jeudi 14 août 2008

Pédophilie l’affaire qui cache la forêt(«Soir illustré»4 septembre 1996 p18,19)


Pédophilie l’affaire qui cache la forêt

« Soir illustré » du mercredi 4 septembre 1996 page 18,19

Le dramatique retentissement de l'affaire Julie et Mélissa nous a ouvert les yeux: la pédophilie est un fléau de notre société. A partir du cas belge, s'opère une prise de conscience mondiale plus que nécessaire. L'approche de la vie en commun en sort bouleversée.

Test sur grande échelle à notre service de documentation. Que peuvent-on donc bien représenter trois ans d'articles quotidiens sur la pédophilie dans notre pays?

Recherches longues mais surtout abondantes: un épais dossier d'une centaine de pages bien serrées atterrit sur le bureau. La face émergée d'un monde souterrain, inavouable, où apparaissent pêle-mêle tous les tourments d'une société mal dans sa peau.

LES ÉGOUTS DES AMES
Les cas défilent dans une angoissante répétition. Viols et attentats à la pudeur (pour rappel, la loi ignore le terme pédophilie; elle ne reconnaît que les deux notions précédentes), enfants abusés et brisés à jamais, abus d'autorité, photos des sévices infligés.., tout une litanie écoeurante de sadiques et de pervers.

Ils sont curé, professeur d'arts martiaux, gendarme, employé, instituteur, fonctionnaire européen, facteur.

Ils se recrutent dans tous les milieux. Ils ont souillé leur nièce, leur fille, leur petite voisine, ou des gamins prostitués dans les bas-fonds de Bruxelles. Les récidives se suivent et se ressemblent: risques sous-estimés, manipulation habile des médecins psychiatres, peines légères.

On touche ici aux égouts des âmes, à la lie des pulsions, aux démons de la libido. La société belge est révulsée par ce qu'elle a découvert d'elle même. L'affaire Julie et Mélissa n'entraîne pas seulement le discrédit des institutions; elle met à nu une pourriture effrayante autour de Marc Dutroux, serial kidnapper. Comme dans un écheveau, on a tiré un fil et c'est une partie de la région de Charleroi qui révèle ses tares et ses pratiques douteuses.


Déjà plombée par tant de désespérance, cette terre fertile des combines les plus graves (négriers de la construction en tête) entre en agonie. Le tissu social se déchire et la misère ravage les têtes...

On libère anticipativement des pédophiles (y compris la semaine passée!), on accorde une nouvelle chance à de dangereux salauds, on souligne la pauvreté des moyens, notamment des instituts de défense sociale.
Curieusement, ce sont souvent dans les mouvements de jeunesse qu'éclatent des affaires.

- Renversez l'axiome, prévient Claude Lelièvre. Ce n'est pas parce qu'on est moniteur de sport, éducateur, chef scout ou autre qu'on devient pédophile.
C'est parce qu'on est pédophile qu'on cherche par tous les moyens â entrer en contact avec les enfants.

On se retrouve alors forcément dans ces cas de figure.
Récemment, on a découvert un marchand de jeux-vidéos qui avait choisi ce biais pour approcher les gamins.

L'horreur se poursuit. On profite d'handicapés, et même de sourds-muets!
- C'est affreux. Il nous arrive même des bébés avec la bouche ou le sexe abîmés, révèle une infirmière de l'hôpital Reine Fabiola spécialisé dans le traitement des enfants.

Les pédophiles minimisent leurs responsabilités, mentent, nient, accusent même parfois à leur tour en tentant de renverser les rôles. Les comptes-rendus des affaires donnent des haut-le-cœur. A chaque fois, un enfant souffre dans sa chair et toute sa personnalité.

ON SE REFILE LES ADRESSES DES "BORDELS À GOSSES"
Pire encore, certains profitent de cette déglingue. Début février 96 éclate l'affaire Hedwig Huybrechts. Ce gendarme flamand de 34 ans dirigeait un réseau de pédophilie à Bruxelles. Surpris dans ses coupables agissements dans un parking du centre-ville, il passe rapidement aux aveux.
Dans son attaché-case, on saisit 650 photos d'enfants subissant des attouchements ou des pénétrations. Il les recrute dans la capitale, principalement des ex-Yougoslaves, une petite vingtaine de Serbo-Croates dont le plus jeune n'a pas dix ans. On trouve aussi un fichier de noms de clients contactés par annonces dans les périodiques homosexuels ou par boîte postale aux Pays-Bas. Et l'on tombe sur du beau monde: un psychologue ayant travaillé dans des institutions pour enfants du juge, mais aussi le vice-président du Dolphinarium de Bruges, un directeur de société, le chargé de relations publiques de l'aéroport d'Ostende, un militaire de carrière, et un ingénieur. Sept personnes sont inculpées.
Au domicile de certains, on saisira des cassettes de pornographie enfantine. Cette histoire exemplaire ne s'arrête pas là.
Arrêté par la police de Bruxelles tandis qu'il prenait des photos de gamins en pleine masturbation, Huybrechts était en fait repéré depuis plusieurs semaines.., par la gendarmerie!
Sabotage ou négligence, elle n'est pas intervenue et s'est montrée irritée de voir tant de publicité autour d'une affaire que, manifestement, elle aurait préféré couvrir! Au centre de la filière, ce gendarme est actuellement en liberté en attendant son procès!

ON TROUVE TOUJOURS DU BEAU MONDE...
Des affaires de pédophilie, on en recense presque chaque jour, comme si la psychose actuelle poussait à en parler. Certains cas criants sautent à la mémoire: le curé de Kinkempois, le petit Jonathan à Bouffioulx, Zénon, le C.R.I.E.S. La lutte s'intensifie pourtant contre les pédophiles.
La loi d'avril 95 sur la traite des êtres humains précise que tout étranger trouvé en Belgique peut être poursuivi pour avoir commis des abus sexuels sur des enfants.
Cette loi, quatre organisations non-gouvernementales (Terre des Hommes, Sentinelles, Défense des enfants international, Fédération abolitionniste internationale) ont tenté de la faire jouer contre John Stamford et sa sinistre besogne. Ce Britannique de 56 ans fut arrêté par la police belge en septembre1993. Connu pour être le rédacteur-en-chef du guide Spartacus - un guide d'adresses pédophiles- installé à Geel, Stamford fut poursuivi pour diffusion d'écrits contraires aux bonnes moeurs.
Mais son commerce est en fait nettement plus grave: il refile tout bonnement les adresses aux pédophiles se rendant dans "les bordels à gosses des pays du tiers-monde". Ce monsieur renseigne les sex-touristes occidentaux, consigne ses remarques sur des enfants qu'il a lui-même "testés", et se vante de détenir un réseau d'un millier de correspondants dans le monde capables de fournir un(e) tout jeune partenaire à la demande. Stamford, vulgairement dit, est un rabatteur de chair fraîche que les quatre O.N.G. suisses cherchent à coincer pour proxénitisme, un crime passible de vingt ans de prison.

Mais la qualification des faits les décevra. Stamford comparaît devant le tribunal correctionnel de Turnhout, où il risque un an de prison. Cet esclavagiste - comment l'appeler autrement? - se lance dans une logorrhée de 12 heures où il nie en bloc toute culpabilité. Il se dit victime d'un complot et parle d'action humanitaire. Embarrassé, le tribunal de Turnhout se déclarera finalement incompétent, renvoyant l'accusé vers un éventuel procès d'assises.

Son passage y aurait été observé avec infiniment d'attention par tous les défenseurs des enfants exploités dans le monde. Mais le 30 décembre 1995, John Stamford décédait de mort naturelle à l'hôpital de Geel.

LES BELGES SONT AUJOURD'HUI HYPER SENSIBILISÉS À CES AFFAIRES.
Ils notent les bonnes intentions de la conférence de Stockholm, et se rendent compte que la pédophilie touche tout le monde, même les stars, de Michaël Jackson (qui a racheté une accusation de pédophilie à coups de millions de $) à Roger Moore qui vient d'avouer avoir été victime d'un exhibitionniste à I' âge de huit ans.
Des réactions éparses se font jour. La publicité "Mexx" a été recouverte d'auto-collants au texte on ne peut plus clair: "C'est l'industrie du sexe qui produit des Dutroux. Parents, dites non" scandait le message qui barrait la photo d'une jolie blonde et d'un métis tendrement enlacés dans leur nudité.

La campagne est la première victime d'une vague de rigorisme qui pourrait rendre tout geste suspect ou répréhensible, même le plus anodin. Les Belges ont les nerfs à vif et ils dénoncent la pédophilie, même celle qui est acceptée dans le domaine artistique. Cet été, au casino de Knokke, l'exposition David Hamilton proposait un album de jeunes filles à peine pubères.

Une photo ressortait, choquante par sa légende. On y voyait une douzaine d'adolescentes, couchées nues les uns contre les autres, avec ce propos "My winter stock", "mon stock d'hiver" annoté par le photographe. Dès la mi-août, elle inspirait un obscur sentiment de gêne...

Bernard Meeus.

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