dimanche 3 août 2008

A son tour Hasselt a pris le deuil('Meuse'5 septembre 1996 p15


A son tour Hasselt a pris le deuil...

« La Meuse » jeudi 5 septembre 1996 page 15

Jusqu'au bout, les Limbourgeois avaient espéré accueillir An et Eefje vivantes. Aujourd'hui, ils expriment dignement leur chagrin.

Depuis mardi soir , après un an de douloureuse incertitude, Hasselt a bien dû se résoudre à porter le deuil. L'espoir entretenu jusqu'au bout de pouvoir accueillir An et Eefje s'est définitivement éteint dans une sordide propriété de Jumet. Les Limbourgeois, à leur tour, tiennent à afficher la douleur qu'ils partagent avec les familles Marchal et Lambrecks. Sans ostentation. Dignement.

Ce n'est pas devant les maisons des deux familles meurtries que l'émotion et le chagrin étaient les plus perceptibles hier. Devant le domicile d'An, seuls quelques bouquets de fleurs sont de temps à autre déposés en silence par des mains anonymes.

Seuls, les journalistes guettent les sorties de proches ou d'amis. Celle du doyen de Hasselt, le père Jozef Forier: « Les parents d'An m'ont confié combien la compassion affichée par tant de gens leur font plaisir. Aujourd'hui, ils préfèrent la cruelle certitude à l'insoutenable attente. » Depuis hier soir, les familles Marchal et Lambrecks se sont murées dans un silence douloureux. Impossible de savoir si les funérailles seront communes...

Seul moment d'agitation, sur le coup de 15 h, lorsque le ministre de la Justice arrive chez Marchal. «Avez-vous une part de responsabilité dans ce drame? », lance une voix. Mâchoires crispées, Stefaan De Clerck fixe et ne répond pas. Trois quarts d'heure plus tard, il réapparaît. «On continue, on continue », finit-il par marmonner. Puis c'est au tour de la famille Marchal de sortir pour s'engouffrer dans les deux Mercedes qui doivent les conduire au Palais royal. Accompagnes de leurs trois enfants, les parents d'An affichent les visages qu'on leur a connus depuis le début de leur calvaire: admirables de dignité.

La Justice au banc des accusés
En ville, où les drapeaux étaient en berne, les habitants étaient invités à manifester leur soutien. A l'Hôtel de ville, des centaines de personnes se sont succédées pour signer les registres de condoléances sur une table drapée aux couleurs nationales et surmontée d'une photo des deux jeunes filles.

On sent poindre la colère.
Contre une Justice qui n'aurait pas fait son devoir: « elle a pris tout cela trop à la légère. On voit maintenant le résultat» assène Josée, venue de Deurne.

La classe orpheline
A deux pas de là, un autre bâtiment est en deuil. A l'Institut libre technique des ursulines, on pleure la perte d'une élève, An. Et l'on partage le chagrin de la maman d'Eefje, professeur à l'école. Hier matin, le directeur, Gilbert Van député, a pris la parole dans la cour. Pour annoncer qu'An ne connaîtrait plus jamais de rentrée scolaire. Le directeur a lancé un appel au calme. Sans avoir la force d'en dire plus.

An Marchal aurait dû commencer sa septième année en orientation puéricultrice. Dans sa classe, on avait bien dû s'habituer à une place restée libre. Mais on n'avait jamais perdu l'espoir de la revoir vivante, on ne l'avait jamais oubliée » confie, émue, Ingrid Vandenbroecke. Durant un an, elle a côtoyé An sur les bancs de l'école : « Une fille au départ très calme, qui parlait peu. Elle raffolait des hamsters, des souris. » Hier matin, la classe a gagné son local sans un mot. « On se regardait chacune pour guetter nos réactions » poursuit Ingrid, un brassard noir au bras.
Une autre jeune fille manquait à l'appel: Wendy, la meilleure amie d'An, n'a pas eu la force de venir.
Chez Ingrid, la rage côtoie la douleur: « la Justice n'a pas tout fait pour les retrouver vivantes. Quant à ce Dutroux, il ne mérite pas de vivre!» Certaines traces ne s'effaceront jamais.

Pierre Havaux
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AUDIENCE

Le Roi reprend (enfin) l'initiative


« La Meuse » jeudi 5 septembre 1996 page 15

Après une première semaine d'événements passée visiblement dans l'expectative, le roi Albert a repris l'initiative hier en recevant dès le matin Carine et Gino Russo, les parents de Métissa, accompagnés de Marie France Botte. Quelques instants plus tard, c'était au tour de Claude Lelièvre, le délégué général aux droits de l'enfant, à être reçu en audience royale.

Entre-temps, nos Souverains avaient eu les parents d'An Marchal et d'Eefje Lambrecks au téléphone pour leur faire part de leur profonde émotion et de leur effroi à l'annonce de cette seconde nouvelle tragique. Deux Mercedes du Palais sont ensuite venues vers 16 heures à Hasselt pour amener la famille Marchal au Palais.

Enfin, un communiqué du Palais annonçait que le Roi et la Reine tenaient à rencontrer toutes les familles éprouvées en ce moment. « Le Roi a exprimé la détermination avec laquelle il continuera à veiller auprès du ministre de la Justice à ce qu'aucune piste ne soit négligée pour que la clarté totale soit faite sur ce drame et ses implications et qu'aucune ambiguïté ne puisse subsister.

Le Roi insistera, notamment auprès des ministres concernés, pour que tous les moyens soient mis en oeuvre pour combattre sans relâche ce fléau sur le plan tant national qu'international et que des mesures de prévention soient prises pour éradiquer ce mal. »

Tout son poids
D'aucuns avaient déjà souligné l'absence du Roi lors des funérailles de Julie et Mélissa. Estimant qu'il ne s'était pas manifesté durant les 14 mois de la disparition de leurs deux fillettes, les parents Russo et Lejeune ne lui avaient pas réservé de place particulière.

Second incident quelques jours plus tard lorsque le Roi et la Reine téléphonaient aux parents d'An et Eefje pour leur souhaiter du courage alors qu'ils ne l’avaient jamais fait pour les parents de Julie et Métissa.
Vraisemblablement, le malentendu régnant avec les deux familles liégeoises semble s'être aplani après l'entrevue d hier matin.

Et l'insistance du Roi à assurer toutes les familles et tous les enquêteurs de son soutien laisse penser qu'il veut aujourd'hui mettre tout son poids dans la bataille.

L.G.
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Micro trottoir

« La Meuse » jeudi 5 septembre 1996 page 15

M. Hayan
22 ans
Etudiant
Bruxelles
« Ça m'inspire le dégoût, c'est l'horreur.. C'est incroyable. Je ne sais pas quoi penser. D'autant que Marc Dutroux a des enfants. Dès lors, je ne comprends pas comment il a pu faire ça. C'est inimaginable. »

Mm Hellin
30 ans
Ouvrière
Bruxelles
«Je trouve que la Justice ne fait pas son devoir. Elle devrait faire plus. Elle devrait moins maquiller les choses.
Ça m'inspire de la haine, monsieur. J'ai deux enfants et ça me fait très peur. J'ai eu un problème à la piscine avec mes enfants. On ne peut même plus les laisser tout seuls.

M. Hoge
58 ans
Docteur en droit
Bruxelles
« Etant moi-même grand-père, je pense à ça et ça me remue beaucoup. Je voudrais vraiment présenter toute ma fraternité aux parents de An et Eefje. Au risque de paraître très rétrograde, je crois qu'un rétablissement de la peine de mort serait une bonne chose dans des cas pareils. Je crois qu'on n'a pas besoin de crapules pareilles qui nous coûtent, en plus, lorsqu'elles sont en prison. »

Mme Ribeiro
27 ans
Femme de ménage
Bruxelles
Moi, en tant que mère de famille, je n'aimerais pas que ça continue. Maintenant, on a peur quand nos enfants vont à l'école, on a la trouille ! On ne fait même plus confiance aux gens qui viennent chercher nos enfants parce qu'on ne sait pas ce qui peut se passer. Donc s'ils peuvent vraiment régler cette histoire, je crois que ce serait une bonne chose.

M. Vergotte
52 ans
Sénateur
Ardooie (près de Roulers)
Ce qui s'est passé avec les enfants, c'est vraiment scandaleux. Je trouve que l'image que l'on a de la Belgique à l'étranger n'est vraiment pas des meilleures. Je ne peux pas croire que Dutroux est un homme, c'est épouvantable ce qu'il a fait, c'est vraiment inimaginable. »

Mme Van Boeck
27 ans
Psychologue
Gand
C'est terrible, c'est vraiment terrible. Ça m'angoisse, ça me fait peur parce que j'ai un enfant. Il y avait une demande et M. Dutroux, si on peut dire monsieur, a répon du à cette demande. C'est un Dutroux mais il y en a des milliers. Et puis, ce qui est entrain de se passer, c'est vraiment un signe. Ça me fait peur, vraiment. »

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La douloureuse recherche d’une identité...

« La Meuse » jeudi 5 septembre 1996 page 15

Le macabre compte à rebours avant l'identification des restes de An et Eefje aura été plus court qu'on ne redoutait

-Ici, le droit à l'erreur n'est pas permis...
Depuis la découverte des ossements, mardi soir à Jumet, un macabre compte à rebours s'était déclenché.
Il n'aura finalement guère duré avant de livrer les noms qui se cachaient derrière les restes humains.

La tragique réponse reposait entre les mains des spécialistes de l'identification.
Médecin légiste pendant 38 ans pour Gand et ses environs, le professeur émérite Jacques Timperman rappelle combien semblable tâche peut s'avérer délicate. A quel point aussi, dais ce domaine, le droit à l'erreur n'est pas permis. « En médecine légale, on ne doit pas penser savoir, on doit savoir» rappelle-t-il volontiers. Et la certitude ne peut éventuellement s'acquérir qu'à l'issue d'un travail minutieux.
Qui peut logiquement prendre plusieurs jours: « C'est un délai tout à fait normal. La plus extrême prudence s'impose dans ce travail. » A fortiori quand on a affaire à des restes humains réduits à l'état d'ossements.
Une évidence : plus le corps est retrouvé tardivement, plus l'identification est difficile. Mais c'est aussi de la nature des parties de squelettes retrouvées que dépend la rapidité du travail des spécialistes.

La dentition, élément-clé
« La dentition joue le rôle le plus important lors d'une identification, mais aussi pour déterminer l'âge.
Les personnes reçoivent de plus en plus de soins dentaires. Tout le monde a maintenant son dentiste.

Une comparaison avec le dossier du dentiste peut aisément permettre une identification à coup sûr. »
C'est un odontologiste, présent dans chaque arrondissement judiciaire, qui se charge de l'opération.

Plus gênant pour les enquêteurs, si la dentition a disparu. « Sans elle, on ne peut atteindre une probabilité proche de la certitude. » Reste alors un infime soupçon d'incertitude. Qu'une caractéristique osseuse peut alors dissiper: «


Dans ce cas, une caractéristique pathologique peut se révéler déterminante : la trace d'un accident, d'une anomalie, une lésion ».
Raison pour laquelle l'identification d'ossements appartenant à des adultes est plus aisée : « Les enfants ou les plus jeunes ont généralement encore peu de lésions osseuses. Ce qui rend plus difficile le travail. »

Dans ce cas, l'âge ne peut souvent être déterminé qu'approximativement.
« En fait», résume le professeur Timperman, « tout dépend de la comparaison que l'on peut faire entre les données que l'on possède déjà et celles que l'on trouve sur le terrain: quand on a beaucoup d'éléments au départ et qu'on trouve beaucoup, on progresse facilement. »

Dans ce cas tragique, la tâche des spécialistes était incontestablement facilitée par le fait que l'on recherchait des gens précis. Des gens dont le profil médical est aux mains des enquêteurs du disaster victim identification team de la Gendarmerie. Les informations ante-mortem, recueillies auprès du médecin de famille et du dentiste, et les données post-mortem récoltées sur le terrain, sont alors codées et introduites sur ordinateurs. La confrontation de ces informations devrait alors conduire à l'identification de la victime.

Une médecine tragiquement nécessaire
Difficile en tout cas de se baser sur l'état de conservation des ossements pour tirer des conclusions précises quant au moment du décès ou de l'enfouissement. «Dans ce domaine, tout dépend de la nature du sol.

Au bout d'un an, vous pouvez aussi bien retrouver un corps à l'état de squelette complet que réduit à quelques ossements.
Bien que ce dernier cas soit plus rare», estime le professeur Timperman. La température, l'humidité, mais aussi l'activité microbiologique font leur œuvre plus ou moins rapidement selon les endroits.

Quoi qu'il en soit, le professeur Timperman reste optimiste quant à l'identification des ossements retrouvés. Les moyens techniques et les compétences humaines ont aussi fait de grands progrès dans un domaine fort peu agréable Mais oh combien nécessaire....

P.Hx.

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