mercredi 10 juin 2009

Le procureur va témoigner ( « Dernière Heure » du 15 novembre 1996 pg 2)


Le procureur va témoigner

AFFAIRE BENAISSA, SUITE

« Dernière Heure » du vendredi 15 novembre 1996 page 2

BRUXELLES- La Commission Dutroux reprend ses travaux ce matin. A huis clos, les députés vont d'abord se mettre d'accord sur l'agenda des auditions, l'ordre de passage des témoins et la manière de les interroger. Ces auditions, publiques, devraient débuter 'après-midi. Télé 21 les diffusera en direct dès 15 h.

Les familles directement impliquées ayant été toutes entendues, la commission a décidé d'examiner les affaires dans l'ordre chronologique. A commencer par le 5 août 92 et la disparition à Ixelles de Loubna Benaïssa, 8 ans et demi.

Sur la liste des acteurs judiciaires ou policiers à entendre figurent plusieurs magistrats du parquet de Bruxelles et des enquêteurs, policiers communaux et péjistes notamment.

Tous, à un titre ou l'autre, ont travaillé dans ce dossier. A l'exception du procureur du Roi Benoît Dejemeppe, à l'époque en congé.

En son absence, c'est le premier substitut Michel Peytier qui tenait les rênes. Benoît Dejemeppe n'est jamais intervenu directement dans l'affaire. Le patron du parquet de Bruxelles prend simplement la responsabilité de répondre devant les parlementaires de ce qui a été fait et ne l'a éventuellement pas été par ses services.

La Commission Dutroux souhaite entendre plusieurs magistrats du parquet.

Quatre noms sont cités. Nul ne soupçonnera la substitute Nadia Devroede d'indifférence à l'endroit des disparitions d'enfants.

C'est essentiellement grâce à son énergie qu'après bien des années de recherches menées aux quatre coins du monde par la section jeunesse de la PJ de Bruxelles, Patsy Heymans a récupéré ses enfants séquestrés dans une secte aux États-Unis.

Les autres magistrats

Il en va a priori de même des autres magistrats : à la section famille, c'est la substitute Pascale France qui a géré les débuts du dossier Benaïssa. A l'époque, Mme France avait 32 ans et cinq années de parquet. Elle y était entrée après un stage d'un an à Nivelles. Dans les semaines qui suivirent, deux collègues allaient superviser l'enquête confiée à la gendarmerie d'Etterbeek, à la police d'Ixelles et à la PJ.

Il s'agit du substitut Alain Geerinckx, 41 ans, arrivé au parquet en septembre 1983, et de Didier Vander Noot, 35 ans, entré au parquet en juin 87.

Des enquêteurs seront-ils déjà entendus dès cet après-midi ? Sûrement la semaine prochaine. A la PJ, le patron de la section jeunesse - le commissaire principal Félix Peeters - était en congé. La direction était assumée par le commissaire Francis Molenberg, déjà entendu (à huis clos) par la Commission Dutroux, et qui n'y a pas laissé une impression forte, à écouter du moins le député Eerdekens. Les inspecteurs Pierre Colson,

Ronald Speltens et Ewout Spaan menaient les recherches.

Ministre Wathelet à la Commission

On sait aussi que le processus de libération conditionnelle de Marc Dutroux intrigue plusieurs commissaires. Ceux-ci ont demandé, lundi, que le ministre de la Justice de l'époque, Melchior Wathelet, qui a signé la remise en liberté, soit entendu par la commission. Des contacts officiels ont déjà été pris.

Juge à la Cour européenne de Justice à Luxembourg, l'ex-ministre a fait savoir jeudi qu'il était prêt à fournir tous les renseignements nécessaires. Melchior Wathelet aurait pu décliner l'invitation, en avançant son immunité diplomatique. Il ne l'a pas fait. La date de l'audition n'est pas encore connue.

Gil. et B. F.

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Melchior Wathelet doit s’expliquer

« Dernière Heure » du vendredi 15 novembre 1996 page 2

JEAN-DENIS LEJEUNE EST DE CET AVIS

BRUXELLES - Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie, s'est déclaré hier tout à fait favorable à l'audition de l'ex-ministre de la Justice, Melchior Wathelet, devant la commission d'enquête parlementaire.

Personne n'a oublié qu'au soir de la découverte des corps de Julie et Mélissa à Sars-la-Buissière, Gino

Russo avait affiché sur la porte de sa maison un message à l'adresse de Melchior Wathelet, lui demandant s'il avait la conscience tranquille.

« Depuis les faits, j'ai essayé de .joindre M. Wathelet. Je n'y suis jamais parvenu, explique Jean-Denis Lejeune. Je n'ai jamais compris comment il avait pu libérer Dutroux, avec les trois avis négatifs et les deux mitigés qu'on ru! Avait transmis. Il a certainement des choses que l'on ne connaît pas. Il était inconcevable que Melchior Wathelet ne soit pas entendu par la commission. »

Plusieurs parlementaires ont été favorables dès le départ à l'idée d'interroger l'ex-ministre de la Justice. « Le problème de la libération conditionnelle de Marc Dutroux entre dans les compétences de la commission d'enquête. Je suis donc favorable à ce que l'on entende toutes les personnes qui pourraient nous éclairer sur ce point», commente Jacqueline Herzet (PRL). Patrick Moriau (PS) précise : « Y a-t-il eu des dysfonctionnements dans la libération conditionnelle de Dutroux ? Certains le pensent. En tout cas, il reste des zones d'ombre. Il est logique que M. Wathelet vienne devant la commission pour nous apporter leurs éléments d'information.

En attendant, la seule liste de témoins arrêtée pour l'instant concerne les acteurs d u dossier Benaissa ».

Pas d'autres familles

Jean-Denis Lejeune reste attentif au travail parlementaire, même si, à ses yeux, la commission a perdu une bonne partie de son crédit depuis les fuites qui ont conduit à la publication des déclarations faites à huis clos: «Je refuse de retourner témoigner devant la commission tant qu'on n'a pas découvert l'origine de la fuite et fait le nettoyage. J'ai encore confiance en certains députés mais plus dans la commission dans son ensemble.

Je regrette aussi que la commission envisage d'entendre d'autres familles, qui ne sont pas directement concernée par l'affaire Dutroux. Cette commission a été créée pour faire la lumière dans cette affaire précise, qui touche les familles Lejeune, Russo, Marchal, Lambrecks, et sans doute Benaissa et Brichet.

Je pense que si on veut entendre d'autres familles, il vaudrait mieux alors créer une deuxième commission pour s'en charger. Sinon, on n'en sortira pas.

Entendre tout le monde, cela signifierait noyer le poisson. Est-ce cela que l'on cherche ?

B. F.

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AFFAIRE POSTORINO

Déchargé de ses fonctions

« Dernière Heure » du vendredi 15 novembre 1996 page 2

LIEGE - L'affaire Postorino a suscité un vif émoi en région liégeoise. Elle vient en effet s'ajouter à une liste dramatique. Et qui ne cesse de s'allonger au fil des jours. Le curé des paroisses de la Xhavée et de

Souverain-Wandre (Liège), Mario Postorino a été inculpé la semaine dernière d'attentats à la pudeur avec violences et menaces et de détention de matériel pornographique. Il a été placé sous mandat d'arrêt par le juge d'instruction Coumanne puis écroué à la prison de Lantin (voir la DH du 14 novembre).

Le juge a ensuite prononcé une mainlevée à l'égard de l'ecclésiastique qui a été libéré deux jours après son incarcération. Quelle pouvait bien être la motivation d'une décision aussi Surprenante ?

Le secret de l'instruction interdit de prendre connaissante des tenants et aboutissants de cette pénible affaire. Toutefois, de source officieuse, on a appris que la victime, un adolescent de 16 ans, aurait, au cours d'une audition effectuée après la signification du mandat d'arrêt, nuancé ses premières accusations !

Précisions importantes ou simples détails techniques ? Impossible de le savoir mais l'inculpation n'a pas été modifiée d'un iota...

Au palais de justice de liège, on tient à distinguer politique et justice : « Le juge d'instruction n'est pas un politicien. Son jugement doit en toutes circonstances, être empreint de sérénité. Il convient que le magistrat ne se laisse pas influencer. »

Hiérarchie

A l'évêché de liège, on a immédiatement réagi. L'abbé Collinet, vicaire épiscopal chargé des affaires judiciaires, précisait ainsi « L'abbé Postorino a été déchargé de ses fonctions la semaine dernière dés que nous avons su qu'il était incarcéré à Lantin. Il sera prochainement entendu par sa hiérarchie. En outre, suite à la décision, du juge, il ne peut plus se présenter dans ses paroisses.

Toutefois, je suis étonné qu'on parle de pédophilie étant donné les faits reprochés à l'abbé. Les choses sont graves mais il serait plus adéquat d'évoquer de l'homosexualité sous la contrainte. En outre, l'adolescent est âgé de plus de 16 ans, ce qui est important sur le plan légal. »

L'abbé Postorino revenait de Yougoslavie la semaine dernière quand il a appris ce qu'on lui reprochait. Après être passé à l'hôpital militaire de Neder- over- Heembeek, Mario Postorino se trouverait actuellement en région liégeoise. La police est chargée de vérifier si l'abbé respecte bien les conditions fixées par le juge, notamment ne plus se rendre dans ses paroisses.

Ch. D.

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