lundi 5 octobre 2009

(Suite) Les bonnes affaires africaines d’Annie Bouty (« Télé-Moustique » du jeudi 19 décembre 1996)


(Suite) Les bonnes affaires africaines d’Annie Bouty

« Télé-Moustique » du jeudi 19 décembre 1996

Page 32 à 35

En réponse à une tentative de saisie-arrêt de la Générale de Banque, l'ex-avocate adresse une lettre dans laquelle elle indique qu'elle exécute son mandat de présidente bénévolement. Ce qui est évidemment faux et est destiné à rouler dans la farine son créancier. Mieux, elle promet d'aviser les Éditions Urbaines du changement d'adresse de Cadreco, alors qu'elle sait pertinemment que I'ASBL va cesser toute activité.

Un fax signé Alfred Cahen

Trois jours seulement après la liquidation de Cadreco, l'avocate marron crée, le 15 mars 1987, une société en commandite simple, le « Cabinet Annie Bouty et associés », qui poursuit l'assistance juridique et innove dans I'import-export. Parallèlement, elle quitte le numéro 16 de l'avenue de la Toison d'Or pour le 99 de l'avenue Henri Jaspar à Saint Gilles en laissant une solide ardoise à sa propriétaire et ayant même poussé l'indélicatesse jusqu'à ponter I'électricité d’un colocataire!

De nouveaux tracas taraudent l'ex-avocate, qui est condamnée le 19 septembre 1989 par la cour d'appel de Bruxelles à une peine de deux ans d'emprisonnement avec sursis du chef d'abus de confiance et de violation du secret professionnel.

Ce sérieux avertissement judiciaire n'arrête pas notre « conseillère »: elle trouve dans les candidats réfugiés des proies idéales. Et un nouveau scandale l'éclabousse en 1991.

Sous prétexte de se dévouer à la cause des étrangers, Annie Bouty exige de 50.000 à 100.000 F pour effectuer de maigres démarches (généralement envoyer quelques lettres) à l'Office des étrangers, où elle est bien connue douteuses". Pis, elle promet monts et merveilles à des candidats réfugiés, dont la situation est, dès le départ, indéfendable. Elle se targue également d'avoir de fort bonnes relations à I'ambassade des États-Unis et prétend pouvoir obtenir des visas américains via son nouveau compagnon, Jean Gorges qui Jouit de solides entrées à l'ambassade des États-Unis à Rome!

Ces promesses d'aller admirer de près la statue de la Liberté n'ont évidemment pas plus de consistance que des châteaux en Espagne.

Jean Gorges, un ressortissant portugais qui affiche consultant sur sa carte de visite, mérite une digression.

A la fin des années quatre-vingt et au début des années nonante, il s'associe au cabinet d'Annie Bouty. Borges s'étend volontiers sur ses fréquents voyages à Rome où il possède un bureau, Via Flaminia 21. II se flatte d'entretenir d'excellentes relations avec le président du Conseil de l'époque Giulio Andreotti et des chefs d'État africains, tels le président guinéen Lansana Conté ou le général Joseph Momoh de Sierra Leone - renversé par un coup d'État en 1991. Ce dernier l'aurait même invité à venir passer les fêtes de fin d'année 1988 dans son palais. Il dit encore posséder plus de 2.000 hectares de rizières en Guinée.

Jean Borges a donc le bras long et il entretient notamment des relations plutôt cordiales avec Alfred Cahen, ambassadeur de Belgique à Paris depuis 1989. Alfred Cahen, aujourd'hui à la retraite, est un monument de la diplomatie belge. Longtemps surnommé "Monsieur Zaïre" en raison des foncfions diplomatiques qu'il a exercées au pays de Mobutu, il fut également chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères Renaat Van Elsiande (CVP) de 1977 à 1979. Juste avant d'obtenir son titre d'ambassadeur en France, il était secrétaire général pour l'Union de l'Europe occidentale à Londres. Télémoustique dispose notamment de fax échangés entre Borges (condamné par défaut pour escroquerie en 1993 par la cour d'appel de Bruxelles) et le diplomate Alfred Cahen afin de faciliter l'octroi d'un visa à une cliente zaïroise de Bouty.

Ainsi, le 26 juin 1990, Jean Borges adresse à l'ambassadeur Alfred Cahen, rue de Tilsit 9, 75008 Paris, ce message: « Excellence, je vous remercie d'avoir bien voulu me recevoir et je vous prie de trouver par la voie de cette télécopie les informations dont vous avez besoin pour votre intervention.

D'avance, je vous remercie bien de ce que vous pourrez faire pour cette ressortissante étrangère... » Le 30 juin 1990, par voie de fax sur papier a en-tête de l'ambassade de Belgique, Alfred Cahen répond à Monsieur Jean Borges, Cabinet Annie Bouty et associés, avenue Henri Jaspar 99 bte 1, 1060

Bruxelles: "Monsieur, Infiniment merci de votre lettre faxée le 26 juin en annexe à laquelle vous avez bien voulu me faire tenir les informations dont j'ai besoin pour aider votre protégée. Muni de celles-ci je vais

pouvoir intervenir dans sa fa veur. J'espère que mes démarches aboutiront à dessuites positives. Je vous prie de croire...

Des télécopies au ton sortant du langage purement administratif qui soulèvent des questions sur les liens qu'entretenaient les deux hommes et prouvent, de toute manière, qu'Annie Bouty savait s'y prendre pour trouver des appuis. Bien qu'a contrario l'ex-avocate n'ait parfois même pas levé le petit doigt pour ses clients. Un exemple? Le 19 mai 1988, la "conseillère" était citée devant le tribunal de première instance de Bruxelles par un Africain, un certain N.W. Celui-ci lui avait remis le 14 septembre 1987 une somme de 100.000 F de

provision afin de régler son statut administratif. Bouty lui avait également laissé croire qu'elle était toujours avocate.

Le dossier restait lettre morte et N.W. apprenait entre-temps que son conseil n'était plus inscrit au barreau. Mis au parfum, N.W. a tenté par tous les moyens de récupérer son argent, en envoyant notamment trois mises en demeure restées vaines.

« Aux plus démunis, elle proposait de payer en nature... »

En fait, tout était monté pour endormir la méfiance des clients que Bouty recevait dans son bureau cossu aux murs desquels étaient accrochées des photos d'elle revêtue de sa toge! Elle continuait a se présenter comme avocate et plusieurs plaintes aboutirent d'ailleurs sur le bureau du bâtonnier Jakhian. Lorsque des clients mécontents s'énervaient de ne rien voir bouger ou la pressaient de leur remettre les sommes avancées, Bouty s'arrangeait pour leur barrer l'accès de son cabinet avec la complicité du concierge de l'immeuble ou les menaçaient.

Et selon un avocat bruxellois qui a reçu les doléances de pas mal de candidats réfugiés lésés: « Aux plus démunis, elle proposait de payer en nature »...

Le 29 juin 1994, Annie Bouy était condamnée par la chambre financière du tribunal correctionnel de Bruxelles

à deux fois deux mois de prison pour avoir exploité sans vergogne la détresse d'étrangers. Une peine fort clémente (elle permet de ne pas faire tomber son sursis de 1989) qui n'a pas satisfait le ministère public, qui réclamait par la voix du 1er substitut Jean François Godbille au moins un an de prison. Le parquet a interjeté appel et le dossier est fixé devant la 14e chambre de la cour d'appel de Bruxelles au 24 janvier prochain.

Quant aux parties civiles, elles n'ont reçu aucun dédommagement.

Dans son jugement, la présidente Goblet relevait "qu'il échet de prendre en considération la situation actuelle de la prévenue qui semble avoir pris conscience de Ia nécessité de résoudre ses divers problèmes par des voies honnêtes". Des attendus qui prêtent à sourire, car la "conseillère juridique" a encore reçu voici quelques mois 20.000 F des mains d'un Zaïrois afin de lui obtenir un visa de regroupement familial.

Non seulement elle n'a rempli aucune démarche, mais en plus cette procédure était vouée à l'échec.

Le 11 octobre dernier, alors qu'elle était toujours sous les verrous, Annie Bouty était expulsée du 99 de l'avenue Henri Jaspar...en laissant 750.000 F de loyers et charges impayés à sa propriétaire qui a eu la désagréable surprise de retrouver un appartement complètement saccagé: les chambranles de portes n'existent plus, le parquet a été arraché, des murs percés... Voilà quelqu'un en tout cas qui ne disparaît pas sans laisser de traces...

Michel Bouffioux, Anne Mawis et Mathilde Meyer

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