samedi 19 juillet 2008

Du radar de Bennett aux chiens de Hollande('Soir'mardi 27 août 1996 pg18)


Du radar de Bennett aux chiens de Hollande

« Le Soir » du mardi 27 août 1996 page 18

On ne cesse de perquisitionner, de creuser, d'utiliser des chiens et du matériel sophistiqué. Une première cependant, hier : on l'a fait à Ostende.
L' « affaire Dutroux » a des ramifications vers la côte ! Tout le long du week-end et lundi, des enquêteurs de la 23e brigade nationale de la police judiciaire, secondés par des gendarmes de la BSR d'Ostende et une équipe de la recherche technique de la P.J. de Bruges, ont, à la demande du parquet de Neufchâteau, passé au peigne fin un appartement au neuvième étage de la résidence Dauphins, au coin de la rue Louise et de la promenade Albert le,, face à la mer, à Ostende.

DES SACHETS REMPLIS DE VÊTEMENTS ET DE FILMS
Mais le travail le plus important semble avoir été fait dans un parking privé, rue des Soeurs Blanches. Là, deux boxes de garages ne servaient pas uniquement d'abri de voitures. Outre, une VW Golf verte, ces boxes étaient remplis à craquer de menus objets.
C'est dans le plus grand secret que les enquêteurs ont pu, le plus tranquillement du monde, fouiller les deux boxes de garage sis aux 3e et 4e étages de l'immeuble à garages pompeusement baptisé «Ritz».
Personne ne les y a dérangés, jusqu’au moment où ils ont dû faire appel aux pompiers d'Ostende, réquisitionnés pour fournir de l'aide en personnel et en matériel, de l'éclairage par exemple. Et dès lors, le gros camion rouge des hommes de feu, garé devant l'immeuble à garages, ne passait pas spécialement inaperçu.
Les pompiers ont complètement vidé les boxes de leur contenu hétéroclite. Les enquêteurs, qui savaient visiblement très bien ce qu'ils recherchaient, ont minutieusement examiné chaque objet.
Le «butin» total s'élevait hier soir à six sacs poubelles remplis de vêtements, d'enfants et d'adultes. Au pied des sacs, enveloppe dans un sac en plastique, une grande bobine de cinéma amateur 8 mm. Un film familial ou un film pornographique d'avant l'ère de la vidéo? Selon des propriétaires de boxes voisins, la personne qui conduisait la Golf verte serait un ou une octogénaire.

UNE FEMME D'UN CERTAIN ÂGE, À MOINS QUE...
A première vue, il s'agit d'une femme d'un certain âge. Mais je ne serai pas surprise d'apprendre qu'en réalité c'est un travesti, lance quelqu'un. Elle, ou lui, parlait en tous cas français et n'était pas particulièrement un bon chauffeur,il fallait toujours pas mal de manœuvres avant que ne soit rangée la petite voiture dans ce box plein de bric-à-brac.
Selon nos informations, les boxes de garage appartiennent ou sont loués par le propriétaire de l'appartement 9 C de la résidence Dauphins, rue Louise, 39, à Ostende.

DES PREUVES ACCABLANTES CONTRE UN SUSPECT
Hier, des enquêteurs de la 23eme brigade nationale de la P.J. de Bruxelles ont, avec l'aide de la recherche technique de la P.J.de Bruges, passé au peigne fin ledit appartement, occupé, selon le nom marqué sur la sonnette, par un certain Talmasse, qui ne semblait pas présent hier.
Si les enquêteurs sur place ne dévoilaient pas la raison de leur présence à la côte et ne disaient rien des éventuelles découvertes réalisées pendant les perquisitions, des sources bien informées nous assurent que cette opération a un rapport direct avec le dossier Dutroux.
Les vêtements d'enfants, le film 8 mm et les autres objets saisis dans les boxes et dans l'appartement pourraient, nous dit-on, être très accablants pour une personne déjà interpellée puis relâchée dans le cadre de cette enquête. Lundi soir, les enquêteurs ont mis les scellés sur les deux garages et sur l'appartement.

EDDY SURMONT
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Les caches de Dutroux complètement ratissées

« Le Soir » du mardi 27 août 1996 page 18

Hier, en début d'après-midi, John Bennett, malgré son impeccable complet gris, s'est enfoncé dans les décombres des caves de la maison maudite de Sars la Buissière, où le super intendant, qui s'était rendu célèbre à Gloucester, devait commencer les fouilles proprement dites. John Bennett était accompagné de trois personnes chargées du bon fonctionnement du «radar de sol» qui avait fait merveille dans la maison de l'horreur à Gloucester.
Les recherches seront cependant plus délicates à Sars la Buissière où l'enquêteur anglais semble ne disposer d'aucune indication précise sur la présence éventuelle de cadavres et où la surface à sonder est bien plus importante qu'à Gloucester.
Les recherches pourraient prendre plusieurs semaines, mais, hier, il semble que le super-intendant ait déjà sondé l'entièreté de la surface des caves, qui couvrent près de 70 m2. Il semble qu'on n'y ait rien découvert de suspect. Le super-intendant a de toute façon promis au procureur Bourlet la plus grande discrétion quant à d'éventuel les découvertes.

DEHORS, ON REBOUCHE
A l'extérieur, pendant qu'on s'affairait dans la cave, un bulldozer travaillait sans relâche dans le vaste jardin. On rebouche les trous creusés lors des fouilles, peut-être en prévision d'autres fouilles sur le terrain qui a rendu les corps de Julie et de Métissa.
A Jumet, rue Daubresse, aux abords du chalet miteux qu'avait occupé Bernard Weinstein, des engins de levage de la Protection civile ont commencé à emporter les lourds outillages entreposés dans l'atelier de Weinstein sous l'oeil des riverains curieux. Des chiens de décombres devaient une fois de plus être amenés à des endroits jusque-là inaccessibles à cause de ce fatras.
Deux architectes étudient, d'après les volumes de la maison et des caves, la possibilité d'existence d'une éventuelle cache.
Enfin, à Jemeppe-sur-Sambre, rue Lenoble, ainsi qu'à Montignies sur Sambre, rue des Gris, dans deux maisons pouvant avoir servi de caches à Dutroux, des gendarmes accompagnés de chiens de décombres et de chiens dressés à retrouver des cadavres ont opéré de rapides vérifications. Apparemment sans résultat.

FRANCO MEGETTO
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Des témoins auraient vu Elisabeth et Dutroux

« Le Soir » du mardi 27 août 1996 page 18

Michèle, une habitante de Dinant, affirme avoir vu Marc Dutroux en juin dernier, à Bagnères-de-Bigorre, dans les Pyrénées françaises, devant un établissement où elle pense qu'Elisabeth Brichet pourrait être retenue.
L'histoire remonte au 5 septembre 1995. Ce jour-là, Michèle et son mari, qui habitent la région dinantaise, étaient en vacances dans les Pyrénées. Après avoir rencontré une parente à Lourdes, ils avaient repris leur route, mais s'étaient égarés dans un bois.
Là, alors qu'ils circulaient sur une voirie secondaire, ils avaient croisé des piétons, un homme et une jeune femme.
En celle-ci ils sont certains d'avoir reconnu Elisabeth Brichet, disparue à Saint-Servais le 20 décembre 1989. Elle était chétive, son regard n'a pas quitté la plaque belge de notre voiture, explique Michèle.
Faute de pouvoir localiser de façon précise l'endroit de cette rencontre, une enquête n'a pas été possible à l'époque.

En juin de cette année, obsédés par ce souvenir, les Dinantais sont retournés dans la région et ont retrouvé enfin les lieux, à Bagnère de Bigorre. Ils s'y sont attardés dans le café tout proche, le temps de se persuader qu'il s'agit d'une maison de prostitution dans laquelle se trouve peut-être Elisabeth. En sortant de là, ils ont vu un homme qui avait remarqué leur voiture belge et qui semblait furieusement contrarié. Ils disent aujourd'hui, après avoir vu ses photos, que cet individu est
Marc Dutroux.

Ils ont informé la PJ de Namur de tous ces éléments et ils s'étonnent que les vérifications n'aient pas encore été effectuées alors que la vie de la jeune fille est peut-être en jeu.
Le père d'Elisabeth, Francis Brichet, a été tenu au courant de cette histoire et il partage l'incompréhension exprimée par ces personnes.

Ce nouvel épisode est en effet pour lui l'occasion de dénoncer sept années d'incommunication avec la justice, une justice de fonctionnaires dont les enfants meurent aujourd'hui.
M. Brichet explique que, si on ne l'a pas vu aux obsèques nationales de Julie et Mélissa, c'est que ces années de cauchemar l'ont rendu trop vulnérable et qu'elles ont rongé son coeur de père.
Il ajoute qu'en sept ans il a pourtant renversé des montagnes d'indifférence avec pour rançon quotidienne l'angoisse, la rancoeur et la révolte.
II se souvient de l'enquête qui a mis longtemps à commencer ou des témoins trop peu interrogés.
Il déplore cette guerre entre gendarmerie et PJ qui ne permet pas le regroupement des informations ainsi que le mutisme d'un juge qui promet d'informer et qui reste toujours évasif.

SABINE DORVAL
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Un défi mondial : arracher l’enfant aux marchés du sexe

« Le Soir » du mardi 27 août 1996 page 18

STOCKHOLM
De notre envoyée spéciale

Aujourd'hui s'ouvre, à Stockholm, le premier congrès mondial contre l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales. Organisé conjointement par l'ONG Ecpat (End Child Prostitution in Asian Tourism), le gouvernement suédois et l'Unicef, ce congrès veut harmoniser les législations des États et mettre en oeuvre une coopération internationale pour lutter contre ce phénomène. On peut penser que le drame vécu actuellement en Belgique va peser lourd dans les débats de Stockholm.

CERNER L'AMPLEUR DU MARCHÉ DU SEXE DANS LE MONDE ENTIER
Chaque année, un million d'enfants tombent dans les filets de la prostitution, de la pornographie ou de la traite à des fins sexuelles. Les chiffres cités par Ecpat sont effarants : un demi million d'enfants prostitués en Inde, le double au Brésil, 400.000 en Thaïlande, mais il ne s'agit là que d'estimations. Et les données chiffrées manquent davantage encore pour les pays développés, Europe et Etats-Unis, qui ne sont touchés que depuis peu par le fléau.

L'un des objectifs de ce congrès est également de tenter de mieux cerner l'ampleur de ce marché du sexe. Une certitude: dans tous les continents, dans toutes les sociétés, l'exploitation sexuelle des enfants existe. Elle est souvent tacitement acceptée, voire protégée à différents niveaux de complicité et elle procure à ses auteurs des revenus colossaux.

C'est le trafic le plus lucratif après celui des armes et de la drogue. L'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales est un fléau relativement récent et sa dénonciation l'est davantage encore. Il y a six ans, à Chiangmai (Thaïlande), une série d'ONG lançaient la campagne Ecpat après avoir constaté l'ampleur des dégâts causés par le tourisme sexuel sur les enfants asiatiques. Depuis, Ecpat s'est étendu à d'autres pays non asiatiques, parallèlement à l'extension du tourisme sexuel en Amérique du Sud et en Afrique. Progressivement, sous la pression des ONG, les législations des pays tant occidentaux qu'asiatiques se sont renforcées. Interpol s'est associé à la campagne Ecpat qui a été relancée en 1993 jusque fin 1996.

Mais la réalité de l'exploitation sexuelle des enfants a pris également une ampleur sans précédent. Les raisons sont connues banalisation du tourisme sexuel, peur du sida qui pousse un nombre croissant d'adultes à se servir d'enfants comme partenaires sexuels, attitude complaisante des autorités qui tirent d'énormes profits de la prostitution...
Du côté des victimes, l'ignorance joue également un grand rôle dans l'exploitation sexuelle des enfants. Trop de parents ignorent le sort qui attend leurs enfants confiés (ou vendus) aux intermédiaires qui promettent argent et « une vie meilleure ».
D'autres, par contre, sont poussés par le désir d'acheter des biens de consommation inaccessibles sinon par la vente de leurs enfants.
Le congrès de Stockholm veut aborder quatre grands thèmes de réflexion : la prostitution enfantine et son implication dans le tourisme sexuel, la pornographie enfantine, les trafics d'enfants et enfin les caractéristiques de l'exploiteur d'enfants.

Le «client» classique n'existe pas. A côté des pédophiles, il y a aussi la masse des citoyens ordinaires qui ne savent pas ou ne veulent pas savoir les conséquences de leurs actes sur les enfants : touristes et hommes d'affaires qui se sentent protégés par l'anonymat d'un séjour à l'étranger, militaires, employeurs de personnel domestique, propriétaires de maisons closes, policiers...

RENDRE LES CONVENTIONS INTERNATIONALES EFFICACES
Les conséquences sur la santé physique et psychique des enfants sont tragiques : dans les pays asiatiques et africains, le sida a fait une progression fulgurante chez les enfants. Plus vulnérables physiquement aux infections, les enfants prostitués sont, de plus, forcés de prendre plus de clients qu'un adulte ne l'accepterait.

Comment réagir? Le congrès de Stockholm va sans doute aussi montrer l'efficacité des exploiteurs et la relative impuissance des lois. Le droit international dispose en effet de la convention internationale des droits de l'enfant, ratifiée par plus d'une centaine de pays et qui protège théoriquement l'enfant de toute forme d'exploitation.
Mais cet arsenal reste lettre morte quand, un peu partout dans le monde, les exploiteurs disposent de protections efficaces qui rendent les lois quasi inapplicables.

C'est la raison pour laquelle les ONG veulent continuer à privilégier l'action de terrain, mais avec des moyens accrus. Ecpat revendique le droit d'habilitation à constituer des dossiers de preuves sur les infractions constatées. Et surtout le droit de faire valider ces informations par des enquêteurs puis par les tribunaux.

Cela suppose pour les autorités politiques des pays concernés la volonté de coopérer avec les ONG spécialisées, ce qui est loin d'être évident pour le moment.
Au-delà des belles déclarations de principe en effet, la chape de silence et de complicité reste encore bien difficile à soulever.

MARTINE VANDEMEULEBROUCKE


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