mercredi 27 mai 2009

Deux heures dans la cave de Marcinelle (Le Soir du mercredi 6 novembre 1996)


Deux heures dans la cave de Marcinelle

« Le Soir » du mercredi 6 novembre 1996

La commission d'enquête parlementaire a jaugé la prison de Julie,Mélissa, Sabine et Laetitia.

Les membres de la commission parlementaire Dutroux sont arrivés hier matin, peu avant 11 heures, avenue de Philippeville, à Marcinelle, dans la maison où Marc Dutroux avait séquestré Sabine et Laetitia, qui ont pu être libérées, ainsi que Julie et Mélissa.

Les parlementaires voulaient en effet se rendre contre de la configuration des lieux. Encadrés par un service d'ordre peu ordinaire, les députés sont descendus dans les caves de la maison maudite, accompagnés des parents de Julie Lejeune, d'experts de la P.J. de Charleroi ainsi que d'une juge d'instruction de Huy, Henriette Hollart, dépêchée par le parquet général de Liège.

L'examen de la cave a été long: les parlementaires, ainsi que les parents de Julie, y sont restés plus de deux heures avant d'émerger, visiblement émus. Jean-Denis Lejeune avait déjà examiné l'endroit.

Cette seconde visite n'a fait que le conforter dans ses certitudes. Quand on descend dans la cave, on s'aperçoit vite de ce que les volumes ne sont pas les mêmes qu'au rez-de-chaussée, la cave est en « L », plus petite, les surfaces ne présentent pas partout le même plafonnage et, du réduit à la cave proprement dite, on entend parfaitement ce qui se passe. Enfin, les résonances lorsqu'on sonde et qu'on frappe sur les murs ne sont pas les mêmes.

Tous ces éléments confortent Jean-Denis Lejeune dans l'opinion qu'il avait que de graves erreurs ont été commises. Le père de Julie s'est dit effarer. Il veut maintenant rencontrer les gendarmes qui ont mené les perquisitions.

Plusieurs perquisitions avaient en effet amené les gendarmes à l'avenue de Philippeville : dans le cadre de l'opération Othello, les 13 et 19 décembre 1995, des enquêteurs, prétextant une enquête sur divers vols, avaient visité la cave.

Le 13 août 1996, les enquêteurs, conduits par le procureur Bourlet et cette fois officiellement à la recherche de

jeunes victimes, avaient également fait chou blanc. On se souviendra de ce que c'est Marc Dutroux qui livrera, le 15 août, le secret de la cave de Marcinelle.

Claude Eerdekens, membre PS de la commission parlementaire, partage entièrement les certitudes de Jean-Denis Lejeune.

Les propos du député PS sont explosifs.

Cette visite fut extrêmement pénible, on est effrayé par l'exiguité de ce réduit, Marc Dutroux était vraiment un monstre. Claude Eerdekens tient ensuite des propos très durs à l'égard des enquêteurs.

Je suis effaré. Je pressentais avant de venir qu'on aurait pu sauver les fillettes, d'en suis maintenant persuadé. Quand on sait qu'on cherche des caches, et c'est clair dans l'opération Othello, on frappe dans les

murs: il aurait suffi de quelques coups de marteau pour se rendre compte que les résonances n'étaient pas les mêmes partout et qu'il y avait donc une cache.

Je pense qu'on aurait pu sauver les fillettes, que la gendarmerie n'a pas bien fait son travail. On dit entendre les gendarmes qui ont mené les perquisitions.

Si Claude Eerdekens est catégorique, on entendra moins les autres membres de la commission. Et pour beaucoup d'enquêteurs qui n'ont pas participé aux perquisitions, par contre, les dés sont aujourd'hui pipés. Ces policiers-là ne sont pas sûrs, en tous cas, qu'ils auraient mieux fait que leurs collègues...

FRANCO MEGETTO

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Des cris ? Ce sont ceux de mon enfant !

« Le Soir » du mercredi 6 novembre 1996

Parmi les nombreux badauds massés près de la maison de l'avenue de Philippeville, hier matin, il y avait Julien. Il a 16 ans, il habite Montignies sur-Sambre, et il a bien connu Marc Dutroux. Il avait 14 ans quand il a fait sa connaissance à la Docherie. Dutroux effectuait des travaux de transformation dans sa maison de la rue Jules Destrée.

Nous habitions alors cette rue, et Dutroux m'a demandé à plusieurs reprises de l'aider, notamment à transporter des linteaux. C'était un voisin sans problèmes, et je l'ai aidé, explique Julien.

Le comportement du pervers pédophile ne lui a jamais paru suspect. C'était un homme comme les autres.

Il n'attirait pas l'attention sur lui. 11 était discret, renfermé et ne riait jamais. Il était souvent seul, buvant sa bière, isolé dans son coin pendant le temps de midi, dit iI . Julien précise qu'à l'époque Dutroux suivait des cours du soir en menuiserie à l'université du Travail (UT) à Charleroi. Julien s'est dit très surpris quand il a appris les crimes odieux de Dutroux.

Je trouve cela monstrueux. Je n'aurais jamais cru ça de lui, rien dans son comportement ne le laissait supposer.

Julien ne comprend pas non plus, comme beaucoup d'autres, comment le voisinage n'a pas eu son attention attirée par les agissements de Dutroux avenue de Philippeville.

D'après lui, un professeur de l'UT s'est un jour rendu dans cette maison de la rue de Philippeville dans le cadre d'un travail scolaire que Dutroux devait réaliser.

En buvant une tasse de café, il a entendu des hurlements. Il s'en est inquiété. Dutroux a simplement expliqué que c'étaient les cris de son enfant que sa femme essayait de mettre au lit.

Julien rapporte que Dutroux aurait demandé des conseils architecturaux à ce professeur de technique parce qu'il devait entreprendre des travaux pour relier un souterrain à son garage. (Belga.)

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Démolir les maisons de Dutroux est improbable

« Le Soir » du mercredi 6 novembre 1996

Domicilié avec son fils aîné à Marcinelle, Marc Dutroux possède plusieurs maisons en Belgique. Dans l'attente de la peine qui frappera leur propriétaire, ces immeubles ont été placés sous scellés. Ils le resteront sans doute jusqu'à la fin du procès.

Deux de ces propriétés suscitent un émoi particulier: Sars-la Buissière, où Julie Lejeune et Métissa Russo ont été retrouvées mortes, et Jumet où avaient été enterrées An Marchal et Eefje Lambrecks.

En Grande-Bretagne, la «maison de l'horreur» des époux West vient d'être rasée. Chez nous, une procédure soutenue par la population locale vise à obtenir la démolition du chalet de Jumet et le bourgmestre de Lobbes,

André Levacq, souhaite faire disparaître la maison de la rue de Rubignies, à Sars-la-Buissière, malgré les obstacles juridiques.

Cette maison a été fouillée, trouée, défoncée. Elle ne vaut plus rien. Et je crains des débordements si de nouveaux occupants s’y installent. L a population a été traumatisée. Depuis le 17 août, tous les jours, par tous les temps, des gens, dont les parents Lejeune, viennent y déposer des fleurs et s y recueillir.

Régulièrement, j'enlève les fleurs fanées. Il faut mettre le site à net.

Proche de la place Communale, l'ensemble d'un hectare comprend deux maisons et deux granges où, selon le maïeur, Dutroux avait commencé à aménager des caches.

Depuis 1992, il est la propriété du couple Dutroux-Martin mais seule Michelle Martin y est domiciliée, avec sa mère et ses deux plus jeunes enfants. Dutroux y avait entrepris des travaux et y passait des vacances.

La maison à front de rue est un taudis inhabité depuis longtemps. André Levacq compte prendre un arrêté de démolition, pour des raisons de sécurité, dès qu'il aura obtenu le feu vert de Neufchâteau.

Je veux éviter les squatters, estime le bourgmestre. Il serait malsain que quelqu'un vienne habiter là.

Mais Neufchâteau mènera peut-être de nouveaux devoirs d'enquête dans cette maison.

Une démolition dès lors bien incertaine...

C'est dans le jardin de cette habitation que Julie et Mélissa avaient été enterrées. Le terrain a été retourné sur quatre mètres de profondeur, de fond en comble.

J'ignore totalement ce que ce terrain va devenir, conclut André Levacq. Le garagiste d'à côté, qui l'avait raté de peu quand Dutroux a racheté le bien, sera peut-être intéressé. Il faudrait toutefois éviter d y entre poser des voitures. Et, en tous cas, l'endroit précis où les petites ont été retrouvées doit devenir sacré.

Une stèle à la mémoire de Julie et Mélissa sera élevée aux abords de la maison de Sars-la Buissière. Mais pas trop près de l'habitation, selon le voeu des parents.

Les multiples biens de Marc Dutroux feront l'objet de saisie de la part de ses nombreux créanciers: le ministère de la Justice (amendes et frais de justice), la Sécurité sociale (probables remboursements d'indemnités d'invalidité indûment perçues) et les familles des victimes (indemnités).

Selon toute vraisemblance, seuls les immeubles décrétés insalubres par le bourgmestre de la localité pourront donc être démolis.

MICHELLE LAMENSCH

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On recherche Élisabeth Brichet à Ténériffe

« Le Soir » du mercredi 6 novembre 1996

Le juge d'instruction Guy Coméliau, de Namur, est à Ténériffe depuis dimanche. Il est accompagné de Jean-Pierre Tinant, de la BSR, et d'Annick Jadoul, commissaire à la P.J. Ils vérifient de nouvelles informations dans le dossier d'Élisabeth Brichet.

Les enquêteurs namurois ont pu, cette fois, réagir très rapidement à des informations qui leur ont été transmises par les autorités canariennes.

Une jeune femme blonde, dont l'âge et le physique pourraient correspondre a ceux d'Élisabeth Brichet et qui se fait appeler Eli, a été vue en train de se prostituer dans une galerie commerciale de Ténériffe. Elle est aidée par un individu, connu des services de police locaux, d'origine marocaine ou libanaise. Cet homme serait en séjour illégal en Espagne. Il a été interpellé et a fait l'objet d'une arrestation administrative. Les enquêteurs belges se devaient donc d'intervenir immédiatement. Ils cherchent à retrouver cette jeune femme.

Marie-Noëlle Bouzet, la maman d'Élisabeth, se trouve également à Ténériffe. Elle est sans doute la seule à pouvoir reconnaître sa fille avec certitude. Et si ce n'était pas le cas, elle devrait au moins permettre aux enquêteurs d'affiner les investigations.

Francis Brichet, le papa d'Élisabeth, expliquait, mardi après-midi, qu'une fois de plus les enquêteurs ne l'avaient averti de rien du tout et que, depuis la disparition de sa fille, ce sont les journalistes qui l'informent de

l'évolution du dossier. Il avait dénoncé cette situation en témoignant devant la commission parlementaire d'enquête. Mais cela n'y a apparemment rien changé.

Ce nouvel espoir de retrouver Élisabeth Brichet, qui devrait aujourd'hui avoir 19 ans, est né de trois témoignages concordants de Canariens qui ne se connaissent pas.

Ce n'est pas la première fois qu'une commission rogatoire namuroise se rend aux Canaries. On se souviendra notamment de ce qu'une hôtesse de l'air affirmait avoir reconnu Élisabeth, deux jours après sa disparition, sur un vol charter à destination de ces îles.

Par la suite, un détenu qui avait séjourné dans les milieux canariens de la prostitution y avait emmené, en vain, les enquêteurs. La maman d'Élisabeth qui, depuis sept ans, affirme que c'est dans le monde de la prostitution qu'il faut chercher, s'y était également rendue en compagnie de M. Rogge, détective privé.

Ces précédentes investigations n'avaient apporté aucune certitude, confirmant ou infirmant la présence d'Élisabeth là-bas. Le retour de M. Coméliau est prévu pour mardi prochain.

SABINE DORVAL

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