dimanche 7 juin 2009

Qui veut empêcher la vérité d’éclater (Ciné Télé Revue du jeudi 14 novembre 1996 pages 27 et 28


Qui veut empêcher la vérité d’éclater ?

Coïncidences pour le moins curieuses lors de la perquisition au domicile de l'enquêteur de «Ciné-Télé-Revue» : Qui veut empêcher la vérité d'éclater ?

Ciné Télé Revue du jeudi 14 novembre 1996 pages 27 et 28

Comment la justice a-t-elle pu croire

que nous allions trahir nos sources ?

Le jeudi 7 novembre dernier, une perquisition de plusieurs heures était effectuée au domicile de l'un de nos journalistes, Claude Moniquel, qui assure, depuis le 15 août, la couverture de « l'affaire Dutroux- Nihoul ». Par la suite, Claude Moniquet et notre rédacteur en chef, Marc Deriez, étaient entendus durant plusieurs heures par un juge d'instruction de Charleroi.

Motif de la perquisition et des auditions : une plainte en diffamation déposée par Claude Lemaire, commissaire en chef de la police judiciaire de Charleroi, pour « diffamation, calomnie et injures » (considérées comme un délit de presse, et, dès lors, passibles de la cour d'assises, où sont jugés les assassins), relative à un article publié le 5 septembre dernier. M. Lemaire en a extrait une dizaine de lignes qu'il juge insultantes pour le corps qu'il dirige et, par voie de conséquence, pour lui-méme. Pour rappel, il était écrit que la police judiciaire de Charleroi ressemblait, jusqu'il y a peu, à un « souk ».

Dans l'Antiquité, les porteurs de mauvaises nouvelles étaient mis à mort. Il importe donc de revenir aux réalités. C'est bien à Charleroi et dans sa région que vivaient et prospéraient cinq membres de la bande à Dutroux (Marc Dutroux lui-même, son épouse Michèle Martin, Michel Lelièvre, Michel Diakostavrianos et Bernard Weinstein).

C'est à Charleroi et dans sa région que Julie, Mélissa, An et Eefje (et peut-être d'autres victimes innocentes) ont été séquestrées, martyrisées et, finalement, tuées. C'est à Charleroi que,, 1e.15 août, des enquêteurs venus de Neufchâteau ont délivré, vivantes, Sabine et Laetitia. C'est à Charleroi, enfin, que les trafics de voitures et autres délits de la bande à Dutroux ont été couverts, entre autres par l'inspecteur de la P.J. Georges Zicot et, semble-t-il, par certains de ses collègues supérieurs.

Ce bilan peu glorieux aurait poussé plus d'un policier à la modestie et à la circonspection, ainsi qu'à un très sain examen de conscience. Cela n'a pas été le cas de M. Lemaire, dont l'honneur professionnel a, manifestement, été plus chatouillé par nos accusations que par l'inconcevable incapacité de ses services à détecter et à empêcher les crimes et délits de truands, dont plusieurs étaient pourtant des récidivistes.

Toutefois, la justice a été saisie. Nous la laisserons, sereinement, suivre son cours. Mais nous ne pouvons nous empêcher de nous poser des questions.

Qui cherche à faire pression?

Une plainte en diffamation peut-elle justifier une perquisition chez un journaliste ? Que cherchait-on réellement, sinon des sources, que ces professionnels savaient pertinemment bien qu'on ne leur don nerait pas? De même,, nous ne pouvons qu'être surpris de voir la plainte de Claude Lemaire mise à l'instruction à Charleroi, alors que le parquet de cette ville est mis en cause dans l'article et le passage incriminés.

Enfin, il est plutôt troublant que cette perquisition intervienne le jour même où notre hebdomadaire publiait de nouvelles révélations mettant gravement en cause un inspecteur de la P.J. de Bruxelles dans le dossier Benaïssa, cet article ayant, par ailleurs, suscité la colère de la P.J. de Bruxelles et du commissaire général Christian De Vroom, un ancien de Charleroi.

M. Lemaire (et quelques autres) ont-ils envie de nous faire taire? La P.J. et le parquet de Charleroi ont-ils vraiment du temps à perdre dans ce genre de procédure, où celui qui cherche la vérité devient suspect?

L'actualité récente a prouvé, de manière ô combien tragique, que les enquêteurs avaient mieux à faire. Comme elle a prouvé que le seul et vrai problème ne réside pas, dans toute cette affaire, dans la manière dont la presse effectue son travail, mais bien dans celle dont la justice n'a pas fait le sien. Il est vrai que, malgré la « transparence » qu'on nous promet depuis trois mois, il reste plus facile pour certains de tirer sur le facteur que de tirer les conséquences des nouvelles qu'il apporte.

Jeudi dernier fut, pour notre rédaction, une journée particulière.

Récit.

7 h 40. Le juge d'instruction carolorégien Olivier Delmarche, accompagné de Mme le substitut Delpierre, de son greffier et de sept enquêteurs du Comité Supérieur de Contrôle, se présente au domicile de Claude Moniquet. Ils ne l'y trouvent pas : notre collaborateur vient à peine de quitter son appartement pour suivre une équipe de la télévision allemande qui réalise un reportage sur l'affaire Dutroux et qui doit passer la journée dans la région de... Charleroi. Qu'à cela ne tienne : quelques-uns de ses voisins sont tirés du lit et se voient demander s'ils connaissent notre journaliste et s'ils savent où il se trouve... Ayant constaté l'inanité de ces questions, les enquêteurs se retirent après avoir apposé les scellés sur l'appartement de notre journaliste, et laissent deux hommes dans l'immeuble pour l'intercepter s'il pointe le bout de son nez.

11 h. Olivier Delmarche et son escorte arrivent au siège de « Ciné-Télé-Revue », où ils demandent à perquisitionner le bureau de Claude Moniquet. Deuxième déception de la matinée pour les enquêteurs: Claude Moniquet étant journaliste indépendant et ne disposant pas d'un bureau dans nos locaux, aucune perquisition n'y est possible.

Marc Deriez, le rédacteur en chef de « Ciné-Télé-Revue », se voit alors prié de se mettre en rapport avec notre collaborateur. Par téléphone portable, celui-ci est sommé par le juge Delmarche de rentrer à Bruxelles

« le plus rapidement possible ».

12 h. Claude Moniquet arrive à la rédaction. Il repart presque aussitôt vers son domicile, en compagnie du juge et de sa suite.

Vers 13 h, après lui avoir donné connaissance de la plainte du commissaire Lemaire, le juge d'instruction demande à Claude Moniquet s'il accepte d'identifier les individus lui ayant permis de rédiger l'article litigieux. Devant son refus, le magistrat entame la perquisition qui doit permettre de découvrir ces sources.

La visite domiciliaire durera un peu plus de quatre heures, au cours desquelles des centaines de documents (il y en a du papier dans un bureau de journaliste !) seront épluchés par les enquêteurs.

17 h 15. La perquisition s'achève. Le juge Delmarche et ses collaborateurs se retirent en emmenant Claude Moniquet à Charleroi, où il doit être entendu par le juge. Malgré sa durée, la perquisition n'a pas permis aux enquêteurs de découvrir d'éléments matériels pouvant les aider.

Le juge Delmarche a cependant saisi quelques feuillets de notes et un dossier important relatif à l'enquête Dutroux.

18 h 15. Dans le cabinet du juge, au palais de justice de Charleroi, commence l'audition de Claude Moniquet. Elle s'achèvera un peu après 20 h.

Vendredi après-midi, c'est au tour du rédacteur en chef, Marc Deriez, d'être entendu par le juge. Son audition durera trois heures. Il déclarera, en substance, assumer la pleine responsabilité des écrits de Claude Moniquet. A ce jour, ni l'un ni l'autre ne se sont vus notifier d'inculpation. La justice suit son cours. Et notre enquête continue.

Légende des photos :

Notre journaliste Claude Moniquet interpellé à « Ciné-Télé-Revue », les scellés sur la porte de son appartement et l'interview qu'il donna aux chaînes de télévision et de radio avant d'être embarqué pour le palais de justice de Charleroi : comme par hasard, ces événements se sont déroulés le jour où notre hebdomadaire publiait de très graves accusations contre un inspecteur de la PJ.

A leur sortie de « Ciné-Télé-Revue,,, comme après la perquisition opérée chez notre journaliste,juge d'instruction et substitut ont refusé de faire le moindre commentaire. En revanche,les auditions furent très longues...

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Affaire Elisabeth Brichet :

Règlements de comptes et luttes d'influence

Ciné Télé Revue du jeudi 14 novembre 1996 page 28

« Départ en vacances» de l'un des responsables de l'enquête à Bruxelles, vol de dossiers chez un avocat, agressions et intimidation de témoins : manifestement, les événements s'emballent dans l'enquête. Et c'est bien la preuve que l'on approche, sinon du dénouement, du moins de rebondissements particulièrement importants. Le point sur deux semaines cruciales.

Après de longues années de quasi-immobilité, la justice namuroise semble enfin prendre les choses à bras-le-corps dans l'affaire Elisabeth Brichet. Les témoignages de trois personnes qui, apparemment, ne connaissent pas, mais auraient vu une jeune fille de 18 à 20 ans ressemblant à Elisabeth (qui devrait, aujourd'hui, être âgée de 19 ans) se prostituer dans une galerie commerçante de Ténériffe ont, en tout cas, été jugés assez importants pour que le juge d'instruction en charge du dossier et plusieurs enquêteurs se rendent sur place en commission rogatoire.

Marie-Noëlle Bouzet, la maman d'Élisabeth, qui a de bonnes raisons de ne pas faire une confiance aveugle au travail des enquêteurs, les a accompagnés. Coïncidence ? Une « fuite » malencontreuse, dans un journal flamand que l'on a connu mieux inspiré, a révélé au grand jour le déplacement de la commission rogatoire.

A l'arrivée, pourtant, des « éléments importants et concordants » auraient été recueillis. Pourquoi a-t-on attendu tant de temps, alors que l'enquête du détective André Rogge, et un premier voyage aux Canaries, voici plusieurs années, ont laissé apparaître des détails accusateurs?

A Bruxelles, le départ en vacances du commissaire Georges Marnette, patron (entre autres) de la section « moeurs » à la P.J. de Bruxelles et qui a claqué la porte)) il y a quinze jours, continue à faire des vagues, alimentant les rumeurs les plus folles, certains allant jusqu'à prétendre qu'il se trouverait « dans le collimateur » de Michel Bourlet. Pure manipulation.

Georges Marnette est le prototype du « grand flic ». II a sans doute pu lui arriver, à un moment ou l'autre au cours de sa carrière, de devoir « lever le pied » sur injonction du parquet, mais tous ceux qui ont déjà travaillé avec lui, même en dehors de la P.J., s'accordent à dire qu'il n'a pas du tout le profil d'un homme qui accepterait de « s'endormir» sur un dossier ou de « couvrir) des criminels.

Dès lors, que s'est-il passé?

Chargé, depuis le mois d'août, d'une partie de l'enquête sur Michel Nihoul (et pas seulement du volet financier de ses activités, comme l'ont affirmé certains, mal informés), Georges Marmette était, nous affirme-t-on de sources proches de la P.J., ulcéré par une série de dysfonctionnements constatés dans les enquêtes en cours. D'abord, il s'était vu « interdire de séjour » à Neufchâteau, et ce, à l'initiative, probablement, du commissaire Zimmer, responsable de la P.J. d'Arlon, mis en cause par André Rogge et qui nourrit à l'égard de Marnette, depuis quelques années, une rancune tenace.

Ensuite, Marnette ne cachait pas à son entourage professionnel qu'il supportait très mal de « faire les courses » de Neufchâteau et de se voir chargé de vérifications de détails, alors que l'on refusait de lui communiquer certains éléments importants du dossier, dont la connaissance lui aurait pourtant permis de mieux orienter ses recherches.

Enfin, ce n'est un secret pour personne au siège de la P.J., les relations étaient tendues entre Georges Marnette et le magistrat national André Vandoren. Celui-ci, qui « coiffe » l'enquête à Bruxelles, prétendait en effet régenter l'ensemble du travail du « patron » des moeurs. Il y a une dizaine de jours, il aurait très mal pris le fait que Marnette lui ait « caché » une enquête en cours sur une affaire de pédophilie qui n'a pourtant rien à

voir, semble-t-il, ni de près ni de loin, avec les différentes affaires en cours à Neufchâteau. d'enquête litigieuse, menée en secret pour des raisons de sécurité physique d'un témoin, avait d'ailleurs été initiée, comme il se doit,sous le contrôle d'un « magistrat de confiance », en l'occurrence le procureur du Roi de Bruxelles, Benoît Dejemeppe.

Et Georges Marnette avait rédigé un premier procès-verbal dans lequel seraient citées, nous affirme-t-on, d'importantes personnalités. Irrité de se voir, une fois de plus, mis en cause par André Vandoren et estimant que la coupe était pleine, Georges Marnette a alors décidé de se mettre au vert ».

En attendant que l'histoire lui donne raison, car il pourrait bien apparaître, dans un proche avenir, qu'une identification réalisée par ses soins à Bruxelles dans le cadre d'une affaire de pédophilie, qui défraya la chronique ces dernières années, soit l'un des éléments les plus importants du « dossier Dutroux ». Mais nous ne pouvons en dire plus à l'heure actuelle.

On notera au passage que le commissaire Zimmer fut, dans le passé, un proche collaborateur d'André Vandoren. Quant à ce dernier, il n'est pas indifférent de savoir que, longtemps substitut du procureur du Roi de Bruxelles, spécialisé dans les affaires de moeurs, il a connu, il y a une dizaine d'années, des accrochages assez graves avec l'un des services avec lesquels il était amené à travailler régulièrement, et qui ne partageait pas, disons, sa « philosophie ». Ces incidents de parcours lui valurent d'ailleurs de voir son nom cité dans quelques affaires sulfureuses et d'être entendu, à deux reprises, dans le cadre d'une importante affaire criminelle.

Certains enquêteurs s'étonnent d'ailleurs que ce soit « sa » 23e brigade nationale de la P.J. qui se soit vu confier l'enquête sur Michel Nihoul, alors que c'est la BSR de Bruxelles qui, en dépit de ce qu'affirment plusieurs journaux, a fermé, ces dix dernières années, toutes les « boîtes à partouzes » autour desquelles tournait Michel Nihoul.

Aurait-on craint que, connaissant trop bien Nihoul, la BSR n'en vienne rapidement à lui poser des questions trop délicates ?

Autre événement curieux : le « casse » opéré dans les bureaux d'un avocat de Bruxelles, Me Jean Paul Dumont, dont on a écrit qu'il pouvait être lié aux affaires en cours. On lui aurait, entre autres, dérobé une cassette sur laquelle était enregistrée une conversation avec le pédophile Jean-Paul Raemackers, récemment condamné à la réclusion à perpétuité. Qu'en est-il exactement ?

Jean-Paul Dumont a effectivement été, pendant un laps de temps assez court, l'un des avocats de Jean-Paul Raemackers. Toutefois, il serait étonnant que cette fameuse cassette contienne des révélations fracassantes. Il n'existe plus, en effet, de relations entre l'avocat et son ancien client. Les affaires de pédophilie pourraient, dès lors, dans ce cas précis, n'être qu'un écran de fumée créé par ceux qui ont intérêt à nuire à Jean-Paul Dumont (ses interventions, dans plusieurs dossiers les plus chauds des années 80, ne lui ont pas valu que des amitiés...) et, surtout, à dissimuler le véritable but de leur visite nocturne. Car si des pièces autrement importantes que la fantomatique « cassette Raemackers » ont bel et bien disparu lors de cette visite inamicale, elles concernaient, nous affirme-t-on à la P.J., un autre dossier tout aussi explosif mais qui n'a strictement rien à voir avec des affaires de mœurs, celui du baron de Bonvoisin...

Ce vol, toutefois, relance les craintes de ceux qui pensent que les responsables des réseaux de pédophilie, actuellement dans la ligne de mire de Neufchâteau, s'affolent et sont prêts à jouer le tout pour le tout pour sauver leur peau. On sait du reste qu'un témoin important (en fait, une ancienne victime de ces réseaux dont les dépositions, mettant en cause plusieurs personnes et permettant de mieux comprendre le fonctionnement de la « mouvance» pédophile, sont jugées « de première importance » par certains enquêteurs) a été victime, ces dernières semaines, de deux agressions graves. Ces actes ne sont pas isolés.

D'autres témoins, qui ont spontanément fait à la P.J. de Bruxelles dès le mois de septembre des révélations qui pourraient être importantes, ont été, depuis, l'objet de tentatives d'intimidation de la part d'un individu dont nous ne pouvons, à ce stade, révéler l'identité, et qui cherchait à obtenir des précisions sur le contenu de leurs témoignages.

Enfin, transportons-nous à Liège, où un deuxième haut magistrat, le premier avocat de la cour d'appel de Liège, Franz-Joseph Schmitz, se voit accuser d'avoir purement et simplement racketté ses connaissances et des justiciables sous prétexte de récolter des fonds (sans aucun justificatif) pour de fumeuses oeuvres sociales.

On ne s'éloigne pas du sujet qui nous préoccupe lorsque l'on saura que le même Schmitz avait instruit la plainte déposée en 1995 par Roger Bonten contre Marc de la Brassine, qu'il accusait de protéger un pédophile notoire mettant en danger l'avenir de son fils.

Surprise ? Au terme de cette « enquête» sur laquelle il y a beaucoup à dire, Schmitz avait blanchi son voisin de couloir. Un dossier qui risque fort, aujourd'hui, ainsi que nous l'a confié Me Victor Hissel, de se retourner contre lui. Quant à l'indestructible Mme Thily, elle est de plus en plus seule dans son grand palais...

Claude MONIQUET

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