jeudi 11 décembre 2008

« ON A DE NOUVEAU ASSASSINE NOS ENFANTS »( Télé Moustique 17 octobre 1996 pg 32 à 36)


Les parents de Julie et Mélissa accusent :

 « ON A DE NOUVEAU ASSASSINE NOS ENFANTS »

Télé Moustique du jeudi 17 octobre 1996 page 32 à 36

Depuis la découverte des horribles crimes du réseau Dutroux-Nihoul, la Belgique a subi un véritable électrochoc. Tous, nous avons pris conscience de l'existence des activités monstrueuses d'organisations pédophiles qui se sont développées, c'est de plus en plus probable, grâce aux coupables protections de quelques puissants.

La responsabilité de chacun d'entre nous est désormais d'affirmer haut et clair, mais dans la dignité, qu'on exige que cela cesse. Que les coupables soient désignés, arrêtés et définitivement empêchés de nuire.

Voilà pourquoi nous serons tous dans les rues de Bruxelles, le 20 octobre. A l'occasion d'une manifestation silencieuse dont les parents de Julie et Mélissa nous précisent l'importance dans leur première grande interview accordée a la presse écrite à la suite du dessaisissement regrettable du juge d'instruction Connerotte.

 - Quel sera le sens de la marche silencieuse du 20 octobre à Bruxelles?

Carine Russo, maman de Mélissa - Nous voulons affirmer que la défense et la protection des enfants doivent être des priorités incontournables pour la  justice, et plus généralement pour notre société.

Louisa Lejeune, maman de Julie - Cette marche se fera dans la dignité et dans le calme. Nous ne voulons pas de calicots, pas de cris. Juste le silence. Un silence qui pèsera lourdement sur la conscience des décideurs.

Gino Russo - Le silence sera une réponse bien plus forte que n'importe quel slogan pour répondre à la violence et à l'inhumanité des institutions qui ont ignoré l'importance de la lutte contre la pédophilie.

Jean-Denis Lejeune - La couleur du jour sera le blanc, synonyme de pureté et donc synonyme d'enfance. D'ailleurs, ce seront des enfants qui ouvriront la marche. Et nous espérons que le 20 octobre, dans les rues de

Bruxelles, il y aura beaucoup de parents, d'adultes qui marcheront en tenant un entant par la main.

- Tout le monde devra être habillé en blanc?

Gino - Non, il ne faut pas aller jusque-là, sinon on aura l'impression d'assister à une manifestation d'infirmières! Ce qu'on souhaite, c'est que chacun essaie d'avoir un symbole blanc. Un ballon blanc une rose blanche ou autre chose encore. De toute façon, le principal sera d'être présent parce que, comme tout le monde, nous avons le sentiment de vivre un moment très important.

Notre société est placée devant le choix d'en finir définitivement avec les crimes des réseaux pédophiles. Mais il y a aussi un lobby qui voudrait qu'on ne remue pas tout cela. C'est donc aujourd'hui qu'il faut signifier qu'on ne l'acceptera pas. Qu'on ne l'acceptera jamais.

Y a t’il quelque chose que vous ne voulez absolument pas voir se passer lors de la marche du 20 octobre?

Louisa - Vraiment, ce qui nous gênerait le plus, c'est toute forme de récupération du mouvement. A vrai dire, nous voulons une marche d'enfants accompagnés de leurs parents. Parce que les enfants doivent pouvoir manifester leur désir d'une société meilleure. Ce seront eux qui, plus tard, assureront qu'on ne retombe pas dans l'indifférence générale qui a permis aux réseaux de pédophilie de se développer dans notre pays.

- la marche du 20 octobre est-elle organisée en collabo ration avec I'ASBL "Marc et Corinne"?

Gino - Non. Pas plus d'ailleurs qu'avec son pendant flamand, l'HOVK, qui pourtant s'en revendique.

Carine - l'initiative vient de Marie-Noëlle Bouzet, la maman de la petite Élisabeth Brichet (lire notre encadré). il ne peut donc être question qu'une quelconque association vienne revendiquer quoi que ce soit ce jour-là.

Si, le long du parcours, on demande de signer l'une ou l'autre pétition, cela n'émanera donc pas de vous?

Jean-Denis - Ce ne serait qu'une nouvelle récupération. On est déjà assez offusqués de la pétition pour les peines incompressibles qui a été faite sur le coup de l'émotion de la découverte des corps de Julie et Mélissa.

Gino - Beaucoup de personnes ont été dupées par cette pétition, pensant qu'elles signaient quelque chose qui reflétait l'idée des parents de Julie et Mélissa. Ce n'est pas étonnant puisqu'on s'est servi des photos des deux petites pour faire signer ce texte. Dès lors pour nous, cette pétition est nulle. On ne nous a jamais demandé notre avis. Or, notre position a toujours été que ce type de pétition devait  être faite après qu'il y a eu un minimum de débat dans la société. Que l'on puisse peser le pour et le contre, ainsi que les enjeux des peines incompressibles.

Carine - lancer I’idée qu'il faut absolument des peines incompressibles pour en juger des effets par après, ce n'est pas très raisonnable. Par exemple, on ne réfléchit pas assez au fait que dans les pays où elles existent, les juges ont tendance a prononcer des jugements moins sévères. Ne faudrait-il pas mieux, comme aux États-Unis, condamner les criminels pour chaque chef d'inculpation, cumuler les peines, même si de la sorte on arrive à des centaines d'années de prison? Ne faudrait-il pas re-hiérarchiser les peines alois que certains préjudices matériels sont plus fortement sanctionnés dans les faits que des atteintes faites à des enfants? Ce ne sont là que quelques questions parmi bien d'autres.

Louisa - Disons-le clairement: c'est dégoûtant d'avoir utilisé l'émotion d'il y a quelques semaines pour faire avancer une pétition qui ne reflétait pas l’idée des parents-victimes concernés. C'est de la pure récupération. Il y avait même des listes qui avaient été déposées devant notre maison, devant le funérarium ou encore à côté livres de condoléances dans les communes. Nous ne voulions pas de ça ! A l'époque, on l'a d'ailleurs dit à l'ASBL "Marc et Corinne". On leur a signifié que devant notre maison ou devant le funérarium, ce n'était ni l'endroit, ni le moment. Mais cela a continué.

Gino - Et là, combien de gens ont-ils signé, pensant que c'était pour nous ? On leur demandait de partir mais ils revenaient le lendemain et le surlendemain. C'était infernal.

Jean-Denis - Cette pétition avait été lancée dès le mois de mai. Il serait intéressant de savoir comment elle a fonctionné entre le mois de mai et le mois d'août!

- Comment analysez-vous la décision de dessaisissement du juge Connerotte par la Cour de Cassation?

Carine,- Dans son exposé, qui a conduit à ce dessaisissement, Ia présidente, Mme Liekendael, a entouré sa décision de considérations prétendument humaines. Mais nous ne sommes pas dupes. J'ai le sentiment que tout le pays a compris ce qui s'est passé lundi dernier. Il  s'agit d'un crime, ni plus ni moins. On a assassiné une nouvelle fois nos enfants.

Jean-Denis - En l'occurrence, on ne fait pas du sentimentalisme. Si on se place uniquement sur le plan de la loi et du droit, notre avocat et plusieurs professeurs de droit pénal avaient clairement démontré que le dessaisissement n'était pas nécessaire.

Louisa - De toute façon, on est à peine étonnés de ce qui s'est passe. C'est finalement une attitude normale de la justice. Elle s'inscrit dans le droit fil de tout ce que cette institution nous a fait subir depuis l'enlèvement des petites.

Gino - Ils sont conditionnés à choisir toujours la solution de facilité. En tout cas, je veux croire que c'est cela. Je ne veux pas croire qu'il s'agit d'un complot. Ce serait vraiment trop grave pour notre démocratie.

Jean-Denis - Pour ma part, j'ai le sentiment qu'il y a un énorme réseau de corruption qui intervient dans notre dossier comme dans d'autres. Il faut se souvenir qu'en 1994 le juge Connerolte avait déjà été dessaisi de l'affaire Cools parce qu'il allait mettre le doigt sur la vérité. Aujourd'hui, alors qu'il a montré ses intentions d'aller jusqu'au bout, on fout tout en l'air à cause d'un bête dîner spaghetti. La vérité, c'est que Connerotte faisait peur. Et on cherchait la moindre erreur pour pouvoir le dessaisir.

Carine - Il faut bien peser le caractère catastrophique de la décision de la Cour de Cassation. A partir d'un prétexte futile, on a nié une nouvelle fois la priorité que la justice devrait accorder à la protection des enfants.

L'enquête du juge Connerotte ne visait pas qu'à mettre en lumière des crimes passes: elle devait aussi conduire à sauver des enfants qui sont aujourd'hui menacés. II y a peut-être des enfants qui sont en attente d'aide quelque part et, pendant ce temps-là, on fait perdre du temps, on empêche ceux qui les cherchent de les retrouver. L’interprétation du droit par Mme Liekendael bafoue le droit des enfants. La question que je me pose, c'est de savoir où ils veulent en venir avec une décision pareille. Ils savent tout de même qu'il n'y a plus personne qui acceptera une telle décision une telle décision dans le pays. Ils poussent vraiment les gens à bout.

Gino - C'est vraiment le sommet: c'est la Cour suprême qui met le pays en danger. C'est une décision criminelle pour l'enquête mais aussi pour le pays.

Louisa - En tout cas, avant de retrouver une infime confiance en la justice, il faudra que le nouveau juge désigné prouve qu’il en est digne. Et cela même si l'enquête reste à Neufchâteau.

- En voulez-vous aux avocats de Dutroux et consorts?

Gino - Nous ne sommes pas des primates! Nous savons que n'importe quel individu, même s'il est indéfendable, à  le droit d'être défendu en justice, bien qu'en l'occurrence je ne trouve aucune circonstance atténuante aux meurtriers de nos enfants.

Louisa - Mais oui, nous leur en voulons! Parce qu'il y a une manière de mener la défense de tels individus. Ses avocats passent leur temps à chercher des poux. Nous sommes d'accord pour une défense sur des faits, mais il est indigne dans le contexte de cette affaire de mener une défense procédurière.

Gino- D'ailleurs, on se pose des questions sur le fait que l'ordre des avocats liégeois a désigné Julien Pierre alors que personnellement j'étais au courant quinze jours auparavant, qu'il avait toqué à la porte!

Il paraît que vous avez voulu lui donner une photo de Julie et Mélissa?

Gino - Oui, et sans oser nous regarder dans les yeux, il a refusé. D'ailleurs, il ne nous a jamais regardés dans les yeux. Et puis, il nous a dit qu'on ne devait pas croire qu'on profiterait tout le temps d'une immunité tous azimuts.

Louisa - Qu'est-ce que cela veut dire, des phrases de ce genre là ?

Jean-Denis - Il a ajouté: « C'est assez difficile comme cela. » On ne va tout de même pas commencer à le plaindre!

- Comment jugez-vous la réaction du monde politique depuis que l'horreur des crimes de Dutroux et ses complices a été partiellement mise au jour?

Gino - J'ai le sentiment que quand Dehaene lance publiquement qu'il "soutient le combat des parents", c'est de la récupération. C'est quelque chose qu'il pourra ressortir lors d'une prochaine campagne électorale. Mais Carine ne pense pas tout à Fait la même chose...

Carine - C'est vrai. Je veux encore croire que ce genre de propos est sincère. Je me dis que, de toute façon, les hommes politiques sont très coincés en ce moment. Que beaucoup voudraient s'exprimer, mais que justement ils ont peur d'être taxés de récupérateurs. II ne faudrait pas refuser toutes les mains qu'on pourrait nous tendre.

Jean-Denis - Toujours est-il que Dehaene, qui conseillait aux magistrats de faire preuve de créativité, n'en a pas eu beaucoup lui-même quand on recherchait les petites. Tout le monde veut faire la clarté maintenant qu'on a retrouvé les petites décédées. Mais il y a quelques mois encore, nous étions des poujadistes ou, au mieux, des excités! L'affaire Julie et Mélissa n'était encore qu'un fait divers...

Louisa - Pendant les quatorze mois d'attente, on a écrit 250 lettres ou personnel politique. Ce qu'on a reçu le plus souvent, c'était des réponses d'ordinateur. La plupart des parlementaires nous renvoyaient ou ministre de la Justice. D'autres se contentaient de critiquer le système judiciaire. Ah si, bien sûr, beaucoup de gens nous ont répondu pour nous dire que notre combat était admirable... En fait, nous aurions préféré inverser le problème. Si nous avions pu être en admiration devant de réels efforts du monde politique pour dès le début améliorer les choses, on n'en serait peut-être pas là.

- Les hommes politiques seront-ils les bienvenus lors de la marche du 20 octobre?

Carine - Bien entendu! Mais à la condition qu'ils viennent en tant que citoyens et /ou parents accompagnés de leurs enfants. Et qu'ils n'occupent pas une place particulière dans la foule.

Gino - Pour ceux qui viendront ainsi, ce sera peut-être une manière de prendre position.

Jean-Denis - Et surtout qu'ils abandonnent, ce jour-là leurs couleurs pour adopter le blanc!

- le Roi et la Reine ont-ils été invités à participer à la marche?

Jean-Denis - Oui. S'ils le désirent, ils peuvent venir avec leurs petits-enfants.

Carine - Dernièrement, sur RTL TVi, on nous les montrait comme des gens simples faisant leur marché dans un petit village. Discutant avec les gens. Ce serait bien qu'ils soient aussi des gens simples quand tout un pays va marcher dans la dignité pour que l'on protège mieux les enfants.

- Est-il acquis que le Premier ministre vous recevra à l'issue de la marche?

Louisa - Oui. On va lui faire poser des questions par nos enfants. Des questions simples comme "pourquoi n'avez-vous pas sauvé ma soeur?", "Pourquoi dois-je jouer tout seul maintenant.".

Gino - Et puis, on lui demandera aussi de se prononcer a propos de la création d'une commission d'enquête parlementaire spécifique sur le dossier Dutroux-Nihoul. C'est important dans la mesure où son parti milite en ce moment en faveur d'une commission d'enquête fourre-tout dans laquelle on parlerait aussi des tueries du Brabant et de l'affaire Cools.

Est-ce qu'aujourd'hui vous avez le sentiment de voir plus clair sur les dysfonctionnements de l'enquête concernant l'enlèvement de Julie et Mélissa?

Jean-Denis - Aujourd'hui, nous  n'avons que deux certitudes. On sait où se trouvent Julie et Mélissa. On sait qu'elles ne souffrent plus.

Gino - On a surtout compris que tout le monde veut tirer la couverture à soi. Mais cette couverture semble bien petite et fragile. On a le sentiment qu'elle est en train de se déchirer et qu'on va bientôt y voir plus clair. On a eu droit à des accusations dans tous les sens et il importera surtout à l'avenir de ne pas se tromper en tirant dans une direction unique. Il y a des torts à tous les niveaux dans les services d'enquête.

- Vous avez fait publier récemment dans Télé Moustique la lettre d'un enquêteur de la BSR de Seraing qui évoquait notamment "ceux" qui l"ont empêché de travailler". Cet homme a peur aujourd'hui d'avoir des ennuis avec sa hiérarchie.

Louisa - Nous, on a eu peur pendant quatorze mois qu'on ne retrouve pas nos filles! Et aujourd'hui, elles sont trois pieds sous terre! Il ne doit pas avoir d'état d'âme de perdre un emploi s'il n'a pas voulu tout dire au moment où les petites étaient encore en vie.

Jean-Denis - Celui qui sait des choses graves et ne veut pas parler parce qu'il a peur de perdre sa place est coupable de complicité. De toute façon, nous savons tous que l'homme dont vous parlez ne perdra pas sa place. Et si ce devait tout de même être le cas, alors nous le soutiendrions et nous ne serions pas les seuls à le faire. Pourquoi devrait-on punir quelqu'un qui veut dire la vérité? Si on fait quelque chose de ce genre, cela ne fera que renforcer l'indignation générale de la population.

Carine - Cela dit, l'enquêteur en question aurait pu tout dire à un certain moment puisqu'il a voulu contacter le ministre de la Justice.

- il a réellement tenté une démarche en ce sens?

Carine - Il nous a demandé de contacter le ministre de la Justice pour lui. Il ne voulait pas que cela se sache directement à la gendarmerie et, par conséquent, il voulait éviter la voie hiérarchique. On en a parlé au ministre de la Justice quand on l'a rencontré. Celui-ci nous a dit d'arranger cela avec son chef de cabinet, M. Visant de Bocarmé. Mais celui-ci nous a dit que s'il voulait s'adresser à lui, il n'avait qu'à le faire par la voie hiérarchique. C'est comme cela que les choses sont restées bloquées.

- Que sait cet enquêteur?

Gino - II a constaté les premiers blocages de l'enquête. Mais on n'en sait pas beaucoup plus. II en a dit trop ou trop peu.Par des déclarations au journal de RTL-TVI, ce gendarme a en tout cas tenté d'éteindre l'incendie qu'il avait lui-même allumé. Déclarant notamment qu'il avait écrit sa lettre sous le coup de l'émotion, de la colère...

Carine- Pour moi, c'est quand on écrit sous le coup de I'émotion qu'on dit vraiment la vérité.

- Est-ce qu'il y a d'autres enquêteurs qui ont, à votre avis, des choses à dire sur les dysfonctionnements de l'enquête?

 Gino - Bien sûr,iI n'y en a pas qu'à Seraing. On a eu des bribes de confidences dans d'autres services...

- On a beaucoup parlé ces derniers jours des cassettes vidéo tournées par Dutroux et ses complices. De votre côté, qu'en savez-vous?

Louisa - On a été informés de l'existence de cassettes où des scènes pédophiliques sont filmées et où la caméra se retour ne à un certain moment pour filmer un public.

Vous êtes certains de l'exactitude de ces informations?

Louisa - Ce ne sont pas des informations qui nous auraient été communiquées officiellement par la voie du procureur Bourlet. Mais notre source est très crédible.

- Beaucoup de gens voudraient vous aider. Que peuvent-ils faire?

Gino - Venir le 20 octobre, c'est déjà très important.

- Peuvent-ils aussi participer à votre comité de soutien?

Louisa - Nous avons décidé de ne plus agrandir le comité de soutien, qui est constitué des gens qui ont milité avec nous du temps de la disparition de Julie et Mélissa. Ce sont des gens qui croyaient déjà dans notre combat avant que tout le monde en parle. Ils criaient avec nous que les petites étaient vivantes et qu'il fallait les rechercher d'urgence avant qu'il ne soit trop tard.

Carine - Il faut comprendre que pour l'instant on est sollicités de toutes parts. On ne sait plus où donner de la tête. Je crois qu'on verra plus clair quand notre ASBL sera constituée. Nous ne sommes que deux familles qui gèrent tout de chez elles. Mais, bien sûr, nous sommes touchés et émus par tant de solidarité.

Nous demandons juste un peu de patience pour ceux qui veulent agir concrètement. Si nous agissons dans la précipitation, cela ne mènera de toute façon à rien d'intéressant. Nous entamons un combat de longue haleine. Et pas seulement pour que l'on fasse la vérité sur ce qui est arrivé à nos enfants.Nous voulons vraiment oeuvrer de manière à aider toutes les victimes de faits de pédophilie et leurs proches.

 Gino - Il y a tout de même quelque chose que les gens peuvent faire. Partout en Belgique, il y a des enfants qui sont abusés ou maltraités. Qu'ils fassent des comités de soutien autour des victimes ou de leur proches. Et puis, qu'ils se mettent en rapport avec nous. Que partout en Belgique les gens regardent ce qui se passe près de chez eux et tentent d’agir, de briser l'isolement de ceux qui souffrent. Ce que je veux dire, c'est qu'il y a un présent aussi. Tout le monde veut nous aider, mais il y a d'autres parents, d'autres enfants qui souffrent en ce moment. Tout le monde voudrait soulager sa conscience en nous aidant au risque d'être indifférent à quelque chose qui se passerait chez le voisin.On retombe alors dans le même mécanisme d’inconscience qui a coûté la vie à nos petites. Il serait inacceptable que de nouvelles affaires Julie et Mélissa arrivent par cette même inconscience.

Carine - Autre chose: au lieu de nous appeler sans cesse et de nous envoyer des lettres par dizaines de milliers – ce dont nous sommes reconnaissants, mais que nous ne pouvons plus gérer -, ne serait-il pas plus utile, pour l'instant, d'assaillir de coups de fil et de courrier le Premier ministre, le président du parlement et d'autres autorités du pays?

 Jean-Denis - Enfin, nous serions tellement heureux si les gens continuaient à mettre partout des affiches "Julie et Mélissa". Pour bien montrer qu'on n'oublie pas. Qu'il faut que la vérité soit faite.

Rencontre: Michel Bouffioux

 

 

 

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