mercredi 27 mai 2009

LES CINQ MENSONGES DE L’AFFAIRE DUTROUX( Suite pages 28 et 29)



LES CINQ MENSONGES DE L’AFFAIRE DUTROUX

Suite pages 28 et 29

……..les gendarmes avaient déjà décidé de travailler sur cette affaire en dehors du dossier d'instruction "disparition" instruit à Liège. C'est donc volontairement que la gendarmerie, qui avait déjà travaillé en catimini jusque-là sur Dutroux, décide de poursuivre par le biais d'une 'mise sous observation" demandée au parquet de Charleroi.

Il s'agit là d'un élément capital - mais non reconnu publiquement par la gendarmerie - parce que les moyens d'enquête sont très nettement différents quand on travaille dans le cadre d'un dossier d'instruction ou dans le cadre d'une "mise sous observation". Certes, en choisissant la seconde formule, les gendarmes se donnaient la possibilité de prendre Dutroux en flagrant délit ou de découvrir une infraction qui leur aurait permis d'obtenir l'ouverture d'un nouveau dossier "Dutroux" qui leur serait attribué et partant, des mandats de perquisition. Dans ce cas, n'auraient-ils pas été considérés comme des héros qui ont trouvé la vérité en dehors de l'instruction menée à Liège sous la direction d'un membre de la Pi?

Mais ce choix est aussi celui d'apprentis sorciers, car la mise sous observation, à la différence d'une enquête menée dans une instruction, ne permet pas d'obtenir de réquisitoires d'un juge. Que ce soit par exemple pour vérifier des comptes bancaires - or l'on sait aujourd'hui que les renseignements relatifs aux comptes de Dutroux sont très parlants - ou pour mener une perquisition. En résumé, on se prive volontairement de la possibilité d'aller voir ce qui se passe chez Dutroux, alors qu'il a pourtant urgence, et on préfère observer ce qui se passe devant sa porte!

A la décharge de la gendarmerie, on relèvera pourtant cet argument évoqué dans le procès-verbal déjà cité plus haut, des gendarmes Lesage et Gilot: "Nous avons eu avec Mme le Juge d'instruction Doutrewe des réunions régulières en son cabinet. (...) Lors des premières réunions (...), nous avions fait part à Mme Doutrewe du fait que de nombreux services de police et gendarmerie rédigeaient d'initiative des procès-verbaux relatifs à des agissements de suspects commis sur d'autres arrondissements judiciaires. Mme le Juge d'instruction Doutrewe et M. le Premier Substitut Hombroise du parquet de Liège nous ont prescrit verbalement d'inciter les services de police à transmettre leurs dossiers, via leurs parquets respectifs, au parquet de Liège qui, après en avoir pris connaissance, l'aurait transmis en communication à Mme le Juge d'instruction Doutrewe s'il jugeait nécessaire.

Le but était à la demande de Mme le Juge d'instruction Doutrewe, de ne pas encombrer le dossier de faite n'ayant pas trait, à première vue, avec l'enlèvement de Julie et Mélissa. (...) Il avait été déterminé par Mme le Juge d'instruction Doutrewe qu'il n'était pas réalisable de commencer à contrôler les suspects moeurs, géographiquement éloignés de la région liégeoise. Si une vérification d'un suspect lointain devait être faite, elle le serait par un service de police local. Ce dernier rédigerait un procès-verbal si cette vérification s'avérait positive ou du moins si elle était sujette à d'autres vérifications. "

Voilà qui remet la balle dans le camp de Mme Doutrewe. Mais cette défense de la gendarmerie Fait fi du fait qu'aucun magistrat n'a le droit d'empêcher un enquêteur de rédiger un procès-verbal et de demander un mandat de perquisition s'il le juge nécessaire. Or, à aucun moment dans les quatorze mois d'enquête, la gendarmerie n'a jugé nécessaire d'entrer dans le dossier "Julie et Mélissa" instruit à Liège par un tel procès-verbal. Pourtant, on imagine mal un magistrat instructeur refuser un mandat de perquisition dans un tel dossier sur un suspect "très intéressant". En admettant même que Mme Doutrewe n'ait pas été "très chaude" à propos de la piste Dutroux, pourquoi les gendarmes ne l'ont pas mise au pied du mur en lui transmettant ces informations par écrit?

La réponse est sans doute que, décidément, la gendarmerie pensait pouvoir résoudre l'affaire dans un dossier qu'elle aurait elle-même initié par le biais de son opération Othello décidée lors de la réunion du 9 août. En témoigne d'ailleurs la demande de mise sous observation rédigée par le capitaine Legros à l'attention du parquet de Charleroi, le 25 août 1995. C'est là le second mensonge de l'affaire Dutroux, un mensonge par omission, cette fois.

2 ème mensonge : autour du rapport du 25 août 1995

Au vu de ce qu'on sait aujourd'hui, le libellé de cette demande est beaucoup trop imprécis: "Cadre généra Dans le cadre de la lutte contre la traite des êtres humains, il apparaît que certaines rumeurs persistantes font état du comportement suspect d'un habitant résidant sur le ressort du district de Charleroi. Ces rumeurs se sont amplifiées depuis la disparition de Julie et Mélissa."

Étonnant "cadre général" en effet, alors qu'on l'a vu, les documents internes de la gendarmerie mentionnent carrément pour objet "Disparition de Julie et Mélissa". Explication probable? Les gendarmes enfermés dans leur logique de délocalisation de l'enquête à Charleroi, leur demande de mise sous observation ne peut être trop limpide. On laisse donc supposer au magistrat qui lit le document - en l'occurrence le 1er substitut Robert - que l'opération Othello n'est pas directement liée à la disparition des petites martyres de Grâce-Hollogne. On l'inscrit donc dans un cadre beaucoup plus large: la traite des êtres humains en général. Et pour rendre les choses encore plus confuses, il est aussi question dans cette demande de suspicions en ce qui concerne un trafic international de voitures volées. La demande en question n'est pas "complète" et "Fidèle" comme l'exige la circulaire ministérielle du 24 avril 1990 sur les "techniques particulières de recherches' qui réglemente les observations. Elle néglige en effet de mentionner plusieurs éléments concernant Dutroux qui sont alors connus par les gendarmes et qui ressortent de différents rapports internes.

Bien sûr, le 1er substitut Robert - dont nous avons analysé le rôle dans notre précédente édition - aurait pu être plus finaud et malgré tout relever que les gendarmes devaient plutôt s'adresser à Liège. Mais de leur côté, les gendarmes ne pouvaient ignorer que leur démarche était non seulement très risquée pour retrouver les enfants disparus encore en vie mais en plus illégale. En effet, la circulaire du 24 avril 1990 déjà évoquée plus haut précise que "lorsque l'observation est liée à des faits qui font l'objet d'une instruction", le juge d'instruction concerné doit être prévenu. Cela doit être fait par le service qui recourt à l'observation préalablement à la mise sous observation et par écrit. C'est d'ailleurs ce que la gendarmerie avait fait dans le cadre de la première mise sous observation de Dutroux en 1993, l'opération Décime, visée pour exécution par le juge Lorent de Charleroi. Pourquoi cela n'a-t-il pas été fait dans le cadre d'Othello? La gendarmerie est-elle en mesure de démontrer que l'opération Othello était totalement étrangère à l'affaire Julie et Mélissa? Poser la question, c'est déjà y répondre.

3ème mensonge : autour des perquisitions de 1993 chez Dutroux

Le 8 novembre 1993, à la suite des premières accusations de Claude Thirault contre Dutroux, cinq perquisitions sont organisées dans ses maisons par la gendarmerie de Charleroi. Thirault avait parlé de travaux dans les caves de la maison de Marchienne-au-Pont où étaient aménagées des caches pour y loger dés enfants. On découvre en effet que Dutroux fait des travaux de terrassement dans la maison désignée par Thirault mais comme ce dernier déclare qu'il "aménage ses caves sans Plus", l'enquête s'arrête là !

Pourtant, à cette époque, la gendarmerie ne pouvait ignorer un autre élément qui crédibilisait les dires de leur informateur. A savoir le fait que Dutroux avait déjà été condamné pour séquestration et viols, notamment d'une mineure d'âge en 1985. Mais bizarrement, Thirault n'est même pas recontacté pour en savoir plus, pour étayer une éventuelle piste vers les activités pédophiles de Dutroux ou ses projets machiavéliques en la matière: il n'est plus question des déclarations de l'informateur jusqu'en 1995... Après l'enlèvement de Julie et Mélissa. Fait encore plus troublant à propos de ces perquisitions: dans le rapport confidentiel du procureur Velu, il fait allusion à une lettre du juge d'instruction Lorent, datée du 11 septembre 1996, de laquelle il ressort qu'il n'aurait pas été informé du résultat de ces perquisitions en ce qui concerne les travaux de terrassement réalisés par Dutroux.

4ème mensonge : autour des perquisitions chez Dutroux en 1995

Après avoir observe Dutroux sans résultats entre août et octobre 1995, les gendarmes se rendent compte fortuitement que Dutroux a été arrêté le 7 décembre 1995 dans le cadre d'un dossier de séquestration et violence mettant en cause également Bernard Weinstein. Avec l'appui du substitut Troch, ils obtiennent - enfin! - un mandat de perquisition du juge d'instruction carolo Lorent dans le cadre de son dossier vols. D'une part, le fait de perquisitionner dans le cadre de l'affaire de vols, plutôt que d'essayer d'obtenir mandat dans le dossier "Julie et Mélissa" était une décision contestable de la gendarmerie: elle limitait en effet les moyens techniques utilisables. Nous avons déjà cité les propos d'un enquêteur rapportés par un gendarme à ce sujet dans le rapport confidentiel du Comité P: "Je tiens à signaler le cadre légal dans lequel nous devions travailler suite aux mandats délivrés par M. le Juge Lorent, il ne nous était pas possible de faire usage de moyens spéciaux (chien pisteur, caméra IR), cette approche n'a donc pas été abordée". Cela aurait été possible dans le cadre du dossier "Julie et Mélissa". D'autre part, Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie, a visité les caves en question et pour plusieurs raisons que nous détaillerons dans un article ultérieur, il ne comprend pas comment on n'a pas pu déceler la cache. Enfin, nous versons comme pièce supplémentaire à cet aspect du dossier un nouvel extrait du rapport confidentiel du procureur général près la Cour de cassation, Jacques Velu. Celui-ci rappelle en effet que "lors de la perquisition du 13 décembre 1995 au domicile de Dutroux au 128 de l'avenue de Philippeville à Marcinelle (NDLR: c'est-à-dire là où Julie et Mélissa étaient détenues), deux enquêteurs entendirent des voix d'enfants alors qu'ils étaient dans une des deux caves. Les recherches faites à l'intérieur de la maison pour localiser ces voix ne donnèrent pas de résultat. A l'extérieur, il y avait des enfants qui jouaient. Les enquêteurs pensèrent qu'ils avaient entendu les voix de ces enfants amplifiées par la disposition des lieux". Et apparemment, cela ne les a vraiment guère troublés puisque le rapport Velu révèle que "M. le Procureur du Roi Marchandise et Mme le Substitut Troch (NDLR: qui avait pourtant fait les démarches avec la gendarmerie auprès du juge Lorent pour obtenir les mandats de perquisition) n'apprirent ce détail (sic) que récemment par la presse". Pourquoi ce mensonge par omission?

5ème mensonge : autour de l'éventuelle destruction de pièces du dossier Othello

Le député Ecolo Vincent Decroly a allumé une fameuse mèche dans l'affaire de "la destruction de documents par le BCR" lorsqu'il s'est exprimé à ce sujet à l'émission Mise au point de la RTBF, le dimanche 27 octobre. Pour rappel, Vincent Decroly y affirmait - à l'instar de nos propres révélations (voir les n°3688 et 3689) - que le BCR s'était livré à une destruction ou à une ventilation de toute une série d'informations "gênantes" dont des pièces du dossier "Othello" avec, entre autres choses, un rapport d'observation du Posa Peloton d'observation, de surveillance et d'arrestation) sur Dutroux. Le député a encore eu l'occasion de s'exprimer à cet égard, le lendemain après-midi, lundi 28 octobre, devant la commission d'enquête parlementaire, ce qui a eu pour conséquence de donner une suite judiciaire à l'affaire (outre la plainte contre X déposée par la gendarmerie suite à la parution de notre article): à savoir la désignation, le même jour, d'un juge d'instruction, le conseiller Marique, via le premier président de la Cour d’appel.

D'autre part, le journal « Vers l'avenir » publiait deux articles sur les mésaventures survenues à un gendarme, Willy Holvoet, délégué syndical au SGSG qui avait eu maille à partir avec sa hiérarchie ainsi qu'avec une frange de son syndicat suite à une intervention qu'il avait effectuée lors d'une conférence à l'ULB, le 3 octobre. En effet, il avait notamment critiqué la répartition des tâches entre les différents services de police.

Cette conférence aurait été filmée par des gendarmes en civil. Le lendemain de la conférence... et de la parution de l'article de Télé-moustique, ce gendarme recevait un ordre de mutation qui l'expédiait du BCR vers la bibliothèque où on lui confiait la périlleuse tâche de dépoussiérer les livres et de mettre à jour un règlement...

Pour la gendarmerie, il ne s'agit pas vraiment d'une sanction puisque, dit-elle, cette "mutation", c'est l'intéressé lui-même qui l'avait réclamée.

Faux: si Holvoet a effectivement demandé sa mutation (suite à une proposition de sa hiérarchie), il la demandait vers la cellule "disparition". Et non en dehors du BCR où désormais il ne pourra plus mettre un pied. L'intéressé est donc suspecté par sa hiérarchie, après dénonciation interne, d'être la source de Télé-moustique - ce que nous ne confirmons pas.

En ce qui concerne notre informateur, nous lui maintenons notre confiance pour des raisons très précises connues de la rédaction.

Et nous relevons que la sénatrice Joëlle Milquet (PSC) a fait de récentes déclarations dans lesquelles elle affirmait que trois gendarmes lui avaient fait, dès fin septembre, des déclarations allant dans le même sens! Alors, où se trouve le mensonge dans cette affaire-là?

Dossier de Michel Bouffioux, Alain Goossens et Frédéric Moser

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