samedi 18 juillet 2009

Grafé sur les traces de Di Rupo (« La Dernière Heure » du vendredi 22 novembre 1996 , page 3)


Grafé sur les traces de Di Rupo

« La Dernière Heure » du vendredi 22 novembre 1996 , page 3

LA COMMISSION SPÉCIALE DU CONSEIL DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE S'EST PENCHÉE SUR SON SORT JUSQUE TARD HIER SOIR

BRUXELLES - Travailler vite et bien. Le mot d'ordre respecté, la veille, à la Chambre l'a aussi été, hier, au Conseil de la Communauté française. La commission spéciale d'enquête y a entamé l'examen de la demande de mise en accusation du ministre de l'Enseignement supérieur francophone, Jean-Pierre Grafé, pour faits supposés de pédophilie, avec l'espoir de clôturer ses travaux (toujours en cours au moment de boucler cette édition) dans la nuit.

Contrairement à ce qui a pu être dit, le dossier soumis .aux 7 membres de la commission est la réplique exacte de celui concernant Elio Di Rupo. Les accusations sont celles du seul et même Olivier Trusgnach, et ne reposent donc non plus, pour l'heure, sur aucun élément matériel.

Détails

C'est de nouveau la parole d'un homme contre celle d'un autre. A la différence que, dans le cas présent, Trusgnach fournit des détails parfois très précis qui indiquent que, s'il ne connaît pas Jean-Pierre Grafé, il évolue ou a évolué dans une mouvance qui lui est proche.

On se gardera d'en tirer la moindre conclusion hâtive. Le fait, par exemple, qu'il décrive son appartement ne signifie pas forcément qu'il y a vu les cassettes ou photos pédophiles dont il parle. Ou qu'il ait pu être mineur au moment d'une hypothétique relation.

C'est à la justice qu'il appartient de trancher ce genre de questions.

Raison pour laquelle on imaginait vraiment mal, hier soir, comment la commission du CCF pourrait éviter de conclure sur la nécessité d'un complément d'enquête, sans doute à la manière de ce que le Chambre a décidé pour M. Di Rupo. Avec cette différence d'enjeu que, dans le cas présent, selon la date à laquelle remontent les faits, M. Grafé risque d'être jugé en cassation ou en droit commun.

Il a eu l'occasion de se défendre devant ses pairs en début de soirée. Après une journée chargée, qui l'aura notamment vu participer, le matin, à une réunion des ministres européens de l'Éducation qui ont lancé un appel unanime en faveur de mesures nationales, européennes et internationales contre la... pédophilie. Il est de ces hasards de calendrier...

En sursis jusqu'au 9 décembre

Du côté de la Chambre, la commission spéciale était parvenue à un compromis, à 2 h 30, dans la nuit de mercredi à jeudi, sur le cas d'Elio Di Rupo. Sans surprise, l'assemblée, réunie en séance plénière à huis clos, a confirmé le verdict des 11 commissaires, hier aprèsmidi, par 103 voix contre 20 (essentiellement dans les rangs extrême droite et Agalev).

Elio Di Rupo n'est donc pas mis en accusation, mais la Chambre charge la Cour de cassation d'une

mission générale d'information et d'instruction ». En clair : effectuer tous les devoirs utiles pour étayer, en positif ou en négatif, le dossier. Par quels actes ? Les avis divergent.

Certains pénalistes estiment que cela renferme ceux d'une instruction classique (audition, confrontation, etc.), sauf l'arrestation. Une version que Didier Reynders (PRL) conteste : pour lui, la mission est « générale », soit sans entrave. Les juristes trancheront.

La Cour de cassation a jusqu'au 9 décembre pour remettre un rapport sur le fruit de ses travaux à la Chambre. On verra alors s'il faut mettre M. Di, Rupo en accusation ou prononcer le non-lieu.. Dans l'intervalle, le CVP accorde un sursis à M. Di Rupo. Il peut donc rester en fonction jusqu'au 9. Grâce à Jean-Luc Dehaene, dit-on, qui a pesé de tout son poids dans les coulisses. Hier, à la tribune, il a sans ambiguïté réitéré toute sa confiance à son premier vice-Premier ministre. Les jours à venir diront s'il a euraison...

Ch. C.

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Le choix de l’équité

Commentaire de Christian Carpentier

« La Dernière Heure » du vendredi 22 novembre 1996 , page 3

En faisant le choix de la troisième voie, qui permet les actes d'instruction sans mettre en accusation le chef de file socialiste du gouvernement fédéral, la Chambre a opté, hier, pour la solution la plus équitable, politiquement et moralement.

On a trop peu rappelé, ces derniers jours, que la tâche des membres de la commission spéciale d'enquête n'avait jamais été de se prononcer sur le fond des graves accusations proférées à l'encontre d'Elio Di Rupo.

Leur seule et unique mission consistait à apprécier si, dans le dossier transmis par la Justice, existaient suffisamment d'éléments engendrant une suspicion suffisante - et non une quelconque culpabilité. - que pour justifier que des enquêteurs puissent les vérifier sans se heurter à l'immunité dont jouit tout ministre en exercice.

Une précision d'autant plus importante à réitérer à' l'heure où les révélations de l'unique témoin mettant en

cause le ministre montois paraissent plus que jamais sujettes à caution, renforçant le malsain sentiment de malaise ressenti dès le début.

La justice dispose, à présent, d'un laps de temps suffisant pour mener à bien les actes d'instruction qu'elle

aurait sans doute accomplis si, le week-end dernier, une fuite - qui reste tout sauf innocente - dans quatre

quotidiens flamands ne l'avait forcée à sortir précipitamment du bois. Et à lâcher un dossier qui fleure

bon la guerre des polices et qu'elle-même ne jugeait alors pas suffisamment mûr que pour enclencher une machine que la fuite a définitivement transformée en broyeuse, facilitant d'autant plus le lynchage hâtif, puisque appuyée sur des dires non recoupés.

On saura vite si le témoin détient, comme il l'affirme, du courrier ou des photos. On pourra alors voir si ces éléments ont un quelconque lien avec MM. Grafé et Di Rupo. De même que si les faits - ainsi que leur époque – constituent ou non une infraction. Et en tirer les conséquences qui s'imposent.

Dans l'intervalle, le ministre de l'Économie et des Télécommunications a obtenu un sursis du CVP.

Théoriquement jusqu'au 9 décembre. Un calvaire politique et humain de 17 jours et 17 nuits qui sera loin d'être facile à gérer, et dont il sait que, même blanchi, il gardera des traces. D'autant qu'il a déjà bien compris que si, au terme de l'instruction qui démarre, des doutes à son sujet devaient subsister, il aurait bien peu de chances de grignoter un nouveau rabiot de confiance du premier parti flamand. Avec l'issue que l'on devine...

Christian Carpentier

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Une dizaine d’enquêteurs sont redescendus à Marcinelle

LA MAISON DE L'AVENUE DE PHILIPPEVILLE

« La Dernière Heure » du vendredi 22 novembre 1996 , page 3

MARCINELLE - C'est dans la plus grande discrétion qu'une équipe d'enquêteurs est arrivée, hier matin, dans la maison de l'avenue de Philippeville, à Marcinelle, là où Marc Dutroux avait séquestré dans sa cache Julie, Mélissa, Sabine, Laetitia, ainsi que peut-être bien d'autres jeunes victimes innocentes. An et Eefje, Loubna Benaissa ont-elles séjourné dans la geôle exiguë construite avec soin par le maniaque de Marcinelle ?

Le doute semble encore planer sur ce point. Aucun service d'ordre particulier n'avait été requis, hier, pas de périmètre de sécurité non plus : il faut dire que cette visite n'avait pas été annoncée et que les abords de la maison étaient déserts. Les enquêteurs étaient en bon nombre: une dizaine de gendarmes étaient présents, il y avait également un chien de la gendarmerie. Une architecte, qui avait déjà visité et expertisé la maison,était également sur les lieux ainsi que divers personnes en civil qui venaient de Neufchâteau mais ni le juge d'instruction Langlois, ni son adjoint n'étaient présents.

Les enquêteurs ont fait sauter les scellés et sont entrés dans la maison. Ils y sont restés plus d'une heure puisqu'ils ne sont ressortis que peu après midi. Ils ont emporté divers objets trouvés sur place. Une chaussure pour dame de couleur beige, une petite couverture, divers objets de plastique, des boîtes au contenu manifestement mystérieux. On a reposé les scellés et les enquêteurs sont repartis sans faire l'ombre d'un commentaire. A Neufchâteau aussi, on veut rester très discret sur les buts et motifs de cette visite dans une maison qu'on croyait ratissée de fond en comble depuis longtemps.

Perquisition

Il semble cependant que ce soit à la suite de la visite, il y a quelques semaines, de la commission parlementaire sur l'affaire Dutroux, que la perquisition ait été ordonnée.

On se souviendra en effet que plusieurs parlementaires avaient exprimé leur surprise après avoir vu dans la maison divers objets qui leur semblaient pouvoir présenter un intérêt pour l'enquête: des objets personnels, comme des brosses à dents, qui pouvaient être expertisés.

En effet, si la cave où étaient enfermées les petites victimes a été entièrement dégagée, le reste de la maison reste encombré d'une foule d'objets. Un fatras visible depuis les fenêtres de l'étage de la maison de Marc Dutroux. Quant à la présence du chien de la gendarmerie, elle pose des questions,celui-ci était-il sur les lieux pour éventuellement renifler de nouvelles pistes, pour détecter l'éventuelle présence d'armes, d'explosifs, de drogues ?

S'agit-il de chercher des indices relatifs à la disparition de la petite Loubna Benaïssa qui semble être la priorité des enquêteurs de Neufchâteau ?

F.M.

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CLAUDE LELIÈVRE ESTIME QUE LE COMITÉ « POUR NOS ENFANTS » ABUSE DE SES PRÉROGATIVES

« On enquête, on tranche, on joue au magistrat »...

« La Dernière Heure » du vendredi 22 novembre 1996 , page 3

BRUXELLES - «Après avoir reçu les derniers rapports de Mme V., et après avoir entendu le papa du petit John (prénom d'emprunt,ndlr), nous avons été obligées de reconsidérer votre dossier, qui ne présente aucun élément qui puisse appuyer vos déclarations. (...) Les gestes de John vis-à-vis de son papa lors du droit de visite ne montrent d'ailleurs aucun signe de crainte de la part du petit garçon, mais plutôt une satisfaction certaine d'être en sa compagnie. Bien d'autres détails encore donnent à penser que votre sincérité est à mettre en doute. De ce fait, nous sommes obligées de constater que vous avez délibérément enfreint les règles imposées en cas de demande d'assistance au Comité ».

Pour qui se prend le comité Pour nos enfants? Pour un juge? Un avocat ? Une assistance sociale ? Le papier à en-tête est barré, à gauche, de la balance de la justice. En dessous, on parle d'association de parents d'enfants victimes de la pédophilie. On voit souvent les deux fondatrices, Nathalie Werpin et Véronique Naveau, à la télé, en raison de l'actualité. Elles participent à tous les débats. Pas plus tard qu'hier, elles remettaient à la Chambre une pétition, certes tardive, contre le dessaisissement du juge Connerotte. On sait moins que, derrière les caméras, elles s'arrogent des prérogatives qui dépassent largement celles d'une simple asbl de soutien.

Rapports établis

Nous avons reçu le dossier de Mme C., de la région liégeoise, qui a trait à des actes de pédophilie commis sur son fils John. Tout comme nous avons pu lire la lettre adressée à cette dame par le Comité, dont elle avait sollicité l'assistance, lettre dont nous reproduisons des extraits plus avant. Nous avons demandé à Claude Lelièvre, qui a reçu le même dossier hier, ce qu'il en pensait. Le délégué général aux droits de l'enfant pour la

Communauté française, qui, lui, a bien le pouvoir d'intervenir dans pareil cas d'enfant en danger, a été clair: le comité « Pour nos enfants » outrepasse ses fonctions. «Il est vrai que, face à un dossier de pédophilie, diverses instances sont à même d'intervenir; par contre, !es asbl ne peuvent aller au-delà de leurs prérogatives. On peut imaginer de certaines une guidante, un travail de prévention, si elles sont subsidiées en ce sens, mais ici, à quoi joue-t-on ? On tranche, on enquête, on se prend pour un juge.

C'est évident que je vais réagir officiellement. Je l'ai déjà fait dans le passé, pour un autre dossier, une autre association : la personne responsable a été appelée à s'en expliquer au parquet, avec menaces de poursuites si elle récidivait ».

Pour en revenir au cas du petit John, les éléments en notre possession semblent indiquer que non seulement le comité va trop loin en s'arrogeant le pouvoir d'entendre les parties, mais surtout en portant un jugement sur les faits invoqués ! Les faits sont graves. Plusieurs rapports d'une psychothérapeute désignée par le tribunal de la jeunesse insistent : John (quatre ans seulement) est en danger, une mesure d'urgence doit être prise.

Les termes fellations, pénétration anale sont encore utilisés, en référence au droit de visite chez le père. La psy, en conclusion, préconise le placement provisoire de John chez les grands-parents maternels. En date du quatre novembre passé, l'enfant a effectivement été confié, mais à ses grands parents paternels, qui autoriseraient le papa de John à le voir. La maman est inquiète. Deux femmes, qui ont profité des dramatiques événements de l'été pour se projeter sous les feux de l'actualité, qui font remplir des documents de demande d'assistance, où le signataire s'engage à remettre tous les éléments prouvant sa bonne foi, ont, elles, tranché.

Nancy Ferroni

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