dimanche 27 juillet 2008

Martin et Nihoul guetteurs rabatteurs de Dutroux ?(« LE SOIR » du mardi 3 septembre 1996 page 13)


Martin et Nihoul guetteurs rabatteurs de Dutroux ?

« LE SOIR » du mardi 3 septembre 1996 page 13

A Jumet, les fouilles touchent à leur fin. Mais les enquêtes progressent sur le rôle rempli par chacun des membres de la bande à Dutroux.

Comme prévu, les recherches ont repris, hier à Jumet, dans la maison que Marc Weinstein (le complice de Dutroux) avait occupée jusqu'à sa mort, à la fin de l'année dernière. La cour intérieure de l'habitation a été creusée - apparemment sur toute sa surface - jusqu'à une profondeur de 5 mètres, mais les hommes de la protection civile n'y ont rien trouvé. Dutroux et son épouse avaient dit qu'on y trouverait «peut-être» des corps enterrés par leur complice Weinstein. Avec le temps qui passe et l'absence de résultats, les enquêteurs pensent de plus en plus sérieusement qu'il s'agissait donc d'un faux renseignement. Pour les égarer ?

Le hangar de Weinstein a également été fouillé et creusé. Mais là, en fin de journée, il restait du travail à faire puisque la décision a été prise d'abattre complètement ce hangar.

Hier, les regards se sont cependant tournés vers un autre lieu du «domaine» de Weinstein: un second chalet, voisin du sien, qu'il voulait acheter des mois avant sa mort. II y tenait tant, qu'au décès du propriétaire de ce chalet, en septembre 1995, il s'y était lui-même installé, squattant les lieux (vendus depuis lors à un couple étranger à l'affaire) à la grande indignation des habitants du voisinage.

Trois chiens allemands, dressés à la recherche de cadavres, ont sillonné l'endroit hier après-midi. Ils n'ont, semble-t-il, «marqué» aucun point leur paraissant suspect. On a cependant découvert, à l'arrière de ce chalet, deux emplacements où la terre semble avoir été retournée fraîchement. Le sol sera fouillé, mais le juge Connerotte doit encore décider s'il veut qu'on sonde ce second chalet.

Pour le reste, les enquêteurs de Neufchâteau poursuivent sans relâche leur travail dans le sillage de Dutroux et de ses complices.
Ainsi, de nombreux témoignages s'accumulent contre Michèle Martin, l'épouse de Dutroux. Plusieurs enfants qui fréquentent l'école de Julie et Métissa affirment avoir vu Michèle Martin dans les environs de l'école et dans les jours précédant l'enlèvement des deux petites. D'autres témoins assurent que Nihoul se trouvait à proximité des lieux où Nathalie Ghijsebrechts et Laetitia Delhez ont été enlevées, à Louvain et à
Bertrix. Martin et Nihoul pourraient ainsi, imaginent les enquêteurs, avoir rempli un rôle de guetteurs pour Dutroux.

Hier, de source confidentielle, nous avons ainsi obtenu confirmation d'une information révélée par nos confrères de «La Libre Belgique » et se rapportant à ces soupçons. Interrogé sur son éventuelle présence sur des lieux d'enlèvements, Nihoul a assuré qu'il ne pouvait être à Bertrix le 24 juin 1995. Comme alibi, il présente le témoignage de... l'ancien avocat Michel Vander Elst avec lequel il se serait trouvé ce jour-là à Givet.

Vander Elst est l'ancien avocat de Patrick Haemers. Il a été condamné en assises – avec le reste de la bande Haemers - dans l'affaire de l'enlèvement de Paul Vanden Boeynants. II tente de confirmer l'alibi de Nihoul, mais il semble que les enquêteurs ont encore un doute à ce propos.
Par ailleurs, diverses investigations sont encore menées sur les liens unissant Nihoul et l'ex avocat. Les enquêteurs s'intéressent ainsi à des trafics de voitures et des trafics de stupéfiants auxquels les deux hommes pourraient être mêlés, mais il ne s'agit encore, à ce stade de l'enquête, que de suspicions policières.

AI.G.
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Pédophile prédateur ou tueur en série ?

« LE SOIR » du mardi 3 septembre 1996 page 13

Depuis plusieurs jours, la presse évoque le rôle important joué par « les analystes» - de la gendarmerie, de la PJ... mais aussi du FBI américain - à l'oeuvre sur le dossier Dutroux. Mais a quoi servent-ils, que font-ils?
La première tâche de ces enquêteurs qui ne sortent pas de leurs bureaux est d'abord de prendre connaissance des informations qui «entrent» à la cellule de Neufchâteau: des procès-verbaux d'enquêteurs, des notes d'information, des rapports d'experts, des récits faits par d'autres enquêteurs...
Une fois triées (ce qui est sûr ou pas, ce qui est utile ou moins utile), toutes ces informations sont encodées dans de puissants ordinateurs qui fonctionnent sur base de programmes spécialement conçus pour l'analyse criminelle. On en sort des foules de choses...

Une «ligne de temps », par exemple. C'est la chronologie de l'affaire. Elle peut commencer, par exemple, à la naissance de Dutroux. Ou à sa première arrestation. Sur cette ligne (représentée graphiquement sur une feuille de papier), on inscrit les événements côte à côte, jour par jour et même minute par minute. La «ligne de temps» de l'affaire Dutroux est extrêmement précise et détaillée. Elle s'allonge déjà sur plusieurs dizaines de mètres, collée au mur du district de gendarmerie de Neufchâteau sur...3 étages!
Le «lay out» d'une affaire est un autre des documents produits par les analystes. C'est en quelque sorte la toile d'araignée du dossier: qui est en contact avec qui?; quelle histoire, quelle «anecdote» peut-elle avoir un rapport avec quelle autre?, etc.

Mais les ordinateurs de Neufchâteau peuvent encore produire bien d'autres choses: des fiches par fait, par véhicule, par personne, par groupe d'auteurs, par lieu... Concrètement: si l'on apprend, par exemple, qu'un suspect a été vu a tel endroit dans telle voiture, l'ordinateur «sort» les fiches expliquant tout ce que l'on sait à propos de ce lieu et de ce véhicule, mais aussi les numéros de rapport ou de PV qui permettront d'en savoir plus sur les informations reprises en résumé dans la fiche.

Enfin, les analystes ont été très complètement formés à la psychologie. Ils établissent (et affinent jour par jour) le portrait des suspects de l'affaire. Cela leur a permis, dans un premier temps, de définir pour chaque suspect le portrait type de l'enquêteur qui a un maximum de chances d'établir un lien efficace avec le suspect qu'il interroge régulièrement. Par la suite, ils guident les interrogateurs, en les aidant à poser les bonnes questions de la bonne manière, en leur montrant les contradictions ou les invraisemblances des témoignages qu'ils n'auraient pas remarquées immédiatement.

Ces techniques ont été utilisées à Neufchâteau et c'est grâce à elles qu'on a choisi tel ou tel enquêteur pour interroger Dutroux, Martin et les autres. Grâce à elles qu'on procède à des interrogatoires précis, fouil
lés, quasiment scientifiques.

Les deux analystes du FBI présents à Neufchâteau ont, en quelques jours, acquis l'estime et l'admiration de leurs confrères belges de la gendarmerie et des. PI Ils appartiennent à la CASKU (« ChIld abduction and serial killer unit» ou «unité enlèvements d'enfants et tueurs en série ») du FBI, basée à Quantico, en Virginie, dans les installations de « l'Unité des sciences du comportement criminel» de la police fédérale américaine. C'est ce centre (de formation, d'études et de support aux unités du terrain) qui a été rendu célèbre par le film « Le silence des agneaux».
Les agents du FBI présents en Belgique sont très discrets. On sait seulement qu'ils ont dit à leurs collègues belges qu'ils sont surpris par l'extrême perversité et la grande violence de Dutroux qui leurs paraissent exceptionnelles par rapport aux autres cas de pédophiles et de tueurs en série qu'ils connaissent.

A cet égard, les analystes américains – et leurs collègues belges - s'interrogent sur l'étiquette qu'il convient de donner a Dutroux. Des trois grandes catégories de pédophiles retenues dans la typologie les pédophiles familiaux, les pervers et les prédateurs - Dutroux appartient sans conteste à la dernière. Mais il a aussi, disent-ils sans la moindre hésitation, toutes les caractéristiques du tueur en série.
AI. G.
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A Neufchâteau la « paix des polices »

« LE SOIR » du mardi 3 septembre 1996 page 13

Alors qu'à bien des endroits, la guerre des polices semble faire rage, Neufchâteau est,de l'avis général (gendarmerie ou police), un véritable havre de paix. Enquêteurs de la BSR ou de PJ, officiers ou sans-grade, ceux qui enquêtent dans le sillage de Marc Dutroux s'appellent par leur prénom, travaillent côte à côte... et se passent même leurs «tuyaux».
Dans une enquête aussi importante, aussi vaste, impliquant tant d'enquêteurs, partant dans tant de directions et lançant même le soupçon sur un policier, tout permettait de craindre que chiens et chats bataillent à nouveau.

Alors que se passe-t-il?

En fait, c'est peut-être justement la taille de cette enquête qui la sauve. Sous la direction du juge Connerotte et du procureur Bourlet, une structure de travail exceptionnelle a dû être installée. Elle est, dit-on, exemplaire. A sa tête, autour des magistrats, on trouve des officiers de gendarmerie d'un côté, des policiers judiciaires de l'autre. C'est en quelque sorte «l'état-major» de l'enquête.

Côté PJ, une soixantaine de policiers au moins travaillent sur l'affaire dans tout le pays. L'ensemble des informations recueillies par ces brigades (et surtout par la brigade de PJ de Bruxelles dont une vingtaine d'hommes sont affectés à l'enquête) sont d'abord centralisées à la Brigade nationale de PJ. De là, elles sont transmises à Neufchâteau.

Même dispositif côté gendarmerie où 200 hommes oeuvrent à temps plein sur le dossier. Ici, c'est le Bureau central de renseignement (BCR) qui centralise dans un premier temps toutes les informations avant de les envoyer à Neufchâteau.

Arrivées dans la cellule de crise (au district de gendarmerie de Neufchâteau), toutes ces informations sont examinées, triées par ordre d'urgence et d'importance, puis encodées dans les ordinateurs (lire ci-contre).
Les renseignements importants sont ensuite transmis aux enquêteurs «de terrain» qui sont soit gendarmes soit péjistes. En fait, à ce niveau, les tâches ont été réparties par « target » (par cible).

C'est par exemple la gendarmerie qui s'intéresse a Dutroux et la Brigade nationale qui se soucie de Nihoul. Concrètement, cela signifie qu'un «tuyau» recueilli par la PJ peut être porté à la connaissance des gendarmes qui en ont besoin en quelques heures (et inversement, bien sûr).

En outre, la structure de Neufchâteau dispose de tous les services d'appui qui peuvent être mis à sa disposition par les gendarmes comme par les péjistes. Il s'agit, par exemple, des laboratoires de police scientifique de la PJ, des «rotors» (les équipes d'observation PJ), de l'Escadron spécial d'intervention de la gendarmerie, de son «stress team» (ses psychologues), de ses analystes, etc.

Tous ces hommes travaillent de l'avis du juge et du procureur - avec un esprit de dévouement exceptionnel, sans compter ni leurs jours ni leurs heures. A l'arrivée du premier week-end dans l'affaire, l'état major de la gendarmerie avait demandé des volontaires pour travailler le samedi et le dimanche. Il y en eut 300 !
Même dévouement dans les PJ où depuis le début de l'enquête, on doit sélectionner dans les listes de volontaires.

AI. G.
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Éviter la psychose

«LE SOIR» du mardi 3 septembre 1996 page 13

L e premier jour de classe, on pense d'abord à vider le gros cartable et à ranger les fournitures dans son nouveau bureau. Ce matin, aucun enfant n'a spontanément évoqué devant moi Julie et Mélissa. Et, si mes élèves ne m'en parlent pas, je ne prendrai pas l'initiative d'aborder le sujet, tout au moins dans les premiers jours.L'école est un lieu sécurisant pour les enfants. Elle doit le rester.

Ce professeur de troisième primaire d'une école de la ville de Bruxelles a vécu les traditionnelles retrouvailles avec ses élèves «comme si de rien n'était». Les enfants sont arrivés, légèrement euphoriques, comme à chaque rentrée de septembre, dans leurs effluves de cuir et de papier neufs. Le jour magique avait à peine débuté que les élèves étaient happés par la première «séquence d'orthographe»...

- Je vais attendre les questions, poursuit le professeur. Mon mari et moi avons été fort perturbés par cette affaire, comme enseignants et comme parents. Pendant plusieurs jours, les enfants ont vu pleurer des adultes devant la télévision. A chaque générique de journal parlé ou télévisé, ils savaient qu'ils allaient entendre ou voir des choses tristes.
Alors, je n'ai pas voulu ôter à mes élèves le plaisir de la rentrée. Je dois aussi faire preuve de beaucoup de psychologie.
Je me retrouve face à vingt-huit élèves, vingt-huit personnalités différentes...Les appréhensions, les questions, cependant, risquent de fuser, d'ici quelques jours. L'enseignant s'y est préparé

- Je vais prendre contact avec les professeurs de morale et de religion pour voir comment aborder avec les enfants les dangers des mauvaises rencontres. Comme je l'avais fait, l'an dernier, après le rapt de Julie et de Métissa. Quand je sortais en rue avec mes élèves, je leur répétais souvent de rester près de moi.
Pour les excursions, ils avaient confectionné de petites cartes d'identité à mettre au cou et je leur avais donné la consigne: « Toujours me voir, toujours m'entendre ».

NE PAS CRÉER DE PSYCHOSE
Sollicité de toutes parts dans l'école, le directeur avait déjà pris soin, lundi, de rédiger un avis aux parents, leur rappelant les règles d'élémentaire prudence. Les enfants attendent leurs parents à l'intérieur de l'établissement et non sur le trottoir, quelle que soit l'heure de sortie. L'enfant autorisé à rentrer seul rentre immédiatement chez lui par le trajet le plus court. Il pénètre également seul dans le préau car celui-ci n'est accessible aux parents que lorsqu'ils ont rendez-vous».

Je veux éviter de créer une psychose dans l'école, reprend le directeur, mais, désormais, la porte de rue sera fermée.

Quiconque voudra entrer devra sonner. Une personne fera le tri. Les enfants ne seront libérés qu'au vu des parents ou de la personne habilitée. Et les élèves qui vont à l'étude ou à la garderie seront aiguillés vers des rangs. Cela prendra plus de temps, mais tant pis.
D'ici quelques jours, les professeurs seront invites a parler de Julie et de Mélissa à leurs élèves:

- L'école doit absolument aborder cette question, conclut le directeur. Les enfants ont été bombardés d'informations qu'ils répètent sans toujours bien les comprendre. Le titulaire de classe me paraît la personne la mieux placée pour leur faire comprendre certaines choses.

M. L.

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