samedi 19 juillet 2008

"Disparitions"('La Meuse'mardi 27 août 1996 pg11)



Quatre ans après la mort de sa fille

Le papa de Laurence Mathues veut la vérité

« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 11

Laurence Mathues avait 16 ans. Jobiste à la Croissanterie de Walibi, elle disparaît le 28 août 1992. Son corps est retrouvé quelques jours plus tard. Quatre ans après, ses parents ignorent toujours ce qui s'est passé.
Le juge Jean Pierre Marotte vient de demander des devoirs complémentaires.

Ce matin-là, son papa, Philippe Deleuze, a déposé Laurence à Walibi, comme tous les matins, vers 8 h 30: « Elle devait me téléphoner à 16 heures pour savoir si je l'autorisais à aller dormir chez une amie. Pas de coup de fil.
Quand je suis allée la chercher, Laurence n'était pas là. Elle n'avait pas travaillé ce jour-là. Pas de nouvelles d'elle chez son amie non plus. »
Pour lui, c'est l'inquiétude, c'est le drame qui commence: «J'ai passe toute cette nuit-là à côté du téléphone. »

Quelques jours plus tard, le corps d'une jeune fille est découvert sous des branchages, le long d'une route peu fréquentée à Fernelmont: il est identifié comme celui d'une jeune Taminoise qui a disparu le 30 août.

Les funérailles de la jeune Delphine s'organisent, jusqu'au coup de théâtre. La jeune fille, qui n'avait fait qu'une fugue, téléphone chez ses parents: « Papa, je ne suis pas morte. Viens me chercher à la gare de Charleroi». Ce n'est que deux jours plus tard que Philippe Deleuze apprendra l'horrible nouvelle: l'identification de la dentition ne laisse plus aucun doute, c'est bel et bien sa fille que l'on a retrouvée à Fernelmont.
Depuis lors, plus rien, ou si peu. Le papa de Laurence ignore toujours ce qui est arrivé à sa fille.

« Pour moi, depuis quatre ans, c'est le cauchemar, dit-il, je vis entre le rêve et la réalité : j'ai promis à Laurence que je ferais tout pour obtenir la lumière sur sa mort, pour que l'on sache la vérité.
C'est dans l'association Marc et Corinne, dont il est d'ailleurs devenu vice-président, que Philippe Deleuze a trouvé la force de continuer:

«C'est ma famille. Je veux tout faire pour aider les enfants disparus, en mémoire de ma fille. » Son calvaire, ses indignations, ses espoirs, il les confiera d'ailleurs dans un livre qui paraît fin de l'année.
Avec un leitmotiv: il veut que l'enquête avance, pour que l'on sache, enfin, un jour, ce qui est arrivé à Laurence.
Ses espoirs seront peut-être entendus: le juge d'instruction namurois, M. Jean Pierre Marotte qui avait conclu à « un suicide probable et à un transport du corps », a demandé ce week-end, des devoirs complémentaires, qui portent sur les produits anesthésiants et les médicaments utilisés par Marc Dutroux pour immobiliser ses petites victimes.

En 1992, l'autopsie de Laurence Mathues avait permis de démontrer qu'elle avait succombé à une dose massive de médicaments, un mélange de Seconal (barbiturique) et de Loramet (calmant d'utilisation courante).

Anne Dauchot

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Erreur

Elisabeth en 1992 à Santa Cruz……


« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 11

Elizabeth Brichet, 12 ans, a disparu le 20 décembre 1989 à Saint-Servais (Namur). L'enquête sera rondement menée et de nombreuses pistes explorées. L'une d'elles avait suscité une Xme commission rogatoire, réalisée avec deux ans de retard. Le calendrier de ces deux années.
Août 93. Michel B. incarcéré pour proxénétisme (il se verra infliger 4 ans) contacte un inspecteur de la P.J. de Charleroi: en avril 92, il a rencontré Elizabeth Brichet dans une maison de passe de Santa Cruz (Canaries) où il s'était offert les services d'une jeune Vénézuélienne.
Il assure que c'est Elizabeth. Il propose un marché. Un P.V. est établi, sans suivi.

- Fin décembre 93. Michel B. appelle son avocat. Ils se voient en janvier 94. Impressionné, l'avocat alerte le juge d'instruction qui demande une commission rogatoire.

-Juillet 94. Commission rogatoire autorisée. Et Michel B. refuse de collaborer. Pourquoi? Il l'expliquera à Mme Marie-Noëlle Bouzet, la mère d'Elizabeth - avec qui il aura plusieurs entretiens téléphoniques depuis la prison de Jamioulx. Il est, dit-il, toujours prêt à accompagner les enquêteurs, mais pas menottes aux poignets et en étant logé à la prison de Santa Cruz.
D'autant, ajoute-t-il, que cela ne servirait à rien car, la corruption de la police à Santa Cruz étant ce qu'elle est, le « téléphone arabe » fonctionnera, éliminant toute possibilité de retrouver la trace de la jeune fille.

- Septembre 94. Marie-Noëlle Bouzet (qui a aussi écrit à la Reine), adresse une requête à l'épouse du ministre Wathelet, afin d'attendrir celui-ci.
Elle rapporte un autre témoignage transmis par le consul de Belgique:Une religieuse tient d'une jeune prostituée, qu'Elizabeth Brichet était à Santa Cruz, là où Michel B. dit l'avoir vue.
Marie-Noëlle préconise d'admettre les raisons du proxénète qui dit pouvoir utiliser « les ficelles de son métier» afin de localiser Elizabeth. Et elle insiste: «On n'infiltre pas un réseau de prostitution, menottes aux poings!»

- Octobre 94. Réponse de M. Wathelet. A son estime, les tergiversations du détenu « confirment l'impression des autorités judiciaires que la proposition du sieur B. n'était en réalité qu'un piège qu'il a échafaudé pour tenter de recouvrer la liberté ». Et de préciser qu'entre les deux Etats de droit que sont la Belgique et I'Espagne, il ne peut être question d'exécuter une commission rogatoire à l’insu des autorités espagnoles.

- Novembre 94. Nouvelle lettre de Mme Bouzet au ministre, accompagnée de photocopies de journaux canariens où elle a relevé, parmi les petites annonces à caractère sexuel, des propositions explicites concernant des mineures, comme « jovencitas non iniciadas » (adolescentes non initiées).
Peut-on, s'étonne Marie-Noëlle, faire une absolue confiance à une police qui tolère de telles pratiques?

- Juin 95. Commission rogatoire à Santa Cruz. On a attendu un congé pénitenciaire de Michel B. Marie-Noëlle fait aussi le voyage. Michel B. lui rapportera que le policier canarien a longuement conversé avec la « maquerelle » de l'établissement, avant qu’elle ne nie avoir jamais hébergé une mineure belge.
Réflexion de Mme Bouzet: «imaginait-on qu'elle ait pu faire une réponse autre ? ». A son retour des Canaries, Michel B. a certes « prolongé » son congé. C'est la police qui, l'ayant cueilli chez son amie, le reconduira à Jamioulx.

- Septembre 95. Michel B. écrit à notre quotidien: «En résumé, j'ai relaté aux autorités compétentes en 93, les circonstances de ma rencontre avec Elizabeth. J'ai accompagné la commission rogatoire en juin 95 et localisé l'endroit. » II n'a pas obtenu de réduction de peine. Sa détention suit son cours normal, prolongée des quelques jours de vacances qu'il s'est accordé à son retour de Ténériffe. Et il n'en démord pas, c'était Elizabeth!

- Août 96. Réflexion désabusée de la maman d'Elizabeth : «L'intransigeance du ministre à l'égard d'un proxénète me paraît contraster horriblement avec la mansuétude manifestée à l'égard d'un violeur pédophile... »

E.H.
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L’armée volontaire pour prêter main forte en cas d'enlèvement

« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 11

La CGSP, secteur « Militaires » réagit à cette dernière «semaine forte en émotions ». Elle rappelle tout d'abord, « qu’une des missions des Forces Armées, et non des moindres, est de contribuer à la sécurité de l'État».

Elle insiste sur le fait que les premières heures suivant la disparition sont cruciales, et propose l'aide de l'armée dans de telles affaires:
« Une centaine de casernes couvrent un territoire allant d'Ostende à Arlon et même Cologne. Chaque caserne possède des fax et des photocopieuses et, une garde y est assurée en permanence. Jour et nuit, des chauffeurs sont présents et des transports y sont disponibles.

Imaginons un scénario : un enfant disparaît vers 14 h. En fonction de la réaction des parents et des autorités, la disparition n'est communiquée que vers 20 h. Il faut compter environ 24 h de plus avant de pouvoir entamer une campagne d'affichage dans le pays. Le recours via les forces armées pourrait faire gagner du temps.

Il suffirait que les autorités diffusent un formulaire type à toutes les casernes. Celui-ci, une fois reproduit, pourrait être placé dans autant d'endroits (gares, arrêts de bus, écoles,...) par les chauffeurs de garde.
Les militaires peuvent aussi participer aux recherches (battues, etc). Lorsque la population se réveille et se rend à son travail, moins d'un demi-jour après, elle se trouve confrontée au visage de l'enfant disparu.
La CGSP-Militaires est aussi d'avis que la sûreté militaire, plutôt que de se consacrer aux
«Communautés de couleur» en Belgique, pourrait participer aussi à la surveillance des véritables criminels. »

Les responsables syndicaux ont l'intention de soumettre ces propositions au ministre de la
Défense, M. Poncelet. Ils regrettent cependant de n'avoir jamais rencontré le ministre depuis son accession à la fonction.

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José Happart contre le commerce d'enfants

José Happart déposera une proposition e résolution d'urgence au Parlement européen, dans le but de mettre sur pied, au niveau européen, une législation relative au commerce d'enfants.
Parmi ces mesures, il propose la suppression du secret bancaire et la réinstallation du contrôle des mouvements de capitaux.
M. Happart demande également de ne pas confondre les responsables politiques «( ...)qui sont réellement impliqués» et «(...)les mandataires politiques qui, comme moi, sont honnêtes et au-dessus de tout soupçon ».
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An et Eefje

La camionnette qui les transportait es tombée en panne


« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 11

Comme nous vous l'annoncions dans nos éditions du 19 août dernier, le soir de leur enlèvement, An
Marchal (17 ans) et Eefje Lambrecks (19 ans) avaient raté d'un cheveu le tram pour Westende et Marinapark où elles séjournaient, et avaient attrapé celui pour Ostende. Ce qui les rapprochait déjà de leur bungalow de vacances.

A la reine des plages, un témoin les a aperçues alors qu'elles levaient le pouce, à hauteur de l'avenue Astrid.
C'est là que Dutroux et son complice Lelièvre les ont enlevées. On en sait aujourd'hui encore un peu plus sur l'infernal déroulement des faits. En reconnaissant l'enlèvement des deux jeunes filles, Marc Dutroux et Michel Lelièvre ont confié aux enquêteurs:

«Nous avions d'abord cherché en Wallonie.Mais le terrain n'était pas favorable ce 22 août de l'année dernière. Nous n'avons vu nulle part quelqu'un que nous aurions pu enlever. C'est pourquoi nous avons roulé ce soir-là vers la Côte. C'était la saison touristique et nous avions plus de chance de trouver quelqu'un. »

Marc Dutroux et Michel Lelièvre ont donc repéré les jeunes Hasseltoises dans 1e tram, mais ils les ont à moment donné perdu de vue. Jusqu'au moment où elles ont fait du stop à Ostende. Là, ils les ont kidnappées dans leur camionnette blanche, les ont immédiatement endormies à coup de médicaments, direction Charleroi.

Mais, sur la E 40 vers Bruxelles, la camionnette est tombée en panne. An et Eefje, sans connaissance, ont été transportées du véhicule et déposées sur un accotement. Sans perdre de temps, Lelièvre est resté pour assurer leur surveillance pendant que Dutroux faisait du stop, direction Charleroi.
Au volant d'un autre véhicule, ce dernier est revenu récupérer les jeunes filles et Lelièvre. Il a remorqué la camionnette défectueuse à la maison.

C.G.
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Encore une fillette enlevée à Molenbeek

Elle a été relâchée saine quelque heure plus tard

« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 11

Le porte-parole du parquet de Bruxelles a confirmé lundi matin qu'une jeune fille de 13 ans avait brièvement été enlevée par des inconnus, vendredi en fin d'après-midi. Faut-il y voir une tragique imitation des méthodes de Dutroux?
Les ravisseurs ont tenté de faire ingérer des somnifères à l'adolescente qui heureusement a pu en recracher quelques-uns.

La jeune fille, née en 1983, se trouvait à l'arrêt du bus de la ligne 63, à Molenbeek, et comptait se rendre chez sa grand-mère lorsqu'elle a été agressée par plusieurs jeunes gens circulant à bord d'une Volkswagen Golf de teinte noire.

Après l'avoir prise par la gorge, les voyous venus par derrière lui ont bandé les yeux. Prise par les mains et par les pieds, elle a ensuite été « balancée» dans la voiture où l'un des bandits a tenté de lui faire avaler des pilules. Selon le porte-parole du parquet, elle a pu en recracher quelques-unes, mais d'autres lui ont été administrées de force. Avant de perdre conscience, elle a senti que les malfaiteurs la soumettaient à des attouchements au niveau de la poitrine.
Elle ne se souvient pas d'avoir été autrement agressée.
A hauteur de la rue de Neerpede, dans la commune voisine d'Anderlecht, elle a soudainement été jetée hors de la voiture.

L'adolescente a alors trouvé refuge auprès d'une dame âgée qui a averti la police. La jeune fille a été hospitalisée: fort heureusement, elle ne présentait pas de traces de violence. La police recherche quatre jeunes suspects.

Ph.c.
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L’accès au dossier : On attend la décision d’appel

« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 11

Contrairement à ce que laissait entendre mardi à l'agence Belga l'avocat des familles Lejeune et Russo, Me Victor Hissel, qui annonçait « avoir envoyé au président de la cour d'appel de Bruxelles une requête en réouverture des débats afin d'obtenir l'accès complet au dossier, ce qui lui a été refusé précédemment», aucune décision définitive n'a encore été prise en ce sens.

Les parents de Julie et Mélissa ont effectivement été déboutés le 20 décembre dernier en première instance devant le tribunal des référés de Bruxelles dans leur demande d'accès total au dossier d'instruction. Mais ils ont fait appel de cette décision. Le dossier a donc été à nouveau plaidé à la fin du mois de juin devant la 9echambre de la cour d'appel, toujours en procédure d'urgence de référés.

Son président, M. De Riemaecker, avait annoncé qu'il ne rendrait probablement sa décision qu'après les vacations judiciaires, c'est-à-dire pas avant septembre.
Effectivement, le greffe de la cour d'appel et le parquet général de Bruxelles nous ont assuré que l'arrêt n'avait pas encore été rendu. Les parents de Julie et Mélissa ne sont donc pas encore définitivement déboutés de leur demande. Et il semble dès lors prématuré pour Me Hissel d'introduire une demande en réouverture des débats.

A.B.
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Les parents ont eu raison sur toute la ligne

« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 11

Lorsque aujourd’hui, à la lumière des événements tragiques qui viennent de se dérouler, on jette un regard rétrospectif sur les anciennes déclarations des parents des petites Julie et Mélissa, on ne peut qu'être sidéré de la clairvoyance qu'ils ont toujours eue face à l'indifférence affichée de nombreux enquêteurs, et au scepticisme de la population.


Le 22 décembre dernier, Jean-Denis et Louisa Lejeune, Gino et Carine Russo s'étaient rendus à Hasselt au domicile de Paul et Betty Marchal, les parents d'An, la jeune disparue de la Côte. Ensemble, ils avaient confronté leur douloureuse expérience et avaient réaffirmé leur conviction que leurs enfants étaient toujours vivants.

Nous avions assisté à cette soirée et nous avions retranscrit les phrases suivantes dans La Meuse-La Lanterne du 24 décembre 1995, des phrases qui aujourd'hui retentissent comme des coups de fouet.
De véritables prémonitions qui n'étaient autres que des vérités.

- Vous en avez du courage pour continuer à vous battre ainsi, six mois après la disparition de vos filles.

Réponse de Gino Russo:

« Ecoutez, on ne peut pas arrêter. Puisque pour nous, il ne fait aucun doute qu'elles sont encore en vie, pensez un seul instant que ma fille est en train de se dire : «Mes parents me cherchent, c'est sûr, et ils vont bientôt venir me libérer». Croyez-vous qu'il est possible d'arrêter, ne fut-ce qu'une seule minute, les recherches en sachant cela ? »

« Il faut absolument qu'elles soient fières de nous quand elles reviendront», reprend Jean Denis Lejeune. «C'est les condamner que d'arrêter», renchérit Carine Russo. »

- Mais si elles sont en vie, où sont-elles alors? « Les filles ne sont pas mortes, c'est sûr. Parce que, si elles l'étaient, on les aurait retrouvées. Pour nous, elles sont utilisées quelque part pour de l'argent», explique le papa de Julie.

« C'est sûr qu'elles ont disparu pour de l'argent», reprend le papa de Mélissa. « De nos jours, on tolère toujours plus. Les peep-show, les sex-shops, les cassettes pornographiques avec des enfants. Si on n'arrête pas cela, dans 20 ans vous verrez, être pédophile, cela deviendra tout à fait normal. Et si on écoute certains psychologues, cela fera même du bien aux enfants pour leur épanouissement sexuel. Cette évolution-là, nous ne l'accepterons jamais. »

Aux dires de Dutroux, ce 22 décembre 1995, Julie et Mélissa étaient toujours en vie, enlevées par des pédophiles, qui les utilisaient pour de l'argent.

Tout était donc vrai !

Luc Gochel

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