mardi 5 août 2008

Les corps d’An et Eefje identifiés formellement('DH'4 septembre 1996 p2)


Les corps d’An et Eefje identifiés formellement

Brûlé et enterrés à deux mètres et demi de profondeur

« La Dernière Heure » du mercredi 4 septembre 1996 page 2

JUMET - II n'y a plus d'espoir de retrouver vivantes Eefje lambrecks et An Marchal. Les adolescentes étaient mortes depuis des mois, sans doute depuis l'automne dernier.

Dans ses aveux d'il y a huit jours,Marc Dutroux ne menait pas en bateau les enquêteurs de Neufchâteau. An et Eefje n'avaient pas été livrées à un réseau de prostitution.

L'horreur est totale. Les deux jeunes filles enlevées l'an passé à Ostende ont été retrouvées, hier, à l'état de squelettes. Leurs corps brûlés avaient été enterrés à deux mètres et demi de profondeur, dans la seconde partie du hangar situé à l'arrière de la propriété que Dutroux louait à son complice Bernard Weinstein, rue Daubresse, 63/65, à Jumet. Leurs restes étaient réduits à l'état d'ossements, avec des lambeaux noircis et durs de chair.

Dutroux a désigné l'endroit
C'est la montre qu'Eefje portait au poignet qui a permis à ses parents d'identifier leur enfant. C'est la dentition d'An, dont avait d'abord exhumé le crâne, qui a abouti à la même certitude. Dix sept jours exactement après la découverte, à Sars-la-Buissière, des restes de Julie et Métissa.

Les corps avaient été placés dans une sorte de creuset. Cette construction remonterait au XIXè siècle, la maison de Weinstein ayant été édifiée sur une ancienne fonderie d'aluminium.

C'est Marc Dutroux lui-même qui a révélé l'existence de l'endroit où se trouvaient les restes, lors d'un interrogatoire qui a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi. Le creuset, recouvert de terre, se trouvait dans une zone qui n'avait pas encore été visitée.

Lundi soir, un mince espoir était ravivé : la terre avait été retournée et rien, rien, n'avait été retrouvé.

Mais il restait le hangar, ou plutôt les hangars, une enfilade de constructions qu'il fallait encore abattre après avoir évacué par containers les nombreux débris qu'il contenait.

Le travail a repris hier matin. Un travail d'archéologue. On ne s'est pas servi de la pelleteuse, mais de petites bâches, de truelles et de pelles.
Assez vite, les experts du DIV (Disaster Victimes Identification) ont su que cette fois, la terre livrerait ses horribles secrets. Les premiers indices ont été ramassés délicatement. Des morceaux d'ossements ont été placés dans de petits sachets.

Les premiers journalistes ont su avant 11 heures. A ce moment déjà, on nous a parlé d'An et Eefje.

Vers 11 h 40, l'arrivée du procureur du roi de Charleroi Thierry Marchandise et du juge de Neufchâteau Jean-Marc Connerotte faisaient taire les derniers démentis.

A 11 h 55, il revenait au major Boudin de confirmer que des ossements, qui « pourraient être d'origine humaine », avaient été ex humés dans la propriété de Dutroux. Le gendarme restait prudent mais le légiste, le Dr Jean-Paul Beauthier, savait déjà bien sûr que les ossements étaient d'origine humaine.


D'ailleurs, à 13 h 30, le premier corbillard des pompes funèbres Fontaine arrive sur place.
Ces moments sont terribles. Les restes, dans deux cercueils séparés, seront transférés une heure plus tard à l'hôpital civil de Jumet.
Un hélico, qui filme les lieux, ajoute au lugubre de ces moments qu'il faut vivre pour y croire. Et qui resteront à jamais gravés.

L'expertise pourra-t-elle déterminer comment An et Eef je ont elles trouvé la mort? Un des plus fins légistes belges, le Dr Frédéric Bonbled, qui travaille surtout à Bruxelles, expliquait que ce serait très difficile.

On continue les fouilles
Il y a dix jours, les parents d'An espéraient que dans leur calvaire, leurs enfants avaient croisé Julie et Mélissa et pu dire aux deux petites filles qu'elles ne devaient pas penser que leurs parents les avaient laissé tomber.
, Trois fois, Marc Dutroux a dit vrai. Ce qui implique qu'il a participé à toutes ces horreurs, du début à la fin. Les recherches se sont poursuivies hier après midi à Jumet où il restait quelques mètres cubes de terre à remuer. Le creuset devrait être vidé complètement dans les prochaines heures. Il pourrait être plus grand qu'il n'y paraît. Julie et Mélissa à Sars la Buissière, An et Eefje à Jumet.

La cellule disparitions, qui se barricade à Neufchâteau comme en temps de guerre, est-elle au bout de la liste ? L'après-midi encore, d'autres recherches ont repris à Keumiée à Wanfercée- Baulers, sur un terrain appartenant à Bruno Tagliaferro, décédé - encore un - par overdose en novembre 1995. Il était l'ami du Grec déjà arrêté dans l'affaire Dutroux. A Keumiée, les policiers recherchaient surtout des indices enfouis dans le terrain.

Gilbert Dupont
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Douloureuse émotion hier soir à Hasselt

Les parents ont espéré jusqu’au bout

« La Dernière Heure » du mercredi 4 septembre 1996 page 2

HASSELT - «An est morte. Maintenant nous allons rentrer, nous embrasser et embrasser nos enfants. »

Vers 20 h 30, hier soir, quelques minutes après avoir reçu une confirmation de la mort de leur fille aînée, Betty et Paul Marchal se sont adressés une dernière fois à la presse, devant leur maison de la Singelbeekstraat, à Hasselt.

Un moment d'émotion douloureuse, terme de plus d'une année d'attente, d'angoisse et d'espoir.
Dignes, courageux, déterminés, ils auront espéré jusqu'à la dernière minute. A 20 h, malgré toutes les informations de plus en plus précises, Paul Marchal ne voulait pas y croire : « l'attends une confirmation officielle. Tant qu'elle n'arrive pas, il y a de l'espoir. »

A Kuringen, vers 13 h, la compagne du papa d'Eefje précisait que la famille était informée régulièrement de l'évolution de la situation. Le parquet de Bruges a ensuite confirmé officiellement à la famille que deux dépouilles mortelles avaient bien été découvertes. A 17 h 30, le juge d' instruction de Bruges Luc Van Tieghem se rendait directement à Kuringen our s'entretenir avec Jean Lambrecks
La confirmation était tombée. Le papa a été victime d'un malaise, nécessitant l'intervention d'un médecin.

La maison des Marchal est, elle, restée vide une grande partie de la journée. Paul et Betty Marchal se trouvaient en effet à Paris, où ils avaient participé, la veille, à l'émission Perdu de Vue.
Avant de reprendre le train vers la Belgique, ils avaient eux aussi été avertis, à Paris, des découvertes de Jumet. La maman d'Elisabeth Brichet, qui les accompagnait, craignait aussi le pire. Aucune identification n'était alors officielle. On connaît la suite affreuse.
Les corps des deux jeunes victimes ont été transportés mardi soir dans des corbillards vers Hasselt.

B. F,
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Réactions :

JEAN-LUC DEHAENE : « HORRIFIÉ »


« La Dernière Heure » du mercredi 4 septembre 1996 page 2

Le sommet du gouvernement s'est réuni mardi, dès 9 h 30, à Val Duchesse pour se pencher sur le dossier des pensions du secteur privé. Toutefois, dès que les enquêteurs ont découvert deux nouveaux corps à Jumet, les travaux ont été perturbés et finalement interrompus. Tout au long de l'agrès-midi, le Premier ministre Jean-Luc Dehaene a été en contact avec le ministre de la Justice Stefaan De Clerck.

Dès que l'identification de corps n'a plus fait de doute, le premier ministre a exprimé son horreur et a adressé en son nom et en celui du gouvernement ses condoléances aux familles de Ann et Eefje. Le Premier ministre Jean-Luc Dehaene a fait savoir qu'il « a appris avec stupéfaction qu'An et Eefje ont été lâchement assassinées, comme l'avaient été Julie et Mélissa. II n'a pas de mots pour exprimer l'horreur que lui inspirent de tels actes », indique le communiqué.
« C'est avec toute la population que le Premier ministre partage le chagrin et la douleur des parents et des familles lambrecks et Marchal », poursuit le texte. Au nom du gouvernement et en son nom personnel, M. Dehaene adresse aux familles ses plus sincères condoléances et s'associe à leur peine. «Il s'associe aussi intensément aux parents de Julie et de Melissa pour qui cette nouvelle constitue une épreuve supplémentaire », conclut le communiqué du Premier ministre.


STEFAAN DE CLERCK : « PROFONDE TRISTESSE »

C'est avec une profonde tristesse que /e ministre de la Justice a pris connaissance du dénouement tragique de l'enquête concernant An et Eefje », indique le cabinet de Stefaan De Clerck dans un communiqué. Ses pensées vont avant tout aux familles lambrecks et Marchal qui depuis plus d'un an ont été dans l'attente angoissée de connaître le sort de leurs enfants. II présente aux familles ses sincères condoléances et il arta9e la peine et l'indignation de toute la population. L'espoir d'une issue favorable à ces deux disparitions a été brutalement anéanti. Il manifeste également son estime à tous les services de police et aux magistrats qui ont conduit cette enquête avec un dévouement exceptionnel. II les encourage à poursuivre leur difficile mission pour que toute la lumière soit faite dans cette affaire. Enfin, le ministre de la Justice confirme que les mesures décidées par le gouvernement le 30 août seront rapidement et strictement mises en oeuvre.

POUR MICHÈLE MARTIN : PAS DE CANDIDAT AVOCAT
Michèle Martin, l'épouse de Marc Dutroux, placée comme ce dernier sous mandat d'arrêt, éprouve comme son mari des difficultés à trouver un avocat. Me Michel Bouchat, avocat inscrit auprès du barreau de Charleroi, a refusé de la défendre. Michèle Martin l'avait consulté alors qu'elle contestait toute implication directe ou indirecte dans les faits mis à sa charge.
Michèle Martin, dont le mandat d'arrêt pour complicité de séquestration et d'enlèvement a été confirmé le 19 août, a commencé à faire des aveux le 28 août dernier. Me Bouchat, qui n'avait pas défendu Michèle Martin lorsqu'elle avait été condamnée pour complicité de séquestration par la cour d'appel de Mons en 1989, précise que les menaces anonymes de mort qui lui ont été adressées ainsi qu'à sa famille n'ont pas influencé sa décision. Hier soir, le conseil de l'ordre des avocats de l'arrondissement judiciaire de Neufchâteau s'est réuni pour tenter de trouver une solution à ce double problème d'avocat.
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Légende photos de la page 2

Jusqu'à la dernière minute, Betty et Paul Marchai ont gardé l'espoir de retrouver leur fille en vie. An et son amie Eefje avaient disparu le 23 août 1995 à Ostende. (Ph. Alain Pierrard)

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