samedi 19 juillet 2008

L’enquête que chacun veut mener jusqu’au bout(LB 27'08'1996 pg3)


L’enquête que chacun veut mener jusqu’au bout

Qui s’y frottera s’y piquera

« La Libre Belgique » du mardi 27 août 1996 page 3

L'enlèvement, la séquestration, les traitements innommables infligés à Julie et Mélissa et la mort dans des circonstances tragiques des deux petites martyres de Grâce-Hollogne ont frappé d'horreur le pays entier.
Chacun s'est senti assassiné dans sa part d'enfance qui subsiste bien au-delà de l'âge de raison.

Les enfants, forcément concernés par l'horrible aventure des fillettes, n'ont pas échappé aux images et aux récits qui se sont multipliés.
Par un réflexe bien normal, les parents ont tendance à surveiller aujourd'hui plus étroitement leur progéniture.
Ils hésitent avant d'autoriser les gamins à faire le tour du quartier à vélo ou interdisent carrément certaines sorties.
Ils les conduisent en voiture au goûter d'anniversaire de la petite copine de classe, au bout de la rue.
Ces mesures de surveillance renforcée s'assoupliront sans doute au fil du temps, même si plus rien ne sera plus comme « avant Julie et Mélissa ».

PAS DE PROFIL TYPE
Les récents événements n'ont pourtant pas révélé la pédophilie. Le dernier rapport du Délégué général aux Droits de l'enfant l'a montré à suffisance : la maltraitance est devenue le problème numéro un de l'enfance en Belgique francophone.
Sur les 628 dossiers introduits en 1995 auprès de Claude Lelièvre, 320 plaintes concernaient des mauvais traitements, des négligences graves et des abus sexuels.
Comme il n'existe aucun profil type du pédophile ou de l'agresseur d'enfants en général, les campagnes de sensibilisation ne peuvent s'adresser qu'aux petites victimes potentielles.
La prévention en la matière apprendra aux enfants que certains comportements ne sont pas acceptables de la part des adultes.

« DIRE NON » A CERTAINS ADULTES
Marie-France Botte et Pascal Lemaître ont récemment puisé dans ces réflexions pour raconter les aventures de « Mimi Fleur de Cactus » et de son hérisson Gaston, dans un petit livre illustré destiné aux enfants de 4 à 10 ans.

La jeune héroïne et son inséparable compagnons à piquants se font aborder par un adulte aux intentions malveillantes à la piscine, dans un parc, sur le chemin de l'école... Dans chacune de ces situations très concrètes qui peuvent surgir au quotidien, Mimi montre à l'enfant-lecteur qu'une réaction est possible : dire non, hurler, courir à toutes jambes, appeler un adulte au secours...

La prévention ne consiste pas à enfermer les enfants à la maison ou à leur interdire d'aller à la piscine, insiste Marie-France Botte.
Mais il faut leur expliquer et les aider à reconnaître les situations à risques. C'est ce que fait Mimi elle apprend à refuser certaines propositions de certains adultes dans certaines circonstances.
En appliquant le slogan de son ami le hérisson : « Qui s'y frotte, s'y pique ! ». Si cela met l'enfant mal à l'aise qu'on le touche, il doit le dire. Dès son, plus jeune âge, il faut apprendre à l'enfant que son corps lui appartient », conseille Mme Botte.

TENDRES BISOUS?
Pas question pour autant de diaboliser tous les adultes ou de semer le doute sur les bisous tendres des proches.
«Si certains adultes ne respectent pas les enfants, la plu part des grandes personnes sont de confiance. Il faut aussi leur dire cela. L'enfant qui se sent menacé ne doit pas hésiter à faire appel à des personnes de référence. Leurs parents, bien sûr, mais s'ils n'osent pas, l'institutrice, un policier, la boulangère... », continue Marie-France Botte.

Les enfants peuvent évidemment s'adresser directement à leur « avocat », le Délégué général aux droits de l'enfant.
Claude Lelièvre a lancé en juin dernier une campagne de prévention contre les abus sexuels et les rapts d'enfants : 100.000 « cartes de confiance » ont été distribuées gratuitement aux enfants de la Communauté française. Sur cette carte sont imprimés les numéros de téléphone -gratuits- d'« Ecoute enfants» - 0800-144.00-, de la police et de la gendarmerie -101- et le numéro d'appel des parents en cas de problème.
Pour obtenir l'opération « Qui s'y frotte, s'y pique ! », il faut former le 0/203.07.75.; pour les équipes «SOS-Enfants », former le 02/542.14.10 ou le 02/542.15.70.

Annick HOVINE.

Marie-France Botte et Pascal Lemaître, « Mimi Fleur de cactus et son hérisson. Qui s'y frotte, s'y pique ! », Editions La Longue Vue, 200 FB. En vente dans les librairies et dans les pharmacies.
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Une question de confiance

« La Libre Belgique » du mardi 27 août 1996 page 3

Compte-rendu du procès des pédophiles de Neupré dans les journaux du 26 septembre 1992: « Mes Hissel et Charlier, qui défendent Davison, et Mes Levy et Jeunehomme, qui défendent Lambry, (...) accordent, à leurs clients, comme circonstances atténuantes, celle d'avoir des capacités intellectuelles en dessous de la moyenne (...), celle de n'avoir encore jamais été condamnés par la Justice, celle d'une absence de dangerosité mise en exergue par les experts psychiatres mais aussi... celle de n'avoir pas kidnappé les enfants ou celle de qualité altruiste en étant par exemple vice-président d'une association d'aide à un jeune enfant handicapé.

Quelle différence de fond entre ces propos et ceux de Me Hissel, avocat des parents de Julie et Mélissa, lors de l'absoute en la Basilique Saint-Martin, jeudi dernier, qui terminait, la voix brisée par l'émotion, son « poème pour Julie et Mélissa et tous les enfants du monde entier ».

Pourtant, c'est bien du même Me Hissel qu'il s'agit. Il a effectivement défendu Davison, le principal inculpé de l'affaire de pédophilie Neupré, en 1992. La police judiciaire de Liège, que Me Hissel n'a pas épargnée ces derniers jours, a rappelé cette apparente contradiction.
La PJ » fut suivie, vendredi soir, dans l'émission « Enfants volés, enfants violés » par la RTBF qui a laissé défiler les images d'archives.

Un avocat peut-il donc défendre tout et son contraire ? « Ce n'est pas parce qu'un avocat plaide pour un escroc, un assassin, ou un pédophile qu'il admet l'escroquerie, l'assassinat ou la pédophilie, explique Me Françoise Collard, Bâtonnier de Liège.
L'avocat qui accepte une telle cause défend l'homme ou la femme sur basé d'un dossier répressif établi par la partie poursuivante suivant ce que les principes, juridiques et sa conscience lui commandent de faire.

Ce n'est donc pas parce qu'un avocat a plaidé dans ce type d'affaires qu'il ne pourrait plaider, ultérieurement, pour des victimes de ce type d'infraction. D'ailleurs, le devoir de loyauté pourrait l'amener, dans cette hypothèse, à en prévenir au préalable son futur client qui acceptera ou non en connaissance de cause ».

Me Hissel n'a pas voulu faire d'autre commentaire que « Mes clients sont au courant depuis le début. J'ai la conscience tranquille. »

L.M.
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Marc et Corinne : 500.000 Oui

« La Libre Belgique » du mardi 27 août 1996 page 3

Le torchon brûle-t-il entre l'asbl « Marc et Corinne » et les parents de Julie et Mélissa ? Dans leur communiqué de samedi soir, les parents des deux filles évoquent les dissensions existant entre eux et l'asbl. Ils reprochent à celle-ci de n'avoir pas eu « le courage de dissiper d'elle-même suffisamment tôt la confusion qui règne dans le public à propos de l'image de Julie et Mélissa et leur association ».

Les parents ajoutent que cela les oblige à se dissocier de toutes les manifestations organisées au nom de l'immense émotion soulevée par 1a mort de leurs deux filles, dont la pétition.
Ils répètent qu'ils n'ont rien à voir dans cette pétition sur les peines incompressibles initiée par l.'asbl
Marc et Corine », « et ce en dépit du fait que les noms de Julie et Mélissa y soient associés sur des milliers de feuilles ».

Un peu d'histoire s'impose. L'asbl « Marc et Corinne » est née de l'initiative des parents de ces deux jeunes Verviétois assassinés en juillet 1992 par un condamné en congé pénitentiaire et par un condamné en liberté conditionnelle.
Une première pétition était alors lancée le 23 juillet. Elle demandait « un changement de législation afin de ne plus permettre la mise en liberté de criminels dangereux qui faisaient bien souvent de nouvelles victimes ».
Le texte fut approuvé par 260.000 personnes dont les signatures furent remises au Parlement le 4 décembre 1992.

En avril 1996, la Chambre entamait ses débats sur la suppression du prononcé de la peine de mort. L'asbl «Marc et Corinne » relançait une pétition reprenant le texte suivant
« Je suis d'accord avec le projet sur la suppression du prononcé de la peine de mort dans notre pays, j'exprime cependant ma volonté de voir une peine de substitution remplacer celui-ci. Notamment en instaurant des peines incompressibles pour les crimes les plus graves, préservant ainsi le caractère pédagogique de la sanction. Il s'agit également de traduire le respect dû à la dignité de la victime qui ne peut échapper au souci d'une justice équitable.

La pétition fut lancée avant l'horrible découverte de Julie et Mélissa. Dutroux arrêté, les membres de l'asbl relancèrent la pétition sur laquelle n'apparaissent pas les noms des deux fillettes.
La confusion, si confusion il y a, n'est donc pas volontaire. Cette pétition rassemble aujourd'hui plus de 500.000 signatures et l'asbl « Marc et Corinne » ne suit plus les demandes de textes pour cette opération gratuite.
Et l'association démentait déjà mardi dernier (voir « La Libre Belgique » du 20 août) intervenir pour quoi que ce soit dans la vente de rubans noirs.
A l'asbl, ce lundi, M. Malmendier, contacté après la communication des parents, s'est refusé à tout commentaire.

L.M.
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L’armée propose ses services en cas de disparition d’enfant

« La Libre Belgique » du mardi 27 août 1996 page 3

La phrase d'Albert Einstein imprimée sur le dos des tee-shirts du comité « Julie et Mélissa » -
« Le monde est dangereux à vivre non à cause de ceux qui font le mal mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire » - a interpellé le syndicat militaire de la FGTB.
Les parlementaires et autres membres des cabinets ministériels vont entamer des débats interminables au sein de groupes de travail et de commissions; les ministres vont commander des enquêtes sur l'enquête en cours.

Mais demain, un enfant disparaîtra de nouveau et la boucle sera bouclée, constate amèrement la
Centrale générale des services publics (CGSP, affiliée à la FGTB), secteur « militaires ».

Nous ne voulons plus regarder et laisser faire. L'armée est là pour contribuer à la sécurité de l'Etat. Protéger les citoyens fait partie de cette mission.
L'armée, qui doit être disponible à tout moment pour venir en aide à la Nation, doit pouvoir se mobiliser immédiatement en cas de disparition d'enfant », nous explique Dirk Deboodt, conseiller technique à la CGSP.

On sait que c'est dans les premières heures suivant les faits qu'on peut récolter des indices cruciaux pour retrouver des petits disparus. Or il faut compter environ 24 heures avant de pouvoir entamer une campagne d'affichage dans le pays.

Pourquoi ne pas faire appel à l'armée ? On gagnerait un temps précieux. Une centaine de casernes couvrent le territoire d'Ostende à Arlon.

Chaque caserne possède des fax et des photocopieuses et une garde y est assurée en permanence. Jour et nuit, on peut fournir des chauffeurs et des transports. Il suffirait que les autorités diffusent un formulaire-type dans toutes les casernes, Une fois reproduit, il pourrait être placé dans autant d'endroits (gares, arrêts de bus, écoles...) par les chauffeurs de garde », propose donc la CGSP.
Les militaires pourraient également participer concrètement aux battues, ajoute le syndicat.

Le secteur « militaires » de la CGSP soumettra ses propositions au ministre de la Défense nationale, Jean-Pol Poncelet.
Le syndicat se sent obligé de s'adresser à M. Poncelet par voie de presse, craignant que « ces propositions restent sinon lettre morte », « le ministre ne s’étant jamais entretenu personnellement avec les organisations syndicales représentatives des militaires»

An. H.
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Pédophile en liberté à Neupré ?

« La Libre Belgique » du mardi 27 août 1996 page 3

Un pédophile de Neupré, condamné le 25 septembre 1992 à une lourde peine de prison par la cour d'assises de Liège dans la tristement célèbre affaire dite « du curé de Kinkempois », est-il « en permission » ou en liberté conditionnelle dans la localité?

Un avocat liégeois, conseil d'une des petites victimes -moins de 10 ans à l'époque des faits- a écrit lundi au ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, pour lui demander des explications.

L'avocat rappelle qu'il avait fait trois promesses à sa petite cliente au moment du procès être tenue à l'écart des débats,ne jamais être identifiée (pour retourner à l'école, prendre le bus, vivre normalement...) et « que l'impossible serait fait pour que la fillette n'ait plus jamais l'occasion de rencontrer et subir, en rue ou ailleurs, la présence de ses agresseurs ».

PECHE D'ORGUEIL
L'avocat ne se faisait pas de souci pour une éventuelle liberté conditionnelle - « péché d'orgueil » -, considérant que la loi Lejeune n'entrerait pas en ligne de compte dans ce dossier, en raison de l'âge avancé des condamnés - dont le pourvoi en cassation avait été rejeté-, de la longueur de leur peine et « de ce que je pensais être l'étude et le suivi très stricts des éventuelles demandes de liberté anticipée », au niveau des autorités concernées.

En fin de semaine dernière,apprenant qu'une retraite aux flambeaux avait eu lieu à Neupré pour rappeler cette affaire, l'avocat déclare avoir été atterré en entendant qu'il était question de « mise en liberté » ou « de mise en permission » de l'un des deux agresseurs de sa cliente.
Nous savons, écrit-il au ministre de la Justice, qu'il n'appartient pas légalement aux victimes ni aux parties civiles d'interférer dans l'importance de la peine à infliger et dans les mesures d'exécution de ces mêmes peines (grâces, mises en liberté conditionnelle, permissions), mais je pense que ces parties ont le droit légitime de savoir si elles risquent de rencontrer leur agresseur dont elles resteront toujours la victime terrorisée, dans la dépendance relationnelle victime-bourreau ».

ATTENDRE LA SUITE ?
Aussi l'avocat demande-t-il au ministre de le rassurer, par retour de courrier, sur un point essentiel pour les petites victimes : au cas où cette « mise en liberté » ne serait pas « une rumeur non fondée… » « la mesure prise est-elle un projet étudié, réfléchi en fonction de la gravité du dossier, par des gens compétents, conscients des dangers, prêts à assumer et supporter leur responsabilité individuelle et personnelle ? »

« La mise en liberté de l'intéressé est-elle déjà réalisée ou envoie de réalisation ? », interroge encore l'avocat. « En cette occurrence, il ne restera plus aux victimes qu'à attendre la suite... »
Nous avons contacté le cabinet de M. De Clerck qui promet une réponse ce mardi.

An. H.
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Le cauchemar

« La Libre Belgique » du mardi 27 août 1996 page 3

Marie (*) a dix ans en 1994. Elle a une scolarité normale dans un établissement au-dessus de tout soupçon. Jusqu'au moment où son caractère change, ses résultats faiblissent et ses relations avec l'école se détériorent.
« Elle n'avait plus envie d'aller en classe alors que c'était toujours pour elle une joie », explique son père qui ne comprend pas.
C'est par hasard, lors d'une émission sur la pédophilie à la télévision, que tout s'éclaire. « J'aime plus l'école parce que mon instituteur me fait ces choses là », dit l'enfant en larmes.
Son père n'en croit pas ses oreilles. Sa fille n'en dira guère plus : «Après la gymnastique, il passe avec nous tout nu sous la douche, et... ».

Mais, pour le père, elle en aura dit assez. Il interroge les autres enseignants dont les silences embarrassés, entrecoupés de ce n'est pas la première fois », sont, pour lui, autant de confirmations. Il change sa fille d'école, prend contact avec Claude Lelièvre, écrit au ministère de l'Éducation qui suspend l'enseignant pendant l'enquête et dépose plainte.
Juste avant cela, Marie a un malaise, une perte de connaissance. A l'hôpital, les médecins la font parler.

Elle leur répète que, dans la douche, l'instituteur abuse d'elle et d'une autre fille. Ce que, selon le père, confirme l'examen clinique. Marie est aujourd'hui encore suivie par un psychologue d'un centre de guidance mais elle ne parvient pas à oublier et les troubles de santé reprennent alors que la rentrée scolaire, même dans un autre établissement, approche.
L'enquête judiciaire se déroule sans que le plaignant ne soit informé de son évolution d'autant qu'il y a méprise avec son avocat : celui-ci ne se sent pas mandaté, ne suit pas le dossier et ne fait pas acte de dépôt de constitution de partie civile.
Aussi, quand le père entend des rumeurs de non-lieu, il s'interroge. Mais il est trop tard : la Chambre du Conseil a estimé qu'il n'y avait pas assez d'éléments pour poursuivre.
L'instituteur redonnera les cours en septembre. «J'ai décidé quant à moi de reprendre le combat » dit le père. « Pour rouvrir le dossier, il faut de nouveaux éléments. Je vais les trouver. Pour éviter que ce personnage ne puisse sévir a nouveau.»

L.M.

( * ) Prénom modifié.



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