jeudi 4 décembre 2008

La veillée d’arme des parents de Julie et Mélissa («Soir illustré»16 octobre 1996 pg 30 et 31)


Avant la marche de dimanche prochain à Bruxelles

 La veillée d’arme des parents de Julie et Mélissa

 « Soir illustré » du mercredi 16 octobre 1996 page 30  et 31 

 Dimanche, avec tous les parents qui ont lancé l'appel pour une marche de la vérité, silencieuse et digne, les Lejeune et les Russo poursuivront le combat entamé le 24 juin 1995.

Pour tous les Belges, dont la confiance est ébranlée par l'affaire Dutroux, ces parents sont devenus des modèles et des symboles. Veillée d'armes en leur compagnie.

- Jean-Denis Lejeune a construit sa maison avec l'aide de son père. A la limite de Flémalle et de Grâce-Hollogne, cette demeure taillée pour un bonheur simple, dans un quartier souriant, est à quelques minutes à pied de celle des Russo. Celle-ci se tourne vers un paysage marqué par l'autoroute de Wallonie.

Les automobilistes savent qu'ils approchent de chez Julie et Mélissa en regardant le pont qui porte leur photo. Jour après jour, depuis le 24 juin 1995, date de la disparition des petites filles, les Lejeune et les Russo se sont unis pour sauver leurs enfants, sans jamais baisser les bras.

Depuis qu'ils savent qu'elles sont mortes, ils luttent pour la vérité à propos de l’enquête, et pour sauver d'autres enfants en péril. Ils ont aussitôt suivi Marie-Noëlle Bouzet, la maman d' Élisabeth Brichet, quand elle lança l'idée de la marche qui se déroulera à Bruxelles le dimanche 20 octobre.

Les familles Benaïssa et Marchal ont signé avec eux un communique explicatif. Ils demandent aux Belges de marcher, en silence, sans calicots, en arborant des signes de couleur blanche, pour une démonstration populaire, pacifique et digne de leur solidarité avec tous les enfants. Ils veulent rappeler que le 25 novembre 1991, en signant les 54 articles de la Convention internationale des droits de l'enfant, la Belgique s'est engagée à protéger les enfants contre toutes les formes d'exploitation et de violences sexuelles et à prendre toutes les mesures pour empêcher l'enlèvement, la vente ou la traite des enfants.

Pour ces parents dont la dignité impressionne, toute revendication politique doit être exclue, pour empêcher les dérives. Si le blanc est leur symbole, c'est parce qu'ils veulent défendre sans violence l'enfance trahie.

RETOUR DE WASHINGTON

Jean-Denis et Louisa Lejeune reviennent de Washington, où ils ont visité le National Center for Missing and exploited children.

Les 17.650 corps de police des USA sont raccordés à ce bureau équipé d'ordinateurs, où l'alerte est déclenchée avec un maximum d'efficacité, très rapidement.

Des fonds publics et privés permettent d'assurer ce service que les Lejeune voudraient voir lancer en Europe: de Grâce-Hollogne, il faut 20 minutes pour passer en Hollande!

«A un moment, je me sentais tout perdu. Je me demandais ce que nous faisions là, nous deux, en Amérique. J'ai compris comme notre vie avait été déviée de sa trajectoire. Des gens nous parlent de notre dignité, de notre courage. Moi je ne sais pas. je suis un ouvrier, j'agis comme on me l'a appris. Ce que je sais, c'est que nous n'avons jamais abandonné notre recherche pour la vérité de Julie et Mélissa, même pas devant le Roi. Des gens viennent à nous, nous envoient des lettres, se confient. On ne les a jamais vraiment écoutés, avant ce que nous avons enduré. Ils nous font confiance. Nous voulons les aider. C'est ce qui me permet de tenir.

Moi, je suis malade à vie. Avec l'asbl, nous ferons ce que nous pourrons pour aider les autres.

Nous sommes bien entourés, par des amis de confiance».

- Carrossier dans un garage de la région liégeoise, Jean-Denis ne parvient plus à fixer son attention sur une griffe dans une carrosserie.

Tout lui paraît dérisoire, face à la mort de sa fille. Il ne juge pas ceux qui aiment leur voiture, il les comprend.

Il n'est plus de leur monde.

Ce sentiment est dur à encaisser. Jouer au tennis, aller au cinéma? Fini. Plusieurs fois par jour, le père de Julie se rend au cimetière. Il y va parfois en pleine nuit, avec une lampe de poche. Parfois, il tente de regarder un match de foot à la télé, mais, sur l'écran, il ne voit que sa petite. Sauver d'autres enfants en travaillant dans un comité portant le nom des disparues est la seule manière de résister à ce qu'ils endurent, à chaque instant, quand les autres pensent à autre chose.

 

 

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