'avions écrit erronément) de Grâce-Hollogne étaient fort intéressées par les informations en provenance de leurs collègues de Charleroi. Elles concernaient Marc Dutroux, suspect important dans l'enlèvement des deux fillettes de Grâce-Hollogne. C'est lors d'une réunion avec le BCR à Charleroi le 9 août 1995 qu'il a été décidé de court-circuiter tant la Police Judiciaire (qui avait la direction de cette enquête à Liège) que la juge d'instruction liégeoise Martine Doutrewe.

On préférait garder l'enquête en interne à la Gendarmerie, en s'appuyant sur le parquet de Charleroi. L'enquête devait permettre d'obtenir des mandats de perquisition chez Dutroux «sous prétexte de vols».

Pour cela, il fallait observer Dutroux. La demande fut faite auprès du parquet de Charleroi le 25 août 1995. Celui-ci marqua immédiatement son accord.

Aussitôt, la Section des Opérations de la Gendarmerie de Charleroi transmettait au commandant du BCR un document signalant l'«observation projetée». Celle-ci devait avoir lieu «à partir du 28 août 1995 pour une période indéterminée». La personne observée est bien Marc Dutroux. Mais c'est la rubrique «Genre de criminalité

Synthèse de l'affaire qui attire l'attention. Il s'agit de «recherches d'informations concernant une personne au comportement suspect (enlèvement d'enfants)». Alors que tous les documents internes de la gendarmerie rédigés pendant l'été 1995 mentionnent l'enlèvement de Julie et Mélissa, celui-ci l'oublie. Pourquoi?

Vraisemblablement parce que le 28 août 1995, le lieutenant-colonel Henri Berkmoes, le commandant du BCR, transmettait copie de ce document à «Monsieur le Commissaire Général de la Police Judiciaire (BNB».

Ce genre de transmission a lieu pour éviter que des opérations de surveillance ne ratent pour cause d'intervention intempestive d'un service de police concurrent.

Mais pour ne pas mettre la puce à l'oreille de la PJ qui avait la direction de cette enquête, il valait mieux n'indiquer que le thème général «enlèvement d'enfants» plutôt que la mention précise «enlèvement de Julie et Mélissa».

Ph.B.

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