dimanche 14 décembre 2008

« nous cherchons trois corps à Jumet »(«CinéRevue»17 octobre 1996 pg 6


Sur les indications de Marc Dutroux, « nous cherchons trois corps à Jumet »

« Ciné Télé Revue »  du jeudi 17 octobre 1996 page 6

C'est bel et bien trois corps que les experts du DVI et de la protection civile recherchent avec insistance à Jumet. L'information nous a été livrée par une source sûre et très proche de l'enquête. Une enquête qui a connu, ces derniers jours, divers rebondissements : de la révélation des craintes américaines par Anne-Marie Lizin, dans nos colonnes jeudi dernier, à la décision de des saisir le juge Connerotte prise par la Cour de cassation ce lundi, l'affaire a probablement pris une tournure décisive.

C'est à une véritable empoignade politique, mais aussi à des décisions de simple bon sens que l'on attendait depuis un certain temps, qu'ont abouti, jeudi dernier, les révélations d'Anne-Marie Lizin publiées par « Ciné-Télé-Revue » et concernant les craintes exprimées par les experts américains quant au traitement des cassettes Dutroux ». Il faut dire que, malgré le scepticisme de façade affiché par certains (qui ne veulent apparemment pas que l'affaire Dutroux soit autre chose qu'un sordide fait divers), le « National Center for Missing and Exploited Children » confirmait immédiatement ces craintes (et nos informations) par la bouche de Mme Yore, l'une de ses responsables. Et pour être bien compris, les Américains n'y ont pas été par quatre chemins : ils ont entamé une démarche tout à fait officielle, le ministère américain de la Justice prenant contact avec notre ambassade à Washington, à laquelle il fut confirmé, en résumé : « Mme Lizin a entièrement raison. Elle a relayé nos propos et nos craintes avec la plus grande exactitude. » Dont acte,dès jeudi soir, à la réunion du groupe parlementaire socialiste, une dizaine de députés et sénateurs menés par Yvan Yllief exigeaient de leurs ministres qu'ils donnent de la voix et forcent le gouvernement à prendre, enfin, des décisions claires et nettes pour rassurer la population sur le volet "clientèle" du réseau Dutroux.

Arrivant le lendemain matin à Val Duchesse, où se tenait le conseil des ministres, Jean-Luc Dehaene est donc tombé de haut lorsqu'il a demandé, un sourire en coin aux lèvres, a Alors, qu'y a-t-il sur ces fameuses cassettes, pour finir ? » « Justement », lui répondit Elio di Rupo, « nous voudrions en parler dès aujourd'hui. Il est plus que temps de prendre des décisions "visibles"... » Réponse du Premier, qui lève les bras au ciel: « Mais enfin, tout le monde perd vraiment la tête, dans ce pays ! » Une petite phrase qui souligne que le « guide suprême » ne semble pas encore avoir pris l'exacte mesure de l'émotion populaire.

Un débat houleux débouchait toutefois, peu après, sur les décisions que l'on sait et qui furent annoncées le soir même par Stefaan De Clerck : le contenu des cassettes « sera publié en temps utile », tandis que le magistrat national André Vandoren se verra envoyé dare-dare aux États-Unis pour constater par lui-même ce que les méthodes américaines peuvent nous apporter,dès samedi, d'autre part, fidèle aux promesses faites la veille aux parlementaires, la direction du P.S. passait à l'offensive et Philippe Busquin, à son tour, demandait aux magistrats de la Cour de cassation de « se montrer créatifs ». On sait, malheureusement, ce qu'il en fut. Les plus hauts magistrats d u pays ont rendu une décision très classiquement belge » en ce qu'elle ménage et la chèvre et le chou. Ce compromis, s'il satisfait bien des juristes (et peut, du reste, être considéré comme « la moins mauvaise des mauvaises solutions ») décevra ceux qui pensent que le droit est une matière vivante évoluant au rythme de la société et susceptible d'audaces.

La décision a quand même, au moins, un point positif : elle laisse l'affaire à Neufchâteau, où les enquêteurs se sont décarcassés sans compter depuis huit semaines et ont aussi acquis une irremplaçable connaissance du dossier. Un dépaysement de certains gendarmes et policiers et l'on aurait pu, à bon droit, craindre un «enterrement de première classe » pour une enquête qui risque fort d'en déranger plus d'un.

L'enquête, puisque nous y sommes, a semblé marquer le pas depuis quelques jours, mais il n'en est rien. Avec discrétion mais ténacité et persévérance, les recherches continuent à être menées de front dans plusieurs domaines. Tandis que l'exploitation des cassettes se poursuit sans relâche, les interrogatoires des inculpés permettent, peu à peu, d'affiner le sinistre « portrait de groupe de la bande, et il est loin d'être exclu que, dans les semaines à venir, de nouvelles percées décisives permettent de rattacher le « réseau Dutroux » à d'autres actes criminels graves, et plus précisément à l'existence d'une structure criminelle organisée, active depuis plus de vingt ans dans le pays et où se croisent (en gros, depuis l'affaire « Eurosystem ») organisateurs de partouzes, proxénètes de haut vol et pourvoyeurs d'enfants.

Les premiers aveux de Michel NihouI pour des affaires de moeurs, enregistrés ces tout derniers jours, vont également dans ce sens. A Jumet, enfin, les enquêteurs s'attendent toujours à une découverte sinistre. « Les interrogatoires de Marc Dutroux et de Michèle Martin donnent à penser que l'on mit découvrir, autour du puits de mine désaffecté, trois corps d'enfants », nous a t-on confirmé. Certes, les fouilles sont restées sans résultat jusqu'à ce début de semaine, mais les gendarmes ne désespèrent pas et se réfèrent à un précédent : rue Daubresse, à Jumet également, début septembre, les recherches des premiers jours, menées sur indication de Dutroux et de Martin, n'avaient débouché sur aucun résultat concret, et il avait fallu ramener l'intéressé sur place une deuxième fois pour qu'il donne les dernières précisions qui devaient permettre de retrouver les restes d'An et d'Eefje... « Aux étangs Caluwart, les choses se compliquent encore pour cause de conditions de travail difficiles », nous a précisé un gendarme.

 L’intérieur du tunnel est exigu et l'éboulement menace, alors que les spécialistes doivent fouiller des dizaines de mètres de boyau. De plus, iI ne faut pas écarter l'hypothèse que Dutroux se soit montré volontairement imprécis et que les corps censés se trouver sur place soient enterrés, en réalité, à proximité du tunnel d'évacuation des eaux, et non à l'intérieur de celui-ci.

Si la psychologie de Marc Dutroux continue à étonner, et à horrifier, les enquêteurs (l'un d'eux nous a confié que Dutroux avait « tout de l'humanôide des films de science-fiction : sous une peau humaine, c'est une machine sans sentiment qui se cache »), son attitude actuelle ne les surprend plus. Selon nos sources, Marc Dutroux aurait compris que sa vie ne pèse plus très lourd dans la balance et « il craindrait par-dessus tout que les mesures de sécurité qui l'entourent se relâchent sérieusement après son procès. En distillant ses informations quai bon lui semble, il reste "maître" de l'enquête et retarde les échéances ...

 Claude MONIQUET

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Légende des photos :

Le monstre a-t-il commis un crime abject de plus ?

Marc Dutroux a compris que sa vie ne pèse plus très lourd. En distillant des informations, il reste maître de l'enquête et retarde les échéances », disent les enquêteurs. « Or, il n'a jamais menti jusqu'ici. »

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Les fouilles se poursuivent à proximité des étangs Caluwart à Jumet, où chaque pelletée de boue retirée de la galerie d'évacuation de l'ancien charbonnage et chaque débris sont minutieusement examinés.

Ce lundi,les enquêteurs étaient sur le point de ramener Marc Dutroux sur place, pour qu'il précise ses macabres indications.

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Photo page 7 :

Michel Diakostavrianos a pris l'habitude, lors de ses transferts, de camoufler soigneusement son visage. Craint-il donc tellement d'être reconnu par des victimes potentielles ?

Nul doute que la BSR de Neufchâteau (061/22.02.11) accueillera avec intérêt tout témoignage le concernant.

 Ph. : Mark Renders/ Isopress.

 

 

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