samedi 18 juillet 2009

Les responsabilités de Vande Lanotte (Suite pages 34 à 36)


Les responsabilités de Vande Lanotte

« Télé Moustique » du jeudi 21 novembre 1996 pages 32 à 36

Pages 32 à 33 :

En réclamant la démission du ministre de l'intérieur, Johan Van de Lanotte, les parents de Julie et Mélissa s'appuient sur des faits concrets, des documents, une analyse en profondeur du rôle catastrophique de la gendarmerie dans les dysfonctionnements de l'enquête qui aurait dû sauver la vie de leurs filles.

La prise de position ferme des parents Lejeune et Russo part d'un constat évident. Comme nous l'explique Gino Russo, "il y a plus de cent jours que les corps sans vie de nos enfants ont été découverts à Sars-la Buissière. Tout le monde est d'accord pour constater qu'il y a eu d'incroyables dysfonctionnements dans l'enquête. Mais chacun des acteurs se renvoie la balle et, en définitive, il n'y a qu'une seule personne qui ait été l'objet de sanction... A savoir le juge d'instruction Connerotte qui avait retrouvé Sabine et Laetitia en vie! Par ailleurs, de nombreux documents se sont fait jour, ces dernières semaines, qui démontrent déjà clairement les ratages coupables de la gendarmerie. Bien sûr, nous savons qu'il y a une commission d'enquête parlementaire qui devra tirer au clair toutes les responsabilités.

A priori, nous lui faisons confiance. Mais, pour notre part, nous menons notre contre enquête depuis plus de seize mois et on ne peut pas nous demander de rester complètement perméables et insensibles aux informations que nous recevons. C'est ce qui nous a conduits à demander la démission du ministre de l'Intérieur. D'autant que celui-ci reste silencieux par rapport au rôle trouble de l'état-major de la gendarmerie dans ce dossier alors qu'il s'était engagé par écrit en août 1995, à un moment crucial de l'enquête, à prendre ses responsabilités'.

- La lettre en question faisait suite à une rencontre des parents avec le ministre de l'intérieur, sur la base des conseils du... ministre de la Justice, Stefaan De Clerck. Eh oui, déjà à ce moment-là, il y avait une tendance à se renvoyer la balle. Le 30 septembre '95, Carine et Gino Russo décrivaient donc ainsi leur inquiétude: "Cher Monsieur Vande Lanotte. Comme vous nous l'avez conseillé à l'issue de l'entretien que vous nous avez accordé le 22 septembre dernier, nous nous permettons de vous contacter afin de vous faire part de quelques points qui nous tiennent à coeur et malheureusement nous effraient dans le cadre de la poursuite des recherches de nos deux petites filles. En effet, depuis plusieurs semaines, nous nous posons de plus en plus de questions quant aux moyens mis à la disposition des enquêteurs afin de travailler correctement et efficacement sur le terrain". Et les parents de développer ensuite plusieurs thèmes: le "manque plus que probable d'effectifs humons", le « manque flagrant de moyens de communication » et l'insuffisance d'outils informatiques".

- Un accusé de réception du ministre de l'Intérieur leur parvenait le 5 octobre et enfin, Vande Lanotte écrivait à nouveau aux parents Russo le 25 octobre '95. Pour rappel, nous sommes alors en pleine opération Othello et Dutroux est considéré comme « le suspect le plus important » de la gendarmerie. C'est donc a ce moment crucial que le ministre fait montre de son implication et de son soutien dans le dossier « Julie et Mélissa ».

- Johan Vande Lanotte écrit: « J'ai insisté auprès du Commandement de la Gendarmerie de vous inviter à une réunion planifiée entre la nouvelle cellule nationale de disparitions et I'ASBL Marc et Corine. Les responsables de la cellule m'ont signalé que cette réunion leur a permis de vous expliquer !e but et le fonctionnement de la cellule et que vous avez positivement participé à la réunion en formulant de bonnes idées quant à l'approche à réserver à pareille enquête. (...) En tant qu'autorité de tutelle de la Gendarmerie, je peux néanmoins vous garantir qu'une cellule constituée de gendarmes venant de plusieurs unités travaille en permanence sur ce dossier depuis le début de l'enquête. (...J De par mon autorité et l'importance de tout mettre en oeuvre pour un jour pouvoir retrouver votre fille ainsi que Julie Lejeune, je suis de très près l'évolution de ce dossier et l'interviendrai personnellement ou moment où je constaterai des anomalies qui incombent à ma responsabilité de ministre de l'Intérieur".

- Aujourd'hui, le même ministre de l'Intérieur, celui qui qonflait les biceps au mois d'août '95, n'est plus responsable de rien du tout en ce qui concerne l'enquête "Julie et Mélissa". Ces derniers jours Vande Lanotte déclarait à la suite de la prise de position des parents Russo et Lejeune: "Je ne suis pas prêt à devenir un bouc émissaire, ni à en trouver à la gendarmerie. (...) En ce qui me concerne, je ne suis responsable que s'il est nécessaire de prendre des mesures disciplinaires dans le cadre d'une enquête. (...) Je ne démissionnerais que si des dysfonctionnements graves ….

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QUID DE LA RESPONSABILITÉ DES MINISTRES ?

« Télé Moustique » du jeudi 21 novembre 1996 page 33

Réagissant à la demande de démission de Johan Vande Lanotte, Marc Uyttendaele, professeur de droit public à l'Université Libre de Bruxelles, rappelle qu'évidemment "un particulier ne peut réclamer la démission d'un ministre. Seul le Parlement peut engager Ia responsabilité ministérielle'. C'est donc à la commission parlementaire Dutroux-Nihoul d'établir d'éventuelles responsabilités dans le chef du ministre de l'Intérieur et d'en dresser rapport devant la Chambre des représentants qui le contraindrait, le cas échéant, à la démission.

N'empêche. Le ministre pourrait remettre spontanément sa démission sans qu'une faute personnelle lui soit forcément reprochée. II s'agirait dans ce cas d une évidente preuve de conscience morale, c'est-à-dire la reconnaissance publique que des erreurs et carences impardonnables ont été commises par les services placés sous sa tutelle.

Les débats relatifs a la responsabilité des ministres ne sont pas nouveaux dans notre pays. Lors de l'enquête parlementaire sur la tragédie du Heysel - qui coûta la vie à 39 personnes au cours de la finale de la Coupe d'Europe de football en mai 1985 - le libéral Robert Henrion déclarait fort pertinemment que "celui qui s'est laissé porter au sommet des grands emplois, qu'il s'agisse de l'Etat ou d'une grande ville ou même d'une entreprise importante doit savoir qu'il portera le destin de l'institution et assumera tout ce qui sera fait ou ne sera pas fait sous son égide". Et il ajoutait: "II doit savoir aussi que lorsqu'un grand échec surgit dans la sphère de sa compétence, même si de bonne foi il se croit innocent, il devra quand même en supporter le poids".

Une réflexion reprise par Marc Uyttendaele (*) qui démontre un grand sens civique mais qui est restée souvent lettre morte dans l'histoire politique du puys. Car en Belgique un ministre ne démissionne pas ou si peul Que l'on se souvienne de l'opiniâtreté de Charles Ferdinand Nothomb ministre de l'Intérieur à l'époque du Heysel. En juillet 1985, la commission d'enquête parlementaire remet son rapport sur le drame. La moitié des membres soulignent la responsabilité politique de Charles Ferdinand Nothomb. De nombreux citoyens et parlementaires réclament alors son "scalp". Mais l'homme plein de certitudes ne cède pas, provoquant la démission théâtrale de son collègue Jean Gol, ministre de la justice qui prononce ces terribles paroles: "Puisque Charles Ferdinand Nothomb n'a pas de conscience, je dois exprimer la mienne en démissionnant Quelques jours plus tard, tout le gouvernement est démissionnaire.

Mais les choses finissent par s'arranger et Jean Gol réintègre le gouvernement aux côtés de Nothomb.

Rebelote en 1991 avec la sulfureuse affaire Walid Kholed. Ce terroriste palestinien, soupçonné d'avoir trempé dans l'enlèvement de la famille Houtekins est reconnu par hasard aux abords de la Grand-Place. Interpellé, la surprise est de taille: Khaled est en possession d'un visa touristique en règle. La démission du ministre des Affaires étrangères Mark Eyskens est réclamée, mais ici encore l'homme s'accroche a son portefeuille. Dans ces deux dossiers, 'les ministres concernés se sont abstenus de toute démission spontanée.

Pire, ce sont des subordonnés – des membres de leurs cabinets ou des fonctionnaires - qui tels des fusibles

les ont protégés et ont supporté seuls les conséquences des fautes commises", décode avec une critique pointue Marc Uyttendaele.

En 1993 encore, des parlementaires demandent la "tête" de Melchior Wathelet, alors ministre de la Justice, dans le cadre des évasions spectaculaires des lieutenants de Patrick Haemers de la prison de Saint-Gilles et des manquements décelés dans l'organisation de l'administration pénitentiaire. Le ministre refuse de démissionner, estimant qu'aucune foute ne peut lui être reprochée.

Chaque fois que des événements tragiques se produisent - tels les tueries du Brabant wallon ou le massacre du Heysel - les forces de l'ordre reçoivent une gifle magistrale en plein visage. Face à l'émoi général, les gouvernants dénichent des explications peu convaincantes en jurant leurs grands dieux que plus jamais de tels errements ne se produiront. Et puis, I'inimaginable explose à nouveau et repose immanquablement les mêmes questions. Si cette fois on ne restructure pas en profondeur le fonctionnement des forces de l'ordre, qu'on ne donne pas les moyens matériels nécessaires au pouvoir judiciaire afin de mener sa mission et que les têtes des responsables ne tombent pas, le 'citoyen aura (a preuve qu'on se moque de lui !

Mathilde Meyer

(*) Marc Uyttendaele, "Droit public"; PUB,1994-1995.

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