lundi 11 août 2008

L’homme qui en sait trop('Soir illustré'4 septembre 1996 p8,9)


L’homme qui en sait trop

« Soir illustré » du mercredi 4 septembre 1996 page 8 , 9

Dans l'enquête de Neufchâteau se dessinent deux cercles: les enlèvements et les vols de voitures. Un homme relie ces deux dossier: Dutroux.

Policier trop efficace piégé par le métier, où l'enquêteur doit côtoyer des informateurs de l'autre bord, victime d'une guerre des polices,ou flic ripou? Il faudra attendre la suite des événements, à Neufchâteau,pour éclairer ce personnage important du dossier instruit par le juge Connerotte. Toujours est il que le mandat d'arrêt à charge de l'inspecteur principal de la PJ de Charleroi, Georges Zicot,a été confirmé par la chambre du conseil de Neufchâteau.

Restent détenus également le chef du service fraudes de la Royale Belge, Thierry Dehaan, qui n'est donc pas un simple courtier, et Gérard Pinon,propriétaire du hangar de Rancart où fut retrouvé le camion volé par Weinstein.Le jeune Pierre Rochow, fils du ferrailleur de Courcelles dont le chantier fut passé au peigne fin, a été relâché. Ce jeune homme était un des membres du trio séquestré par Dutroux et Weinstein, rue Daubresse, à Jumet.

Cet épisode remontant à la fin novembre 1995 apparaît dans l'épisode du vol du camion Fabricom où Weinstein doubla, pour son malheur, Marc Dutroux, selon ce dernier.


Le procureur Bourlet et le juge Connerotte se retrouvent face à deux enquêtes sur les agissements de Dutroux et de sa bande. La première se penche sur les enlèvements, dont celui des petites Julie et Mélissa. On peut parler d'un premier cercle.


Un autre cercle se dessine, qui circonscrit des affaires de vols de voitures et de camions. Entre les deux, un homme, une charnière dont il faudra préciser le rôle: Marc Dutroux.

 C'est lui qui avait ordonné à Bernard Weinstein de voler le camion. L'opération n'a pas fonctionné au mieux, puisqu'elle fut marquée par la séquestration (avec chloroforme) du trio, qui aboutit à la mise en prison de Dutroux de décembre 95 à mars 96. Dutroux a été blanchi, après trois mois de détention préventive et avoir chargé Weinstein de toute l'affaire. Avant de séjourner derrière les barreaux, il avait fait justice sur son complice, à sa manière: expéditive.

Il enterra Weinstein vivant, à Sarsla-Buissière, après l'avoir endormi, à une profondeur de 3,50 mètres. Julie et Mélissa ont été retrouvées au même endroit, à 2,80 mètres.

LE FAUX P V
L'important est de situer le point d'intersection des deux dossiers, enlèvements et vols de voitures. Le fameux camion volé par Weinstein réapparut comme par enchantement dans le hangar de Ransart appartenant à Gérard Pinon. Le commerçant est un indicateur de l'inspecteur Zicot.


Et celui-ci informa l'assureur Dehaan de la bonne nouvelle. La prime ayant été versée, l'assureur devait récupérer le véhicule. Zicot guida Dehaan chez
Pinon. Il fallut payer une indemnité supplémentaire de 150.000 F pour les dégâts occasionnés par le camion au hangar risquant, paraît-il, de s'écrouler! Une forme de gratification, ou de participation aux bénéfices?
Pour couvrir son indic,Zicot commit un faux-pas: il mentionna dans son procès-verbal que le camion avait été retrouvé sur la voie publique.


Ce faux P.V. accable l'inspecteur. Ce document a amené le procureur du Roi de Charleroi, M. Marchandise, à déclarer "dramatique pour la justice" qu'un policier puisse tronquer une pièce essentielle d'un dossier.


Lors d'une exceptionnelle conférence de presse précédant la comparution de l'inspecteur Zicot en chambre du conseil, Me Philippe Mayence, ainsi que son fils, Me Jean-Philippe Mayence, déclarèrent que l'inspecteur était un coupable désigné pour servir de bouc émissaire.


Il était l'homme idéal à sacrifier, au nom de la guerre opposant la gendarmerie et la police judiciaire. On sait que les compétences de la gendarmerie et de la PJ sont actuellement en cours de redistribution. Certains craignent que la gendarmerie, au service du ministère de l'Intérieur, devienne super-puissante. La PJ, elle, reste au service du parquet.

MALAISE AU PARQUET GENERAL
L'affaire se complique, atteint même un sommet, avec la thèse de Zicot, selon laquelle il serait dans le collimateur du procureur général de Mons, M. Georges Demanet, et de la gendarmerie.


Pour quelle raison avancer une hypothèse aussi audacieuse? Parce que Philippe Demanet, le fils du chef de file des PG belges, expert automobile auprès des tribunaux, fait l'objet d'une enquête pour escroquerie à l'assurance, un dossier instruit à Bruxelles.

Une enquête menée notamment par l'inspecteur Zicot, considéré comme le meilleur policier en matière de vols de voitures, à la PJ de Charleroi.

Le procureur général de Mons (qui s'était opposé avec énergie, rappelons-le, à la libération de Dutroux) a défendu son fils et démenti avec indignation les affirmations de Zicot. Pour le haut magistrat (son fils ne s'est pas exprimé), la Porsche 911 avait été volée en Espagne.

L'expert automobile avait été indemnisé pour ce vol et avait consacré la somme à l'achat d'une voiture de la même marque et du même type. La seconde voiture avait été rachetée à une société automobile de Charleroi dont Philippe Demanet avait figuré parmi les administrateurs.

Une fonction dont il s'est dégagé depuis lors. La deuxième Porsche était-elle tout simplement la première, recyclée, opération autorisant, au passage, un joli bénéfice?

C'est ce que vérifient les enquêteurs. Cette affaire extérieure au dossier principal, n'a de réel intérêt qu'en raison de ses liens éventuels avec la personne de l'inspecteur Zicot. Son avocat a clamé haut et fort que Zicot n'avait jamais rencontré Dutroux.

Il avait tout au plus pu voir son nom figurer dans un dossier. Pour Me Mayence, Zicot ne pouvait protéger Dutroux, parce qu'il n'était pas assez important pour y arriver.

PROTÉGER LA JUSTICE
Après une perquisition dans le bureau de M. Zicot à la PJ et des informations provenant des polices allemande et luxembourgeoise, il semble que M. Zicot avait perdu le sens des limites du travail policier.

Utilisait-il sa profession pour chipoter, mais à un autre niveau, comme Dutroux, dans les voitures, et faire de fructueuses affaires?

C'est la voie qu'explore le juge d'instruction Connerotte, dans une atmosphère explosive. Zicot porte un gilet pare-balles, sa vie semble menacée.

En sait-il trop?

Ses collègues continuent à le soutenir avec un bel esprit de solidarité. Ceux qui étaient allés jusqu' à Neufchâteau, pour lui adresser un signe d'amitié, ont été contrôlés avec une grande sévérité par la gendarmerie, sur la route du retour à Charleroi.

Le climat est pour le moins tendu! Derrière Zicot, revient l'enquête sur l' enquête de la disparition de Julie et Mélissa.
La gendarmerie menait-elle son enquête propre, surnommée « Opération Othello » par méfiance de la PJ ? Zicot était-il de taille à empêcher la gendarmerie d'enquêter sur Zicot ?

Qui protégeait Dutroux, et pourquoi? Si ce n'était pas l'inspecteur Zicot, qui était ce ?


La juge d'instruction Doutrewe affirme n'avoir jamais été informée des soupçons pesant sur Dutroux, alors que la gendarmerie affirme le contraire.
Les gens de la rue se perdent dans ce labyrinthe de plus en plus obscur.


Ils ne retiennent qu'une observation, dramatique: Julie et Mélissa sont mortes et elles auraient pu être sauvées.


Puissent le procureur Bourlet et le juge Connerotte faire la lumière sur tout ce qui entoure la tragédie. Seule la vérité totale, même si elle fait très mal, pourra montrer que la Justice rayonne toujours, chez nous.

Marcel Leroy.

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