dimanche 14 décembre 2008

Lutter contre les trafics d’enfants: mission impossible en Belgique? («CinéRevue»17 octobre 1996 pg 7)


Lutter contre les trafics d’enfants: mission impossible en Belgique?

« Ciné Télé Revue »  du jeudi 17 octobre 1996 page 7

Lutter contre les abus et les trafics d'enfants relève-t-il, en Belgique, de la « mission impossible » ? Carine Hutsebaut, une thérapeute spécialisée dans le traitement des victimes et des auteurs d'actes de pédophilie, et Jean-Luc Besson, un spécialiste de l'analyse criminologique, ne sont pas loin de le penser : depuis un certain temps déjà, ils tentent, avec les spécialistes américains du « National Center for Missing and Exploited Children » (NCMEC), d'organiser des cycles de formation spécifique pour les polices, la gendarmerie et la magistrature belge. Mais ils se heurtent, le plus souvent, à des fins de non-recevoir ou à de longues tergiversations. Pourquoi ?

On pourrait espérer que l'affaire Dutroux ait, enfin, changé les mentalités.  Il n'en est apparemment rien : jusque dans l'entourage le plus proche du magistrat national André Vandoren, en charge de la 23e brigade de la police judiciaire, on continue à faire comme si le problème n'existait pas. Quant au ministre de la Justice, il réfléchit...

La police belge serait-elle tellement brillante et tellement « en pointe » sur les questions de disparition d'enfants qu'elle n'aurait nul besoin de l'expertise des Américains pour (bien) faire son travail?

L'actualité du moment permet, malheureusement, d'en douter. Les enquêtes (le mot lui-même semble mal adapté à une réalité de terrain qui relevait davantage de la vaine agitation que de l'utilisation sensée des méthodes criminalistiques les plus banales) sur Julie, Mélissa, An et Eefje (sans le travail des magistrats de Neufchâteau, on en serait encore à privilégier l'hypothèse de la fugue...), l'absence quasi-totale d'enquête réelle dans le cas de la petite Loubna Ben Aïssa, les résultats nuls auxquels ont abouti, à ce jour, les enquêtes sur les disparitions d'Elisabeth Brichet, Nathalie Geijsbregts, Sylvie Carlin et d'autres, et plusieurs meurtres d'enfants ou d'adolescents non élucidés parlent d'eux-mêmes : non seulement la police belge a beaucoup à apprendre, mais, de plus, il est douteux qu'elle puisse trouver, à l'intérieur de ses frontières, les spécialistes alliant une large expérience de terrain et de travail concret à une réelle connaissance théorique du sujet abordé.

Si nous faisons ce constat (partagé par bien des hommes de terrain, qui réclament à cor et a cri une formation spécifique), d'autres peuvent le faire. D'où viennent, dès lors, les blocages ?

Les sommes en jeu sont-elles tellement considérables qu'elles feraient reculer les autorités? Que non : pour réaliser un programme complet permettant de former une centaine de spécialistes (dix par province), Carine Hutsebaut et Jean-Luc Besson n'ont besoin que de deux millions de francs, une partie importante de cette somme pouvant d'ailleurs être fournie sous forme de moyens mis à la disposition des formateurs (les

« Sponsors » privés sont les bienvenus...).

Nous en parlons volontiers parce que les promoteurs du projet ne sont pas des amateurs. Jean-Luc Besson est un fonctionnaire français, responsable de la coordination de la prévention de la délinquance dans la ville de Saint-Ouen, dans la proche banlieue parisienne, et Carine Hutsebaut a déjà, très largement, fait ses preuves. Rien qu'un exemple ; ainsi qu'en témoignent des articles de la presse flamande parus durant l'été 1995, Mme Hutsebaut, en se basant sur sa seule expérience de thérapeute et d'experte, avait dressé un « profil » de l'auteur des enlèvements de Julie et de Mélissa.

On est confondu, un an plus tard et alors que Marc Dutroux a été identifié, par la précision de certaines des conclusions de la spécialiste : pour Mme Hutsebaut,

L’auteur des faits ne pouvait être qu'un individu intelligent, méthodique, préparant et planifiant longuement ses actes et sachant exactement ce qu'il allait faire de ses victimes ». De plus, il s'agissait certainement d'un « récidiviste, libéré récemment, âgé de 35 à 40 ans, et titulaire d'un lourd dossier psychologique ». Il était décrit, enfin, comme susceptible de récidiver dans les semaines suivant cet enlèvement ».

Carine Hutsebaut ne disposant pas, à notre connaissance, d'une boule de cristal, on ne peut qu'être étonné par la qualité d'un portrait (publié le 11 août 1995 dans « Het Belang van Limburg ») qui correspond trait pour trait à ce que l'on sait aujourd'hui de la biographie du pervers de Sars la Buissière.

Ce « simple » travail d'analyse va, en tout cas, incomparablement plus loin que les « recherches » activées, sans plan ni méthode, par l'incompétente Martine Doutrewe, qui préférait s'intéresser, quand elle n'était pas en vacances, au passé de Gino Russo ou à l'entourage direct de la famille, et qui a toujours refusé de prendre en compte la possibilité d'un enlèvement à des fins de pédophilie organisée.

Aujourd'hui, Carine Hutsebaut et Jean-Luc Besson animent l'« International Center for Molested and Abducted Children » (ICMAC) et la « Fondation Kangourou », deux associations de formation et de « combat» au sein desquelles on retrouve également Marie-Noëlle Bouzet, la maman d'Elisabeth Brichet. C'est l'ICMAC (1) qui prendrait en charge l'organisation pratique des cours à dispenser à la police belge. L'association, dont les animateurs ont bien compris que « c'est en marchant que l'on apprend à marcher », est bien décidée à aller de l'avant. Dès les 12, 13 et 14 novembre prochains, elle organise un premier cycle de cours dispensés par quatre policiers américains du National Center for Missing and Exploited Children ».

Il s'agira là du premier niveau d'un cycle complet de formation qui devrait permettre, petit à petit, de spécialiser des enquêteurs capables de former des « Missing Child Unit » locales. Par « écrémages » successifs et en retenant les éléments les plus motivés et ceux qui seront proposés par leurs services d'origine, l'initiative devrait ensuite déboucher rapidement sur la formation d'officiers responsables d'enquêtes et, enfin, d'une douzaine d'analystes. Ainsi, de la « simple » prise en charge psychologique et administrative des familles plaignantes à la constitution d'une « task force » nationale hautement spécialisée, la Belgique disposerait enfin d'experts capables de s'opposer avec succès à la criminalité sexuelle s'attaquant aux mineurs d'âge. Un beau défi...

(1) ICMAC, 236, rue Dieudonné Lefèvre, 1020 Bruxelles. Tél. et fax : 02/420.54.56.

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Légende de la photo :

Carine Hutsebaut, Jean-Luc Besson et le programme de formation de l'international Center for Molested & Abducted Children pourquoi la police belge refuse-t-elle obstinément l'aide de celui-ci ?

 

 

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