jeudi 14 août 2008

Des parents un cri(«Soir illustré»4 septembre 1996 p20,21,22,23)




Des parents un cri

Tous, ils ont connu le désespoir, l’attente, le mutisme, l’indifférence et même le mépris

« Soir illustré » du mercredi 4 septembre 1996 page 20,21,22,23

Nous nous somme battus tous seul .Heureusement quelques voisins nous ont aidé a collé des affiche de notre fille disparue. Nous avions écrit à « perdu de vue » qui ne pouvait rien faire pour cause de « trop de demandes »

Meurtris par la douleur et l'interminable attente, les parents, dignes, discrets, ressentent la même angoisse quant au sort de leur enfant disparu ou trouvé mort. Certains ont bien voulu témoigner de leur consternation, de leur chagrin, de leur colère alors que les recherches et fouilles macabres continuent dans les multiples maisons de l'horreur.


Que faire face au silence? Que dire de l'insoutenable absence? Se calfeutrer chez soi en attendant que des nouvelles, même les plus atroces, leur parviennent?




Oscillant entre la peur et l'espoir, de nombreux parents essaient de comprendre la réelle portée d'un geste, d'un coup de fil, d'une image, d'une lettre, d'une présence.


Se retrouvant dans une détresse immense, ils se battent contre le mur du silence. Refusant la fatalité, les familles des jeunes victimes veulent savoir. A tout prix.


Témoignages.

ANITA CRUL, LA MAMAN DE SILVY CARLIN "LE PIRE EST DE NE RIEN SAVOIR".
"Le malheur c'est quand les gens ne font pas leur boulot". Tel est le cri que lance Anita Crul, la maman de Sylvie Carlin; domiciliée à Rocourt (Péruwelz). "Je ne vis plus. Cette situation est intenable. Voilà quatre ans que nous vivons dans l'angoisse. Le pire est de ne rien savoir".
Le lendemain de la disparition de Sylvie, Agnès, ma fille aînée, a téléphoné à la gendarmerie de Péruwelz. Ils ont pris la déposition et pendant des mois, nous sommes restés sans nouvelles.

Aucun coup de fil. Aucune autorité n'est venue à la maison. Finalement, au bout de trois mois, la police judiciaire nous a rendu visite. Elle privilégiait la piste de la fugue. Nous ne pouvions pas croire à cette hypothèse. Sylvie préparait la fête de Noël : elle avait acheté des cadeaux pour toute la famille. Puis, à nouveau, plus rien. En avril-mai 1995, ce fut le branle-bas de combat : je devais être à 14 heures à la gendarmerie de Péruwelz. On avait retrouvé un corps aux Pays-Bas. Les gendarmes m'ont montré des photos d'une jeune fille mutilée, sans tête ni bras. J'étais évidemment incapable de reconnaître ma fille. Ils n'avaient même pas pensé à faire la comparaison du groupe sanguin. Ils allaient s'en occuper. Finalement, une amie doctoresse qui connaissait bien Sylvie avait pu conclure que le corps retrouvé n'était pas celui de ma fille. En septembre 1995, après les vacances, la gendarmerie confirma ces résultats. Régulièrement, j'appelais la PJ et la gendarmerie qui, apparemment, s'ignoraient. On me répondait "Que dit la gendarmerie ?" et vice versa. Je devenais folle. J'avais téléphoné aux journaux. Je me heurtais à un mur d'indifférence. Est-ce parce que mon fils est en prison à Mons; là où se trouvait d'ailleurs Dutroux, que mon "cas" devenait "suspect" ? En tout cas, on se désintéressait de mon dossier à tous les niveaux.


J'ai écrit à "Perdu de vue" sur TF1 qui ne pouvait rien faire pour cause de trop de demandes...


Aujourd'hui, mon moral est au plus bas. Avec les révélations de Dutroux, la PJ est venue chez nous trois fois de suite. Depuis, plus rien. J'ai téléphoné plusieurs fois à la brigade judiciaire de Neufchâteau où le dossier a été transféré. A nouveau le silence. Dans notre soi-disant démocratie,on doit se taire."

CHRONOLOGIE DE LA DISPARITION DE SYLVIE CARLIN



15 décembre 1994 : Sylvie était allée voir une copine à Péruwelz. Sans nouvelles pendant 24 heures, la famille pensait que Sylvie avait dormi chez sa sueur à Antoing. Sylvie avait bel et bien disparu.
Agnès Carlin, la soeur aînée de Sylvie, avertit la gendarmerie de Péruwelz qui dresse un PV.

Février 1995 : convocation d'Anita Crul et de la famille à la PJ de Tournai, les enquêteurs croient à un suicide ou à une fugue.
Mai 1995 : convocation à la gendarmerie de Péruwelz. La famille tente de reconnaître le corps de leur Fille, retrouvé aux pays-Bas.

Juin 1995 : une amie doctoresse de Bruxelles compare les groupes sanguins le corps découvert aux Pays-Bas n'est pas celui de Sylvie.

Septembre 1995 mêmes conclusions de la part de la gendarmerie.

Août 1996 l'affaire Dutroux relance le dossier.

LA FAMILLE CAVAS ""VOILÀ ONZE ANS QUE NOUS ATTENDONS"

"Mon petit frère voulait jouer avec moi, il avait pris les clefs dans la boîte aux lettres et probablement voulu me rattraper. Mes parents avaient trouvé les clefs sur la porte, restée ouverte", explique Besim, aujourd'hui âgé de 20 ans. "Une demi-heure après sa disparition, vers 16 heures, mes parents avaient averti la police de Molenbeek", poursuit Zeki, le frère aîné d'une famille aujourd'hui composée de treize enfants. "Ils avaient été sèchement reçus.




C'est seulement vers 23 heures que deux policiers étaient à notre domicile. Ils avaient fouillé la maison de fond en comble, sans rien trouver évidemment.




Ne croyant pas à la disparition, ils pensaient que le petit s'était réfugié chez mon oncle et ma tante. Puis, plus aucune nouvelle.


Nous ne savions pas à qui nous adresser et tous nos coups de téléphone à la PJ se résumaient en une seule réponse: rien. Je comprends qu'une disparition ne laissant aucun indice, même pas un bouton de culotte, est particulièrement difficile à mener.


Mais au moins aurions-nous souhaité, de temps en temps, quelques appels d'encouragement et de soutien.


Nous avions l'impression d'être oubliés. Un an plus tard, une femme était venue avec ses deux enfants avec des photos, elle aurait vu Gevrije à Namur.


Cette piste s'est terminée en une voie de garage. Nous avions obéi aux injonctions de la police: "Il faut attendre".




En 1989, le dossier fut relancé. En collaboration avec le FBI américain, la police "réactualisa" le visage de Gevrije : nous avions désormais une photo de Gevrije âgé de 18 ans.
Ce fut une première en Belgique. La presse s'était quelque peu intéressée à cette innovation. Je crois sincèrement que cela ne suffisait pas. Il faut sortir du pays. Les recherches doivent s'étendre au delà de la Belgique. On y avait pensé dès le premier jour. Car que peut-on faire avec un petit garçon de six ans?
Nous avions aussi pensé à un kidnapping: une maman en mal d'enfant, par exemple.


Voilà onze ans que nous attendons. Peu de gens ont su ou savent encore que Gevrije a disparu.


Nous pensons toujours qu'il est vivant. Ma mère était enceinte quand notre petit frère avait disparu. C'était très dur pour elle. Daniella, la petite dernière, est née à six mois et demi. Notre moral connaît des hauts et des bas. Maman et deux de mes frères sont allés à l'enterrement de Julie et Mélissa. Nous nous sentons solidaires de tous les parents en détresse. Nous sommes très contents que le public puisse voir la photo de Gevrije dans les journaux. Nous comptons prendre contact avec l'ASBL "Marc etCorine".
Enfin, nous avons l'impression d'être écoutés. On se sent moins seul. Il est probable que notre dossier soit transféré à Neufchâteau. C'est notre souhait.
Au moins des recherches sérieuses pourront être entreprises .

CHRONOLOGIE DE LA DISPARITION DE GEVRIJE CAVAS
6 février 1985, Gevrije (6 ans)disparaît vers 16 heures, à quelques mètres de son domicile. Dans la demi-heure, les parents alertent directement la police de Molenbeek (Bruxelles).

Juin 1985 : un témoin dit avoir vu Gevrije à la gare du midi (Bruxelles) accompagné d'une femme. Aucun résultat.

Mars 1989 : fabrication d'une photo "réactualisée" : Gevrije apparaît sur image sous les traits d'un adolescent.

Juin 1990 : la famille Cavas quite Bruxelles craignant la disparition d'un autre de leurs enfants. Elle emménage à Lièqe, ville qu'elle juge plus "tranquille".
Août 1996 : le dossier Cavas est rouvert. Recherche d'un lien éventuel avec l'affaire Dutroux. Nouveaux contacts avec l'inspecteur de la PJ de Bruxelles. Transfert probable du dossier à Neufchâteau.

NABELA BENAISSA: "NOUS RESTONS OPTIMISTES"

"Depuis quatre ans, nous sommes sans nouvelles. Nous avions contacté la police d'Ixelles (Bruxelles) une demi-heure après la disparition de Loubna. Ce n'est que six jours après qu'un avis de recherche a été lancé dans le public! Au début, la police nous parlait de fugue. C'est ce qu'on dit à tous les parents.




C’est révoltant. Comme si l'hypothèse d'un enlèvement ne pouvait être crédible. Et puis, comment une petite fille de neuf ans pouvait-elle fuir le domicile ?




Les gendarmes avaient procédé à des fouilles importantes dans notre maison.
A part cela, rien. A l'époque, l' ASBL "Marc et Corine" n'existait pas encore. Une association bruxelloise, aujourd'hui disparue, nous avait aide a imprimer des affichettes.
Nous avions même proposé une récompense de 500.000 francs à toute personne qui apporterait un indice précieux pour les recherches. Nous devions nous débrouiller tous seuls.


Nous avions également envoyé un dossier à "Perdu de vue" sur TF1. Pas de réponse. Nous nous étions même déplacés à Paris. A la réception des bureaux de TF1, on ne nous avait même pas reçus.


La disparition de Loubna a été très peu médiatisée, on ne comprend pas cette indifférence. Nous ne savions pas à qui nous adresser.
Finalement, avec les nouveaux rebondissements dramatiques de Marc Dutroux, nous avons pris contact avec l'ASBL "Marc et Corine". Les gendarmes sont revenus chez nous la semaine dernière. Nous avons peur d'une issue malheureuse.


Nous voulons sortir de l'ignorance dans laquelle nous sommes plongés.




Depuis trois semaines, nous avons reçu une vingtaine de cartes de soutien: elles rendent l'attente un peu plus supportable".


CHRONOLOGIE DE LA DISPARITION DE LOUBNA BENAISSA
5 août 1992 : la petite Loubna (9 ans) va chercher un petit pot de yaourt à 500 mètres de son domicile, à Ixelles (Bruxelles). Elle ne reviendra jamais à la maison. Les parents préviennent immédiatement la police d'Ixelles.

11 août 1992 (soit six jours après la déposition de la disparition de Loubna, un avis de recherche est lancé dans le public.
Août 1996 après quatre années de silence, deux gendarmes reviennent au domicile des Benaïssa. La piste Dutroux est envisagée.

PHILIPPE DELEUZE: "JE VEUX LA VÉRITÉ SUR LAURENCE"
"Je veux la vérité. J'ai promis à Laurence de faire toute la lumière sur sa mort. Elle est toute ma vie.


Depuis quatre ans, je suis dans le pétrin. Je suis un homme épuisé,ma vie est un cauchemar. Je ne dors plus depuis le jour où j'attendais son coup de fil à 16h 30 pour savoir si je lui permettais d'aller dormir chez une amie.


Toute la nuit, j'étais resté à côté du téléphone. Dès le départ, le juge d'instruction namurois avait cru à un suicide. C'était insensé. L'autopsie de Laurence m'avait permis de montrer qu'elle avait succombé à une dose massive de médicaments, barbituriques et calmants.


Je suis en colère. La presse comme les autorités ont fait preuve d'une indifférence accablante. Personne ne croyait à une disparition. Je suis victimisé comme tout les parents. Et quelle est la place de la victime dans notre société ? On doit subir et c'est tout. On avait même réussi à confondre ma fille avec une autre.


C'est scandaleux. Aujourd'hui, je suis attentif à l'évolution du drame Dutroux. Je m'attends à des révélations horribles, mais vivre dans l'incertitude et la confusion est insupportable.Il est grand temps de considérer la disparition d'un enfant au sérieux"

CHRONOLOGIE DE LA DISPARITI0N ET MORT DE LAURENCE MATHUES

28 août 1992 Laurence disparaît dans la journée. Son papa,Philippe Deleuze,l'avait déposée à Walibi à 8h 30. En allant la reprendre l'après midi, il ne la retrouve pas.

Septembre 1992: le corps d'une jeune fille est retrouvé dans des buissons bordant une route fréquentée à Fernelmont. II est iden tifié comme celui d'une jeune Taminoise qui avait disparu le 30 août.

Septembre 1992 : quelques jours plus tard, confusion la plus totale. La jeune Taminoise téléphone à ses parents, avouant une fugue. Ce n'est que deux jours plus tard que Philippe Deleuze apprend que le corps retrouvé était bien celui de Laurence.

Octobre 1992 : Philippe Deleuze rejoint I'ASBL "Marc et Corinne" dont il devient le vice-président.

Août 1996 : refusant le silence, Philippe Deleuze veut faire avancer l'enquête. Il sera entendu. Le juge d'instruction de Namur a demandé des devoirs complémentaires portant sur les produits anesthésiants et les médicaments utilisés par Marc Dutroux. L'insoutenable attente continue.

Corinne Le Brun.

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