samedi 18 juillet 2009

La maman d’Elisabeth : "Je suis prête a tout" (« Soir illustré » du mercredi 20 novembre 1996 pages 35 et 36)


La maman d’Elisabeth :

"Je suis prête a tout"

« Soir illustré » du mercredi 20 novembre 1996 pages 35 et 36

Peut-être sur la piste d'Élisabeth aux Canaries

Temple du tourisme crème solaire et destination préférée des charters anglais et allemands, Playas de les Americas pourrait être le lieu où Elisabeth Brichet a séjourné ces dernières années. Il ne s'agit toujours que d'une hypothèse puisque, tant que les enquêteurs n'auront pas retrouvé la jeune Belge, blonde aux yeux bleus, qui se fait appeler Élisabeth et qui a été vue par une quinzaine de témoins dans la station balnéaire, personne ne pourra affirmer qu'il s'agit bien de la petite Namuroise, disparue le 20 décembre 1989, à Saint-Servais.

- Pour la première fois depuis sept ans d'enquête, les policiers belges, qui se sont rendus du 11 au 17 novembre dernier, à Ténériffe, repartiront de l'île avec la sensation d'avoir avancé positivement dans l'enquête.

Jusqu'à présent, les trois commissions rogatoires n'avaient pas abouti. « La seule certitude que nous avons pour le moment, c'est qu'une jeune fille qui ressemble fort à Élisabeth a été vue à Las Americas par une quinzaine de témoins, dont trois capitaux », assure le juge Coméliau, rencontré dans un hôtel, juste avant son départ de l'île. "Nous savons qu'elle se prostitue occasionnellement et qu'elle fréquente les milieux interlopes".

Les interpellations et interrogatoires effectués dans les bars, discothèques, clubs de nuit et autres de la station balnéaire ont confirmé -l'intuition des enquêteurs belges et espagnols sur la fiabilité de la piste canarienne: "C'est la première fois qu'une commission rogatoire se termine sur des portes ouvertes", conclut le juge Coméliau.

- La motivation de la nouvelle équipe espagnole et le renforcement - depuis la découverte des horreurs de Dutroux - de l'équipe du juge Coméliau, qui s'est vu adjoindre deux inspecteurs supplémentaires, de la BSR et de la Police judiciaire, à plein temps, a, semble-t-il, porté ses fruits. Du côté belge, comme du côté espagnol, on se félicite de l'excellente collaboration entre les deux équipes, et on se plaint, avec la même vigueur, des fuites journalistiques: "Si la presse n'avait pas divulgué l'arrivée de la commission rogatoire, actuellement la jeune fille serait localisée", assure l'inspecteur de Santa Cruz, excédé par les fuites dans De Morgen, et ses répercussions sur la presse locale.

SON VISAGE D'ENFANT

- "Si on pouvait retrouver cette jeune fille, ce serait déjà fantastique... De là à espérer que ce soit ma fille, je n'ose même pas y penser", confie, lasse, Marie Noëlle Bouzet, rencontrée dans son hôtel de Ténériffe. Tenace et courageuse, la jeune maman a tenu à accompagner la quatrième commission rogatoire du juge

d'instruction Guy Coméliau aux Canaries. Continuellement informée par les enquêteurs, Mme Bouzet - qui ne peut assister aux interrogatoires - a passé son séjour à parcourir les allées des buildings, dans l'espoir d'apercevoir Élisabeth. "Mais des ondes aux yeux bleus, il y en a partout, ici! Moi-même, j'ai du mal à imaginer comment pourrait être ma fille, après sept ans... Son visage a pu être déformé par la drogue, la malnutrition, le maquillage".

Pourtant, plusieurs témoins affirment que la jeune fille recherchée par les enquêteurs a conservé son visage d'enfant. La photo, reconstituée aux États-Unis, sur laquelle Élisabeth a été artificiellement vieillie, est, d'après certains témoins, moins ressemblante que la dernière photo avant son enlèvement, quand elle a douze ans.

Et pour cause, la blonde aperçue dans les bars et les boîtes de Las Americas, est, semble-t-il, très peu maquillée et vêtue discrètement, de simples jeans. Cet élément confirme les témoignages qui assurent que le sosie d' Elisabeth s'adonne à la prostitution de manière occasionnelle.

- "Si Élisabeth est passée par ici, on ne va pas la louper", lance Lola, tandis qu'elle recoiffe ses cheveux de synthétique roux. Sa voisine, au décolleté provocateur, poursuit: "Dans le quartier, nous ne sommes qu'une petite dizaine de travestis et une vingtaine de putes... Parfois, des jeunes touristes viennent faire le trottoir une nuit ou deux pour payer leur séjour". C'est dans une de ces rues du quartier le plus chaud de la station que le sosie d'Élisabeth a été aperçu... Visiblement marquées par les larmes de Marie Noëlle Bouzet, qui lança un

déchirant appel à la télévision, les filles de la rue assurent qu'elles ne respecteraient pas la loi du silence: "Les flics sont venus l'autre jour et nous ont montré la photo..."

LA BANDE DES ALGÉRIENS

- Toujours de nuit, la jeune Belge ressemblant à Élisabeth a également été repérée plusieurs fois à Las Veronicas. Haut lieu de la vie nocturne de la station balnéaire, c'est aussi le centre des activités de la bande des 80 pickpockets "algériens" - personne ne connaît leur véritable nationalité - dont l'un des membres aurait été vu en compagnie du sosie d'Élisabeth. Amoureuse, assurent les enquêteurs espagnols, la jeune Belge aurait aidé son ami à commettre ses larcins, en séduisant et distrayant ses futures victimes. Les enquêteurs n'excluent pas que l'Algérien" ait forcé la jeune fille à se prostituer pour "arrondir les fins de mois" du couple.

- Arrêté et interrogé la semaine dernière par les enquêteurs espagnols et belges - qui ont dû avancer leur voyage de 24 heures -, l' "Algérien" a nié toute relation avec celle qui pourrait être Elisabeth Brichet, assurant que sa petite amie est Anglaise. Connaisseur de ses droits et habitué à ce genre d'interrogatoire, l' "Algérien", qui utilise des faux papiers belges et français, a également refusé de donner ses réelles identité et nationalité.

- Interdits d'entrée dans la plupart des bars et discothèques de Las Veronicas, les "Algériens" ont fixé leur quartier général au Luna Park. "Ça fait quelques jours qu'on ne les a pas vus", assure l'un des employés. "Les contrôles policiers les auront fait fuir..."

Pascale Bourgaux.

- Par sécurité pour ceux qui ont accepté de témoigner, nous avons changé tous les noms de personnes et de lieux.

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ET SI ELLE NE VOULAIT PAS REVENIR?

- "Je suis prête à tout... Si Élisabeth ne veut pas revenir, on prendra le temps d'en parler et puis elle décidera", explique, lasse, la jeune maman qui cherche sape petite fille depuis sept ans. En effet, si la nouvelle piste canarienne est prometteuse, elle laisse néanmoins toute une série de points d'interrogation sans réponse.

Pourquoi en effet celle qui pourrait s'avérer être Élisabeth Brichet ne se manifeste-t-elle pas, alors que tous les témoignages prouvent qu'elle n'est plus séquestrée? Pour Marie Noëlle Bouzet qui a eu le courage d'affronter cette cruelle question, "le fait que, malgré le battage médiatique", la jeune Ile ne se soit pas manifestée, "est plutôt encourageant et tend à confirmer qu'il s'agit d'Élisabeth".

Quant à l'interprétation à donner à cette fuite en avant, la maman a consulté des psychologues à ce sujet: "II est fréquent que des enfants qui ont été séquestrés pâtissent du syndrome de Stockholm et en veuillent aux parents qui n'ont pas su les protéger. Certains ont honte aussi de ce qui leur est arrivé. Ceci dit, rien ne dit qu'Élisabeth n'a pas été menacée et que, par peur des représailles contre son frère et moi, elle n'ose pas bouger.... Ou qu'elle soit droguée..." L'hypothèse des enquêteurs espagnols est liée au passage qu'Élisabeth aurait fait dans une des nombreuses sectes de 111e. "Vers 16-17 ans, les proxénètes l'auraient relâchée, estimant qu'elle ne convenait plus pour les clients pédophiles", explique le spécialiste de la brigade espagnole.

"Abandonnée à elle-même, Élisabeth se serait laissée séduire par l'un des soixante sectes présentes sur l'île" poursuit l'inspecteur de Santa Cruz. "L'une des premières choses que font les sectes, c'est laver le cerveau de leurs jeunes recrues et annihiler leur personnalité.... C'est là que la rupture avec le milieu familial intervient. Dans un état de détresse terrible, Élisabeth était la victime rêvée pour eux".

- Ensuite, d'après les enquêteurs espagnols toujours, Élisabeth aurait quitté la secte... Par amour de l’Algérien" qu'on a vu à plusieurs reprises à ses côtés? Ou est-elle tombée à nouveau sur un proxénète?

En tout cas, les témoignages sont formels, Élisabeth, aujourd'hui majeure, bénéficie d'une autonomie suffisante pour passer un coup de téléphone. Ni la maman, ni les enquêteurs n'excluent que, pour des raisons de survie, Élisabeth se soit adaptée à sa nouvelle mie... "Je respecterai ce qu'elle décidera", assure la maman émue, "je veux seulement la revoir, m'assurer qu'elle est en vie... On prendra le temps d'en parler, car je ne repartirai pas juste après l'avoir embrassée."

- Reste que, quelque soit la raison, celte perspective rendrait les retrouvailles contre la volonté de la jeune fille extrêmement pénibles pour la maman, et délicates du point de vue juridique. En effet, n'ayant commis aucun délit ni en Espagne, ni en Belgique, rien ne pourrait permettre aux enquêteurs de retenir la jeune majeure. Des solutions sont envisagées par les enquêteurs, qui restent cependant discrets.

P.B.

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