mardi 27 mai 2008

Horreur pour Julie et Mélissa fragile espoir pour Ann et Eefje




Horreur pour Julie et Mélissa fragile espoir pour Ann et Eefje

LE SOIR Une Lundi 19 août 1996

Après un week-end dramatique, les questions se bousculent. Dutroux a commis de nombreux rapts d'enfants. Pourquoi a-t-il été libéré ?

Après la joie de la libération de Sabine et Laetitia, l'angoisse, puis l'effroi et l'écoeurement ont étreint l'ensemble du pays. Samedi soir, radios et télés n'avaient cessé de dresser la liste des corps arrachés à la glaise de Sars-la-Buissière. Dutroux pointait le doigt. Sous la pelle d'un terrassier, les corps mutilés de Julie, de Mélissa et d'un complice du pervers étaient lentement apparus au soleil couchant.

Le procureur du Roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, avait promis des explications. Hier à 10 heures, il les a livrées, la gorge serrée, et l'horreur s'est ajoutée à l'horreur.

Enlevées en juin 1995, les deux fillettes âgées de huit ans ont passé près de huit mois aux mains de Dutroux, de sa bande et de ses " clients ". Huit mois de tortures qui se sont achevées, si l'on en croit Dutroux, dans une mort plus épouvantable encore.

Dutroux est très intelligent, rusé, cynique et pervers, expliquent les enquêteurs épuisés par leurs conversations avec un bourreau qui paraît vraiment insensible aux monstruosités qu'il raconte froidement... en prenant soin, quand même, d'ajouter qu'il lui est pénible de le faire.
Et le bourreau raconte : J'avais promis 50.000 F à mes complices s'ils me ramenaient une fille. Mais c'était une boutade. Quand ils sont arrivés avec Julie et Mélissa j'étais embarrassé car les cages n'étaient pas tout à fait prêtes.

Et encore : Quand on m'a arrêté pour vol, j'ai demandé à Lelièvre de s'occuper des deux gamines. Il ne l'a pas fait. Quand j'ai été libéré, je les ai trouvées mourant de faim et de soif. L'une d'elles est morte quasiment dans mes bras.
Alors, une nuit de mars ou d'avril, il a pris son bull et creusé une fosse de 3 mètres. Pas loin, dans un autre trou, il avait jeté, en mars, le corps d'un complice - drogué et enterré vivant - qui avait eu le tort, croit-il, de vouloir " le doubler " sur " un autre coup ".

Pendant près de neuf mois, Julie et Mélissa ont donc sans doute subi le calvaire de Sabine et Laetitia. Les menaces, les privations, les coups, les viols. Ces tortures ont-elles été filmées par Dutroux et ses acolytes ?


On ne le sait pas encore. Toutes les cassettes n'ont pas encore été visionnées.
Mais on a trouvé, dans l'une des " planques " de Dutroux, du matériel vidéo et un ordinateur connectés l'un à l'autre. Peut-être un " banc de montage " électronique servant à la confection de vidéocassettes soigneusement montées.

A l'annonce de la mort des deux fillettes, Gino Russo, le père de Mélissa, a été envahi d'une terrible et froide colère. À la porte de sa maison, devant les caméras de télé, il a apposé une affiche, à l'adresse de celui qui a signé la libération anticipée de Dutroux : L'ex-ministre de la Justice Melchior Wathelet a-t-il la conscience tranquille ?

La foule a aussitôt fait écho à son désarroi.
Une foule militante qui, d'Ostende à Neufchâteau, s'est précipitée sur la pétition lancée par l'association " Marc et Corine " qui veut, pour les délinquants sexuels, des peines incompressibles.

Une foule émue, bouleversée, qui a déposé des centaines de bouquets à Grâce-Hollogne devant la maison de Julie et Mélissa, mais aussi à Sars-la-Buissière et à Mont-sur-Marchienne.

Une foule emportée par une houle haineuse et barbare, réclamant la mort des bourreaux d'enfants.

Dans ce torrent d'émotions, les enquêteurs tâchent d'oublier les leurs. Hier, après 72 heures de travail ininterrompu, ils ont - partiellement seulement - pris quelque repos.
La tâche qui leur reste à accomplir est énorme car ils gardent l'espoir de trouver An et Eefje, peut-être même vivantes. Bien des indices leur en donnent l'espoir.

Car Michel Lelièvre a avoué le rapt des deux Limbourgeoises, en août 95, à la côte. Dutroux a confirmé ces aveux. Mais le premier évoque très vaguement l'intervention d'un tiers auquel il aurait cédé les adolescentes et le second ne reconnaît qu'un rôle accessoire dans ce rapt-là.

Ont-ils vraiment " vendu " An et Eefje ? Les enquêteurs l'espèrent. Ils ont quantité d'indices leur permettant de remonter une possible " filière " de trafic d'êtres humains. Mais ils avouent aussi que Dutroux et Lelièvre mentent peut-être. Qu'An et Eefje ont peut-être subi le même sort que Julie et Melissa. Alors, demain comme hier, ils retourneront la terre de Sars-la-Buissière, ils briseront les murs de Mont-sur-Marchienne et d'ailleurs.

Mais les espoirs ne s'arrêtent pas là. Depuis que le visage de Dutroux, Martin, Lelièvre et Nihoul sont apparus dans les journaux, de nouveaux témoignages sont parvenus.

Des gens qui se souviennent - à tort ou a raison - de les avoir vus dans des circonstances étranges.
L'un de ces témoignages relance, mais très faiblement, l'espoir de retrouver la trace de Nathalie Ghijsbrecht, disparue à Bertem en février 1991. Mais aussi celle d'autres jeunes filles belges, et même de jeunes disparues des pays voisins.

C'est vrai, disent les enquêteurs, comment ne pas imaginer, après tout ce que nous avons déjà découvert, qu'au moins en théorie ces gens peuvent avoir enlevé d'autres enfants ? Mais ce dont nous disposons est si faible que nous n'osons y croire. L'espoir des familles est trop précieux pour qu'on le gaspille...

ALAIN GUILLAUME

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Julie, Mélissa, An et Eefje : chronique d'épouvante

LE SOIR Lundi 19 août 1996 page 8

L'incroyable calvaire des deux fillettes de Grâce-Hollogne, l'insupportable ignorance du sort des deux Flamandes.

Sabine et Laetitia (ainsi que leurs parents) ont déjà donné publiquement de nombreuses explications sur les conditions de leur rapt et de leur détention. Jointes aux explications du procureur Bourlet et aux découvertes déjà faites par les enquêteurs, ces révélations permettent de dresser une première chronologie des événements auxquels Marc Dutroux et ses acolytes ont été mêlés. Une chronique d'épouvante.

Julie Lejeune (8 ans) et Mélissa Russo (8 ans) ont été enlevées le 24 juin 1995 à Grâce-Hollogne. Elles ne pourront jamais témoigner des circonstances de ce rapt, mais Michel Lelièvre s'est déjà expliqué là-dessus en avouant l'enlèvement.

Selon toute vraisemblance, avec l'aide de Bernard Weinstein, il a suivi les deux jeunes filles à Grâce-Hollogne, avant de les embarquer de force dans la camionnette de Dutroux et de les y droguer.

Lelièvre a avoué ce double rapt... Mais il l'a commis, dit-il, après que Dutroux lui ait promis cinquante mille francs pour m'amener une fille.

DES CAGES PAS PRETES

Dutroux avoue cette promesse, pour ajouter : Mais ce n'était qu'une boutade. D'ailleurs, ils m'ont surpris et ennuyé quand ils sont arrivés avec les deux filles parce que les cages n'étaient pas totalement prêtes.

Julie et Mélissa ont passé des mois dans la prison de Marcinelle, mais les enquêteurs savent - avec certitude - qu'au début de leur détention elles ont également passé quelques jours au moins à l'étage de la maison des Dutroux, à Sars-la-Buissière.

Les deux fillettes ont perdu la vie neuf mois plus tard, après un interminable calvaire qu'on refuse d'imaginer. Une fois encore, aucun témoin ne pourra raconter leur mort. Hormis Dutroux, bien sûr.


Il affirme qu'après avoir été arrêté le 6 décembre 1995, dans le contexte d'une affaire de vol et de séquestration, il a demandé à son complice Lelièvre de s'occuper des deux gamines qui avaient quand même des vivres pour plusieurs semaines.

Mais, poursuit Dutroux, après ma libération (en mars), j'ai retrouvé les deux gamines dans un état épouvantable. L'une était quasiment morte de faim et de soif, l'autre, j'ai essayé de la ramener à la vie, mais elle est morte quasiment dans mes bras.

Dutroux a alors, très probablement, ramené les deux corps à Sars-la-Buissière. Dans le " jardin " à l'arrière de sa maison, il a creusé un trou de trois mètres de profondeur, à l'aide d'un bull, et il y a jeté Julie et Mélissa avec des sacs poubelles en plastique pour tout cercueil. On était en mars ou en avril. Il y a deux jours, les enquêteurs ont retrouvé des corps apparemment mutilés.

C'est évidemment à l'époque de cette arrestation, en décembre 1995, qu'un service d'enquête a procédé à des perquisitions à Sars-la-Buissière et à Marcinelle (où Julie et Mélissa, et peut-être An et Eefje, se trouvaient !).

Mais ils n'ont rien vu. La cache était à ce point dissimulée que personne ne songe à en faire le reproche aux gendarmes qui perquisitionnaient. Ceux-ci sont cependant, aujourd'hui, en très profonde dépression.

Marc Dutroux ne s'est pas contenté de procéder de la sorte avec les deux fillettes. Il a également jeté à la fosse son complice Bernard Weinstein qui, dit-il, tentait de " le doubler " sur un autre " coup ".

Enlevées en juin 1995, mortes d'épuisement - ou assassinées, car la version de Dutroux n'est pas parfaitement crédible -, Julie et Melissa ont croisé An et Eefje dans l'antre du pervers.

Les deux Hasseltoises de 17 et 19 ans ont en effet été enlevées le 22 août 1995 à Ostende. Michel Lelièvre a avoué le rapt qu'il aurait commis en compagnie de Weinstein... puis explique, dans une grande confusion, qu'il les a amenées " quelque part ".
Dutroux n'était évidemment pas étranger à ce double enlèvement. Mais, lui aussi explique qu'il n'a joué que dans une partie de " l'affaire " parce que quelqu'un d'autre s'en est occupé ensuite.

Ces (premières) déclarations, les fréquentations de Dutroux et quelques autres résultats d'enquête qu'il n'est pas opportun de révéler pour l'instant laissent penser qu'An et Eeftje ne sont restées qu'un temps relativement bref aux mains de Dutroux et consorts et qu'elles ont ensuite été " revendues " à des tiers.

Pour prendre la route, peut-être, d'un pays de l'Est (via, peut-être encore, la Hollande, l'Allemagne, la Slovénie ou la Tchéquie).

Les enquêteurs travaillent sérieusement cette hypothèse - ce qui permet au procureur Michel Bourlet de garder espoir. Mais, dans le même temps, on imagine le pire.

ALAIN GUILLAUME
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Russo-Lejeune : L’espoir jusqu’au bout

«Le Soir » du lundi 19 août 1996 page 8

C'était le samedi 24 juin 1995, à Crotteux, près de Grâce-Hollogne. Vers 17 heures, Julie et Métissa ont demandé à leurs parents de pouvoir aller faire un tour. En acceptant,ceux-ci ne pouvaient se douter qu'ils ne reverraient plus jamais vivantes leurs deux fillettes de 8 ans.

Les Russo et Lejeune se sont pourtant battus comme des damnés pour que tout soit mis en oeuvre pour les retrouver.
Un appel au public a de suite été diffusé via la presse, et l'ASBL Marc et Corine s'est empressée d'imprimer une quantité énorme d'avis de disparition.
Juillet 1995: à Grâce-Hollogne, la population se mobilise. La PJ et -la gendarmerie sont noyées sous les témoignages. Malheureusement, pas d'informations aussi précises que le véhicule et la plaque identifiés à Bertrix lors de la disparition de Laetitia.
Début juillet, on signale même avoir vu Julie et Melissa à Jabbeke. Fausse alerte.

Le 4 juillet, les parents Lejeune Russo lancent un appel poignant: « Julie, ma chérie, je ne t'ai pas assez dit je t'aime. »

La thèse de l'enlèvement se précise. Mais l'appel reste sans réponse. Aucune preuve que les enfants sont en vie.
Face à la maigreur des résultats de l'enquête officielle, les familles des disparues organisent une reconstitution privée. Toute la Belgique peut donc suivre le parcours de Julie et Melissa jusqu'au pont qui enjambe l'autoroute.

Un mois après la disparition, des affiches géantes rappellent que tout reste encore à faire pour retrouver Julie et Melissa. Un nouvel appel à témoin est lancé fin juillet 1995: on recherche un homme surgissant des fourrés près de l'autoroute.

Début août, alors qu'une battue était organisée à Ougrée, les parents Lejeune et Russo dénoncent l'improvisation des enquêteurs, en épinglant toute une série de « lacunes », dont le manque de moyens et de temps consacrés à cette recherche.

Les parents continuent à recevoir des messages de soutien, comme celui de l'AC Milan et de Roberto Baggio.
Ensuite, c'est le réseau Internet qui est utilisé pour diffuser les signalements.
Deux mois déjà, et toujours rien.
Les parents fustigent la gendarmerie et réclament une cellule spécialisée sur les disparitions.

En septembre, c'est chez Pradel que ça se passe. «Perdu de vue» lance son appel à témoins.Rien.


En décembre, c'est l'administration et la justice qui frappent un coup: les allocations familiales des petites sont suspendues et le tribunal des référés refuse aux parents l'accès au dossier de l'enquête.

Les Lejeune-Russo continuent à se battre. Et lors de l'anniversaire de la disparition de Julie et Melissa, ce ne sont pas moins de 58 questions qui sont posées pour faire évoluer les enquêtes sur les disparitions.

Et enfin, Jean-Denis Lejeune et Gino Russo se sont même rendus en Amérique du Sud pour mener leur propre enquête.
Un dernier élan qui n'aura pu être récompensé à sa juste valeur. Samedi, ils ont appris la mort des deux fillettes.

JEAN-PIERRE BORLOO
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Au de la de l’horreur

« Le Soir » du lundi 19 août 1996 page 2

Edito de Jean Claude Vantroyen

Deux enfants de huit ans mortes de faim, violentées puis abandonnées dans une cave par leurs ravisseurs. D'autres jeunes filles enlevées par les mêmes criminels, peut-être « vendues » à des pervers: la Belgique est sous le coup d'un violent sentiment de dégoût.

L'horreur dans son état le plus pur, mêlée d'épouvante, d'incompréhension de répulsion. Et d'un énorme désir de crier à la vengeance: le drame est à ce point révoltant qu'on souhaite la mort de ses auteurs, que le corps social aspire à l'amputation du membre putride. Un désir exacerbé par la dynamique de la foule, anonyme, entraînante, irréfléchie.

A une écrasante majorité cependant, la Chambre belge des représentants, démocratiquement élue, a aboli, en juin dernier, la peine de mort. La Belgique a préféré ne pas légalement assassiner ceux qu'elle jugeait pour avoir assassiné. Une attitude réfléchie et digne sur laquelle il faut calquer celle que nous devons avoir aujourd'hui.

Car il faut avoir le courage et la lucidité de ne pas s'arrêter, complaisants, à l'horreur. Il faut la dépasser pour pouvoir jeter son regard en arrière et mieux comprendre comment, dans ce dossier, la société ne s'est pas défendue. Et comment, demain, on devra mieux la protéger.

On l'a dit, les délinquants sexuels ne sont pas des délinquants comme les autres. Jusqu'il y a peu, notre pays ne connaissait qu'un seul type d'attitude à leur égard: la prison. Et tant pis si le pédophile sortait quelques années plus tard avec les mêmes pulsions et présentait donc les mêmes risques pour la société. Ce n'est que depuis avril 1995 que la loi relative aux infractions sexuelles à l'égard des mineurs a changé et qu'elle impose de nouvelles exigences en matière de libération conditionnelle des délinquants sexuels condamnés.

Mais voilà, Marc Dutroux est sorti de prison le 8 avril 1992, après avoir purgé sept des treize ans infligés par la cour d'appel de Mons pour enlèvement, séquestration et viol de mineures. Trois ans avant la nouvelle loi.


Et ce prédateur sexuel n'a pas été suivi.

Pire: il est retourné en prison, le 6décembre 1995, pour une sordide histoire de règlements de comptes, et il en est sorti en mars de cette année, alors que Julie et Melissa agonisaient dans la cave de Marcinelle, alors que déjà on l'avait soupçonné de l'enlèvement des fillettes. Et on n'a toujours pas contrôlé sa libération conditionnelle.

C'est cela qui ne va pas. C'est cette application qui parait déshumanisée, bureaucratique, de la loi Lejeune, celle qui permet la libération anticipée des détenus.

Prête-t-on suffisamment attention au type de détenu qu'on peut, légalement, libérer, à ses caractéristiques, à sa dangerosité?
Une libération conditionnelle,ce n'est pas un acte administratif simple qu'on signe dans l'indifférence de la routine, sans examen approfondi.

Aujourd'hui, la loi ne permettrait plus, apparemment, ce détachement.
Apparemment seulement. D'abord parce que ne sont soignés que les délinquants sexuels qui demandent une libération conditionnelle, et certains préfèrent ne pas la solliciter pour disparaître dans l'anonymat.
Ensuite parce que, si les libérés conditionnels doivent se soumettre à des services spécialisés, encore faudrait-il que ceux-ci aient la possibilité de traiter toutes les demandes. Ce qui est loin d'être te cas.
Le ministre de la Justice Stefaan De Clerck dit vouloir remédier à cette carence. Les Belges sont maintenant en droit d'attendre davantage que de la bonne volonté.

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A Grâce-Hollogne, des larmes, des fleurs et une colère froide !

« Le Soir » du lundi 19 août 1996 page 8

Vos yeux sont les nôtres, aidez-nous!

C'est le message que les parents de Julie et Mélissa avaient accroché aux rampes du pont surplombant l'autoroute où leurs fillettes ont disparu le 24 juin de l'année dernière. Un message qui sert maintenant de support à de nombreux bouquets de fleur et qui n'a jamais eu autant de raison d'être, tant les yeux des parents de Julie et de Mélissa n'étaient pas les seuls, hier, à pleurer l'indicible pour faire passer l'horreur.

Et à Grâce-Hollogne, dimanche, des yeux sont venus par centaines voire par milliers, mouillés de larmes, pour aider ces parents qui en quelques heures sont passé des espoirs les plus fous à la réalité la plus amère.

Durant toute la journée, la rue Diérain Patar a vu défiler un flot impressionnant d'amis, de parents, de personnalités (le bourgmestre local, le procureur général de Liège) ou d'anonymes. Des bouquets de fleurs étaient déposés près de l'entrée de la maison et occupaient finalement une partie de la pelouse tant ils étaient nombreux.

Silencieuse, la foule n'a laissé éclater sa colère qu'à l'issue de la conférence de presse tenue par les parents. Une colère caricaturale, se traduisant par des «A mort!», «Qu'on les pende» et autres «Qu'on fasse la même chose à leurs enfants»... heureusement immédiatement ponctué d'un: «Non, surtout pas!».

Mais cette colère n'est rien en comparaison avec celle qu'ont exprimée les parents de Julie et de Mélissa à travers une lettre ouverte pour le moins dure avec les enquêteurs et la Justice.

Ils nous ont empêchés de les rechercher nous-mêmes, ils ont eu neuf mois pour les retrouver vivantes et ils nous les rendent aujourd'hui, mortes de faim, résume leur avocat.

Une Justice dont ils ne cessent de dénoncer l'inhumanité. Par exemple quand ils ont été prévenus de la macabre découverte faite à Marcinelle.
C'est la première fois depuis plusieurs mois qu'on a eu un contact avec des enquêteurs qui ne nous ont pas donné plus de détails cette fois-ci que les 14 mois précédents.

On s'est contenté de nous dire « Votre fille est décédée ! Sous entendu: maintenant, tirez votre plan et allez commander les cercueils. Dur !

Dur aussi le message rassemblé dans leur lettre ouverte :
Dans ce lieu insituable où notre souffrance rejoint celle de nos filles, nous désirons que leur martyre soit pris en compte par tous ceux qui, dans la société, ont la responsabilité de la sécurité des enfants et des personnes. Il nous appartient de donner un sens à l'insupportable absurdité de la mort de nos deux filles en continuant à vouloir changer les mentalités pour que cela n'arrive plus jamais. Car l'information capitale, c’est que notre petite Julie et notre petite Mélissa étaient toujours vivantes en mars 1996

DUTROUX A, LUI, ACCÈS AU DOSSIER

Lorsque les responsables de l'enquête, à Liège, nous disaient en novembre 1995 que nous devions accepter qu'elles soient mortes. Elles étaient vivantes !

Lorsque le procureur du Roi de Liège nous ayant croisé dans un bureau du Palais de Justice, seul contact que nous avons eu avec Mme Bourguignont, nous a dit «sincères condoléances».

Elles étaient toujours vivantes.


Lorsqu'en décembre 1995, il fut décidé de confier d'autres dossiers aux enquêteurs.
Elles étaient toujours vivantes. Julie et Melissa sont les victimes de la pédophilie organisée, sacrifiées sur l'autel du scepticisme qui a régné en Belgique à propos d'associations de malfaiteurs capables d'enlever des enfants pour les séquestrer et en abuser sexuellement.
C'est la pédophilie qui a tué nos filles. Mais également l'incroyable magnanimité que lui manifestent ceux qui ont pour mission de protéger nos enfants.
Quant M. Wathelet, ministre de la Justice à l'époque, a signé l'acte de libération conditionnelle de Marc Dutroux, il signait en même temps le drame que nous vivons.
C'est la pédophilie qui les a tuées. Mais également le doute de tous ceux qui ne voulaient plus les imaginer vivantes. C'est la pédophilie qui les a tuées.
Mais également les balbutiements et les errances d'une enquête menée par des professionnels réduits à espérer, selon de vieux principes, que le temps fasse son ouvre pour résoudre les énigmes et que «l'élément déclenchant» surgisse.
Pour ces raisons, nous ne renoncerons pas à réclamer le droit d'accès au dossier de l'instruction car la justice ne peut se réfugier sans cesse dans le secret de l'instruction pour mieux protéger ses carences, ses dysfonctionnements et ses échecs.
Et de rappeler que dès la semaine dernière, Dutroux, l'assassin de leurs filles a, lui, eu accès au dossier pour pouvoir se défendre...
Le père de Mélissa, se déclarant plus révolté contre la Justice que contre Dutroux, concluait:

Nos petites sont décédées mais pour nous ce n'est pas fini. Il y a encore beaucoup de choses à faire.

ÉRIC RENETTE

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On fouille on scrute on creuse…..


« Le Soir » du lundi 19 août 1996 page 9

On cherche, on retourne, on pioche.
Sans relâche, à la recherche de la vie. Et de la mort.


Dimanche, les énergies se sont surtout concentrées sur une habitation de Mont-sur-Marchienne. Cette petite maison ouvrière séparée en deux logements est nichée au fond de l'étroite rue des Hayettes, un coin plus que tranquille, très vallonné, peuplé de jardins pentus et de potagers, aux confins de Charleroi et de Montignies-le Tilleul.

La maison, qui porte le numéro 28, était occupée par Michel Diacosta Vrianos, le fameux Grec évoqué depuis l'arrestation de Dutroux. Selon les voisins, une perquisition avait déjà été menée mercredi soir, alors que la maison était vide. Les enquêteurs étaient revenus le lendemain, et c'est alors qu'il revenait chez lui que le Grec a été appréhendé. Des cassettes et des revues pornographiques spécialisées ont été saisies.
Emmené menottes aux poings, il aurait crié: Je n'ai rien fait!

Ce Michel passe dans son quartier pour quelqu'un de plutôt sympathique. Un type très gentil, mais un petit peu fou. D'ailleurs, on l'appelait le « tout fou », dit une voisine directe.
Il avait des idées bizarres. Comme par exemple de faire des travaux avec un bulldozer pendant la nuit!

On ne s'étonne pas, dès lors, des efforts déployés ce week-end par la protection civile pour retourner en profondeur les abords de la maison. Tout est patiemment éventré, soulevé, cassé. La maison a été explorée de fond en comble. La terrasse a été pulvérisée, la remise a été démantibulée, tandis qu'un contingent de gendarmes s’appliquait à contenir les nombreux badauds.
Les gens d'ici l'ont reconnu à la télévision et sur les photos des journaux: Marc Dutroux venait souvent voir le Grec, à bord d'une Citroën CX grise, et avait pris part à ces curieux travaux de terrassement. Il l'avait, dit on, aidé à carreler le rez-de-chaussée et était encore venu il y a à peine une semaine. Michel vivait dans cette maison avec une compagne qui serait d'origine tchécoslovaque. Hier, en fin d'après-midi, le travail de fouille semblait en passe d'être interrompu, sans avoir donné de résultat.

C'est dès vendredi, en début de soirée, que des perquisitions avaient été entreprises à une série d'adresses dans la région, certaines accompagnées d'une fouille approfondie. Notamment à Marcinelle, bien sûr, dans cette maison de la route de Philippeville qui servait de domicile légal à Marc Dutroux et d'où ont été libérées Sabine et Laetitia, le soir du 15 août. Vendredi jusque tard dans la nuit et une partie de la journée de samedi, l'habitation a été entièrement explorée, à la loupe, à la masse, au marteau-pilon.

Des détecteurs thermiques sophistiqués venus spécialement des PaysBas ont été utilisés. Là comme ailleurs, une petite foule hébétée assistait aux opérations policières, en tâchant d'imaginer l'inimaginable qui a pu se produire derrière cette facade.

En voyant un enquêteur, accroupi, soulever la taque du soupirail et promener le faisceau de sa lampe de poche dans les ténèbres du sous-sol, comment ne pas se dire que là, comme à Sars-laBuissière, les cauchemars d'enfants, les histoires terrifiantes de grands méchants qui font mal aux petits, ont été la réalité...

Les moyens les plus exceptionnels avaient été cependant mis en oeuvre à Sars-la-Buissière et il était manifeste, dès vendredi soir, que c'est là, aux abords de cette maison isolée, en retrait de la rue de Rubignies, que les enquêteurs s'attendaient à trouver le pire.

La triste découverte des corps de Julie et de Melissa fut plutôt une affligeante confirmation qu'une surprise.
Le pressentiment s'était conforté en milieu d'après-midi quand Marc Dutroux arriva à Sars, vers 16 heures, suivi, une heure et demie plus tard, par le procureur du Roi de Neufchâteau. Le doute n'était plus possible quant à la découverte de corps à l'arrivée des médecins légistes, et puis de deux voitures funéraires.

Les lieux avaient déjà été fouillés pendant de nombreuses heures, mais il fallait sans doute la collaboration de Dutroux pour indiquer l'endroit précis où les petites avaient été ensevelies, au fond du vaste terrain vague bordant la cour encombrée de vieilles voitures et de carcasses.

Le voisinage évoque sans difficulté le caractère irascible et peu sociable de ce personnage qui avait la fâcheuse habitude de manier des engins de terrassement en pleine nuit.

C'est avec la propre grue de Marc Dutroux que les enquêteurs ont sondé le terrain et ont finalement retrouvé les corps des fillettes martyres et du truand Weinstein...

DENIS GHESQUIÈRE
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A Bertrix et à Kain ,la joie fait la place à la consternation

« Le Soir » du lundi 19 août 1996 page 9

La fête devait être simple, mais vraie,samedi soir, sur la Grand-Place de Bertrix qui est passée au fil des derniers jours par tous les états d'âme. Mais on n'avait pas encore touché le plus profond de la consternation. Sur le coup de 21 heures, l'ambiance de joie a fait place à l'incrédulité, au recueillement. Dutroux venait d'avouer ses méfaits. Dans la population réunie au coeur de la cité ardennaise, cette annonce fut reçue comme un coup de massue.

Laetitia et sa famille ont toutefois tenu à venir dire merci à tous ceux qui, depuis une semaine, travaillent sans relâche avec l'antenne locale de l'ASBL Marc et Corine. Un petit quart d'heure de présence pour un merci émouvant. Puis il y aura une lourde minute de silence, exprimant plus qu'une douleur, une stupeur inimaginable.

Sur la façade de l'église, le merci signé Laetitia et Sabine sera rapidement mis en berne, comme tous les drapeaux de la Grand-Place. Devant l'ampleur et l'horreur des faits, l'ASBL demandera que tous les drapeaux du pays soient eux aussi mis en berne.

A Bertrix, on se rend compte aussi de l'incroyable effet produit par les deux témoignages recueillis peu après l'enlèvement de Laetitia, celui d'une religieuse qui avait été impressionnée par l'étrange manège de la camionnette de Dutroux,mais surtout par la présence d'esprit d'un jeune homme qui a mémorisé une partie de la plaque d'immatriculation du sinistre véhicule. La tête du chauffeur ne l'avait pas laissé indifférent. Ce fut le déclic de cette incroyable affaire.

A Bertrix, samedi, ce fut alors le lancement de la pétition qui constituait le second objectif de cette soirée. Suite à l'arrestation des ravisseurs de Laetitia et de Sabine, nous lançons cette pétition dans le but de forcer les décideurs de tous bords et les magistrats à modifier les lois pour durcir les peines à l'encontre des ravisseurs d'enfants.
Un message qui se passe d'explications complémentaires. Devant le bureau de Bertrix Initiatives, le centre nerveux de toutes les opérations de l'ASBL depuis vendredi soir, la foule affluera en rang serré pour signer.

Après la distribution express des avis de disparition de Laetitia, lancés à travers toute la Belgique au départ de Bertrix, l'antenne locale va poursuivre son travail dans les prochains jours, intensifiant ce même travail de diffusion, au niveau de la pétition. Dès ce début de semaine, les communes, les bureaux postaux et les cabinets de médecin vont recevoir cette pétition.

Il ne faut pas relâcher la pression, afin que les pouvoirs politiques prennent en compte notre demande, note JeanClaude Steicker, secrétaire de Bertrix Initiatives et membre de l'ASBL Marc et Corine. Mais, d'un autre côté, nous voulons continuer à travailler en toute démocratie. Les mots d'ordre de haine sont donc exclus.

Il faut éviter les mouvements de foule et de violence qui ne serviront à rien. Nous sommes assaillis de coups de téléphone passionnels, des gens pleurant leur dégoût et leur rage. Mais nous voulons que la justice joue efficacement son rôle.

Chez les Delhez, la joie intense de retrouver leur fille a là aussi, plus qu'ailleurs, fait place à la stupeur. On est partagé entre ce terrible dilemme de la joie profonde et un chagrin énorme pour les familles de Julie et de Melissa, nous disait une tante de Laetitia.

A Kain, le papa de Sabine, Guy Dardenne, a expliqué qu'à sa fille comme à Laetitia, Dutroux avait dit qu'une rançon avait été demandée.
Aujourd'hui, Sabine remet de l'ordre dans ses affaires, dans sa chambre dans laquelle nous n'avons rien bougé.
M. Dardenne ne cache pas sa haine. Mais je saurai me contrôler, ajoute-t-il. Je fais confiance à la justice.

JEAN-LUC BODEUX

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Aider à supporter l’insupportable

« Le Soir » du 19 août 1996 page 9

Depuis quelques jours, les gendarmes doivent affronter l'ignoble tout en conservant sang-froid et sérénité. Si l'atrocité des faits commis par Marc Dutroux et ses complices bouleverse la Belgique, des dizaines de gendarmes y sont encore directement confrontés. En exécutant fouilles, perquisitions et interrogatoires, ils sont parmi les premiers à devoir faire face à l'insupportable réalité.
Mais ils ont aussi, plus que tous autres, l'obligation de gérer ces émotions et ce stress afin de mener à bien leur mission.

Depuis 1993, une cellule « antistress» a été créée au sein de la gendarmerie. Son but: offrir au personnel un encadrement psychologique à la mesure des événements.

Pour chaque événement traumatisant auquel un gendarme a été confronté homme blessé pendant une opération, usage d'une arme, identification de corps, etc.
le « stress team» se mobilise et agit. Cette cellule multidisciplinaire attachée au service du personnel regroupe en son sein une petite dizaine de personnes. Des gendarmes, mais aussi des psychologues et des assistants sociaux auxquels viennent encore s'ajouter en fonction des événéments un médecin ou un juriste.

Basé à Bruxelles, le «stress team» est informé en temps réel. Il est ainsi capable de se rendre sur les lieux d'un événement 24 heures sur 24, partout en Belgique. Notre action consiste essentiellement à communiquer avec les gendarmes qui doivent faire face à de terribles événements,nous a expliqué le lieutenant-colonel Eric Cobut, licencié en communication et responsable du «stress team». Il ne s'agit pas d'effectuer des interventions thérapeutiques, mais bien de faire parler les hommes, de les pousser à exprimer ce qu'ils ressentent, à extérioriser leurs émotions.
De l'avion de la Tarom qui s'était écrasé en Roumanie à l'explosion d'une station-essence à Eynatten, le « stress team » effectue ainsi sur une année une soixantaine de missions.
L'intervention est immédiate et automatique. Le personnel de la gendarmerie apprécie notre action, et ce n'est qu'après avoir discuté avec les protagonistes que nous voyons si l'affaire nécessite un encadrement psychologique plus long, pour lequel nous pouvons alors orienter notre personnel vers des traitements spécifiques.

Rarement cependant des gendarmes avaient dû faire face à des faits criminels de cette nature, à ce point ignoble et conséquent. Pour le « stress teamp, cependant, leur travail ne dépend pas des faits, mais bien des individus.

Nous ne sommes pas dépassés, assure Eric Cobut. /lest vrai que beaucoup de gendarmes travaillent actuellement sur cette terrible affaire, mais tous ne sont pas impliqués de la même manière. Ici, notre action est ciblée vers certains. Ce ne sont pas les faits qui importent, mais bien la manière dont les individus y réagissent. Dans le cas présent, je ne connais pas un être humain qui pourrait vivre tout cela sereinement.
L'action du «stress team» se positionne dans une politique antistress qui se met en place à la gendarmerie depuis plusieurs mois. Des séminaires sont organisés, des documents sont disponibles et des brochures sont distribuées à tout le personnel,afin qu'il puisse faire face à des événements traumatisants et prévenir la façon dont il réagira.

OLIVIER VAN VAERENBERGH
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Laetitia raconte sa détention

« Le Soir » du lundi 19 août 1996 page 9

Laetitia a raconté, samedi soir, les circonstances de son rapt dans un entretien à la RTBF télévision.
Les trois premiers jours, j'ai dormi. Je ne savais pas ce que je faisais. J'étais sous l'effet des médicaments, alors je dormais,a précisé la jeune fille.

Laetitia a précisé qu'elle s'était approchée du véhicule de ses ravisseurs pour répondre à une demande de renseignement: que se passait-il ce week-end là à Bertrix ?
Un complice s'est alors approché par derrière pour la pousser dans le véhicule.
Ses ravisseurs ont tenté ensuite de lui faire avaler des pilules qu'elle a recrachées avant de devoir les ingurgiter de force.

Quand elle s'est réveillée, trois jours avaient passé et la jeune fille était emmurée dans la cave de Marcinelle, découvrant Sabine Dardenne. Elle a ajouté que Marc Dutroux lui avait fait croire que ses parents ne voulaient pas payer de rançon pour sa libération.

Selon Laetitia, Marc Dutroux lui a dit: J'ai une très mauvaise nouvelle pour toi. Tes parents ne veulent pas payer.
Il y a un copain qui vient aujourd'hui,alors tu préfères te faire liquider ou te cacher avec elle (Sabine) ? J'ai dit: me cacher avec elle, a déclaré la jeune fille.
Selon sa mère, Laetitia a été victime d'abus sexuels.
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Une vie de flic, épuisante mais réussie

LE SOIR Lundi 19 août 1996 page 9

Depuis l'enlèvement de Laetita Delhez, des dizaines de gendarmes et de policiers traquaient les voleurs d'enfant. C'est d'abord à la gendarmerie de Marche qu'on doit la libération de Sabine et de Laetitia. Immédiatement, elle a procédé à une très vaste enquête de quartier, porte à porte, à la recherche des témoignages les plus importants comme les plus insignifiants.

Ces témoignages furent ensuite soumis à la sagacité des analystes du bureau central de renseignements (BCR) de la gendarmerie et à la mémoire de leurs ordinateurs conduits par des programmes d'" analyse croisée " de données très sophistiqués. C'est ainsi que " sortit " des fiches le nom de Dutroux.

La BSR de Marche est désormais chargée des interrogatoires de Dutroux, qu'elle dit redoutablement intelligent et pervers. Ces enquêteurs sont épuisés par le travail qu'ils ont accompli quasiment sans interruption pendant 72 heures et ils avouent leur écoeurement face aux révélations qu'ils enregistrent et aux découvertes qu'ils accumulent.

La PJ d'Arlon et la BSR de Neufchâteau s'occupent, de Michèle Martin et de Michel Lelièvre. Elles ont aussi acquis de spectaculaires succès, dont les aveux de Lelièvre pour l'enlèvement d'Ann et d'Eefje.

Un autre service d'enquête, la brigade nationale de PJ, s'intéresse à Jean-Michel Nihoul et à l'une de ses proches.

Enfin, outre les services hollandais spécialisés dans la recherche de cadavres et les moyens aériens de la gendarmerie, le juge Connerotte et le procureur Bourlet ont encore fait intervenir diverses équipes de l'escadron spécial d'intervention chargées de plusieurs surveillances.

Le procureur Bourlet a expliqué, hier, que des rumeurs faisaient état d'" interrogatoires durs " pratiqués par ses hommes.
Fatigué et attristé, il a assuré : Nous mettons un point d'honneur à nous comporter correctement à l'égard des détenus, même si c'est difficile.
Il est injuste de suspecter ces policiers. En cinq jours nous avons retrouvé la trace de six jeunes filles enlevées.
Si nous n'avons fait que cela dans notre vie professionnelle, nous pouvons dire que nous avons réussi cette vie.

ALAIN GUILLAUME
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Marie France Botte : mettre fin à la politique de l’autruche

« Le Soir » du lundi 19 août 1996 page 10

C'est une honte! Depuis six ans, nous nous battons pour qu'il y ait une politique, cohérente contre les agresseurs sexuels d'enfants, et rien ne s'est fait globalement. Au contraire, 1996 sera une année record avec la grâce royale, plusieurs agressions dont une d'un récidiviste et voici maintenant le dénouement tragique de l'affaire Julie et Melissa.

Depuis Pnom-Penh, où elle est en mission dans le cadre de son combat contre la pédophilie,

Marie-France Botte n'a pas de mots assez durs pour stigmatiser ce qu'elle appelle la politique de l'autruche des autorités belges.

Je me demande très sérieusement s'il est plus grave de commettre un hold-up que d'agresser sexuellement un enfant de 13 ans.

Notre justice et M. Wathelet ignoraient-ils que plus de 50 % des agresseurs d'enfants récidivent dans les 48heures après leur libération? On finirait parle croire en voyant comment les libérations conditionnelles ont été distribuées sans considération!

Bien qu'évidemment concernée, Marie-France Botte n'ira pas, fin août, à Stockholm, au premier sommet mondial contre les violences sexuelles faites aux enfants.

- Notre délégation officielle ira tenir un discours bien construit et parler de politique cohérente. Face à des pays comme le Cambodge, les Philippines, etc., c'est à la limite du grotesque!

Marie-France Botte est d'autant plus consternée que l'opinion demandera des punitions qui ne résoudront pas le problème
Les peines incompressibles ne servent à rien; même au-delà de 80 ans, un pédophile reste un pédophile. Je puis comprendre que certains veulent la peine de mort, mais, à mon sens, cela n'empêchera pas les agresseurs de poursuivre leurs méfaits. Non, il faut une police mieux formée, des traitements réellement adaptés en prison et surtout assurer un suivi, sans concessions.

Et maintenant? Pour Marie-France Botte, il faut que l'opinion réagisse positivement et s'associe directement à son combat et à celui de Claude Lelièvre pour une politique concrète avec des budgets suffisants (1).

- Nous réclamons la mise en place d'un groupe de travail composé d'experts et de représentants d'associations auprès du cabinet de la Justice...

C. L.

(1) Opération Marie-France Botte, 11, avenue de la Jonction, 1060 Bruxelles.

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De Clerck: Des conclusions s'imposent

« Le Soir « du lundi 19 août 1996 page 10

Le ministre de la Justice s'est déclaré profondément choqué par les développements récents de l'enquête concernant les disparitions d'enfants.

Il adresse aux parents Russo et Lejeune qui ont enduré le calvaire de l'attente, en son nom et au nom du gouvernement, ses condoléances émues ainsi que sa profonde sympathie. Ses pensées vont aussi à Sabine et à Laetitia qui ont recouvré la liberté après avoir vécu un véritable cauchemar.

Il encourage les forces de police et les magistrats chargés de l'enquête à poursuivre les efforts entrepris pour faire toute la lumière sur les agissements des auteurs, en particulier pour retrouver An et Eefje et peut être d'autres victimes.

« Il conviendra demain d'analyser ces faits tragiques et d'en tirer toutes les conséquences politiques de manière à mettre tout en oeuvre pour éviter leur reproduction», conclut le communiqué du ministre de la Justice.

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Le PRL veut des explications

« Le Soir » du lundi 19 août 1996 page 10

Le président du PRL, Louis Michel, a demandé, dimanche, la convocation d'urgence de la commission de la Justice de la Chambre.
Il souhaite en effet interpeller le ministre de la Justice sur les conditions d'octroi des libérations conditionnelles dans notre pays et les conditions effectives du suivi des bénéficiaires de telles mesures.

Le député libéral veut notamment faire toute la lumière sur les raisons qui ont poussé, en 1992, le ministre de la Justice de l'époque à accorder une telle mesure de faveur a un individu comme Marc Dutroux, et ce, contre l'avis du Parquet.

Le PRL entend par ailleurs réintroduire sous forme de proposition de loi la notion de peines incompressibles à l'encontre d'individus condamnés pour des crimes contre des mineurs d'âge. (Belga.)

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Réseau de pédophilie démantelé

« Le Soir » du lundi 19 août 1996 page 10

Un réseau de pédophilie avec des ramifications aux Pays-Bas vient d'être démantelé à Kalmthout (près d'Anvers). Werner V., 37 ans, de Kalmthout, sa compagne Reinhilde N., 30 ans, et son neveu Ludo V., d'Anvers, ont été arrêtés en mai dernier dans le cadre de cette enquête.
Les trois suspects. Comparaîtront début septembre devant un tribunal anversois.
On les soupçonne d'avoir dirigé un réseau de pédophilie depuis1991.

Les deux hommes faisaient du baby-sitting chez des amis ou des connaissances et abusaient des enfants.
Pendant ce temps, la femme prenait des photos et filmait.
Ces photos et ces films étaient ensuite vendus sur le marché pornographique aux Pays-Bas, via des revendeurs de Bergen-op-Zoom et de Tholen.

Werner V. a également abusé de ses propres enfants, âgés de 5 et 12 ans. Ils ont depuis son arrestation été recueillis par une famille d'accueil.

Au total, huit enfants auraient été victimes des agissements de la bande, à Anvers et en Campine.
(Belga.)

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Solidarité à Ferblatil

« Le Soir » du lundi 19 août 1996 page 10

Les ouvriers de la pose de nuit de la division Ferblatil (CockerillSambre) à Tilleur ont observé, au cours de la nuit de samedi à dimanche, un arrêt de travail en solidarité avec leur collègue M. Russo, le papa de la petite Melissa, qui est occupé en tant qu'ouvrier au laminoir de l'usine.

L'action a été suivie par l'ensemble des ouvriers, des employés et du personnel de maîtrise en accord avec la direction et les syndicats.

Un autre arrêt de travail pourrait avoir lieu le jour des funérailles de Melissa, pour permettre au personnel de l'usine d'y assister.
(Belga.)



1 commentaires:

À 1 octobre 2015 à 07:24 , Anonymous Anonyme a dit...

le papa de eefe recherche des témoignages :
labmwnoir@gmail.com

merci pour lui

 

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