mardi 30 décembre 2008

Plus rien n'arrêtera l'enquête (Dernière Heure de vendredi 18 octobre 1996 page 2)


Peines incompressibles la Chambre reste sourde

La Dernière Heure  de vendredi 18 octobre 1996 page 2

BRUXELLES - Deux mois, jour pour jour, après la découverte des corps de Julie et Mélissa, les députés étaient réunis, jeudi, en séance plénière. Alors que les manifestations se poursuivaient dans tout le pays et que des dizaines de milliers de Belges s'apprêtent à défiler dimanche à Bruxelles, les débats ont malheureusement donné l'impression de tourner en rond.

Avant d'instituer la commission parlementaire d'enquête sur l'enquête sur l'enquête (!) Dutroux, les députés se sont essentiellement exprimés sur la pétition remise par l'asbl Marc et Corine et signée par plus de 2.600.000 citoyens, un record. L'un des points essentiels de cette pétition concerne, on le sait, l'introduction, dans nos lois, des peines incompressibles. Concrètement, les représentants ne se sont toujours pas mis d'accord pour rouvrir le débat sur le sujet... La majorité avait déjà refusé ces peines incompressibles lors du vote de l'abolition de la peine de mort.

Pour le PRL-FDF et le VLD, qui militent pour ces peines de sûreté, il y a urgence. « Le gouvernement veut-il protéger nos enfants ou continue-t-il à prôner avant tout des idées de réinsertion sociale ?

La première priorité doit être la sécurité de nos enfants ! »,clame le député Didier Reynders.

Selon le PS, par contre, les peines incompressibles sont « inutiles, inefficaces et dangereuses », pour reprendre les adjectifs de Serge Moureaux. Rejoint sur ce point par Nathalie de T'Serclaes (PSC), le député socialiste constate que même sans modification de la loi actuelle, il est tout à fait possible qu'une personne condamnée à une peine de prison doive exécuter l'entièreté de cette peine ». Ecolo est d'accord pour débattre à nouveau de ces peines incompres sibles, compte tenu de l'ampleur de la pétition, mais fait déjà connaître ses réticences, notamment sur la question (évoquée par tous les autres adversaires du projet) de savoir si ces peines ne vont pas inciter l'auteur à éliminer sa victime pour ne pas prendre le risque d'être identifié. La réponse du PRL-FDF à ce sujet est cinglante: « Dutroux a déjà agi de la sorte, alors qu'il n'y a pas de peines incompressibles. Le ministre de la Justice Stefaan De Clerck, qui refuse toujours l'idée de ces peines à terme fixe, a estimé que la pétition était un appel à revoir globalement la politique judiciaire. Ses réformes, dont il a dressé à nouveau le catalogue, permettront l'adaptation nécessaire de la loi lejeune sur les libérations conditionnelles. II a, entre autres, rappelé l'instauration de chambres d'exécution des peines, composées de juges (sans doute 3) qui devront marquer un accord unanime sur la libération. Le ministre compte aussi beaucoup sur le suivi spécifique des délinquants sexuels et sur l'amélioration du suivi social des libérés.

Les différentes formations politiques ne s'entendent jusqu'ici que sur un seul point: la place des victimes dans la procédure doit être revue complètement.

Procès contre le PTB

Par ailleurs, les familles Russo et Lejeune ont introduit une action en référé devant le tribunal de première instance à Bruxelles visant à obtenir la cessation de l'emploi des noms de Julie et Mélissa par le PTB (Parti du travail de Belgique). Selon les plaignants, le PTB tente de récupérer politiquement ou idéologiquement les noms de Julie et Mélissa, ainsi que ceux, d'ailleurs, d'An et Eefje. Ils ont dès lors intenté une action en extrême urgence. Les parents rappellent que « leur but est de faire une marche digne, à la mémoire de leurs enfants disparus, et non de la voir dégénérer en expression d'ambitions politiciennes diverses ».

Benoît Franchimont

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Légende Photo Pétition

L'asbl Marc et Corine avait transmis à la Chambre une pétition signée par un quart de la population belge, demandant l'instauration de peines incompressibles.

L'opposition, notamment par a voix de Didier Reynders, demande le débat. La majorité refuse jusqu'ici...

(Ph. Belga et Etienne Ansotte)

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LE JUGE GÉRARD DEVRAIT ÉPAULER JACQUES LANGLOIS

Un homme « très famille »

La Dernière Heure  de vendredi 18 octobre 1996 page 2

RECOGNE - « Pas de commentaire. Rien n'est officiel pour l'instant... » Le regard semble ajouter

« Désolé d'être aussi peu loquace, mais les circonstances l'imposent. L'homme referme aussitôt la porte, non sans saluer poliment.

Dominique Gérard, 35 ans, juge à Arlon depuis 1995, se refuse donc à toute déclaration sur les bruits de plus en plus insistants qui annoncent son arrivée à Neufchâteau comme juge d'instruction pour épauler Jacques Langlois, le tout récent successeur de Jean-Marc Connerotte, dans le cadre des dossiers Dutroux et connexes.

II va être 13 h, ce jeudi. Une Nissan Primera noire vient de débouler à toute vitesse dans l'allée de graviers, rompant le calme qui règne autour de cette jolie demeure, construite au milieu d'une pelouse verdoyante, sur la route de Libin, à la sortie de Recogne.

Une bâtisse d'aspect moderne, pourtant empreinte du charme traditionnel que lui confèrent les pierres du pays dont elle est construite. Un mur de blocs attend encore d'être couvert de crépi. C'est que les propriétaires n'occupent les lieux que depuis 3 ans. De retour d'Arlon pour le dîner, le juge Gérard, cheveux légèrement en brosse, barbe soignée, lunettes sur le nez et veston bleu électrique, est entré rapidement dans la maison par une porte de côté, pour réapparaître, au premier coup de sonnette, quelques secondes plus tard, sur le seuil de l'entrée principale et y faire sa laconique déclaration.

Trois enfants

Sur la personnalité de ce jeune juge originaire de Libramont, ancien du barreau de Neufchâteau puis substitut du procureur... Bouret, c'est son épouse, Cécile, native d'Eprave, qui a pudiquement accepté de soulever un coin du voile, peu avant son arrivée. « Mon mari est très famille ». (Le couple a trois enfants, que Mme Gérard, femme au foyer, élève elle-même: Pau lire, 2 ans, Marie, 3 ans, et François, 6 ans.) Il a aussi - jus qu'à présent, en tout cas – plusieurs hobbies. Il pratique le basket, fait partie de la Jeune Chambre économique et est administrateur de « Parole et lumière », une asbl pour sourds et aveugles.

J'espère que, même s'il devait être désigné à Neufchâteau, il pourra continuer tout cela... Quant à son travail, on peut dire que c'est un homme qui aime aller au fond des choses. Quand il commence, c'est pour aller jusqu'au bout de ce qu'il entreprend. » Fort sympathiquement, Mme Gérard reconnaît aussi : « Nous ne sommes pas encore sûrs de cette désignation, mais j'avoue que l'idée de voir mon mari travailler sur cette affaire me fait un peu peur. C'est une lourde charge. Mais le fait qu'il s'agirait de la partager à deux est un peu rassurant. D'ailleurs, mon époux connaît et apprécie M. Langlois il serait content de travailler avec lui. »

Laurent Belot

 

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Colère, Chaque jour un peu plus !

La Dernière Heure  de vendredi 18 octobre 1996 page 2

BRUXELLES - La pression continue. Du nord au sud et d'est en ouest, les Belges ne lâchent pas prise. Partout, la mobilisation se poursuit, et les signes de solidarité avec les familles des victimes se multiplient. Jamais, sans doute, une décision de justice n'avait suscité autant de réactions.

A Liège, plusieurs centaines d'étudiants et d'ouvriers d'interbrew se sont massés jeudi en fin de matinée devant le palais de justice et sur la place St-Lambert.

A Huy, des centaines de personnes se sont rassemblées sur la Grand-Place. Ils ont acclamé Jean-Denis Lejeune qui avait été reçu par la bourgmestre de Huy, Anne-Marie Lizin.

Grève à la Stib

Dans la région namuroise, les postiers de Jambes ont interrompu leur travail pour se rendre en cortège au palais de justice de Namur. Les manifestants avaient tous des paquets de pâtes qu'ils distribuaient aux passants.

A Dinant, des calicots ont été disposés près du palais de justice. A Arlon, les cheminots de l'atelier SNCB de Stockem se sont réunis à 13 h sur la place Léopold.

Dans la capitale, les chauffeurs du dépôt Delta de la Stib ont entamé jeudi matin, vers 6 heures, une grève spontanée. Ils se sont ensuite rendus au palais de justice. L'action a entraîné d'importantes perturbations sur une dizaine de lignes. Le personnel de la Bibliothèque royale a également tenu à exprimer sa solidarité.

10.000 Limbourgeois

A Vilvorde, les ouvriers des usines Renault ont bloqué le viaduc du ring. La circulation a été brièvement interrompue à la sortie du viaduc en direction de Zaventem. Dans le nord du pays aussi, les réactions ont été vives. Ils étaient environ 5.000 à Malines, 4.000 à Anvers, 1.200 à Aarschot, un millier à Diest et à Louvain, à arpenter les rues pour exprimer leur soutien au juge d'instruction et protester contre « le mauvais fonctionnement de la justice ».

A Anvers, le personnel du centre de tri Anvers X s'est joint au mouvement en bloquant un important carrefour à une heure de pointe. 6.000 étudiants ont manifesté devant l'hôtel de ville dont sept ont été appréhendés pour déprédations.

Dans le Limbourg, plusieurs dizaines de personnes ont manifesté jeudi devant le palais de justice de Hasselt et dans toute la province, le palais a été canardé de pommes, de tomates, d'oeufs et...de spaghettis. Paul Marchal, le père d'An, a tenté de calmer les esprits.

Enfin, toujours à Hasselt, les travailleurs de Philips et les élèves de la ville ont formé un barrage sur la Kempischesteenwe.

Au total, ce sont quelque 10.000 Limbourgeois qui ont manifesté dans toute la province.

F.D.B.

 

 

 

 

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