dimanche 30 août 2009

Le procureur défend son parquet (« La Meuse » du jeudi 12 décembre 1996)


Le procureur défend son parquet

« La Meuse » du jeudi 12 décembre 1996

« Le parquet de Charleroi n'a pas reçu toute l'information », a déclaré M. Marchandise en audience publique La partie de ping-pong entamée il y a près de deux mois entre la gendarmerie et la magistrature s'est poursuivie hier devant la commission d'enquête parlementaire chargée d'examiner les dysfonctionnements de l'appareil judiciaire dans les dossiers Dutroux, Nihoul et consorts.

Hier, M. Marchandise, procureur du Roi de Charleroi n'a pas, à proprement parler,attaqué la gendarmerie, mais une phrase est souvent revenue dans sa déposition: « Charleroi (le parquet) n'a pas reçu toute l'information. » Ses principales réflexions, il les a faites à huis clos mais, déjà en audience publique, on le sentait prêt à défendre bec et ongles les membres de son parquet.

M. Marchandise connaît bien Dutroux, car c'est lui qui avait requis contre lui devant le tribunal correctionnel

de Charleroi en 1989. Mais dans le cadre des faits qui lui sont actuellement reprochés,il n'est intervenu qu'à partir du mois d'octobre 1995, quand il 'a été nommé procureur du Roi. Soit plus de deux mois après le début de l'opération Othello (les surveillances opérées autour de Dutroux).

Une précision d'abord concernant Dutroux: «Pour moi, c'était un pervers sexuel et pas un pédophile. Certes,

en 1986, il avait violé une gamine de 11 ans, mais à cette époque, il avait reproché à son complice de lui avoir

amené une fille trop jeune, lui précisant qu'il n'aimait que les jeunes filles formées. »

Pour M. Marchandise, le parquet de Charleroi a eu une mauvaise perception de l'enquête Othello parce que la gendarmerie n'a pas informé la magistrature du but précis de l'opération. « On n'a jamais dit à aucun magistrat que Dutroux était soupçonné d'avoir enlevé Julie et Mélissa, souligne le procureur du Roi.

Jamais les gendarmes ne l'ont même laissé entendre. Pour moi, l'opération Othello avait pour but de vérifier si Marc Dutroux n'avait pas commis des faits semblables dans la région de Charleroi.

Il manquait beaucoup d'éléments de ce dossier au parquet. S'il les avait eus, il aurait adopté une autre attitude.

De quels éléments s'agit- il? Aujourd'hui, M. Marchandise les connaît mais il n'a pas voulu s'expliquer à ce sujet en audience publique.

Mais pourquoi le parquet de Charleroi n'a-t-il pas transmis ce qui était en sa possession au parquet de

Liège ? « Parce que, pour nous, c'étaient (les' éléments négatifs, explique encore M.Marchandise.

Les perquisitions n'avaient rien donné. Et puis, encore une fois, cette opération n'avait, pour nous, pas de liens directs avec l'enlèvement de Julie et de Mélissa.»

Pourtant, dans les rapports établis par plusieurs gendarmes, dont le maréchal des logis Pettens entendu la semaine dernière à huis clos, figure, en tête des PV, la mention «Objet, Julie et Mélissa ».

Mais M. Marchandise affirme que personne au parquet n'a jamais vu ces procès-verbaux. Il faut donc croire que ces rapports, qui ont effectivement été rédigés par M. Pettens,sont restés dans les bureaux de la gendarmerie. Pourquoi et dans quel but alors que, pour ce sous-officier et plusieurs de ses collègues, Dutroux était le suspect No1 ? Ce sera, bien sûr, à la commission d'éclaircir ce point dans son rapport.

Mais ne serait-ce pas par hasard parce que Dutroux bénéficiait de protections? Certainement pas au niveau

de la magistrature, souligne M. Marchandise. Et aujourd'hui, nous avons la certitude qu'il n'en a pas bénéficié

non plus au niveau ale là police. A ce sujet, il faut d'ailleurs montrer que l'enquête du comité P. (la police des

polices) a mis complètement hors cause l'inspecteur Zicot

Celui-ci est, effectivement, provisoirement écarté du service mais il ne s'agit pas d'une mesure disciplinaire.

Bref, pour M. Marchandise, tout a bien fonctionné au niveau du parquet de Charleroi. Les commissaires lui demandent alors pourquoi, à son avis, l'enquête sur les enlèvements a échoué.

M. Marchandise voit à cela plusieurs raisons, et d'abord la personnalité de Dutroux, «un personnage hors normes sur le plan de la déshumanisation », mais qui donnait toute les apparences de respecter les conditions de sa libération conditionnelle. Ensuite, à cause du manque de transparence et de coordination entre les différents services. Enfin, en raison des multiples lieux où ont été centralisés des morceaux d'enquête (à Liège, à Charleroi et à Bruxelles). «Il faudrait qu’à l'avenir, cela n’arrive plus lors (l'enlèvements», a conclu M. Marchandise avant d'être entendu à huis clos.

J.H.

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Audition de Mm TROCH : Réquisitoire contre la gendarmerie

« La Meuse » du jeudi 12 décembre 1996

TERRIBLE réquisitoire de Mme Troch, substitut du procureur du roi à Charleroi, contre la gendarmerie.Non pas contre les hommes de terrain, qu'elle défend même avec vigueur, mais contre la hiérarchie et le fonctionnement de l'institution. Le magistrat en est même au point de se demander à quoi servent le BCR et les différentes cellules de recherche que l'on crée si l'information ne passe pas entre les brigades.

A Charleroi Mme Troch s'occupe depuis plusieurs années des dossiers d'enfants maltraités. Il est donc tout a fait normal qu'elle ai eu son attention attirée lorsque l'adjudant Michaux, en octobre 1995,lui a parlé d'une opération de surveillance de Dutroux, que l'on soupçonnait d'enlever des enfants.

Mais quand elle a essayé de savoir ce qu'il y avait exactement dedans, par le commandant Legros, elle s'est heurtée à un mur: «Il m'a dit qu'il devait y avoir une farde secrète à la gendarmerie et m'a promis de me la communiquer. Finalement, 15 jours plus tard, il m'a quand même informée.

Mais comme il refusait me donner les noms de ses informateurs, je n'ai pas pu demander un mandat de perquisition. Il a fallu pour cela attendre le mois de décembre. Mais personne ne m'a signalé que ces observations pouvaient concerner quelqu'un que l'on suspectait de l'enlèvement (de Julie et Mélissa».

Mme Troch a obtenu du juge d'instruction Lorent un mandat de perquisition. Elle affirme qu'elle a dit à ce magistrat quil s'agissait de rechercher des caches où se trouveraient des enfants alors que M.Lorent affirme le contraire. Bien sûr, elle n'a pas averti le parquet de Liège via la juge d'instruction Doutrèwe car pour elle, il n'y avait pas de rapport avec l'enlèvement des jeunes liégeoise.

Pour Mme. Troch, c'est donc des gendarmes qui ont mal fait leur travail car L'information n'a pas circulé via le BCR ou la cellule de Grâce-Hollogne. « Pourtant, souligne MmeTroch, M. Michaux m'a dit que la cellule de

Grâce-Hollogne et le BCR était au courant des rumeurs concernant Dutroux. Je ne comprends donc pas comment les gendarmes n'ont pas alerté les magistrats liégeois ».

Mais MmeTroch estime que si Mlle Doutrèwe avait été prévenue, cela n'aurait peut être servi à grand chose car elle est persuadée que les gendarmes de Charleroi ont tout fait pour trouver des endroits où on pouvaient

dissimuler des enfants. Il aurait fallu des éléments sérieux contre Dutroux mais la gendarmerie gardait précieusement son dossier.

J.H.,

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Connerotte définitivement au rancart

« La Meuse » du jeudi 12 décembre 1996

Le combat des parents de Julie, Mélissa, Loubna et An pour que l'instruction de leurs dossiers reste aux mains du juge Connerotte s'est achevé hier sur une défaite.

La Cour de cassation, qui avait dessaisi le juge soupçonné' de partialité suite au fameux souper-spaghetti,

est restée sur ses positions et a rejeté l'opposition des parents comme non fondée.

Cette issue était prévisible.

Hier, c'est dans un calme résigné que la Cour de cassation a rendu son arrêt, devant quelques supporters des familles bien moins nombreux que les journalistes et que les forces de sécurité. On était aux antipodes du climat survolté déclenché par l'arrêt de dessaisissement, le 14 octobre dernier. Les parents eux mêmes Nabela Benaïssa et son père, Gino Russo et Pol Marchal étaient présents maîtrisaient parfaitement leur déception. « Ce n'est pas une guerre, ce n’est qu'une petite bataille que nous venons de perdre », disait Glno

Russo à la sortie du tribunal.

«Conscience sociale » à deux vitesses?

L'amertume des familles a pourtant été exacerbée par...une affaire sans aucun lien avec la leur, jugée en leur

présence quelques minutes auparavant. Il se trouve que la Cour de cassation avait à se prononcer hier matin sur un recours introduit par Alain Van der Biest (voir notre article par ailleurs). Celui-ci contestait son maintien en détention, motivé par le souci de ne pas heurter « la conscience sociale qui pourrait difficilement accepter la levée (de la détention préventive) ». Le procureur général près la Cour de cassation, Eliane Liekendael, a vu dans ce « nouvel élément de jurisprudence » une «considération Inhabituelle » mais parfaitement admissible, et elle a été suivie par la cour.

On ne peut s'empêcher de rappeler à quel point la conscience sociale a difficilement accepté le dessaisissement du juge Connerotte..ll est vrai que ce nouvel élément de jurisprudence n'avait pas encore vu le jour le 14 octobre.

Corinne Toubeau

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Une justice inhumaine

« La Meuse » du jeudi 12 décembre 1996

Jean Denis Lejeune s'y attendait bien sûr. Il n'est pas autre mesure étonné de cette nouvelle décision de la

Cour de cassation.

« Elle fait partie de la longue lignée des décisions que la Justice a prises depuis des mois dans tout ce qu'on lui a demandé, à savoir inhumaine, asociale, trop rigide. Qu'est-ce qu'un souper-spaghetti, pris un soir avec les deux petites filles qu'il a contribué à sauver, pouvait bien influencer la suite de l'enquête?»

Je le répète, le juge Connerotte, c'est lui qui a obtenu les premiers résultats et qui a sauvé le vie de deux fillettes... et c'est le premier puni!

Tous les autres qui ont mal fait leur travail durant l'enquête sont en train de se renvoyer la balle l'un l'autre et on ne sait pas du tout s'ils seront un jour sanctionnés. Il n'y a rien à faire, nous avons une justice qui fonctionne mal.Dès qu'on voit le grand J de la Justice, on doit perdre tout sentiment. »

L.G.

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NEUFCHATEAU

Dossier Dutroux – Nihoul : tous restent en prison

« La Meuse » du jeudi 12 décembre 1996

La chambre du conseil de Neufchâteau a confirmé mercredi matin pour une durée d'un mois les mandats d'arrêt à charge de Marc Dutroux, Michel Diakostavrianos et de Michel Nihoul.

Cette même chambre du conseil a par contre estimé que la détention préventive de Michel Lelièvre et de Michèle Martin qui avait été requise dans le cadre du premier mandat d'arrêt décerné le 13 août dernier et impliquant ces deux personnes dans l'enlèvement de Laetitia Delhez n'était plus nécessaire et ce même si les charges qui pèsent sur elles sont avérées. Toutefois ni Michèle Martin, ni Michel Lelièvre ne recouvreront la

liberté car ils restent en détention préventive à la suite d'un second mandat d'arrêt décerné contre eux.

En ce qui concerne Michel Martin, un deuxième mandat d'arrêt a été délivré le 7 octobre dernier. Elle est prévenue de faire partie d'une bande de malfaiteurs qui ont enlevé Julie, Mélissa, Ann et Eefje et Sabine

Dardenne avec la circonstance que quatre de ces personnes sont mortes. Quant à Michel Lelièvre, celui-ci avait été décerné dans le courant de la semaine dernière et confirmé le vendredi 6 décembre. Il l'impliquait dans les enlèvements de Ann et Eefje ainsi que de Sabine Dardenne.

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DOSSIER LOUBNA : L'avocat de Genevois interrogé, puis relâché.

« La Meuse » du jeudi 12 décembre 1996

Fiévreuse activité, mardi soir et hier encore, dans l'enquête sur la disparition, en août 1992, de la jeune

Loubna Ben Aissa, a Ixelles: après l'arrestation de Jacques Genevois, cet informateur de police inculpé de participation à l'enlèvement, l'avocat de ce dernier, Me Daniel Van Bossuyt (48) a été longuement interrogé

par les gendarmes de Bruxelles, puis par les enquêteurs de Neufchâteau. En cause, les relations du juriste avec son client et Viviane Lefèvre, autre de ses clientes, revenue sur le témoignage écrit qui procurait un alibi à Genevoix lors de l'enlèvement. En fin d'audition, Me Bossuyt a été relâché, mais néanmoins inculpé de faux, ce que le parquet n'a pas voulu confirmer.

L'enquête sur l'enlèvement de la petite Marocaine d'Ixelles a marqué depuis dix jours des points: tout d'abord, Viviane Lefèvre, interpellée à Huy, est revenue sur le témoignage écrit censé disculper Genevois lors de l'enlèvement. Genevois, interrogé peu après l'enlèvement, avait fait produire par son avocat... Me Bossuyt, copie d'une lettre dans laquelle Lefèvre écrivait avoir rencontré Genevois à la gare du Midi rencontré 5 août 1992, vers 12 h 30, heure de l'enlèvement. Lefèvre reconnaît maintenant avoir rencontré Genevois un autre jour, alors qu'une patronne de café avait vu sortir Genevois en rue après le passage de la victime...

Depuis, Lefèvre avait toujours refusé de confirmer ce témoignage. Lefèvre dont l'avocat est aussi... Daniel Van Bossuyt.

Aussi, les enquêteurs s'interrogent sur les influences qui ont poussé le témoin à produire un faux alibi et à se cacher pratiquement durant 4 ans... Daniel Van Bossuyt, né en octobre 1948, diplômé en 1974, inscrit au barreau de Bruxelles en 1979, se trouve en tout cas à la croisée des chemins de tout un groupe: Lefèvre et Genevois, mais aussi... Dolorès Bara, dont il est aussi le conseil. Dolorès Bara, gérante du Dolo, cet établissement d' Etterbeek où se déroulaient des parties fines entre adultes, mais où, pensent des enquêteurs, des contacts entre pédophiles ont pu avoir lieu.

Ces rapprochements ont conduit tout d'abord à l'audition de l'avocat par les gendarmes, durant toute la soirée de mardi; après 7 h d'interrogatoire, il a été conduit au petit matin à Neufchâteau, où il a été entendu par M. Gérard, juge d'instruction chargé du dossier Loubna.

En fin de matinée, selon des sources non confirmées par le procureur Bourlet, Me Van Bossuyt est ressorti libre, mais inculpé de faux et usage de faux; sans doute, il s'agit ici de la fameuse lettre attribuée a Viviane

Lefèvre et disculpant Genevois. Me Van Bossuyt a, toujours selon nos sources, accepté d'être encore entendu, voire confronté, aujourd'hui.

Laurent Wilen et Martine Piette

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