mardi 15 juillet 2008

Traque sans pitié pour les pédophiles(DH vendredi 23 août 1996)



Traque sans pitié pour les pédophiles

Tandis que les moyens techniques les plus sophistiqués sont mis au service des enquêteurs

Une cinquième interpellation

«La Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 6


NEUFCHATEAU - La télévision tchèque révélait, hier soir, que des enquêteurs belges arriveraient en commission rogatoire à Prague pour y aider leurs collègues à retrouver An et Eefje, les deux adolescentes de 17 et 19 ans enlevées il y a un an jour pour jour à Ostende par Marc Dutroux et Michel Lelièvre.

Se reférant à des sources policières tchèques, nos confrères affirment que Marc Dutroux s'était rendu à plusieurs reprises en République tchèque, notamment en Bohême du Nord, mais avait plus souvent séjourné en Slovaquie, l'autre république issue en 1993 de la partition de l'ex-Tchécoslovaquie.
La télé n'a pas précisé les périodes auxquelles Dutroux avait séjourné en Tchéquie et en Slovaquie.
Si la piste tchèque continue de troubler les enquêteurs, c'est sans doute aussi parce que, à plusieurs reprises, de jeunes femmes tchèques ont été vues à Marchiennes Docherie chez Michael Diakostravianos.

Déjà soupçonné il y a huit jours, le Grec est désormais considéré par Neufchâteau comme un complice de Dutroux. Il a été arrêté hier. L'une des filles, une certaine Mihaila (?), aurait encore été vue chez lui au début du mois.

A Mont-sur-Marchienne, ses voisins de la rue des Hayettes l'appelaient Michel Tout Fou parce qu'il creusait souvent des trous en pleine nuit dans son jardin. II y a trois ans, en août ou septembre 93,
Dutroux y avait coulé une énorme dalle en béton. Le nom du Grec figurait déjà dans le fameux rapport oublié par la justice liégeoise dans l'enquête sur Julie et Melissa.

Les fouilles se poursuivaient
En huit jours, des indices ont précisé le rôle de Michael Diakostravianos dans la bande Dutroux Lelièvre. Réinterpellé jeudi à l'aube, le Grec, transféré à Neufchâteau, y a été inculpé d'association de malfaiteurs.
Le juge Connerotte l'a écroué à la prison d'Arlon où le Grec a rejoint ses amis Marc
Dutroux, Michel Lelièvre et Michèle Martin ainsi que le Bruxellois Jean-Michel Nihoul.

Dans le même temps, un autre suspect, photographe d'art à Ixelles, passait un mauvais quart d'heure à la PJ de Bruxelles. Joël N. devait toutefois être libéré, faute de preuves.

Hier soir encore, un certain Thiraut (ou Thirant), autre ami de Dutroux, était toujours sur la sellette.
Dutroux, comme les taupes, creusait des trous partout. Huit jours après, les policiers continuent de retrouver des caches. L'une d'elles l'a été hier à Ransart. On y a trouvé des voitures. Encore du travail pour le labo.

Les rumeurs vont bon train. Selon certains, la BSR de Bruxelles aurait pu identifier des pédophiles filmés sur les cassettes saisies depuis la semaine passée. Y figureraient des personnalités. D'autres désignent nommément des policiers connus à Charleroi : ils auraient couvert Dutroux en lui accordant des protections.
Ce qui est certain, en revanche, c'est que des fouilles entamées en milieu d'après-midi à Marchienne se poursuivaient hier soir à Sars-la Buissière. Le superintendant de la police britannique John Bennett accompagnait les policiers.
II avait dirigé l'enquête qui avait abouti à l'arrestation de Frederick et Rosemary West, meurtriers de dix jeunes femmes retrouvées enterrées dans leur maison de Gloucester.

Bennett devra apporter la certitude qu'il n'y a vraiment plus aucun corps à retrouver dans chacune des maisons de Dutroux et de ses complices. Bennett a repéré les terrains en prévision des fouilles qui reprendront avec l'aide de radars de sol. On videra aussi une fosse septique proche du terrain où étaient enterrés Julie, Melissa et Bernard Weinstein.
Entrée en lice aussi du DIV, le Disaster Victims Identification, ce service de la gendarmerie créé au lendemain du drame du Heysel et utilisé notamment en mars 1987 à Zeebrugge après la tragédie du
Herald of Free Enterprise.
Ce n'est pas tout. Les Belges ont demandé et obtenu l'aide des Allemands. Des spécialistes participent aux recherches avec des chiens dressés pour retrouver des victimes vivantes ou décédées.
Ajoutez l'arrivée au parquet de Neufchâteau de moyens informatiques débloqués par le ministre
Stefaan De Clerck : l'enquête met en oeuvre des moyens infiniment supérieurs à ceux dont disposait le parquet de Nivelles au plus fort des tueries du Brabant.

Éclairage nocturne
A 22 h, sous l'éclairage des pompiers, les fouilles, comme s'il y avait urgence, se poursuivaient à Sars la Buissière...
Peu après, les enquêteurs dégageaient une Seat Ibiza noire, poussiéreuse et sans plaques d'immatriculation ainsi qu'une caravane, en vue, semble-t-il, de pouvoir opérer des fouilles à l'endroit ou elles étaient disposées.
Dans le même temps, une équipe d'une quinzaine de personnes à bord de quatre camions de la Protection civile apportait des renforts de lumière.
La presse était maintenue à distance autour de la maison de l'horreur où deux petites filles avaient été enterrées comme des chiens, enchaînées dans du plastique, il y a cinq ou six mois...

Gil. avec V. Le, M. Pe., N. D. et F. M.

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Pas encore d’avocat, malgré tout son argent

«La Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 6


CHARLEROI- L'un des mystères qui entourent encore la personnalité de Marc Dutroux reste cette étrange capacité qu'il avait à accumuler un patrimoine immobilier important avec des revenus officiels particulièrement maigres.

Marc Dutroux semble sur ce point avoir toujours été un gestionnaire avisé, attaché à ne pas perdre le moindre franc dans ses transactions.
Officiellement, il ne bénéficiait que de revenus à hauteur de 38.000 F par mois.
Marc Dutroux avait cependant des combines. Par exemple, il était officiellement séparé d'avec son épouse Michelle Martin alors qu'ils formaient toujours un couple : ce qui leur permettait sans doute de toucher des allocations d'isolés sans l'être.

Des bouchées de pain
Cela n'explique pas tout. Marc Dutroux ou son épouse était le plus officiellement du monde propriétaire de quatre maisons. Il y avait là des bicoques à la limite du taudis, situées dans des quartiers où la spéculation immobilière n'est pas farouche, comme celle de la rue Destrée, à la Docherie, ou celle de la rue des Hayettes, dans un coin assez populaire de Mont-sur Marchienne. Ces maisons qu'ils avaient retapées avaient été acquises pour des bouchées de pain, l'une pour 300.000 F, l'autre pour 250.000 F, semble-t-il.
Il y avait ensuite la maison de Marcinelle, acquise précédemment, puisque c'est son épouse qui y fut la première domiciliée.
Il y a encore une petite maison achetée à Montignies-sur-Sambre et que
Marc Dutroux louait de la plus normale des façons à une famille, et qui devait donc lui rapporter un modeste loyer.
Il y a la maison de la rue Le noble, à Jemeppe-sur-Sambre, qui appartenait à la grand-mère de Marc
Dutroux. Ce dernier était parvenu à extorquer à la vieille dame un bail à rénovation. Plus tard. La mère de Dutroux, qui déteste son fils, avait été nommée administratrice de ce bien et avait voulu en déloger Dutroux. Elle avait obtenu gain de cause en première instance, mais Marc Dutroux, opiniâtre, avait interjeté appel.

L'affaire est toujours pendante devant les tribunaux. Un avocat s'occupe des intérêts civils de Dutroux qui n'aurait pas encore trouvé d'avocat pour le volet pénal.
Le mystère est encore plus grand autour de la maison de Sars-la Buissière qui était en vente publique. Marc Dutroux aurait proposé une enchère d'un million et demi supérieure à la précédente, mettant deux millions cash sur la table.

D'où venait cet argent? Une fois de plus, c'est le mystère. Un autre mystère plus grand encore concernerait un bien immobilier de Dutroux en... République dominicaine. La vente de vidéos, les enlèvements d'enfants expliqueraient évidemment ces énigmes.

F. M.

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Dutroux incarcéré à Jamioulx fin 95

Deux mille couronnes Slovaques en poche

«La Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 6

JAMIOULX - Nul ne peut encore prouver que l'on retrouvera An et Eefje vivantes en Slovaquie. On a évoqué la filière de l'Est, puis de la Slovénie, de la Tchéquie et de la Slovaquie. Notamment...

On sait que les enquêteurs s'activent. Une chose semble évidente, en tout cas, Marc Dutroux avait établi des liens avec la Slovaquie. Une trace laisse à penser que ce dangereux pédophile s'est rendu dans cette petite république qui a pris sa liberté vis-à-vis de sa grande soeur, la Tchéquie, le 1er janvier1993.
Selon nos informations, en effet, Marc Dutroux était en possession d'argent slovaque au moment de son incarcération à la prison de Jamioulx, dans la banlieue de Charleroi.

Selon le document qui fait l'inventaire des objets que les détenus confient à l'administration pénitentiaire, on peut en effet lire qu'il avait sur lui, une bien curieuse devise : des couronnes slovaques.

En effet, outre ses 11.600 francs belges qu'il a remis au vestiaire, les agents pénitentiaires ont eu la surprise de trouver deux billets de mille couronnes (ce qui revenait plus ou moins à 1.500 francs belges, à l'époque). C'est ce qu'indique un document de l'administration pénitentiaire de Jamioulx, du 7 décembre 1995. La veille, il venait d'être arrêté pour une affaire de vols et de séquestration.
Ses codétenus ne feront jamais le lien avec une précédente affaire qui l'avait conduit également à
Jamioulx, près de dix ans plus tôt. II ne subira par le sort des pointeurs alors que le motif de sa condamnation ne laissait planer aucun doute sur les motifs de son incarcération qui dura de février 1986 au 8 avril 1992... (Préventive jusqu'en 1989, année de son jugement).

Cantines plantureuses
Des perquisitions ont été effectuées à son domicile. Par ailleurs, les enquêteurs ont fouillé un hangar, le 18 décembre, à la chaussée de Bruxelles, à Jumet. Les résultats ne nous sont pas connus...
II faut rappeler que cette durant cette période que Julie et Melissa auraient été laissées sans soin dans la cage aménagée par Dutroux.

Nous avons retrouvé un détenu qui, à l'époque, s'occupait des cantines (distribution d'articles d'épicerie, de cigarettes, de produits de soins, etc. « Nous étions fort frappés par la quantité de ce qu'il commandait. Or, je ne me souviens pas qu'il travaillait dans les ateliers Visiblement il avait de gros moyens qui provenaient de l'extérieur ».

Quels moyens ? Le caractère illicite de son activité ne laisse guère de place au doute (lire ci-contre).
Sans profession, son activité de seconde main s'est officiellement arrêtée en 1991 (c'est en tout cas la date à laquelle il a été rayé du registre de la TVA où il correspondait au numéro de 6.60.228.817). Et depuis ?

D. Hamman .

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Prostitution Tchèque : Une industrie en plein boom

«La Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 6

PRAGUE - A l'heure où nous écrivions ces lignes, la police tchèque n'avait officiellement encore aucune idée de ce qui pouvait être advenu à An et Eefje ou à d'autres victimes de Marc Dutroux.

Comme devait l'expliquer, hier,notre consoeur Ema McCluna, journaliste au Prague Post « le patron d'Interpol à Prague, Frantisek Zelnicky, ne semble pas lui-même très convaincu de la présence de ces filles en Tchéquie. Il a déclaré plusieurs fois que c'était sans preuve que la justice belge avait dirigé ses soupçons vers un réseau travaillant en Tchéquie. Mais, pour notre part nous pensons qu'on ne peut pas se permettre de négliger une seule piste.

Il est vrai que la prostitution en Tchéquie n'est pas une mince affaire. A peine la frontière franchie, le visiteur qui vient de faire estampiller son passeport est rapidement hélé par un curieux taximan son véhicule est couvert de publicités pour un night-club apparemment très prisé.
Devant notre étonnement, le douanier nous explique que même si « le poste frontière est situé en pleine campagne, ce genre de service est très apprécié par les Autrichiens nombreux à venir se délasser à relativement bon compte hors de chez eux. »
S'ouvrant au tourisme et au monde extérieur en 89, après la chute du rideau de fer, la Tchéquie a également ouvert la porte à toutes sortes de formes d'exploitation du sexe. La prostitution organisée connaît ici une expansion comme peu de pays européens en ont vécu. Plutôt sage avant le changement de régime, la société tchèque a découvert, en même temps que les touristes, une facette bien peu reluisante du monde occidental: l'exploitation systématique du vice et de la misère sexuelle sous toutes ses formes.

Prague la nuit
Pas besoin d'être véritablement initié pour savoir où ça se passe. Dans n'importe quel kiosque, on peut se procurer, pour une centaine de couronnes (un peu plus de cent francs belges) et en insistant un peu, un très beau Plan érotique de la ville de Prague ou encore un Prague sex guide. Dans ces opuscules, illustrés de créatures de rêve, figurent toutes les adresses de clubs et de lieux de rencontres souvent classés par spécialité.
Si ces clubs sont disséminés dans toute la ville, les hauts lieux de la prostitution classique sont, surtout depuis 1989, la célèbre place Wentesplatz ainsi que la toute proche rue Perlova.
Cette dernière, tout à fait paisible en journée, se transforme la nuit en véritable marché du sexe où des dizaines de filles proposent leurs charmes, quasi au coude à coude.

Petra, qui tient une agence de voyages dans la rue, nous explique : « La rue s'anime à la tombée de la nuit alors que les boutiques sont fermées. Ce n'est qu'à ce moment qu'on voit débarquer les filles
Il me semble qu'il s’agit essentiellement de Tchèques. Mais il y a aussi beaucoup de Tziganes. »

Pavel, chauffeur de taxi qui vient d'entrer dans l'agence, nous donne quelques précisions. « Ces filles travaillent à relativement bon marché. Si vous êtes tchèque ou n'avez pas l'air trop riche, elles se contentent généralement de 500 couronnes (un peu plus de 500 F). Evidemment, si elles vous prennent pour un riche étranger, les prix montent très vite. En fait, comme dans les clubs où l'an ne s'en sort pas à moins de 5.000 couronnes.

Comme nous sortons les photos d'An et Eefje, Petra nous fait remarquer : «Des étrangères retenues contre leur volonté ne travailleraient jamais dans la rue. En tour cas, moi je ne les ai jamais vues, ni d'ailleurs aucune fille semblant venir de voire coin d'Europe. »

Ph. B.


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