samedi 18 juillet 2009

Un débat exceptionnel ! (« La Dernière Heure » du vendredi 22 novembre 1996 , page 4)


Un débat exceptionnel !

« La Dernière Heure » du vendredi 22 novembre 1996 , page 4

BRUXELLES - Le débat a duré trois heures. Trois heures d'une discussion animée, passionnée, émouvante; pleine d'interrogations, d'enseignements, d'espoirs et de désillusions. A l’image de ce que la population, dans son ensemble, a vécu ces cent derniers jours.

Face à Nabela Benaïssa,Jean Denis Lejeune et Paul Marchal, vingt lecteurs de La Dernière Heure les Sports ont traduit par des mots simples mais d'une force exceptionnelle, les préoccupations et les mentes de tous les

Belges face à des institutions qui les ont considérablement déçus. Avant d'aborder ces sujets, ils ont tenu, cependant à exprimer leur soutien et leur gratitude aux trois porte-croix, ce ,four là, des familles en détresse.

Les questions n'ont à aucun moment manqué de pudeur, de pertinence et de justesse.

Ce débat d'une grande tenue n'a éludé aucun des aspects du dossier. Les parents, avec cette franchise, cette face et cette lucidité que nous leur connaissons,, ont répondu présent trois heures durant.

Au terme de ce marathon, une salve d'applaudissements a remercié nos invités. Comme lorsque, lors de la

Marche blanchet 300.000 personnes ont continuellement frappé dans leurs mains. Ce geste vaut tous les discours.

Merci.

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« Des têtes vont encore tomber... »

DES VÉRITÉS DIFFICILES À AFFRONTER

« La Dernière Heure » du vendredi 22 novembre 1996 , page 4

- Marie Connic : Nabela représente tout un symbole. A 18 ans, il y a quelque chose qui émane de toi, qui force le respect. Comment réagis-tu après ce qu'il s'est passé ? Que penses-tu de la Justice?

- Nabela Benaïssa : « Il est difficile de répondre à cela. Je ne sais pas moi-même. La semaine dernière, j'ai dit : à l8ans, on a beaucoup de Blanche-Neige et de 7 nains en tête. Mais se retrouver devant la réalité, c'est difficile. La justice n'est cependant pas pourrie de A à Z ». Tu crois en qui ?

- Nabela : « En moi...Avez-vous déjà eu connaissance de noms, notamment sur les personnes qui achètent les cassettes pédophiles?

- Jean Denis Lejeune:Il est prématuré d'en parler...

- Marie Connic : Vous étes confiant malgré tout ?

- J.-D. Lejeune : « Oui, confiant en la commission parlementaire. Ils font du bon travail et posent des questions adéquates. Ce qui m'inquiète, c'est le rythme des réunions... Mais j'espère qu'ils vont établir les responsabilités et surtout que certains vont prendre leurs responsabilités.

- René Bours : Quand l'enquête a démarré, vous aviez beaucoup de contacts avec MM. Connerotte et Bourlet. Où tout cela en est-il aujourd'hui

- Paul Marchal : « On ne nous parle plus parce que les enfants sont retrouvés. Mais on peut demander des détails aux enquêteurs si on veut. Je suis sûr qu'ils font du très bon travail. Il est nécessaire de faire certaines choses tranquillement, sans la présence du public. Moi, je suis content de voir que les policiers font leur travail.

- R. Bours : Mais savez-vous ce qu'il s'est passé réellement

- P. Marchal : « Non, pas exactement. Mais il y a des choses qu'on sait et qu'on veut garder confidentielles. Il est important de ne pas tout dire. Mais c'est vrai qu'on n'est pas au courant de tous les éléments de l'enquête.

- Y a-t-il des limites aux réponses qu'on vous donne?

- J.-D. Lejeune : « Oui. Quand Louisa, mon épouse, pose des questions sur Julie, on dévie la conversation sur un autre dossier. Il y a peut-être des vérités qui sont difficiles à affronter. Nous devrons de toute façon attendre d'être un mois avant le procès pour enfin avoir accès au dossier. Avant d'être victime au deuxième

degré car les premières victimes, ce sont les enfants-, moi, la justice, je ne savais pas comment ça fonctionnait. On n'a rien à dire, on n'existe pas. Les victimes ne sont pas prévues dans le code.

- Martine Peereman : Avez vous accès au dossier?

- J.-D. Lejeune : « Oui, pour tout ce qui concerne Liège, donc ce qui s'est passé du 24 juin 1995 au début août. En principe, on devrait recevoir gratuitement des copies de ce dossier. Mais le problème, c'est qu'il n'y a personne pour les faire ! A Neufchâteau, on n'a accès .à rien. Par contre, les inculpés peuvent consulter leur dossier deux fois par semaine !

- R. Bours : Pour avoir accès au dossier, il faut être incarcéré !

- M. Connic : Nabela, as-tu trouvé des gens objectifs à la commission?

- N. Benaïssa : « J'ai eu quelques bonnes impressions. J'ai rencontré quelqu'un qui a dit : « l'estime qu'il aurait fallu nommer un juge d'instruction ». Pour une fois, ce n'était pas quelqu'un qui venait seulement se défendre. A certains moments, j'ai ressenti de l'agressivité envers moi. Mais je ne vais pas en rester là, je vais répondre... Plus tard...

- Michael Mandi : Si la commission montre qu'il y a des lacunes, les ministres responsables seront-il visés?

- J.-D. Lejeune : « Qui va prendre ses responsabilités dans cette histoire ? Personne n'osera!»

- R. Bours : Est-il exact que vous avez essayé de contacter M. Wathelet ?

- J.-D. Lejeune : « Oui, mais il était injoignable...

- R. Bours : Sera-t-il entendu ?

- J.-D. Lejeune : « Je ne sais pas...

- M. Mandi : L'enquête va t-elle aller plus haut

- N. Benaïssa : « On est comme vous. On n'est pas plus informé... On ne mène pas l'enquête. Imaginiez même que nous sachions quelque chose, on ne va quand même pas tout vous révéler ! Mais je ne pense pas qu'on va s'arrêter à Dutroux-Nihoul; des têtes vont encore tomber... »

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Légende photo :

« Perdre un proche, c'est déjà terrible.Mais Maintenant qu'on sait tout ce qu`on sait... »

Jean -Denis:Lejeune explique qu'il ne dort pas plus de trois heures par jour.

Il ne s'aperçoit même plus, dit-il, quand il est fatigué.

(Ph. Didier Bauwerts}

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Leurrés de bout en bout

DYSFONCTIONNEMENTS DANS LES ENQUÊTES

« La Dernière Heure » du vendredi 22 novembre 1996 , page 4

- Marieur Bouselmati : Pouvez-vous pointer les dysfonctionnements graves au début des enquêtes

- N. Benaïssa : « Je suis sous le cou de plus de 20 heures d'audition et je n'y vois pas plus clair. C'est du ping-pong. C'est pas moi, c'est l'autre. lis se renvoient tous la balle

- J.-D. Lejeune : « Tout a commencé un samedi soir. Il n'était pas facile alors de trouver quelqu'un de garde. La gendarmerie est venue et la camionnette a tourné dans le quartier. Mais ça, on l'avait déjà fait nous-mêmes auparavant... Le chien pisteur est arrivé à 22h30...»

- N. Benaïssa : « Tu as de la chance toi, tu as eu un chien pisteur...

- J.-D. Lejeune : «A minuit, la BSR est arrivée. Ils nous ont demandé si on était d'accord pour mettre notre téléphone sur écoute. A nos frais, car le Parquet trouvait que cela était encore prématuré...

Le lundi soir, quand l'enquête a été confiée à un juge d'instruction, ils ont repris les frais d'écoute.

Apparemment, tout se passait bien. Mais il faut savoir que nous avons seulement eu douze réunions en quatorze mois. Il n'y avait pas une bonne collaboration entre la PJ et la BSR. Il y avait un manque de communication, chacun voulant garder ses infos pour les traiter à sa manière.

- R. Bours : Le juge d'instruction a été nommé après deux jours?

- J.-D. Lejeune : « Mme Doutrewe devait partir en vacances. Tout le monde a besoin de vacances après un an de travail, je ne dis rien contre ça. Mais pour les parents, les premiers moments sont les plus importants... Nous avons eu affaire à cinq juges d'instruction... »

- J.M. De Montpelier : Dans le cas de M. Marchal ?

- P. Marchal : « Quand les jeunes du groupe d'An et Eefje sont allés à la police de Westende, signaler la disparition des filles, on a ri d'eux. On leur a dit qu'elles étaient sûrement avec des garçons... A 22 h, on nous a téléphoné. Nous sommes allés à la permanence de la police de Middelkerke. Ils nous ont dit qu'elles allaient revenir. On nous a envoyés à Bruges. C'était le vendredi et elles avaient disparu mercredi matin...

- E. Lecomte : Est-il exact que le Parquet de Bruges vous a présenté des excuses?

- P. Marchal : « Non ! J'ai juste reçu un fax dans lequel on disait que j'étais un pisse vinaigre... Je n'ai jamais vu un juge d'instruction à Bruges; j'en ai juste eu un une fois au téléphone. Maintenant, il donne des conférences dans les écoles!

- Raymonde Adriaenssens : Êtes-vous en colère contre le fameux hypnotiseur?

- P. Marchal : Oui, toujours ! Je suis sûr que s'il n'y avait pas eu ce spectacle, les deux filles seraient maintenant à la maison.

- R. Adriaenssens : Quand on a retrouvé Julie et Melissa, on vous a interdit de vous rendre à la morgue. Les mamans étaient alors en colère et ont déclaré qu'elles n'étaient pas sûres qu'on enterrait leur propre enfant.

- J.-D. Lejeune : « Nous avons été leurrés pendant quatorze mois. On s'est alors dit pourquoi serait-on sûrs, maintenant, que ce sont elles ? Mais c'était peut-être une façon de ne pas vouloir faire face à la réalité....

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CENTRE DE RECHERCHE D’ENFANTS DISPARUS

L'espoir d'une collaboration avec les forces de l’ordre

« La Dernière Heure » du vendredi 22 novembre 1996 , page 4

- Wyma Lhôte : Que pensez vous de l'émission Témoin n°1 ?

- J.-D. Lejeune : Le principe est bon. Cette émission permet de diffuser des milliers d'affiches qui suscitent beaucoup de témoignages.

- W. Lhôte : Ce sont les personnes qui n'en ont pas besoin qui critiquent ce genre de programme...

- M. Peereman : On a beaucoup parlé du centre américain de recherche d'enfants disparus. Où en est-on à votre niveau ?

- J.-D. Lejeune : « Je suis allé deux fois aux États-Unis. Une première pour dégrossir le sujet et une deuxième pour approfondir les contacts. M.Dehaene a les cartes en main. S'il ne veut rien faire, on a de toute manière des contacts avec des partenaires privés. S’ils veulent bien investir sans passer par le gouvernement. Mais il faudra des moyens importants; c'est plus qu'une asbl

- M. Peereman : Vous attendez des feux verts ?

- J.-D. Lejeune : « On espère une collaboration, notamment avec les forces de police. Le centre sera là pour faire pression sur les enquêteurs. Ce qui leur fait peur, c'est la privatisation du centre. Il faudra changer certaines lois. Mais il n'est pas question qu'on se fasse récupérer. Sinon, on ne sera plus crédibles

- Nadia Bernard : Quels sont les résultats obtenus par le centre aux États-Unis ? Sont ils en rapport avec les moyens développés ?

- J.-D. Lejeune : « Oui. Le taux de réussite oscille entre 30 et 40 %. On retrouve un enfant sur deux ou trois. Mais attention, il n'y a pas que des enfants victimes de pédophiles; il y a aussi beaucoup de rapts parentaux.

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