mercredi 24 décembre 2008

LES PARENTS SONT DÉÇUS : Un coup de massue ! ! ! (« La Dernière Heure » du jeudi 17 octobre 1996 page 3)


DE CLERCK LEUR A EXPLIQUÉ POURQUOI L'OPPOSITION NE RETARDERAIT PAS LE DESSAISISSEMENT DE CONNEROTTE

Le ministre et les familles

« La Dernière Heure » du jeudi 17 octobre 1996 page 3

BRUXELLES - Face au navire Justice qui prend l'eau de toutes parts, le ministre Stefaan De Clerck, qui a hérité l'an passé d'une situation laissée par son prédécesseur Melchior Wathelet, s'efforce tant bien que mal de colmater les brèches.

Si l'enquête après les disparitions de Julie, Mélissa, An et Eefje a été scandaleuse, c'est aussi faute pour les juges et magistrats du parquet d'avoir disposé d'un code de procédure pénale ne datant plus de l'âge du bronze.

Des avants projets de textes existent. Le ministre de la Justice les a déposés pour avis au Conseil d' État en avril 1995. Où ils y dorment depuis dix huit mois. « Le retard du Conseil d'État est inadmissible, s'écrie le ministre, mais mes rappels n'ont jusqu'à présent obtenu aucun effet...

Stefaan De Clerck en profite pour dissiper un malentendu « Non, dit-il en substance, je n'empêche pas les parents de faire opposition au dessaisissement du juge Connerotte par la Cour de cassation. J'ai simplement fait réaliser des recherches juridiques auprès de juristes éminents, professeurs d'université à liège et à

Louvain ainsi qu'avocats. Leurs avis ont été unanimes : le dessaisissement du juge Connerotte est immédiat quand bien même les familles feraient opposition. J'en ai informé les parents. J'ai appris mercredi matin par les médias que ceux-ci avaient finalement décidé de renoncer. C'est leur décision.

Jusqu'au bout

Encore doivent-ils savoir qu'ils ont un mois pour éventuellement changer d'avis... le ministre, qui se paie des journées de 36 heures, est allé vérifier sur place à Neufchâteau que tout y était mis en oeuvre pour que l'enquête « aille jusqu'au bout ». « J'ai rencontré les juges J. -M. Connerotte et Jacques Langlois. Je leur ai promis qu'un magistrat viendrait prochainement les épauler (deux noms sont évoqués : ceux du juge d'instruction Dominique Gérard, d'Arlon, et de son collègue bruxellois, Damien Vandermeersch, ndlr).

J'ai rencontré Michel Bourlet ainsi que les chefs d'enquête, tant de la PJ que de la gendarmerie. Tous m'ont affirme qu'ils ne manquaient de rien sur le plan matériel et technique.Leur motivation commune est d'y aller à fond. Ils réclament du personnel...

A ce jour, 90 péjistes et 240 gendarmes « oeuvrent » sur l'affaire Dutroux & Co. 350 hommes c'est sans précédent. L'une des taches consiste en l'examen des fameuses K7: plus de 5.000. Pour en améliorer la qualité, la police belge s'est adressée à des laboratoires privés et universitaires. Le ministre l'affirme : un système a été conçu pour empêcher que ces cassettes soient détruites, écartées ou simplement « égarées ».

Gilbert Dupont

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 LES PARENTS SONT DÉÇUS : Un coup de massue !

« La Dernière Heure » du jeudi 17 octobre 1996 page 3

LIÈGE -Mardi en fin de journée, les parents de Julie Lejeune, de Mélissa Russo, d'An Marchal, de

Loubna Benaïssa et la maman d'Elisabeth Brichet ont rencontré le ministre de la justice,M. Stefaan De Clerck.

Peu avant cette rencontre, le conseil de la famille Benaïssa avait annoncé qu'il suivrait les familles Lejeune et Russo dans leur intention de faire opposition à l'arrêt de la Cour de cassation.

Mais à leur sortie du ministère, les parents, qui affichaient tous une triste mine, ont annoncé qu'ils renonçaient à ce droit.

Que s'est-il passe durant les longues heures que les familles ont passées entre les murs du ministère pour qu'un tel revirement de situation se produise ?

Le ministre nous a dit qu'à Neufchâteau, dans l'après-midi, il avait rencontré M. Moinet, le président du tribunal de première instance, et que celui-ci lui avait déclaré qu'il avait déjà choisi M. Lanqlois pour succéder à M. Connerotte dès lundi.

Pour rappel, M. Moinet, c'est le juge qui a ordonné les libérations d'Annie Bouty et de Michèle Martin », explique Jean-Denis Lejeune. « Le ministre nous a également annoncé qu'il s'était rendu à Neuchâteau pour signifier à M. Connerotte son dessaisissement. Quand nous avons appris cela, nous avons été sous le coup d'une vive émotion. Nous avons compris qu'il ne servait à rien de faire opposition à l'arrêt, puisque toutes les décisions étaient déjà prises et que rien ne pourrait apparemment faire changer les autorités d'avis.

Une équipe qui gagne...

Les parents croyaient vraiment au recours qu'ils voulaient introduire. Ils espéraient ainsi pouvoir obtenir un sursis pour le juge Connerotte. Mais, pour le papa de Julie, les paroles du ministre ont été un véritable choc.

« J'ai reçu un coup de massue de plus; une véritable baffe en pleine figure », remmarque-t-il.

Jean-Denis Lejeune veut cependant être clair. Il ne reproche actuellement rien au juge Langlois. Je ne le connais pas. Mais ce que je dis, c'est que j'avais totalement confiance en M. Connerotte. Et que je trouve qu'il est bête de bouger quelqu'un qui fait du bon travail.

Comme on dit en sport, on ne change pas une équipe qui gagne... Je ne comprends pas l'acharnement de certains, et notamment de Maîtres Pierre et Baranyanka, qui veulent absolument que le dossier reste à Neuchâteau, avec le juge Langlois à sa tête.

A tête reposée, les parents ont cependant rappelé qu'ils avaient un mois pour décider définitivement si oui ou non ils useraient de leur droit de recours. « Notre avis n'est pas définitif. Nous verrons bien », conclut Jean-Denis Lejeune.

N. E.

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Deridder couvre ses troupes

« La Dernière Heure » du jeudi 17 octobre 1996 page 3

BRUXELLES - La déposition du lieutenant général Deridder, chef de la gendarmerie, devant les députés, peut se résumer en deux points.

Un, la maréchaussée exclut toute faute dans l'enquête sur les disparitions. Deux, Dutroux était, dès le départ, considéré comme un gros suspect.

«Avant Bertrix, aucun élément matériel n'a permis de faire le lien entre Dutroux et l'un ou l'autre de ces enlèvements. J'assure que nous avons fait l'impossible, compte tenu des informations en notre possession », clame le général.

Assisté par le patron du Bureau central de recherche, Deridder a précisé que l'information la plus importante était arrivée dès 1993.

Un informateur balançait Dutroux dans des projets d'enlèvements. Les gendarmes ont profité de trois perquisitions (une en 93, deux en 94) dans une affaire de vols pour examiner et même photographier les caves de Dutroux.

Entre 93 et 94, aucun aménagement n'a été remarqué. Dès l'été 95, la surveillance de Dutroux a été renforcée.

Pour le général, le parquet de Charleroi a été constamment tenu au courant de ces enquêtes. Idem, ensuite, pour le juge d'instruction Doutrewe, à Liège.

Aucune perquisition spécifique n'a été ordonnée. «Jusqu'au bout, les parquets de Charleroi et de Liège ont eu la même attitude que nous. Il n'y avait pas d'élément suffisant. Une dénonciation anonyme, cela ne suffit pas pour obtenir un mandat de perquisition », martèle Deridder.

Le général dénonce encore le rapport de la procureur générale de Liège Anne Thily qui rejette la faute sur la gendarmerie qui a voulu faire cavalier seul. « Il n'y a pas eu d'enquête parallèle. Les informations de départ ont été communiquées au parquet de Charleroi. La juge d'instruction de Liège a elle aussi été tenue au courant. »

Le général cite une anecdote éloquente. Un gendarme de Grâce-Hollogne, qui rédigeait, trois jours après la découverte des corps d e Julie et MéIissa, un rapport sur l'enquête, y mentionnait qu'on retrouverait des traces à Charleroi des recherches sur Dutroux « dans le cadre de la disparition de Julie et Mélissa ». La juge lui avait demandé de supprimer ces derniers mots. « Sinon, ça va m'assassiner», a-t-elle dit.

B. F.

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Coût pour la gendarmerie : Déjà plus de 120 millions

« La Dernière Heure » du jeudi 17 octobre 1996 page 3

BRUXELLES - Depuis la mi-août, l'affaire Dutroux aurait déjà coûté plus de 120 millions à la gendarmerie.

Les moyens humains, matériels, techniques et autres lui coûteraient 60 mi Ilions par mois. Plus de deux millions par jour. Si la police judiciaire a obtenu plusieurs succès d'enquête - surtout dans ce qu'il est convenu d'appeler le volet Nihoul - il est exact que 90 péjistes participent aux recherches, contre 240 gendarmes.

Sur place, à Neufchâteau, il est dit que le nombre ne serait pourtant pas suffisant.

L'affaire Dutroux & Co coûte davantage à la gendarmerie que la sécurité renforcée des transports de fond 40 millions par mois. Au fil des semaines, la protection des fourgons est plus lourde à porter.

D'autant que dans la proche région bruxelloise, les police de Hal, Asse, etc. - un secteur éminemment sensible - refusent désormais (faute de moyens) d'épauler les gendarmes.

Gil

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ACCORD DES PARTIS : Commission spécifique

« La Dernière Heure » du jeudi 17 octobre 1996 page 3

BRUXELLES - Des parlementaires comme Didier Reynders, Vincent Decroly, Claude Eerdekens, Jacqueline Herzet, Tony Van Parys, Patrick Dewael, Herman De Croo et Nathalie de t'Serclaes, pour ne citer qu'eux, n'ont vraiment plus envie de plaisanter.

Hier, la commission de la Justice de la Chambre a tout doucement commencé à parler de sanctions. Chacun se renvoie la balle, s'écrie Eerdekens.

Van Parys parle de sanctions disciplinaires voire pénales. Le Parlement traîne depuis deux mois, enchaîne l'écolo Decroly qui considère que les députés doivent cesser de travailler comme des étudiants en période d'examens.

Il faut savoir que, par crainte de fuites dans la presse, les élus de la nation ne peuvent pas prendre copie des rapports d'enquête sur l'enquête. Bref, les chefs de groupe de toutes les formations politiques - sauf le FN - sont d'accord pour créer une commission d'enquête spécifique chargée - accrochez-vous bien - de l'enquête sur l'enquête dans l'affaire Dutroux.

L'enquête sur l'enquête Cools est remise à plus tard. La commission Dutroux devra rendre son rapport au plus tard dans trois mois - avant mi-janvier 1997 !

Ce sera bien nécessaire. Quinze jours après leur disparition, des gendarmes carolos - en particulier le Mdl Petens - pensent que Marc Dutroux pourrait être impliqué dans la disparition de Julie et Mélissa. Ils provoquent l'opération Othello, envisagent même de placer des caméras vidéo autour des propriétés de Dutroux (ce qui ne se fera pas).

Bien plus tard, le 6 décembre 95, un juge de Charleroi arrête Dutroux pour vols. C'est la police de Charleroi qui l'interpelle.

La coordination est si bordélique - excusez-nous - que le gendarme Petens, qui traque Dutroux depuis quatre mois, n'apprend par hasard l'arrestation de son client que cinq jours plus tard, le 11.

On connaît la suite: avec l'actord du juge forent, les gendarmes obtiennent de perquisitionner eux-mêmes à Marcinelle. Et c'est ce jour-là, le 13 décembre, que le Mdl-chef Michaux, qui fouille la cave, entend des cris d'enfants. Il remonte au rez, s'aperçoit que des gosses piaillent chez les voisins, fait taire la ribambelle.., et ne perçoit plus aucun cri. « Mais pourquoi Michaux n'a-t-il pas crié ? », veut savoir un député.

A toutes ces questions, Valère De Cloedt, du comité P, répond qu'il ne sait pas. M. Michaux a peut-être commis l'erreur de sa vie...

- « Dutroux est arrêté, s'écrie un parlementaire. Il est en prison. Pourquoi aucun enquêteur ne lui a-t-il parlé des disparitions d'enfants ?

Même embarras de Valère De Cloedt :

« Il me serait plus simple de vous répondre si tout avait été mis sur P.-V. Mais comme ce n’était pas le cas ! »

En fait, les gendarmes étaient informés par au moins trois proches qui disaient que Dutroux était taré et capable de tuer. Peut être n'a-t-on pas parlé à Dutroux de Julie et Mélissa par crainte de mettre en danger la vie des indics.

Entre les vies de Julie, Mélissa, An et Eefje et celles d'informateurs, la BSR de Charleroi a choisi. Éteignant à jamais les yeux de quatre enfants.

Le 31 janvier 1996, le patron du parquet carolo, le procureur Marchandise, classait l'opération Othello. De sa belle écriture, il griffonnait sur la farde : «A classer ». A ce moment, Julie et Mélissa, c'est sûr, se battaient contre la mort.

Mais qui était Othello ?

Tout simplement Marc Dutroux. Dont la mère écrivait au parquet de Charleroi pour dénoncer son fils. Qu'est devenue la lettre ?: par le comité P, on sait que le parquet de Charleroi l'a transmise au parquet de Namur, qui l'a transmise à la police de Jemeppe-sur-Sambre, où l'info s'est perdue. Et avec elle les toutes dernières chances des quatre enfants...

Gilbert Dupont

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CONNEROTTE DÉGOÛTE ? Des élucubrations!

« La Dernière Heure » du jeudi 17 octobre 1996 page 3

NEUFCHÂTEAUX - Un quotidien flamand, relayé par la presse radio, signalait, dans son édition d'hier, que le juge Jean Marc Connerotte se refusait désormais à prendre en charge tout dossier nouveau de pédophilie.

Le journal faisait état d'un réel ras-le-bol du juge à l'égard de tout ce qui touche aux faits et crimes sur lesquels il a travaillé d'arrache-pied depuis le 10 août dernier. Une radio en remettait une couche, établissant un lien direct entre l'état d'esprit de M. Connerotte et la surprenante décision des familles de victimes, décision  ne pas intenter une action en opposition au récent arrêt de dessaisissement.

Respecter la logique

Qu'en est-il exactement ? A Neufchâteau, le commentaire autorisé est cinglant:

« Élucubrations ». A plus d'un titre. De fait, pour respecter la logique, tous les dossiers de pédophilie sont rassemblés entre les mains d'un seul juge d'instruction, en l'occurrence Jacques Langlois, le successeur de M. Connerotte. Une question de logique, mais également une question de droit puisque la Cour de cassation dit clairement qu'elle dessaisit Connerotte pour les dossiers Dutroux (le dossier 86), Weinstein (le dossier 87 baptisé erronément trafic de voitures) ainsi que tous les dossiers annexes (le dossier 88 dans lequel sont impliqués des hommes politiques ou des magistrats).

« C'est de l'intoxication, nous dit-on dans les milieux de l'enquête. Ce serait de la pure folie de confier au juge dessaisi une nouvelle enquête relative à des faits de pédophilie. Vous imaginez le risque que cela ferait peser sur l'ensemble des investigations?

L'enquête serait réduite à néant pour des raisons de procédure ».

Un juge arlonais

Par ailleurs, comme signaler dans une précédente édition, la cellule d'enquête doit prochainement être renforcée. Déjà le juge Connerotte avait introduit une demande en ce sens tant la charge est lourde et l'enquête dispersée. Le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, a annoncé l'arrivée d'un second juge d'instruction pour épauler Jacques Langlois. La décision incombe aussi au premier président d'une cour

d'appel, celle de liège selon toute vraisemblance.

Le palais de justice d'Arlon a d'ores et déjà été contacté. Un nom circule depuis deux jours, celui de Dominique Gérard, juge depuis 1995.

Celui-ci est une vieille connaissance à Neufchâteau puisqu'il fut du barreau local avant d'accéder, très jeune à la magistrature, comme substitut du procureur Bourlet.

Le renfort demandé concerne aussi les services administratifs et du greffe.

M.Pe.

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PROTECTION ?  Langlois est perplexe

« La Dernière Heure » du jeudi 17 octobre 1996 page 3

ETALLE - Jacques Langlois sera-t-il entouré du même luxe de mesures de sécurité que son prédécesseur Jean-Marc Connerotte ? On a appris que M. Langlois désirait à tout prix conserver une certaine liberté de mouvement, d'intimité chez lui.

Autrement dit, dans l'immédiat, il conservera sa rutilante Roover aux sièges en cuir pour ses déplacements, comme si de rien n'était.

Véhicule blindé

Pendant ce temps, hier encore, Jean-Marc Connerotte, à l'instar du procureur Bourlet, se déplace toujours dans la Mercedes blindée, de l'Escadron spécial d'intervention (l'Esi).

Le procureur comme le juge est sans cesse flanqués de gardes en civil, armés, munis d'un talkie-walkie.

Apparemment, M. Langlois ne fait l'objet d'aucunes menaces. Pourvu que cela dure. Car la vie de protégé n'a rien de fort agréable : présence permanente, route d'accès au domicile coupé par des barbelés et des barrières, escorte pour se rendre à l'école...

M. Connerotte et sa famille poursuivront-ils leur existence sur ce même mode maintenant que le juge ne s'occupe plus des dossiers chauds ?

II n'y a pas de réponse pour le moment.

M. Pe.

 

 

 

 

 

 

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