samedi 19 juillet 2008

Le monde judiciaire chahuté par l’enquête('Libre Belgique'mardi 27 août 1996 pg2)


Le monde judiciaire chahuté par l’enquête

« Une bombe qui va bientôt exploser »

« La Libre Belgique » du mardi 27 août 1996 page 2

Je suis ici pour rassurer la population. Tout sera mis en oeuvre pour trouver une solution à ce dossier qui prend des développements assez graves. Voilà ce qu'a déclaré, en substance, le procureur général de Liège, Anne Thily, en préambule à la conférence de presse organisée à Neufchâteau, dimanche soir, par le procureur du Roi, Michel Bourlet.
En ce qui concerne les «développements graves », on lira l'article ci-contre. Toujours est-il que tous les regards sont actuellement tournés vers le parquet général de Mons et le parquet de Charleroi.

PORSCHE VOLES
Lundi matin, nos confrères du « Soir » ont répercuté les propos « d'amis » de l'inspecteur Georges Zicot, placé sous mandat d'arrêt par le juge Connerotte. « L'efficacité policière de Zicot lui vaut, disent-ils, la haine de Philippe Demanet et de son père, Georges Demanet, le procureur général de Mons. »
Tout remonte au vol de la Porsche 911, appartenant à Philippe Demanet, le fils du procureur par ailleurs expert automobile.
La voiture, qui vaut 3,5 millions de francs, est déclarée volée en septembre 1993, en Espagne.
Le vol est également déclaré, en Belgique, auprès de la police communale de Thuin. En 1993, Zicot prétendra avoir aperçu la Porsche dans l'entrepôt de Ransart, récemment perquisitionné dans le cadre de l'affaire Dutroux. Mais le lendemain, le véhicule avait disparu.

Le procureur général, M. Demanet, nous a dit être « consterné » par les accusations portées contre lui. Quant à son fils, le magistrat a précisé qu'une instruction était ouverte à ce sujet, à Bruxelles, auprès du juge Laffineur, et que la justice suivait son cours normal. Il y a toutefois un élément important à verser à ce dossier.
En 1994, le procureur général a été averti par la direction de la compagnie d'assurance Axa que Georges Zicot les avait contactés et réclamait 300.000 francs de commission à verser, assurait-il, à un informateur pour récupérer une Mercedes, immatriculée en Belgique et volée en Italie C'est de ce dossier que le Comité P a été saisi.

QUELS PRIVILEGES ?
En fait, on sait que Georges Zicot « travaillait » avec les responsables de trois compagnies d'assurance : la Smap, les AG et la Royale Belge.
C'est précisément le responsable du service fraude de la Royale Belge, Thierry de Haan, qui a été inculpé, aux côtés de Georges Zicot, pour association de malfaiteurs. Or, selon le procureur général Demanet, c'est ce même Thierry de Haan qui a innocenté son fils, auprès de la Royale Belge, dans le cadre du vol de la Porsche 911.

A Neufchâteau, les enquêteurs restent pantois en découvrant les pratiques de l'inspecteur Zicot. Des pratiques que celui-ci trouve, par ailleurs, « tout à fait normales ».

Deux documents que nous avons reçus illustrent particulièrement bien cet étonnement.
Le premier est une lettre, datée du 10 août 1995, signée par le juge d'instruction Sohet de Charleroi. Elle est adressée à la société Demco d'Ans (Liège).
Le juge informe cette société qu'il lève la saisie opérée sur une BMW 5351, volée en Italie et retrouvée dans la région de Charleroi.

Et il remet la voiture à disposition de Demco afin qu'elle soit restituée à son propriétaire italien.

Le 27 septembre, l'inspecteur judiciaire Georges Zicot écrit à Demco, sur lettre à en-tête de la PJ de Charleroi: « Je suis au regret de vous apprendre que le propriétaire belge de la BMW 535 ayant acquis le véhicule de bonne foi (...), aucune saisie n'a pu être effectuée. Partant, il n'est pas possible de vous restituer ledit véhicule. » Demco ne récupérera jamais cette BMW.
De quels privilèges jouissait donc l'inspecteur Zicot pour pouvoir ainsi s'opposer à la décision d'un juge d'instruction?

« LAXISME »
La réponse se trouve, sans doute, dans « le laxisme qui a régné au parquet de Charleroi avant que M. Marchandise n'en devienne procureur », nous déclarait lundi un témoin privilégié.
A la PJ, on ne comprend d'ailleurs pas ce qui arrive à Georges. Zicot.

Et alors qu'à Neufchâteau, Georges Zicot a déclaré aux enquêteurs qu'ils « avaient allumé une bombe qui exploserait bientôt », à Charleroi, le commissaire en chef, Claude Lemaire, a annoncé qu'il allait demander des éclaircissements et des précisions au procureur du Roi Bourlet ».

On annonce, d'autre part, une manifestation des membres de la PJ de Charleroi, en soutien à leur collègue incarcéré, dans les jours à venir.

J.-Fr. DELIEGE.
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Stefaan De Clerck pressé et patient

« La Libre Belgique » du mardi 27 août 1996 page 2

Dans la ligne d'une politique de transparence clairement provoquée par l'émotion née à l'annonce de la fin tragique des petites Julie et Mélissa, le ministre de la Justice Stefaan De Clerck a tenu une nouvelle conférence de presse lundi après-midi.
Non qu'il eut des commentaires à faire sur le déroulement de l'enquête judiciaire, soin qu'il laisse au procureur du Roi de Neufchâteau, mais plutôt pour confirmer que l'équipe réunie autour de M.Bourlet est encouragée à poursuivre ses investigations jusqu'au bout, sans craindre des interventions extérieures.
Selon M.De Clerck, la «petite phrase » du procureur ardennais disant qu'il ferait la vérité à tout prix «si on le laisse faire» ne signifie en rien que ce magistrat subirait des pressions susceptibles d'entraver son travail.
En tout cas, a dit le ministre, M.Bourlet ne m'a pas fait part de ce que quelqu'un d'éventuellement haut placé chercherait à lui mettre des bâtons dans les roues dans des affaires de pédophilie.

BREFS DÉLAIS
Autre confirmation, Mme Anne Thily, procureur général de Liège, s'active à analyser les dysfonctionnements de l'enquête sur la disparition des deux enfants de Grâce-Hollogne et elle a été pressée de remettre au ministre, «dans les plus brefs délais », un rapport séparé sur les contradictions apparues entre le juge d'instruction Martine Doutrewe et l'état-major de la gendarmerie au sujet des informations transmises (?) de Charleroi à Liège et qui seraient restées inexploitées.
Stefaan De Clerck s'est expliqué aussi sur la mission confiée dans une lettre de huit pages au Procureur général de la Cour de cassation à propos des dossiers ouverts à Charleroi et dans le ressort de la cour d'appel de Mons, notamment sur des vols de voitures liés aux activités criminelles de Marc Dutroux.
La dissymétrie avec la voie suivie à Liège a beaucoup frappé. Ici, on n'a pas demandé une analyse des dossiers au procureur général du ressort mais directement au plus haut représentant du ministère public.
Est à dire que M.Georges Demanet est personnellement visé par l'enquête disciplinaire demandée au baron Jacques Velu?
M.De Clerck s'en défend. Selon lui, il s'agit simplement de s'informer sur des problèmes d'organisation dans la magistrature hennuyère et les différents corps de police locaux.
A cet égard, le ministre s'est expliqué sur la promotion accordée en janvier 1996 à l'inspecteur Georges Zicot, arrêté dans le cadre de l'affaire Dutroux et soupçonné d'avoir protégé le pédophile.
Cette promotion était automatique et est intervenue malgré l'opposition isolée de M.Demanet au « comité régulateur de la PJ ». A l'époque, même si une instruction était ouverte à son sujet au parquet de Bruxelles, M.Zicot n'était pas inculpé et il n'y avait aucune raison de freiner sa carrière.

PAS D'IMPROVISATION
Pour le surplus, M.De Clerck présentera au conseil de cabinet de vendredi une série de mesures destinées à remédier,entre autres, aux faiblesses du système de libération conditionnelle et à la répression des abus sexuels sur les mineurs. Il ne s'agira en rien d'initiatives improvisées mais du prolongement normal du contenu de sa note d'orientation de juin dernier, a dit le ministre. Celui-ci a souligné avec insistance que l'on ne changeait pas la loi dans la précipitation.

A. H.
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De la criminalité organisée

« La Libre Belgique » du mardi 27 août 1996 page 2

« Nous sommes victimes d'agissements mafieux »… C'est le procureur général de Mons,
Georges Demanet, qui s'exprime en ces termes. Et il est vrai, qu'avec l'arrestation de Marc Dutroux, l'enquête –sur l'enlèvement de Laetitia au départ- connaît des développements particulièrement étonnants.

On n'hésite plus à parler de criminalité organisée dans la région de Charleroi. Les enquêteurs se trouvent, en fait, confrontés aux agissements d'une série d'individus faisant partie de bandes spécialisées. Ces bandes travaillent séparément les unes des autres, mais la présence de quelques personnes, en différents endroits de la structure, permet d'affirmer qu'il existe bien une structure contrôlée par deux ou trois individus.
Dans l'état actuel des choses, on peut établir l'existence d'une bande spécialisée dans le vol et le trafic de voitures.
C'était là une des activités de Marc Dutroux et de son comparse assassiné par ses soins, Bernard Weinstein.
L'un des patrons de cette nébuleuse, un certain Di Felice, est actuellement incarcéré à Arlon pour trafic de voitures volées.
Il est connu pour être un des bras droits de Mauro De Santis, l'un des témoins clé du dossier des titres volés et de l'assassinat d'André Cools.

Il y a également une bande spécialisée dans le perçage de coffres-forts. Une enquête est menée sur ses activités par les BSR de Bastogne et Bruxelles depuis de longs mois.
Cette bande a une centaine de « casses » à son actif et deux des principaux perceurs sont actuellement emprisonnés.
C'est le dossier « Walkowiak », du nom d'un de ces deux perceurs.
Etrangement, Liège a récemment voulu confronter, sans succès, Eric Walkowiak à Mauro De Santis. Pourquoi ?
Parce que ces perceurs ont commis plusieurs des vols repris dans le dossier des titres volés.
Or, Mauro De Santis était le commanditaire de ces vols et l'organisateur de L'écoulement des titres à l'aide de deux filières. D'abord celle de Silvio de Benedictis et du coiffeur Debock, de La Louvière, puis celle de Pino Di Mauro et Carlo Todarello, une fois Debock arrêté.

Cela amène à évoquer la bande dite des titres volés. Elle a, non seulement, à son actif les vols de titres à Zaventem et en d'autres endroits, mais aussi plusieurs cambriolages d'administrations communales où furent volés des documents d'identité vierges. Certains ont été retrouvés, complétés, avec des cachets de l'administration communale de Grâce-Hollogne.
A l'époque où il parlait beaucoup, Silvio De Benedictis avait dénoncé cette affaire mettant en cause Richard Taxquet, policier communal à Grâce-Hollogne.
Dans le dossier des titres volés, le nom de Georges Zicot apparaît à plusieurs reprises comme étant le protecteur de De Santis, qui émerge comme personnage central de cette structure.

Quant au réseau pédophilique de Marc Dutroux et de Jean-Michel Nihoul, il se greffe à la périphérie de ce système sans que des liens formels puissent être démontrés en l'état actuel des choses.
Selon certains, c'est peut être dans cette mouvance qu'il faudrait chercher les commanditaires et les auteurs du meurtre de l'inspecteur de la PJ de Mons, Simon Poncelet, commis en février 95.
On sait que le jeune inspecteur travaillait sur des dossiers de vols et de trafics de voitures. Dans ce cadre, le procureur général, M. Demanet, a confirmé que deux armes avaient disparu de la PJ de Mons à l'époque du meurtre. C'est le Comité P, chargé d'enquêter sur cette affaire, qui l'avait découvert.
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Sondages précis

« La Libre Belgique » du mardi 27 août 1996 page 2

Le superintendant britannique John Bennett est arrivé lundi après-midi à Sars la Buissière. Il était accompagné de trois personnes chargées du bon fonctionnement du fameux « ground radar » destiné à détecter toute anomalie à une profondeur de trois mètres.
Selon le commissaire de Lobbes, les recherches opérées dans les 70m2 de caves de la maison de M. Dutroux allaient bon train.

L'équipe anglaise espérait les terminer dans la soirée. Dans le jardin de la maison de Marc Dutroux, où ont été retrouvés les corps de Julie et Mélissa, un bulldozer travaillait sans relâche.
Il s'agissait, notamment, de reboucher les nombreux trous opérés au cours des fouilles. Pour en creuser d'autres sans doute.
Les enquêteurs ne nourrissent aucun espoir particulier quant à ses recherches qui ont surtout pour but d'apporter 1a certitude que rien n'a pu leur échapper.
Dans la maison, chaque pan de mur a été examiné minutieusement.
Les fouilles avaient aussi repris plus tôt, vers 11 h du matin, dans la maison de Bernard Weinstein, rue Daubresse, à Jumet.
Des engins de levage de la Protection civile sont venus en fin de matinée pour enlever les lourds outillages entreposés dans l'atelier attenant au chalet miteux de Weinstein.

Des chiens de la gendarmerie ont été amenés sur place pour sonder certains endroits jugés sensibles, inaccessibles en raison du désordre laissé par Bernard Weinstein.
Deux architectes sont également venus inspecter les lieux, afin d'étudier les volumes et déterminer si oui ou non, des caches pouvaient avoir été aménagées.

Les enquêteurs et leurs chiens ont également opéré une courte inspection à Jemeppe-sur-Sambre, rue Lenoble, dans la maison de la grand-mère de Marc Dutroux, un logement que ce dernier louait avant d'en être mis à la porte par sa mère.

Enfin, des gendarmes et des chiens de décombres - ainsi que des chiens allemands spécialisés dans la recherche de corps- ont été aperçus à la maison de la rue des Gris, à Montignies-sur Sambre, une propriété que Dutroux avait loué à Claude Thirault, co-inculpé dans le dossier. Ces fouilles semblent n'avoir rien donné.

F.Me.
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Dutroux libéré : chercher l’erreur

« La Libre Belgique » du mardi 27 août 1996 page 2

Jeudi dernier, lors de la séance d'interpellations en commission de la Justice de la Chambre, Louis Michel -et il n'était pas le premier à s'en inquiéter- avait demandé à Stefaan De Clerck la raison pour laquelle, en décembre 1995, lors d'une nouvelle arrestation de Marc Dutroux, le procureur du Roi de Charleroi ne lui avait pas proposé la révocation de la libération conditionnelle intervenue en 1992.
Rentré de vacances le week-end dernier, Thierry Marchandise, chef du parquet de Charleroi, a répondu brièvement, lundi, à nos questions à ce sujet. Il nous a tout d'abord rappelé qu'il a été nommé au poste de procureur du Roi en octobre 1995. Il était donc bien de sa responsabilité de proposer au ministre de la Justice une éventuelle révocation de la décision prise par M. Wathelet.

CAS EXCEPTIONNELS
Cependant, fait remarquer le procureur, le dossier ouvert en décembre 1995 concernait uniquement des faits de vols.
Le nouveau mandat d'arrêt était, apparemment du moins, sans aucun rapport avec les agressions sexuelles sur des mineurs commises en 1984.
«Nous ne nous trouvions donc pas devant un cas de récidive spécifique », dit le magistrat, qui précise que la révocation d'une libération conditionnelle est une mesure assez rare, réservée aux cas exceptionnels.
Aujourd'hui, le cas de Marc Dutroux éclate à l'évidence comme tout à fait exceptionnel.
A l'époque, le parquet de Charleroi en a jugé autrement, même si la nature des faits qui valurent à l'intéressé une condamnation à treize ans et demi de prison en 1986 était connue. Le dossier du libéré était en effet accompagné de l'habituelle « fiche manuelle relative à ses antécédents judiciaires.
A la lueur des révélations tragiques de ces derniers jours,la tentation est forte de considérer qu'une erreur a été commise. N'est-ce pas essayer de refaire l'histoire? On peut aussi se demander alors, sachant que Julie et Mélissa ont été enlevées le 24 juin 1995, si la révocation aurait changé quelque chose à leur abominable destin, déclare M. Marchandise.
En tout cas, le procureur du Roi de Charleroi espère que des leçons seront tirées de ces événements et que des réformes interviendront au niveau de l'organisation générale des appareils policiers, administratifs et judiciaires. Pour lui, réguler le surencombrement des prisons par des libérations hasardeuses n'est pas une solution.

FIXATIONS EN PANNE
Mais que faire, dit-il, quand au tribunal de Charleroi le nombre des fixations d'affaires aux audiences correctionnelles a baissé de 30 pc depuis 1985 ?
Devant l'augmentation du nombre de dossiers, le président de la juridiction ne peut plus satisfaire les demandes du ministère public, insiste M. Marchandise.
Pour ce qui est de 1a police judiciaire de Charleroi, un corps naguère sinistré, le procureur rappelle qu'il a fait l'objet d'un audit au printemps. Le rapport lui a été transmis fin juin. En collaboration avec le commissaire en chef, le patron du parquet de la métropole hennuyère a entrepris d'examiner les moyens de remotiver et de redynamiser sa PJ. Ceci a lieu dans un environnement assez peu propice, marqué par une difficile tentative de redistribution des tâches entre la police des parquets et la gendarmerie. La note dite de « consensus » discutée cet été porte bien mal son nom, on ne le sait que trop.

Alain HEYRENDT

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