samedi 19 juillet 2008

Zicot, complice où victime ?('La Meuse'27 août 1996 pg10)


Zicot, complice où victime ?

« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 10

Au palais de justice de Charleroi, l'arrestation de l'inspecteur principal

Claude Lemaire, le commissaire en chef de la PJ de Charleroi, a-t-il été étonné d'apprendre l'inculpation et l'incarcération de Georges Zicot dans le cadre des vols de voitures reprochés à Marc
Dutroux?
« Oui et non, répond-il. Je suis étonné de son inculpation de ce dossier-ci, mais d'un autre côté, il est victime de dénonciations anonymes depuis des années, ce qui a d'ailleurs donné lieu à une enquête du Comité P (la police des polices), à la demande du juge d'instruction bruxellois Laffineur, depuis septembre 1994.
Spécialiste des trafics de voitures, Georges Zicot avait d'ailleurs été versé à la section criminelle depuis décembre 1995, pour éviter tout problème ».
Cette enquête est apparemment sur le point de se terminer: on attend les résultats.

Un faux P.V.
Il n'empêche que Zicot a été interpellé samedi soir chez lui à Acoz (Gerpinnes), interrogé et arrêté à Neufchâteau. Il est soupçonné d'avoir rédigé un faux PV, un PV non conforme à la réalité, dans le cadre d'un vol de camion.
Ce camion, volé par Bernard Weinstein en novembre 1995, était entreposé dans un hangar, situé chaussée de Bruxelles à Lodelinsart, un hangar loué par Marc Dutroux à Gérard Pinon, qui a, lui aussi, été arrêté, ainsi qu'un assureur, Thierry Dehaan.
Le camion a été retrouvé et restitué. C'est à cette occasion que Zicot aurait rédigé le faux PV, afin, croit-on, de protéger un mystérieux informateur, qui ne serait cependant ni Dutroux ni Weinstein...
D'après les rares informations qui filtrent, ce serait actuellement tout ce que l'on reproche à Georges Zicot, qui n'est pas poursuivi, il faut le rappeler, dans le cadre du dossier d'enlèvement et de pédophilie reproché à Dutroux, mais dans celui des vols de voitures.

Le fils du procureur général
Apprécié de ses collègues pour sa ténacité, Georges Zicot a néanmoins connu entre autres quelques problèmes dans le cadre d'une enquête sur le vol d'une Porsche de 3,5 millions appartenant à Philippe Demanet, le fils du procureur général de Mons.
La voiture avait été volée en Espagne, et signalée en Espagne et en Belgique. Mais les enquêteurs soupçonnaient une escroquerie à l'assurance, ce qui a d'ailleurs entraîné à l'époque une perquisition chez le procureur général à Mons.

Pour des raisons évidentes, l'enquête a été enlevée à la PJ de Charleroi et transmise au comité supérieur de contrôle à Bruxelles. Elle serait sur le point d'aboutir. Mais il s'agit peut-être de la raison qui a amené le procureur général Demanet à s'opposer, en octobre 1994, à la promotion de Zicot au titre d'inspecteur principal, alors que son ancienneté et ses qualifications lui permettaient d'y prétendre.
Evidemment, l'enquête du Comité P venait alors de démarrer... Zicot s'est ensuite présenté devant le «comité régulateur» (composé de policiers et de magistrats) qui a accepté sa promotion, par 8 voix contre une, en octobre 1995: la promotion a été officialisée, avec effet rétroactif, en janvier 1996, par arrêté ministériel.

Guerre des polices
Quant au procureur du Roi de Charleroi, Thierry Marchandise, il ne s'est pas encore exprimé sur les critiques qui ont touché le Parquet la semaine dernière, concernant la transmission des informations sur Dutroux entre Charleroi et Liège: «Je dois d'abord informer ma hiérarchie ».
Le chef du parquet, qui a interrompu ses vacances pour rentrer en Belgique, a cependant émis deux considérations sur l'affaire: elles ont trait à l'humanisation de la justice, indispensable mais difficile et délicate à mettre en oeuvre, et sur l'efficacité de la justice « qui dépend des moyens matériels mis en œuvre mais aussi de la motivation des enquêteurs », allusion implicite à l'état d'esprit des PJ-men qui se sentent «avalés» par la gendarmerie.
Il a expliqué ne pas avoir de détails précis sur les soupçons qui pèsent sur Zicot, «mais s'il est confirmé qu'un officier de PJ a rédigé un faux rapport, c'est dramatique pour la justice, pour les magistrats, qui travaillent sur base des P-V des enquêteurs »,,
Il a aussi reconnu que c'est lui qui a pris la décision d'écarter Zicot de la section «trafic de voitures», fin 95 en attendant les résultats de l'enquête du Comité P.
Si Zicot est libéré….Que se passera-t-il ? Il y a de fortes chances pour qu'il soit mis à l'écart en attendant que toute la lumière soit faite.

An.D.
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Arrestation : Et de dix

« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 10

Dimanche soir, lors de sa conférence de presse très remarquée - La présence du procureur général de Liège, Anne Thily et des deux magistrats nationaux, MM.Van Dooren et Duinslager n'y était pas étrangère -, le procureur du Roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, faisait état d'une série d'interpellations. Sur un total initial de sept mandats d'amener lancés durant le week-end, quatre personnes avaient été interpellées.
Trois mandats d'arrêt étaient annoncés (nos éditions d'hier), à charge de Georges Zicot, un inspecteur de la PJ de Charleroi apparemment «arrangeant», de Gérard Pinon, connaissance de Dutroux et notamment propriétaire d'un hangar servant de prison occasionnelle lors de règlements de comptes, et deThierry Dehaan, assureur utile dans les trafics de véhicules et inclus dans l'association de malfaiteurs.
Ces trois hommes tombaient dans le cadre de l'instruction sur le meurtre de Bernard Weinstein. Derrière tout cela, un juteux trafic de camions volés, au centre de la mystérieuse affaire de séquestration à Jumet. Et qui avait conduit, en décembre 95, à l'incarcération de Marc Dutroux. C'est durant cette période pénitentiaire (qui se prolongerait jusqu'en mars 96) que les deux fillettes de Grâce-Hollogne, séquestrées, avaient été confiées à Lelièvre, selon les dires de Dutroux, avec les tragiques conséquences que l'on connaît.
Quatre interpellations, trois mandats. Restait une audition en cours dimanche soir. Toujours liée à ce dossier connexe.
Hier matin, on apprenait que Pierre Rochow (24 ans) avait été placé sous mandat d'arrêt par le juge d'instruction Connerotte.
Des perquisitions avaient été menées dimanche chez son père, Peter Rochow, d'origine allemande, ferrailleur à Courcelles. Pierre Rochow était un des trois jeunes gens qui avaient été séquestrés à Jumet par Bernard Weinstein et Marc Dutroux.

Et les disparitions?
Tout cela fait avancer les choses. Mais pas, hélas, dans le sens des recherches sur les disparitions, notamment celles de Ann et Eefje. Dimanche soir, Michel Bourlet réaffirmait que c'était là la priorité numéro un des enquêteurs.

Des enquêteurs qui se trouvent maintenant avec, au moins, trois volets à traiter: les enlèvements et séquestrations d'enfants :
(Marc Dutroux, Michèle Martin, Michel Lelièvre), les affaires de véhicules -voitures et camions volés- (Mikael Diakostavrianos, Claude Thirault, Georges Zicot, Gérard Pinon, Thierry Dehaan, Marc Dutroux) et le côté réseau pédophile organisé (Marc Dutroux, Michel Nihoul , ... )

Malgré les importants moyens mis en oeuvre, en hommes et en matériel -« Tout sera mis en oeuvre dans le cadre de ce dossier, une affaire grave qui prend des proportions alarmantes », devait commenter Mm Thily, les éléments probants manquent cruellement pour mener à une piste clairement exploitable sur les disparitions.
M. Bourlet lui-même semble trouver que les choses ne vont pas assez vite à ce niveau. Il avait pourtant des choses à dire aux parents des deux jeunes Limbourgeoises, qu'il a eus en ligne dimanche avant la conférence de presse.
Les familles Marchal et Lambrechts sont venues hier à Neufchâteau. Mais rien n'a filtré sur la teneur des propos que leur a tenus le procureur chestrolais.

A.D.
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Des nouvelles fouilles à Anthée et Ostende

« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 10

Trois perquisitions ont été effectuées hier à Ostende, notamment dans un appartement de la Louizastraat, appartenant à une octogénaire. On ignore ce que ces devoirs d'enquête (effectués conjointement par la 23e brigade de la PJ et par la gendarmerie) ont donné.
Ils font suite en tout cas aux perquisitions effectuées la veille dans une vieille maison en pierre, plus ou moins abandonnée, 27, rue Delcourt, à Anthée, non loin de Dinant. Les perquisitions de dimanche, effectuées également par la 23e brigade, ne paraissent pas avoir donné de résultat dans l'immédiat.
Mais il n'est pas exclu que les enquêteurs y retournent, avec d'autres moyens. La maison a en tout cas été mise sous scellés.
On en sait plus en tout cas sur les raisons qui ont amené les enquêteurs de la PJ à s'intéresser à cette maison.
Elle appartient également à l'octogénaire d'Ostende qui est une connaissance de Casper Flier, ce Hollandais de 56 ans, de Schaerbeek, interpellé le 19 août dernier. Proche de Michel Nihoul et de Annie Bouty, le quinquagénaire avait été longuement interrogé par les policiers qu'il avait accompagnés à Hastières où il occupe un chalet.
La perquisition dans cet immeuble n'avait pas permis de saisir d'éléments compromettants.
Après avoir été entendu par le juge, il avait donc été remis en liberté.

Or, selon le voisinage, Casper Flier et Michel Lelièvre sont venus à plusieurs reprises à Anthée, parfois en compagnie d'enfants. Ce qui n'a pas manqué d'intriguer les témoins au vu des récents rebondissements de ce terrible dossier.

L'enquête se poursuit donc tous azimuts. Notamment à Sars la Buissière où les fouilles se sont également poursuivies toute la journée.

Philippe Crêteur
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Des changements sur les libérations conditionnelles au prochain conseil des ministres

« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 10

Le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck (CVP), a donné quelques précisions hier sur la, ou plutôt les enquêtes sur l'enquête qui viennent se greffer sur l'affaire Dutroux.

Il a confirmé que le procureur général près la Cour de cassation, Jacques Velut, était chargé d'une enquête disciplinaire sur les «fautes éventuelles » qui ont brouillé la communication entre les parquets de Charleroi, Mons et Liège. Anne Thily, procureur général à Liège, est chargée d'analyser l'ensemble de l'enquête sur la disparition de Julie et Mélissa.
Elle est aussi chargée de faire la lumière sur les informations transmises par la gendarmerie carolorégienne à la juge d'instruction liégeoise.
Charleroi a t-elle transmis trop tard les indices accablant Dutroux, ou Liège a-t’elle négligé l'information? Ce dernier rapport est demandé « dans les plus brefs délais ».

Ayant couvert de fleurs les enquêteurs de Neufchâteau, le ministre ne pouvait éviter de revenir sur la « petite phrase » de Michel Bourlet, ce fameux « si on me laisse faire, cette fois-ci ». On se rappellera que le procureur du Roi, interrogé en direct par la RTBF vendredi soir sur d'éventuelles pressions, a répondu qu'il était bien déterminé à mener l'enquête à son terme, «si... »
L'allusion à l'affaire des titres volés, enlevée au parquet de Neufchâteau qui y voyait un lien avec l'assassinat d'André Cools, était assez transparente.
Apparemment, Stefaan De Clerck a compris la même chose «Je n'ai pas interprété ces mots, mais je peux confirmer qu'il ne s'agit nullement d'une intervention quelconque qui existerait pour le moment, a déclaré le ministre hier. Je crois qu'il (le procureur Bourlet) a ses propres idées sur d'autres affaires. .. »

Le ministre de la Justice a encore justifié la promotion accordée par arrêté ministériel à Zicot, l'inspecteur de la PJ de Charleroi arrêté ce week-end pour avoir, suspecte-t-on à Neufchâteau, protégé Dutroux. Il s'agissait d'une promotion automatique (pour plus de détails, voir notre article consacre a Zicot).

Le ministre a rencontré Jean-Luc Dehaene à son retour de vacances afin d'accélérer la mise en œuvre des mesures dont il avait fait état la semaine dernière. Il s'agirait notamment de modifier la procédure de décision des libérations conditionnelles, qui reviendrait à un collège de magistrats et non plus au ministre. Ce projet figurait déjà dans la note sur la politique pénitentiaire rédigée par le ministre de la Justice il y a plusieurs mois.
Etant donné les événements, Stefaan De Clerck espère des décisions dès le premier conseil des ministres,vendredi.

Corinne Toubeau
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Slovaquie et Tchéquie : toujours pas de traces d’An et Eefje

« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 10

La police slovaque a recueilli ces derniers jours des témoignages d'une dizaine de jeunes femmes slovaques qui avaient eu des contacts avec le pédophile belge Marc Dutroux, mais sans trouver de traces d'An et d'Eefje, les deux jeunes filles enlevées en Belgique en août 1995, a indiqué lundi le directeur du bureau slovaque d'Interpol, M. Rudolf Gajdos.
De même en Tchéquie, l'enquête en cours n'a-t-elle toujours pas permis de découvrir des indices sur une éventuelle présence dans le pays des adolescentes.
Les enquêteurs slovaques ont réussi à interroger une dizaine de jeunes femmes âgées d'environ 18 ans, dont plusieurs avaient voyagé en Belgique à l'invitation de Marc Dutroux ou l'avaient rencontré lors de ses déplacements en Slovaquie, a indiqué M. Gajdos.
Certaines des jeunes femmes invitées par Dutroux en Belgique y auraient été engagées comme «actrices dans des films porno », selon M. Gajdos, mais « elles s'y étaient déplacées volontairement et sont toutes rentrées dans leur pays d'origine », a-t-il précisé.

Certaines d'entre elles ont cependant affirmé avoir été «sous l'influence de stupéfiants » et qu'elles «ne se souvenaient pas de détails » de leur séjour en Belgique.
L'une des filles interrogées a déclaré avoir «sommeillé pendant trois jours » en Belgique, mais aucune d'entre elles n'a voulu porter plainte contre Marc Dutroux, a précisé M. Gajdos.

Selon le directeur du bureau d'Interpol à Bratislava, l'enquête en cours a également confirmé des déplacements de Dutroux en Slovaquie, en Autriche, en Hongrie et en République tchèque.
Il n'y a cependant jamais eu aucune plainte pour disparition d'enfants déposée en Slovaquie même.

Par ailleurs, un officier de contact de la police belge est arrivé lundi à Prague pour contribuer à la «coordination» de l'enquête menée en République tchèque sur l'affaire Dutroux, a indiqué à l'AFP le directeur du bureau pragois d'Interpol, M. Frantisek Zelenicky.
Jusqu'à présent, « il n'y a pas eu de nouveaux indices » sur l'éventuelle « piste tchèque », ni de traces d'An Marchal ou d'Eefje Lambrecks en République tchèque, selon M. Zelenicky.

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L’enquête sur l’enquête a commencé

« La Meuse » du mardi 27 août 1996 page 10

Conformément à la demande formulée la semaine dernière par le ministre de Justice, Stefaan De Clerck, le Procureur général de Liège, Mme Anne Thily, a entamé lundi matin une «enquête sur l'enquête» afin de déterminer si des lacunes, des dérapages ou des enquêtes parallèles sont intervenus dans les investigations menées récemment sur les disparitions d'enfants, dont principalement celles de Julie et Mélissa.
Le même type de rapport a également été demandé par M. De Clerck au Procureur général près la cour de Cassation, Jacques Velu.

Au palais de justice de Liège, une bonne partie de la matinée de lundi a été consacrée à l'audition de la juge d'instruction liégeoise Martine Doutrewe qui, précisément, a eu en charge durant 14 mois le dossier des deux petites martyres de Grâce-Hollogne.
Tant à son arrivée qu'à sa sortie du bureau du procureur général, Mme Doutrewe s'est refusée à toute déclaration.

D'autres enquêteurs doivent encore être entendus par Mme Thily, dont sans doute un commandant de gendarmerie du district de Liège.






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