samedi 23 août 2008

Le produit d’une société(«Soir»5 septembre1996)


Le produit d’une société

« UNE » du journal « Le Soir » du jeudi 5 septembre 1996

L'horreur s'est ajoutée à l'horreur, le dégoût au dégoût, la colère à la colère. On ne sait s'il faut pleurer ou hurler.

Après s'être incliné, premier devoir, devant la douleur des familles dont les enfants ont été ainsi piétinés.

Non, Dutroux n'est pas seulement un accident effroyable. Il est né dans une société de violence et d'agressivité, de «bruit et de fureur», où l'argent et le chacun pour soi justifient trop de comportements.

Une société où tant de gens se retrouvent seuls et qui génère ses paumés, ses tarés, mais aussi ses pervers. Tous ceux qui ont acheté les vidéos pédophiles et autres vendues par Dutroux et ses complices, à prix d'or, ou qui ont «consommé» ces enfants, ces jeunes femmes, cherchent aujourd'hui plus que jamais à disparaître des projecteurs. Mais c'est aussi leur demande qui a entraîné ce déchaînement d'abominations.

Ces abominations qui défient l'imagination n'ont pas été commises à Gloucester dans la «maison de l'horreur» ou aux antipodes par on ne sait quel «monstre», elles ont eu lieu dans notre pays, dans la société belge, dans des quartiers tranquilles qui n'ont rien vu ou rien dit, rien prévenu, dans un environnement semblable à celui dans lequel nous respirons, travaillons, aimons.

L'enquête montrera si Dutroux et sa bande ont bénéficié de complicités ou si leur monstrueuse perversité s'est développée à l'insu de tous. Dutroux est un criminel froid, organisé, calculateur, que l'ont décrit comme insensible. Mais a profité aussi de ces multiples silences, de ces compromissions, de ces petites ou grandes lâchetés de gens qui l'ont côtoyé, y compris dans les milieux policiers.

En dehors des vrais et criminels complices de Dutroux, tous ces gens ne voulaient certes pas aider le psychopathe horrible qu'on découvre, ils ne connaissaient sans doute pas la portée de ses agissements mais, à leur niveau, ils n'ont pu empêcher le mal absolu de se développer.

GUY DUPLAT
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Chocs humains et judiciaires en écho à l'horreur de Jumet

« UNE » du journal « Le Soir » du jeudi 5 septembre 1996

Deuil pour An et Eefje. Fouille, enquêtes et un contrecoup ; le procureur général de Mons en congé pour deux mois.

Très triste. Et pas fière. Ces mots d'une dame qui attendait hier devant le funérarium de Hasselt traduisent l'abattement qui a saisi la population. Après Julie et Mélissa, après la découverte mardi des corps des deux Limbourgeoises An et Eefje à Jumet,l'enquête de Neufchâteau sur les crimes du réseau de Marc Dutroux se poursuit par des auditions, des perquisitions et d'autres fouilles qui, hier, n'ont quasiment rien donné.

Par ses prolongements liés aux dysfonctionnements d'enquêtes antérieures sur Dutroux et sur les disparitions de jeunes, et parallèlement aux dossiers touchant aux trafics de voitures, l'affaire Dutroux a provoqué hier un autre choc au niveau judiciaire: le procureur général de Mons, Georges Demanet, qui a été l'objet d'allégations diverses liées à la récente inculpation de son fils Philippe dans un dossier d'escroquerie à l'assurance, est à sa demande mis en congé exceptionnel pour deux mois par le ministre de la Justice. M. Georges Demanet, procureur général près la Cour d'appel de Mons, a demandé hier au ministre de la Justice à pouvoir bénéficier d'un congé exceptionnel de deux mois, a annonce peu avant 18 heures un communiqué du cabinet du ministre. Dans son courrier, le procureur général précise qu'il adresse cette requête par souci de l'intérêt général et pour permettre de préserver, dans ce climat de suspicion généralisé, une impartialité et une indépendance absolue. Le procureur général à la Cour de cassation, M. Velu, poursuit entre-temps son enquête disciplinaire, à laquelle M. Demanet apportera son entière collaboration chaque fois que le souhait en sera formulé. Le Ministre de la Justice a accordé le congé exceptionnel sollicité.
La décision de Georges Demanet, qui se défend avec force d'être intervenu dans le dossier d'escroquerie qui concerne notamment son fils Philippe, exprime le souci de se protéger comme celui d'écarter de l'institution tout soupçon.

Agé de 61 ans, Georges Demanet est procureur général à Mons depuis 1984 et, depuis mai dernier, il est le doyen du collège des procureurs généraux, après l'accès à l'éméritat du procureur général de Liège Léon Giet. Dans le dossier Dutroux, Georges Demanet s'était opposé au début de 1992 à la libération conditionnelle dû condamné, pourtant signée par le ministre Wathelet.

À Charleroi, le procureur du Roi Thierry Marchandise a de son côté réagi aux informations selon lesquelles il y aurait collusion entre des magistrats carolorégiens, des gendarmes ou des policiers et le milieu de la pègre.
II a annoncé avoir demandé hier par écrit au ministre de la Justice de charger une autorité adéquate de faire toute la lumière sur cette affaire et sur la collusion qui existerait entre le milieu judiciaire de Charleroi et la pègre.


Hier matin, le procureur du Roi de Neufchâteau avait démenti que des magistrats ou d'autres policiers que Georges Zicot soient impliqués dans les dossiers dont il a la charge.

Toute la lumière: c'est ce que recherchent les 250 enquêteurs lancés dans le détricotage de la filière Dutroux. Hier, ils ont pris connaissance du témoignage d'une fillette qui désigne Jean Michel Nihoul comme le violeur auquel l'avait livré son beau-père, lui-même pédophile. Selon certaines sources, les enquêteurs serait sur la piste d'un autre cadavre, celui d'un adulte qui aurait été victime d'un règlement de comptes au sein de la bande Dutroux.

Les fouilles se sont en tout cas poursuivies à Keumiée, sur le terrain du ferrailleur décédé Bruno Tagliaferro. Le «radar de sol» du superintendant britanni que John Bennett a été mis en action et les pelleteuses ont longuement fouillé le terrain. A Sars-la-Buissière, un important dispositif policier a été déployé pour isoler le terrain où les cadavres de Julie et Mélissa avaient été découverts des regards indiscrets.

Pendant ce temps, à Hasselt, l'heure était au recueillement. Des fleurs ont été déposées devant les domiciles de An et Eefje.
An sera enterrée samedi. La date des funérailles de Eefje n'a pas encore été fixée. Et le Roi a tenu à exprimer personnellement l'attention qu'il porte à l'enquête en recevant successivement les parents de Mélissa Russo, puis, dans l'après-midi Paul et Betty Marchal.

R.Hq., AI G., M.L. et F.M.

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