samedi 19 juillet 2008

Débats ('Soir'mardi 27 août 1996 pg2)


Débats
La loi et les hommes : Edito

« Le Soir » du mardi 27 août 1996 page 2

Paradoxe : au moment où la Belgique apparaît aux yeux de l'opinion publique internationale comme « une plaque tournante de la pédophilie », au moment où l'enquête sur l'affaire Dutroux ne cesse effectivement de confirmer l'existence d'un réseau pédophilique bien structuré et protégé, notre pays part à Stockholm avec un excellent bulletin sur son action législative pour combattre le tourisme sexuel et les trafics d'enfants.

Sur la scène internationale en effet, la Belgique est citée en exemple. Les travaux de la commission d'enquête parlementaire sur le trafic des êtres humains (la première en ce genre) ont débouché sur des dispositions légales parfaites ou presque.
Notre pays a ratifié tous les traités spécifiques visant à lutter contre l'exploitation sexuelle des enfants.
Des mesures très concrètes ont également été adoptées pour assurer le suivi des travaux de la Commission d'enquête parlementaire puisqu'une cellule particulière a été créée au Centre pour l'égalité des chances.
En matière de prévention, les efforts ont surtout été menés par la Communauté française qui, par l'intermédiaire du délégué général aux droits de l'enfant (une institution qui n'existe que du côté francophone), informe depuis des années sur la réalité des abus sexuels d'enfants.
Théoriquement donc, tout va bien. Pratiquement, la réalité - on le constate cruellement -est bien différente. Car il y a de la marge entre la loi et la volonté de l'appliquer réellement. Il y a un gouffre entre les intentions politiques et les politiques de terrain.

Un exemple parmi d'autres : la prostitution enfantine dans des villes comme Liège ou Bruxelles.
Les associations de terrain n'en finissent pas d'attirer l'attention des pouvoirs publics sur l'augmentation des jeunes prostitué(e)s et plus encore sur la diminution constante de leur âge.
La seule réponse aujourd'hui est répressive, et encore seulement lorsque la prostitution s'accompagne de trafic de drogue.
Les travaux de la Commission d'enquête parlementaire avaient révélé l'extraordinaire passivité et même la complicité qui existaient au niveau des Parquets à l'égard des réseaux de prostitution.

Ce que révèle aujourd'hui l'affaire Dutroux, c'est l'indifférence ou l'incrédulité qui subsistent dans le monde judiciaire (mais aussi social et médicale à l'égard de la pédophilie et de la prostitution enfantine. Car à côté des locaux d'accueil pour les victimes d'abus sexuels inaugurés en grande pompe à la gendarmerie ou à la police judiciaire, combien de dossiers étouffés dans l'oeuf?

Combien de plaintes classées sans suite? Combien de parents de victimes renvoyés en assurant que « les enfants racontent tellement d'histoires»? Combien de pédophiles renvoyés, après leur condamnation, dans le quartier où ils ont commis leur délit? Les lois ne changent pas les mentalités.

Dimanche, le procureur général de Francfort estimait qu'une affaire Dutroux pourrait se produire à tout moment en Allemagne où la police et la justice ne disposent pas du personnel «pour remplir leur devoir de protection envers les enfants dans une société de plus en plus brutale ». Et chez nous?
Poser la question, c'est y répondre.

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Courrier des lecteurs

« Le Soir » du mardi 27 août 1996 page 2

Sabine, Laeticia, Julie, Méllissa, An, Eefje, d'autres petites victimes sans doute: c'est toujours l'avalanche de courrier. Dans la mesure du possible, nous faisons écho à un maximum de réflexions.
….. Les parents qui menaient une vie heureuse jusqu'alors ont vu le mal s'abattre irrémédiable sur eux et portent en eux des séquelles dont une guérison n est jamais tout à fait possible.
La mort d'un enfant bouleverse une vie à tout jamais. Au vu de cela, on se sent impuissant car on n'ose pas, on hésite à prendre des décisions réclamées par une société trop souvent ébranlée et fragilisée.
Quel élément objectif peut encore justifier le non enfermement à perpétuité pour des actes aussi horribles? (...)
Didier Hau (1040 Bxl)

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(….) Ce que je me permets d'espérer (je me « permets d'espérer » car nous sommes en démocratie, même si elle est à deux vitesses), c'est que l'enquête qui a l'air de si bien démarrer enfin, ne soit pas bloquée à un moment ou à un autre par « quelqu'un de bien ».
Il est notoire que des gros bonnets, impliqués dans des affaires douteuses aussi diverses que nombreuses, savent faire taire d'autres gros Finance par le jeu des miroirs. Finance – Pouvoir - Chantage. (...).
Julie Lambol (St-Servais)

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Dimanche 18 août. TF1. Journal de 20 heures. Le premier tiers des nouvelles est consacré à la découverte des corps de Julie et Mélissa. Ecoeurement absolu.
Deuxième tiers : nouvelles, de France et du monde. Horreurs quotidiennes.
Fin du journal: Chicago, au Zoo un enfant de trois ans, et demi tombe dans la fosse aux gorilles.
Il est évanoui, une gorille s'approche, prend le bébé dans ses bras et le porte avec précaution au bas de l'escalier d'accès et attend que le gardien vienne chercher le petit.
Je n'ai pu m'empêcher de comparer la fin du JT avec le reste des nouvelles.
«Ah, malgré ce grand nom d'Homme,que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes. »
Alfred de Vigny. (La Mort du Loup).

Luc Beelcman (1180 Bxl)

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Messieurs que l'on nomme encore responsables,
Ce week-end d'Assomption, ta nation belge a été remuée par l'émotion d'un dénouement heureux pour Laetitia et Sabine puis, sans transition, saisie d'horreur.
Horreur à l'annonce de la fin atroce de Julie et Métissa, et peut-être d'autres;
Horreur à la découverte que les professionnels de l'enquête sont passés plusieurs fois à côté de la vérité, qu'il n'ont pas appréhendée, tout préoccupés qu'ils étaient par leurs hypothèses;
Horreur à l'annonce que le truand a été relâché plusieurs fois, sans qu'aucune précaution élémentaire ne semble avoir été prise pour éviter des actes similaires de sa part;
Horreur parce qu'elle découvre que l'appareil qui devrait servir la Justice s'est érigé tant de règles et de procédures plus pour se protéger que pour servir la nation;
Horreur parce qu'elle prend conscience que la Société n'a plus d'yeux que pour la rentabilité et la compétitivité, au mépris des êtres humains qui la composent et qui lui permettent d'atteindre le niveau auquel elle se trouve;
Horreur à l'interrogation de savoir si les questions de Société ont encore une valeur à côté des débats communautaires, linguistiques et séparatistes.
Vous, messieurs que l'on appelle ministres, secrétaires d'Etat, sénateurs, députés, procureurs généraux, etc., avez-vous encore un peu de raison pour vous atteler à la question essentielle qu'est l'épanouissement de l'individu au sein de la communauté, représentée par la famille, l'entreprise, le village et la nation?
Avez-vous encore un peu de sagesse et de courage pour faire de la politique, c'est-à-dire gérer l'Etat au profit de ses membres et non au profit des groupes de pression? (...).

S. Mertens de Wiknans (1200 Bxl)

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(...) Mais dans quelle société vivons-nous? (...) Conditionnés par le discours mensonger des politiciens, nos concitoyens se sont laissé endormir : la Belgique est un Etat de droit! Nous a t-on assez battu les oreilles de ce slogan.
Le ministre de la Justice ose dire, après ces drames, qu'il reste opposé aux peines incompressibles. Il suggère que les libérations ne seront plus accordées qu'à l'unanimité des membres chargés d'examiner chaque demande.
Il espère, de cette manière, arriver aux mêmes résultats qu'au Canada, où la statistique des récidivistes parmi les libérés n'est plus que d'un sur trois, alors qu'ici on voisine, parait-il, les cinq à six récidivistes sur dix remis en liberté conditionnelle... En clair, cela veut dire : • parents des fillettes, soyez tranquilles, dès que les nouvelles mesures seront votées, le risque de rapt, de viol et d'assassinat de vos chers enfants sera divisé par deux!
Ces déclarations sont révoltantes, et la surpopulation des prisons n'est pas une raison valable. Si on appliquait plus sévèrement les peines, il y aurait beaucoup moins de candidats à la délinquance.( ...)

Michel Petit (1040 Bxl)

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On a vu la foule réagir de façon très passionnelle à l'encontre de Dutroux et toute la société belge se pose à présent des questions quant au sort réservé aux pédophiles et assassins d'enfants.
Faut-il des peines incompressibles? Comment peut-on les soigner psychologiquement? etc. Moi qui ne suis qu'une mère de famille n'ayant pas de compétences particulières dans les matières juridiques et psychiatriques, je laisserai ce débat délicat aux professionnels. Néanmoins j'aimerais que la même foule et que la société tout entière se pose d'autres questions.
Ne doit-on pas prévenir plutôt que guérir? Je pense en effet que c est dès la petite enfance qu'il faut agir... Si tous les enfants étaient vraiment choyés, aimés, respectés comme des individus à part entière par leurs parents et par les adultes qui s'occupent d'eux, n'y aurait-il pas moins d'individus à problèmes à l'âge adulte et peut-être moins de pédophiles puisque c'est le problème qui nous préoccupe aujourd'hui? (...).

Rita Grégoire (1160 Bxl)





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