mardi 5 août 2008

« On craignait le pire..»('DH'4 septembre 1996 p3)


« On craignait le pire... »

La consternation et la haine chez les voisins

« La Dernière Heure » du mercredi 4 septembre 1996 page 3

JUMET - « Ma toute première réaction, c'est de la haine. Ces types, les Dutroux, les Lelievre et les autres devraient être pendus. Encore que la peine de mort soit encore trop douce pour des monstres comme eux. Ce qu'il faudrait, c'est les enterrer vivants, les laisser macérer des semaines et des semaines dans leurs tombes, les raviver de temps en temps pour que la torture dure et qu'ils crèvent comme ils ont laisse mourir toutes ces jeunes filles. Pour la femme, Michèle Martin, ce devrait être pire parce que cette femme était maman et s'occupait d'enfants comme une institutrice de maternelle...

« On espérait toujours.. .
Il y a quelques instants, le major Jean-Marie Boudin, porte-parole de la gendarmerie, vient de confirmer l'information qui circulait depuis le milieu de matinée dans la presse; des ossements humains ont été exhumés rue Daubresse...
Rue Daubresse où deux voisines, Marylou Boman et Francine De Roover, laissent parler leur colère. On craignait le pire, bien sûr, depuis la semaine passée. Mais on espérait toujours que Dutroux avait décidé de mener les enquêteurs en bateau. C'est effrayant d'imaginer que de telles horreurs aient pu se produire a cent mètres d'ici et que personne ne se soit douté de rien.


On pense aux parents si courageux et qui espéraient. C'est atroce. Marylou a quatre enfants âgés de 4 mois à 4 ans. Son amie Francine en a trois. « Ce matin, raconte cette dernière, je suis sortie prendre de l'essence. Mon fils était assis à l'arrière. A un certain moment, après avoir fait le plein, je ne l'ai plus vu dans mon rétroviseur. Mon sang n'a fait qu'un tour. Je me suis retournée. En fait, il s'était couché sur la banquette parce qu'à la station service, un monsieur avait frôlé la voiture. Je ne sais plus ce qu'il faut raconter à des enfants de cet âge pour les rassurer. Ils font des cauchemars. Dire que c'était un quartier si tranquille et où il faisait si bon vivre. J'habite ici de puis 26 ans. Avant, on faisait souvent la fête, rue Daubresse. Quand il faisait bon comme aujourd'hui, les gens sortaient les chaises et se mettaient sur le pas de la porte.
Ces choses là, on se dit qu'elles arrivent ailleurs, loin, dans des pays comme l'Angleterre ou en Amérique, mais pas chez nous, pas ici

Un club de jeunes
Les jeunes se mêlent aux journalistes. Eux aussi veulent savoir. Notre quartier n'est sans doute pas le meilleur de Charleroi, mais ce n'est sûrement pas le pire. Il y a quelque temps, comme on voyait que le fameux hangar où l'on a retrouvé les ossements n'était pas occupé, on avait pensé s'adresser au propriétaire – Marc Dutroux... - pour lui demander l'autorisation d'en faire un club de jeunes. Bernard Weinstein ? On le voyait, on le croisait surtout quand il promenait son chien. Depuis l'hiver, personne ne l'avait plus revu. On pensait qu'il avait été arrêté et était en prison, ce qui explique qu'à l'époque, personne ne se soit inquiété et n'ait signalé sa disparition à la police. On savait qu'il traficotait, un peu comme tout le monde, mais de là à imaginer ces atrocités. Dire que les parents ont remué ciel et terre pour les retrouver et qu'elles étaient si près, ici.
Dans le ciel, l'Alouette 2 de la gendarmerie filme le hangar de l'horreur. Entre deux clients, l'épicière du coin confie son écoeurement. Bernard Weinstein, elle l'a servi dans sa boutique. « Jamais un Bonjour !, jamais un Merci ! Un type méchant. Du coup, personne ne s'intéressait beaucoup à lui. C'est peut-être le tort qu'on a eu.
Quand il entrait, Weinstein achetait des pâtes ou des cigarettes...

Gilbert Dupont
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L’insoutenable calvaire des parents d’An et Eefje

Lundi soir, ils étaient encore à l’émission « Perdu de vue »


« La Dernière Heure » du mercredi 4 septembre 1996 page 3

HASSELT - A la différence de Julie et Métissa qui étaient inséparables, An et Eefje n'étaient pas vraiment copines. Mais elles fréquentaient la même troupe de théâtre, à Hasselt, les Arlequins. A 17 ans, An Marchal était plutôt timide et réservée, une boule de tendresse qu'elle réservait à son grand-père mort depuis de chagrin, à ses parents, à ses frères et soeurs mais aussi aux animaux. Au point de ne pas accompagner sa famille en vacances en Espagne, au début de l'été 95, pour s'occuper de son chien.

Le 19 août, An rejoint les Arlequins à Westende, où la troupe a loué un bungalow au MarinaPark. Quelques instants avant le départ, Paul et Betty Marchal prennent leur fille en photo, sans imaginer qu'elles seront les dernières.

Ces photos allaient servir plus tard aux avis de recherche. Ce sont elles aussi que les parents ont choisies pour les encadrer au mur avec celles de leurs trois autres enfants. An était l'aînée.

Le 21 août, deux garçons de la troupe assistent au casino de Blankenberge au fameux spectacle d'hypnose de maître Rasti Rostelli. Les garçons, curieux de tout, montent sur scène. En récompense,Rostelli leur offrent deux cartes d'entrée gratuites pour le lendemain... Mais à qui vont-elles servir? Au MarinaPark, personne n'est vraiment très chaud. Finalement, les deux filles se disent que puisque le spectacle est gratuit... An veut à tout prix rentrer pour minuit et donc prendre le dernier tram à 23 h 45. Eefje, qui est plus âgée, parle de faire du stop entre Ostende et Westende.

Toujours est-il que le 22 août à 23 h 45 précises, An et Eefje sont filmées à deux reprises, dans un état second, déambulant dans la galerie du casino de Blankenberge. Le spectacle s'est très mal déroulé. An a voulu s'enfuir. il a fallu la maintenir de force. Elle a même crié sur scène pour arrêter l'hypnotiseur. Un cri déchirant d'enfant blessée.

Du premier jour, les parents savent que leurs filles n'ont pas fugué. L'entente familiale était trop parfaite. An porte des lentilles, qui nécessite un produit qu'elle n'a pas emporté, ainsi non plus que ses lunettes de réserve. Au bungalow,
An était de corvée cuisine: l'après midi du 22, elle avait téléphoné à son papa qui lui avait suggéré une recette... qu'An avait décidé de suivre puisqu'elle a encore eu le temps de se procurer les ingrédients. An avait aussi acheté des cadeaux. A son papa, elle devait offrir des mignonnettes de liqueur Paul Marcha les collectionne...

Et puis, il y a cette certitude dont seuls des parents peuvent parler en connaissance de cause. Quinze jours plus tôt, à leur retour d'Espagne, An avait truffé la maison de petits mots gentils que les parents n'ont d'ailleurs retrouvés qu'au fur et à mesure.

Sur l'un d'eux, An écrivait que c'est que quand des êtres chers s'absentent qu'on s'aperçoit qu'on les aime...
Pendant dix jours pourtant, les enquêteurs vont répéter aux parents que leurs filles ont fugué. Dans leurs démarches, les parents d'An ont toujours associé Eefje. Même si les deux familles ne se sont vues qu'une seule fois, le père d'Eefje n'hésitant pas à attaquer les parents d'An en justice pour une obscure histoire non pas d'affichettes, mais de propos mal interprétés lors d'une interview.

Témoins formels et dignes de foi
Très vite aussi, les parents d'An ont lié leur combat à ceux de Julie et Mélissa, comme si d'instinct, ils avaient tout de suite senti que tout était mêlé. En octobre, rebondissement : des témoins formels et dignes de foi assurent avoir vu An et Eefje dans le nord de l'Espagne. Les détails sont troublants. Mais les parents savent que si leurs filles sont libres de leurs mouvements, ce n'est pas en Espagne, mais à Hasselt qu'elles seraient. Néanmoins, ils contactent les télés espagnoles qui relaient leur appel qui n'apportera rien, pas plus que l'émission, lundi soir, sur Tf1, de Perdu de Vue.

Comme ceux de Julie et Mélissa, les parents d'An, leur obstination, leur pondération, leur détermination forcent l'admiration. Il y a dix jours, le papa d'An, épuisé, est victime d'un début de malaise. Nous en parlons. Une lectrice émue lui téléphone à Hasselt pour l'encourager à ne pas craquer. Paul Marchai nous a dit qu'il avait été bouleversé par ce coup de fil. Cet homme s'occupe de personnes handicapées. Un de ses premiers écoliers, d'il y a quinze ans, est venu lui aussi l'encourager. Les parents en auraient pleuré.
C'est maintenant, à la lumière de la terrible réalité, d'un tout nouveau courage dont les parents des deux filles vont devoir faire preuve.

Gilbert Dupont
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Les terribles aveux !

Il n’avait pas menti !

« La Dernière Heure » du mercredi 4 septembre 1996 page 3

NEUFCHÂTEAU - Le lundi 27 août, Marc Dutroux avait fait de nouveaux aveux. Terribles. Ils faisaient duite à ceux de sa femme, Michelle Martin, qui avait craqué quelques heures plus tôt, reconnaissant que son mari lui avait parlé du sort réservé aux jeunes filles à Jumet.

Dutroux, après avoir reconnu le meurtre de son complice Weinstein, l'enlèvement d'An et Eefje, la séquestration horrible de Julie et Mélissa, allait emmener les enquêteurs dans le hangar, au 63-65 de la rue Daubresse. Peu précis, il y indiquait des zones où seraient enterrées An et Eefje, et peut-être aussi trois autres jeunes femmes. Michelle Martin était elle aussi amenée à Jumet.

Dès mardi, les fouilles macabres ont commencé. Quand la presse a révélé la teneur des aveux de Dutroux, le procureur du Roi de Neufchâteau a piqué une colère. On sait maintenant que les gendarmes étaient bien persuadés, dès ce moment-là, de l'issue fatale. « Les enquêteurs ont toujours eu la conviction que des corps étaient enterrés dans la propriété de Dutroux, commente un officier de la gendarmerie de Charleroi. C'est pour cette raison que les recherches se sont poursuivies durant une semaine avec tant d'assiduité. Elles auraient dû s'achever plus tôt, mais la pluie de la semaine dernière les a fortement entravées ».

Repérées dans le tram
Pour rappel, Dutroux avait très rapidement reconnu sa participation au rapt d'An et d'Eefje. En compagnie de Michel Lelièvre, il s'était rendu à la côte, pour chercher une proie.
Le 22 août 95, en début de nuit, les deux hommes ont repéré An et Eefje à bord du tram qui les ramenait vers Ostende. Dutroux et Lelièvre les aurait alors suivie, les perdant au terminus des trams, puis les retrouvant à la sortie de la ville côtière, alors que les deux jeunes femmes commençaient à faire du stop pour regagner leur camping, à Westende. Kidnappées, endormies, An et Eefje ont alors été transportées vers les repaires de la bande.
Est-ce leur complice Weinstein qui a tué ? C'est ce que Dutroux semble prétendre. Et Weinstein ne le contredira plus.

B. F

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