dimanche 27 juillet 2008

Les Russo et les Lejeune préparent l’avenir(« LA MEUSE » du mardi 3 septembre 1996 page 9)


Les Russo et les Lejeune préparent l’avenir

« LA MEUSE » du mardi 3 septembre 1996 page 9

Après une semaine de repos, les parents de Julie et Métissa vont s'attaquer à tous les dysfonctionnements de l'enquête

Le lendemain des funérailles de Julie et Mélissa, Gino Russo avait demandé quelques jours de repos à tous ceux qui tentaient de les joindre.
« On reçoit des propositions d'aide par milliers », avait-il dit à la RTBF. «Je leur demande simplement d'attendre quelques jours. Après, on les recontactera et on aura besoin d'eux, je leur promets. »
Besoin d'eux, pour quoi faire ? C'est ce que nous lui avons demandé hier après-midi. La famille Russo est revenue samedi soir à son domicile de Mons Crotteux. Juste à temps pour participer à la marche silencieuse qui a rassemblé dans le calme et la dignité des milliers de personnes à l'endroit où les deux fillettes avaient disparu, près du pont de l'autoroute.
Les Lejeune quant à eux sont toujours à l'étranger, ils reviendront bientôt.

Allocations familiales
Dimanche s'est tenue une première réunion avec les membres du comité Julie et Mélissa et il a été longuement question de la suite à réserver à l'action que comptent mener les parents.
«Jusqu'à présent, notre tâche principale était de faire pression sur les enquêteurs pour que l'on retrouve nos filles vivantes. Aujourd'hui, notre nouvel objectif est de mettre en lumière tous les dysfonctionnements de l'enquête et de trouver les responsables tant politiques que judiciaires qui ont conduit à ce désastre », explique Gino Russo. Les parents veulent aller au bout de cette vérité, aussi dure soit-elle, en englobant les éventuelles protections dont a bénéficié Dutroux et la liste des clients qui devaient forcément exister a l'intérieur de ce réseau.
« Pour le moment, nous attendons, observons, écoutons et analysons tous les renseignements que l'on nous donne. Et la semaine prochaine, nous donnerons ensemble une conférence de presse pour dénoncer tous les éléments que nous avons obtenus. »

La justice collabore-t-elle enfin avec vous? Vous a-t-on laissé consulter le dossier? La victime est-elle replacée au centre des débats comme le ministre de la justice le laissait entendre vendredi dernier?
« Mais pas du tout. Savez vous que jusqu'à présent, je ne peux me fier qu'aux dires de Dutroux pour savoir que nos deux filles sont bien mortes ! Nous n'avons jamais pu voir les corps, nous n'avons reçu aucun rapport d'autopsie. Rien!

Mais ça, de belles paroles, on en a eu. Tiens, prenez encore la ministre des affaires sociales, Magda De Galan, qui, au moment où l'Administration nous avait retiré les allocations familiales des petites en novembre dernier, avait déclaré partout que nous y aurions à nouveau droit après que l'affaire eut fait les gros titres des journaux. « Et avec effet rétroactif», affirmait-elle! Pensez-vous qu'à l'heure où je vous parle, nous en avons reçu le moindre franc...Je ne les réclame plus maintenant, évidemment. Mais si je vous dis cela, c'est simplement pour vous faire comprendre que ce sont toujours des belles paroles, rien que de belles paroles. Rien n'a changé. Loin de là. »

« On ne les a pas oubliés... »
Visiblement, au cabinet du ministre De Galan, on était fort surpris et navré de ce nouveau dérapage ».
« Effectivement, renseignements pris, ces allocations n'ont toujours pas été payées, nous explique l'attaché de presse. En novembre dernier, lorsque l'affaire avait éclaté, la ministre avait directement changé la circulaire en portant de 5 mois à 5 ans l'obligation de délivrer des allocations familiales à une famille dont l'enfant a disparu et dont on est sans nouvelles.
Mais, l'Administration a voulu également régler le cas d'An et Eefje dont l'une était âgée de 19 ans et n'avait donc théoriquement plus droit non plus à ces allocations. Je suppose que ce sont ces deux problèmes qui ont pris du temps à être résolus. »

Du temps? Plus de 9 mois!
Mais, le problème sera réglé dès la fin de ce mois de septembre. Un délégué va prendre contact avec les familles pour leur expliquer le problème et les sommes dues seront versées. » Merci pour eux !

Luc Gochel
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Dutroux et consorts sont désormais surveillés toutes les 7 minutes 30

«LA MEUSE » du mardi 3 septembre 1996 page 9

LA révélation vendredi par notre journal des conditions de détention de Marc Dutroux et de ses complices à la prison d'Arlon a tout de même eu des effets bénéfiques. Un nouveau directeur a pris ses fonctions ce lundi et la sécurité a été renforcée vis-à-vis de ces illustres détenus.
Sur les 10 inculpés de cette affaire,nous savions déjà que Michèle Martin se trouvait à la prison pour femmes de Namur et que Georges Zicot,l'inspecteur de la P.J., était à la prison de Huy. Sur les huit inculpés restants,
Pierre Rochow a été libéré et Michel Nihoul a été transféré ce samedi matin, sous bonne escorte, à la prison de Namur.

Il reste donc à la prison d'Arlon six détenus: Marc Dutroux, Michel Lelièvre, Michael Diakostavrianos, Gérard Pinon, Thierry Dehaan et Claude Thirault. Comme la prison est petite et qu'il faut absolument les séparer des autres détenus, les six inculpés se trouvent encore tous dans la même section qui comprend 20 cellules. Ils sont éloignés le plus possible les uns des autres et sont surveillés toutes les 7 minutes 30 par les gardiens (une surveillance encore plus sévère que pour Patrick Haemers, nous dit-on). Ceux-ci ouvrent le judas durant la journée et la lumière durant la nuit. Autant pour les surveiller que pour éviter des tentatives de suicide,paraît-il.
Pratiquement en criant, ils peuvent encore se parler mais les gardiens surveilleront désormais toutes leurs paroles. Quant à la télévision et aux journaux, ils peuvent malheureusement encore y avoir accès, ce qui nous paraît tout à fait surprenant.

Chacun peut donc lire dans la presse ce que l'autre a dit de l'affaire. On nous affirme cependant qu'aucun n'a demande à s'abonner a un journal mais que quatre des six inculpés (Dehaan, Lelièvre, Pinon et Diakostavrianos) disposent de la télévision.

Pour le reste, ils ne sortent jamais ensemble, ne demandent jamais à aller au préau, ils vont à la douche un par un et sont fouillés à l'entrée et à la sortie de prison.

Anecdote : le 16 ou le 17 août dernier, Marc Dutroux a été victime d'une tentative d'agression de la part d'un détenu ordinaire. Ce dernier s'était caché dans le couloir qui mène à l'infirmerie afin de rosser le personnage qu'il savait devoir se rendre aux soins. A son passage, il s'est rué dessus mais a été maîtrisé par les gardiens.

L.G.
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Le fils du procureur général inculpé !

«LA MEUSE » du mardi 3 septembre 1996 page 9

La nouvelle était tenue secrète depuis vendredi. Ce jour-là, le juge d'instruction bruxellois Guy Laffineur inculpait Philippe Demanet, 33 ans, de Thuin, le fils du procureur général de Mons, dans le cadre d'une présumée escroquerie à l'assurance portant sur le vrai faux vol, en Espagne, d'une Porsche 911 appartenant à l'inculpé.

Cette inculpation, apprise à bonne source, ferait suite aux aveux enregistrés quelques jours auparavant par le Comité supérieur de contrôle (CSC) du patron de la SPRL ayant vendu la voiture à Philippe Demanet.
Philippe Demanet, expert automobile au parquet de Charleroi et fils du procureur général de Mons (par ailleurs doyen des procureurs généraux du pays), est un « dingue de voitures Porsche », pour reprendre l'expression de son père que nous avions interviewé par téléphone le 30 juin 1995.

En 1993, il avait acheté une Porsche 911 à la SPRL Adam, gérée par un ami de Philippe Demanet. Elle fut mise en service le 10 août 1993. Mais le mois suivant, lors d'un voyage en Espagne, Philippe Demanet se faisait voler sa belle voiture. Il fit une déclaration de vol en Espagne, le 10 septembre 1993, à Castel Playa d'Aro et, à son retour, une seconde déclaration en Belgique, à la police communale de Thuin, en novembre 1993.
L'enquête sur ce vol avait notamment été effectuée par l'assureur bruxellois Thierry Dehaan, de la Royale Belge: un assureur ayant très bonne réputation dans la capitale mais qui a également été placé sous mandat d'arrêt à Neufchâteau dans le cadre du dossier connexe à l'affaire Dutroux, le dossier 87/ 96 du juge Connerotte concernant un trafic de voitures volées.
L'assureur Dehaan avait «marqué son étonnement » sur ce vol mais avait finalement marqué son accord pour le règlement du litige: la Royale Belge avait versé 3,2 millions de francs à Philippe Demanet, à titre de dédommagement (valeur de la voiture, accessoires compris).
Avec cet argent, Philippe Demanet avait acheté une nouvelle Porsche. C'est lorsqu'il voulut la faire immatriculer qu'il y eut un problème.
En mars 1994, le DIV à Bruxelles est intrigué par l'insistance de Philippe Demanet qui, par fax, réclame une nouvelle plaque ressemblant étrangement à la première.

Puis, coup de théâtre, le 16 mars: il fait une nouvelle déclaration à la police de Thuin, cette fois pour annoncer qu'il avait retrouvé sa plaque. C'est d'ailleurs cette plaque (LRS.911) qui fut remise en circulation sur la seconde Porsche, le 10 mai 1994.
Enfin, dans une troisième version, Philippe Demanet déclarera qu'il avait enlevé sa plaque originale avant de partir en Espagne où il craignait qu'on la lui vole.

Cette plaque était tout à fait spéciale et lui avait coûté 25.000 F. C'est pour cette raison qu'il avait fait faire un «doublon» de l'immatriculation et l'avait apposée sur sa Porsche lorsqu'il s'était rendu en Espagne. C'est donc ce doublon et non la plaque originale qui aurait été volé.

L'affaire passablement embrouillée parvint aux oreilles de Georges Zicot, le spécialiste «voitures» de la PJ de Charleroi qui, rapidement, soupçonna une escroquerie à l'assurance. Et même une double escroquerie puisque selon certains, la Porsche 911 ne datait pas de 1993 mais de 1991. La Royale Belge aurait donc été roulée sur le vol et sur le prix de la Porsche. Curieusement, c'est finalement ce policier qui fut interpellé dans le cadre d'une instruction ouverte à Bruxelles chez le juge Guy Laffineur. Mis à la disposition du juge, après une nuit au bloc, il fut finalement relâché, sans inculpation.

Mais l'enquête du juge Laffineur s'est poursuivie. En juin 1995, le Comité supérieur de contrôle perquisitionnait au domicile de Philippe Demanet, qui est aussi celui de son père, à Thuin, ainsi qu'au siège d'une société de dépannage, à Ransart. Et, il y a près de quinze jours, le patron de la SPRL Adam était entendu au Comité supérieur de contrôle et, selon nos informations, avouait que la Porsche n'avait jamais été volée. Philippe Demanet aurait remis la Porsche à son copain qui en aurait fait usage en Italie avant de la ramener en Belgique.
Une Porsche de rallye appartenant à Philippe Demanet a bien été retrouvée à Ransart mais le jeune homme prétend qu'il ne s'agit pas de « la » Porsche volée en Espagne.

Quoi qu'il en soit, Philippe Demanet a été inculpé vendredi passé par le juge Laffineur dans le cadre de ce dossier. Même si cette décision ne préjuge en rien de la décision future des tribunaux Philippe Demanet, qui nie, reste présumé innocent elle apporte tout de même de l'eau au moulin de Georges Zicot et de ses collègues de la PJ de Charleroi. S'il a dit la vérité dans le dossier de Bruxelles, ne l'a-t-il pas dite aussi dans celui de Neufchâteau ?

Philippe Crêteur
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Tout n'est pas «net» dans cette histoire de voiture volée

«LA MEUSE » du mardi 3 septembre 1996 page 9

Premier point, et d'importance: que Philippe Demanet ait été inculpé ne signifie pas qu'il soit coupable. Il bénéficie, comme tout un chacun, de la présomption d'innocence.

Deuxième point, et tout aussi primordial: les faits qui composent ce dossier méritent un examen aussi approfondi que ceux qu'aurait commis n'importe quel justiciable.
Cela entend une instruction à charge et à décharge, un parquet qui poursuive au nom de la société, un avocat qui assure la défense et une partie civile qui, le cas échéant, demande réparation du dommage matériel subi.
Cela suppose aussi - ce qui va sans dire va mieux encore en le disant – que l'enquête soit menée jusqu'à son terme, quelles que soient les personnes impliquées et leur entourage.
On ne peut, s'en référant aux informations qui filtrent parcimonieusement, que constater ceci : il y a apparemment eu, dans les déclarations de vol de Philippe Demanet, plusieurs versions qui concernent principalement le chemin pris par sa plaque d'immatriculation.
En un premier temps, elle est déclarée volée avec la Porsche à laquelle elle se rapporte, comme cela paraît logique. Elle est ensuite déclarée «retrouvée». ce qui peut sembler singulier, et elle est alors remise en circulation sur la seconde Porsche.
Finalement, Philippe Demanet parlera d'un doublon de plaque, version qui est également celle accréditée par son père, il y a quelques jours.
Ces déclarations successives ne prouvent évidemment rien, et surtout pas la culpabilité de l'intéressé. Elles contribuent seulement à alimenter un sentiment de malaise et donnent à penser que tout n'est pas net dans cette affaire de voiture volée.
Comme, parallèlement, les autorités judiciaires conservent à son propos un silence opaque, on en est réduit aux suppositions. C'est la pire des choses qui puisse arriver a un dossier. C'est plus vrai encore quand s'y trouve inculpé un proche d'un haut magistrat qui, par souci de tirer son fils d'embarras, a donne à une affaire secondaire un éclat tout particulier, en courant le risque de s'y impliquer au nom de sentiments paternels par ailleurs honorables.

Philippe MAC KAY
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Mercuriales

«La criminalité organisée innove sans cesse»


« LA MEUSE » du mardi 3 septembre 1996 page 9

Le procureur général près la Cour de cassation, Jacques Velu,bientôt admis à la retraite, a prononcé hier sa dernière mercuriale, à l'occasion de l'audience solennelle de la rentrée judiciaire. Un discours d'autant plus attendu que le précédent, tenu l'an dernier au sujet des rapports justice - presse, n'avait pas manqué de soulever de vives réactions.

On s'attendait donc ce lundi à quelques ultimes flèches acérées de la part du haut magistrat, qui avait choisi comme thème le titre quelque peu énigmatique de «Représentation et pouvoir judiciaire ». Il n'en a rien été. M. Velu a livré un exposé juridique pointu sur les rapports unissant le pouvoir judiciaire, la Nation et la magistrature. Problèmes de souveraineté, de contrôle, de politisation... Une analyse critique mais sans polémique.

Le procureur général a néanmoins évoqué en préliminaire l'actualité tragique et les remous qui s'agitent autour de la Justice: « Je n'entends pas émettre ici d'appréciation au sujet des griefs qui lui sont adressés», a dit M. Velu en expliquant avoir rédigé sa mercuriale avant que n'éclate « l'affaire Dutroux ». Et d'exprimer l'espoir que les autorités concernées sauront tirer des tristes événements les enseignements qui s'imposent.
Le magistrat a dit partager « l'émotion qui étreint le pays entier et vouloir exprimer aux familles cruellement atteintes dans leurs plus chères affections, nos sentiments de profonde affliction et de douloureuse sympathie».

Lors de son discours de rentrée, le procureur général près la cour d'appel de Bruxelles, André Van Oudenhove, a aussi fait allusion au dramatique épilogue de l'enlèvement de Julie et Mélissa. Dans le flot de critiques déclenché, la Justice prendra ses responsabilités mais exigera aussi un débat serein, a-t-il dit.
« La Justice demeurera en effet une Justice des hommes, donc nécessairement imparfaite. Elle combattra de toutes ses forces le fléau de la criminalité sous foutes ses formes, et plus particulièrement celle qui touche aux êtres les plus chers, les enfants.
La magistrature partage très profondément l'immense peine causée par les drames dont des enfants sont les Innocentes victimes, mais elle défendra aussi son honneur. »

Criminalité organisée
Pour l'essentiel, tant M. Van Oudenhove que le magistrat national André Vandoren se sont penchés dans leurs discours sur le thème de la criminalité organisée. « Nous avons très vite réagi face à ces nouveaux phénomènes criminels », a avancé le magistrat face à certaines critiques. Et de citer diverses mesures prises dès 1990: la création de la fonction de magistrat national, les nouvelles lois concernant le blanchiment d'argent et les écoutes téléphoniques, la création de l'OCDE FO...
Les chiffres sont éloquents : 84 enquêtes ouvertes (dont 80 dossiers d'envergure internationale}, 1.212 suspects interpellés, 4.544 faits punissables inventoriés... M. Vandoren observe que le crime organisé est aussi très actif dans le milieu de la prostitution et de la traite des enfants.

Mais quels que soient les résultats engrangés à ce jour, il ne faut pas conclure que la situation est sous contrôle, dit le magistrat national. (La criminalité organisée innove sans cesse et le combat mené aujourd'hui est un combat d'arrière-garde, compte tenu notamment de l'arsenal légat mis à notre disposition. »

M. Vandoren s'est néanmoins réjoui du plan d'action gouvernemental mis en place. « II devrait nous permettre de nous lancer dans une attaque frontale contre ces formes de criminalité, a-t-il estimé. Car si notre choix est l'immobilisme, il ne faudra pas s'étonner que notre pays devienne une plaque tournante et un refuge pour les organisations criminelles. »

A.B.

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