mardi 15 juillet 2008

Hommage poignant aux fillettes(DHvendredi 23août1996)


Les mamans portaient la couleur blanche de l’espérance

Hommage poignant aux fillettes

« Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 2

LIEGE - Il est 7 heures. Liège s'éveille et les premiers sympathisants grimpent le mont Saint-Martin. A 9 heures, ils ne sont plus seuls le long des barrières Nadar; ils ont été rejoints par des milliers d'autres. Alors que 10 heures viennent de sonner, les applaudissements retentissent. Ils sont destinés à Pol et Betty Marchal, les parents d'An. «Il est très important pour nous d'être là, aux côtés des parents de Julie et de Mélissa.
Tout ce qu'on espère, c'est qu'An et Eefje ont rencontré les pentes et ont pu leur dire que leurs parents les recherchaient et les aimaient », commentent-ils, d'une voix que les larmes font chevroter.

A 10 heures 30, un demi millier de personnes pénètrent dans la basilique. Durant une heure, personne ne parle. Le silence est lourd... A 11 heures 25, des applaudissements retentissent à l'extérieur. Deux camions de pompiers et une quinzaine de corbillards transportent les milliers de fleurs.
Quelques minutes plus tard, les deux cercueils blancs sont sortis des corbillards. Dans la basilique, le public se lève. Tendu...
Les cercueils sont placés côte à côte. Gino, Carine et Gregory Russo les suivent. La famille Lejeune serre des mains, embrasse des proches. Puis hésite, ne sait où s'asseoir. Rageusement, Gino Russo tire quelques chaises à ses côtés pour permettre aux parents de Julie de s'installer...

Ne pleure pas...
Les larmes cachées derrière des lunettes noires, Jean-Denis Lejeune pose sa main sur le genou de
Gino Russo en signe d'encouragement. Les mamans ne peuvent détacher leur regard des cercueils.
Maxime, le petit frère de Julie, remue beaucoup. Peut-être pour faire comprendre à Louisa, sa maman, qu'il est à ses côtés et qu'il représente l'avenir...
La cérémonie est belle. On ne peut qu'admirer le courage des familles. Les papas pleurent en silence. Cécile, la marraine de Mélissa, lit un texte d'Augustin. Plein d'espoir. Malgré son désarroi, elle essaye de sourire: « la mort ne change rien. Je veux que mon nom soit prononcé comme il l'a toujours été, sans emphase. Essuie tes larmes, ne pleure pas.
Dans le public, l'émotion est intense. Les larmes coulent sur de nombreux visages. Les costauds serrent les mâchoires, reniflent discrètement. Les lunettes fumées sortent des étuis. C'est dur...

Les condisciples des gamines
Contrairement à ce qui avait été prévu, seules les personnes se trouvant dans la basilique peuvent défiler devant les cercueils. II est 12 heures 40. Se tenant par les épaules, les papas embrassent les cercueils. Carine caresse les plaquettes indiquant le nom des petites. Doucement. Puis, elle pose sa joue sur celles-ci. Comme on le ferait sur le visage d'un enfant pour le rassurer dans son sommeil...

Après les familles, c'est au tour du public de rendre un dernier hommage aux fillettes. Dans la file, on reconnaît quelques personnalités politiques. Conformément au souhait des familles, personne ne représente le palais royal. Marie France Botte sanglote. Anne Thily embrasse les familles. Mais elle ne quitte pas son masque de froideur.

Pendant ce temps, la maman d'Elisabeth Brichet reste agenouillée près de Carine Russo. C'est ensuite le tour des camarades de classe des petites. Ils sont entourés des institutrices de l'école communale de Mons Crotteux. Ils semblent perdus. Il est 13 heures 40. Les familles quittent la basilique et le cortège s'ébranle. Devant les yeux de la foule en émoi, Julie et Melissa sont conduites vers leur dernière demeure...

Nathalie Evrard

Ils réclament leurs droits

« DH » du vendredi 23 août 1996 page 2

LIÈGE - Parmi la foule présente hier à Saint-Martin, beaucoup d'anonymes venus pour soutenir les parents, mais aussi des gens qui voulaient crier leur révolte et leur souffrance face à l'injustice.

Ainsi, ce papa d'une petite Sophie âgée aujourd'hui de 11 ans. En décembre 1994, la petite a été violée par un individu. « Pendant trois mois, les autorités ont cru que la gamine mentait. Puis un examen médical a abouti à l'arrestation du violeur. Il n'est cependant resté détenu en préventive que 24 jours !
Il est revenu dans le quartier et ma gamine s'est retrouvée plusieurs fois en tête à tête avec lui. Nous avons finalement déménagé... Le procès a été ajourné à plusieurs reprises. Finalement, il devrait avoir lieu le 9 décembre prochain, soit 2 ans après les faits! », remarque le papa, scandalisé. « Vous comprenez dès lors pourquoi je devais venir aujourd'hui, je soutiens totalement les parents dans leur lutte pour le droit des victimes.

Dans la basilique, un autre petit personnage attire l'attention. En janvier dernier, il a lui aussi défrayé la chronique. Mais son histoire a trouvé une fin plus heureuse que celle de Julie et Melissa. Ce petit bout d'homme très souriant, c'est Nicolas, le bébé enlevé à la Citadelle. « Maintenant, nous allons bien, sauf lorsque nous devons vivre des journées comme celle-ci. Nous nous sommes rendus au funérarium tous les jours pour soutenir les parents », explique Véronique, sa maman. Elle aussi tient à manifester son mécontentement contre la justice. « La ravisseuse a été libérée après avoir passé trois mois dans un hôpital psychiatrique. Elle est maintenant rentrée chez elle ! »

Comme le souligne M. Malmendier, de l'asbl Marc et Corine, « en trois mois, il est impossible de guérir quelqu'un aussi gravement atteint par la maladie »...

N.E.


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Des mots inoubliables

« DH » du vendredi 23 août 1996 page 2

LIEGE- Soudain, hier matin, la basilique Saint-Martin a été envahie par l'émotion...
C'est l'abbé Schoonbroodt qui, le mouchoir à la main, a ouvert le robinet de l'émoi en criant sa colère : «A quoi ont servi nos actions et nos prières ? Est ce que le bon Dieu est sourd ? » Avant d'ajouter,«
Non, ce n'est pas blasphémer que de crier ainsi, de laisser exploser notre sincérité »...

Deuxième moment fort avec l'interprétation de la chanson d'Yves Duteil Pour les enfants du monde entier par François, un petit Namurois âgé de 8 ans.
C'est ensuite le vice-recteur de l'UCL, Gabriel Ringlet, qui, lors de l'homélie, a fait frémir la foule: « Nous n'allons jamais oublier Julie et Melissa. Tout un pays a fait alliance avec elles; elles sont devenues nos enfants. Tous, nous sommes un peu désenfantés. Elles emportent quelque chose de notre propre enfance. »

Avant de conclure sur la misère du peuple: « Toutes les deux secondes, Julie et Melissa meurent à travers le monde, d'enlèvement de viol, de sida ou de génocide »...

La maman d'Elisabeth Brichet a assimilé les victimes « aux petites soeurs d'Elisabeth ». L'avocat de la famille, Victor Hissel, a lu un poème adressé aux enfants : « Deux hommes sont venus vous mettre à l'agonie quand d'autres regardaient en se croisant les bras » !

Le journaliste José Dessard s'est, quant à lui, adressé aux enfants en précisant : « Vos parents avaient raison de ne pas être sages. Il fallait défier ceux qui disaient d'attendre bien sagement.

La conclusion revenant à Céline Dion dont la chanson disait:


« Vole mon ange, mon âme; va rejoindre l'autre rive, celle des fleurs et des rires, celle que tu voulais tant ta vie d'enfant »...

N.E.



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