mardi 15 juillet 2008

TOUT UN PEUPLE CLAME SON INDIGNATION(DH vendredi 23 août 1996)


TOUT UN PEUPLE CLAME SON INDIGNATION

Les femmes de la prison de Forest ont suivi la cérémonie depuis leur cellule

Les détenues solidaires


«La Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 5

FOREST - 11 h. La prison pour femmes de Forent retient son souffle. Toutes les détenues se précipitent dans leur cellule et branchent leur télé louée 200 F par semaine.
Plus un bruit. Réfugiées devant leurs écrans vidéo de surveillance, les gardiennes chuchotent :
« Par solidarité, toutes les prisons suspendent le travail. On n'ouvre plus les portes, on ne transfère plus aucun prisonnier. On se tait... »

Seules quelques Chinoises, une Britannique égarée, des Hollandaises, des Africaines, des Portugaises se demandent ce qui se passe. Et pour cause : elles ne pipent pas un mot de français...
« Ici, c'est plus calme que dans les prisons d'hommes, murmure une gardienne dont l'unique étoile sur l'épaulette indique qu'elle fait ce métier depuis moins de quatre ans... Beaucoup de détenues ont eu peur pour leurs enfants qui sont encore à l'extérieur. Certaines ont été un peu plus mélancoliques.

Colère
A 11 h 15, les trousseaux recommencent à tinter. On pousse une porte, une Flamande détourne la tête pour cacher ses larmes. « Non, pas de photo, s'il vous plaît »
« C'était à prévoir, murmure une gardienne. Beaucoup vont rester collées à la télé. Toutes ne reprendront pas le travail »
« La peine de mort, c'est trop doux pour ce Dutroux, laisse entendre une détenue. Il faudrait lui faire ce qu'il a fait aux petites filles. »

« Moi, plus que du chagrin, c'est de la colère à l'encontre de la justice que j'éprouve », dit Carine, qui confectionne des cahiers à anneaux. « Mais la peine de mort, je ne suis pas pour. La loi Lejeune ? Je ne voudrais pas qu'on la supprime : j'en ai déjà bénéficié une fois.
En face d'elle, Laurence se fâche un peu : « Moi, j'ai été condamnée par défaut à trois ans de prison.
Même pas pour trafic ! Je ne comprends pas comment un type qui a violé à plusieurs reprises et qui a fait autant de mal puisse écoper de si peu. »

Dans un atelier voisin, une dizaine de détenues confectionnent des brochettes à surgeler pour une société extérieure. « J'ai moi même un enfant de huit ans, je ne comprends pas comment une femme a pu tremper là-dedans ! », nous dit Nadia, en bonnet et gants blancs...

Comment sont traitées les femmes qui ont commis des violences à l'égard d'enfants, ici ?
«Aucune de nos détenues n'a commis d'actes pareils, rassure une autre gardienne. La dernière, meurtrière de son bébé, nous a quittés la semaine dernière. Bien sûr, ce n'est pas comme chez les hommes. Mais c'était dur pour elle, car elle subissait perpétuellement des brimades. » « Croyez-moi, ajoute Nadia, si la Michelle Martin débarque, son programme est déjà fait »

Didier Hamann

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Stéfaan De Clerck reconnaît les lacunes de l’enquête

«La Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 5


BRUXELLES - Hasard du calendrier, la convocation exceptionnelle de la commission Justice de la Chambre s'est tenue la même journée que les funérailles, chargées d'émotion, de Julie Lejeune et de Mélissa Russo.

Toutes les questions posées depuis les développements de l'enquête de Neufchâteau sur les exactions commises par l'ogre de Sars la Buissière, les errements de certains organes judiciaires, la réforme approfondie de la libération conditionnelle ont alimenté les dix interpellations parlementaires au ministre de la Justice Stefaan De Clerck.

Face aux députés, M. De Clerck a confirmé que la BSR de Charleroi a recueilli, peu après le rapt, des informations : elles signalaient que Dutroux aménageait les caves de sa maison en vue d'y cacher des enfants à expédier vers l'étranger.

Peu après, les gendarmes apprenaient que Dutroux offrait 150.000 F à qui lui livrerait une jeune fille. Si les informations ont été transmises verbalement aux gendarmes liégeois, le ministre s'étonne qu'« aucun procès-verbal n'ait été établi ».

M. De Clerck a encore relevé l'étrange comportement du parquet de Charleroi et des pandores, tant de Charleroi que de Grâce Hollogne. Il s'est également inquiété que ces informations n'aient pas été transmises à Mme la juge d'instruction Doutrewe, qui tombait des nues.
« Je ne vous cache pas ma stupéfaction. Je n'ai été informée que verbalement d'une infime partie de ces informations, en substance l'existence d'un suspect en matière de moeurs prénommé Marc Dutroux, ayant fait l'objet d'une enquête à Charleroi. Je constate avoir été laissée dans l'ignorance d'éléments majeurs pour l'enquête », a lu Stefaan De Clerck, citant Martine Doutrewe.

Devant tant de négligences, le ministre de la Justice a demandé une enquête qui, «je l'espère, fera la lumière sur es responsabilités de ces manquements ».

Pas mortes pour rien

Le ministre a encore affirmé que « les critiques formulées par les parents de Julie et de Mélissa étaient fondées », et il a énuméré les déficiences dont ont fait preuve les autorités judiciaires, notamment la place misérable réservée aux victimes dans l'enquête. «Il faudra en tirer les leçons », a poursuivi M. De Clerck.
« Toutes les conséquences politiques seront tirées de l'évolution de l'enquête pour que Julie et Mélissa ne soient pas mortes pour rien », a t’il ajouté.

Au chapitre des libérations conditionnelles, le ministre a expliqué que, depuis le début de 'année, il avait signé 6.000 grâces et libérations conditionnelles. Une situation qui fait courir quelques risques de dérapage...
Concernant Marc Dutroux, Stefaan De Clerck a relevé toutes les carences dans le suivi social et psychologique du ravisseur, une fois libéré conditionnellement en 1992.

Un manipulateur qui a respecté les conditions « dans un intéret purement formel afin de tenir éloignés les enquêteurs ».
Et le ministre d'encore annoncer que Marc Dutroux bénéficiait d'allocations de la mutuelle. Son épouse était également assistée. Au total, toutes indemnités comprises, ce sont quelque 80.000fr qui tombaient dans l'escarcelle du couple.

L'arrestation de Marc Dutroux en décembre 95, pour des vols avec violence, aurait dû « provoquer la révocation de sa libération anticipée », insiste M. De Clerck qui se demande pourquoi le parquet de Charleroi n'a pas averti l'administration ni le procureur général de Mons, M. Demanet.
Autant de fautes ne redorent pas le blason de la justice.

Donatienne Stévigny


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La minute de silence a été respectée dans la plupart des institutions publiques

Les larmes des malades

«La Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 5

BRUXELLES - Comme l'avait suggéré une note émise par le gouvernement, mercredi, la minute de silence aura été respectée et/ou un arrêt de travail marqué dans la plupart des institutions publiques et parapubliques. Ce fut le cas, par exemple, à la Communauté française, et tout particulièrement au département de l'aide à la jeunesse, où l'on remarquait déjà, à l'accueil, que la réceptionniste suivait les funérailles sur son petitposte de radio amené tout exprès. Ici, comme dans de nombreuses institutions officielles et privées, les pétitions ont aussi circulé en nombre.
11 heures tapantes, à la caserne des pompiers de l'héliport, à Bruxelles : la même émotion est de mise. Les hommes présents se réunissent dans la cour, devant les véhicules, où ce matin même ont été placardées des affichettes avec les photos des deux gamines, barrées d'un seul au revoir, écrit en lettres noires. Le silence est pesant.
Le colonel est parti à liège. Une minute plus tard, les hommes du feu, que l'on sait être des hommes de coeur, les employées de la caserne, tous ceux qui ne sont pas appelés sur un sinistre, se retrouvent devant la télévision. Emotion encore quand un petit François de 8 ans, l'âge qu'avaient Julie et Melissa, chante Duteil et les enfants du monde entier... « Un type comme Dutroux ne mérite rien d'autre que la perpétuité, puisque la peine de mort n'est plus appliquée... », lâche un pompier.

Ils n'oublieront pas
A l'hôpital Brugmann, seuls dans leur chambre, comme Gilberte Willame, ou réunis devant la TV commune, les patients ont tous l'œil rivé sur le petit écran.
Allongé sur son lit d'hôpital, incapable de bouger, Hervé Capelle, un Bruxellois qui a souffert d'un grave accident de moto, repousse son plateau repas : « J'en ai l'appétit coupé. Comment ne s'est on pas interrogé suffisamment sur les activités de Dutroux ? Des types comme cela, il faut les enfermer à vie et les castrer ! »
Sur l'écran, le papa de Julie s'effondre. Hervé Capelle détourne le regard et essuie ses larmes.
« C'est trop triste, toutes ces vies gâchées »...
Sa voisine, sur une chaise roulante, témoigne de la même indignation : « Comme tout le monde, je pense que c'est horrible. Ça ne peut laisser personne insensible...

« Que les parents sachent que l'on n'oubliera pas. Ce Dutroux, on doit l'enfermer pour le restant de ses jours. Je comprend les familles qui ont refusé la présence d'un représentant du Roi, je trouve qu'au moins un membre de la famille royale, et pas un représentant aurait du se déplacer pour témoigner sa solidarité ».
Le long défilé devant les cercueils commence. Les patients se taisent. Non, ils n'oublieront pas...

N. F.


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Vous avez la parole

Que l’on retienne au moins les leçon de cette tragédie


«La Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 5

BRUXELLES «Deux petites filles destinées à être des femmes, et peut-être même des mères, viennent d'être fauchées dans la fleur de l'âge. Elles ne verront plus jamais le soleil briller ni la mer faire danser ses vagues. Toute la Belgique vous pleure et vous pleurera encore. Puissent les anges qui vous accueilleront là-haut vous faire oublier ce que vous avez vécu et vous choyer comme vous le méritez. Au revoir Julie, au revoir Melissa... »

Voilà un extrait de la lettre de Florence Delorge, d'Evere, qui, comme bon nombre d'entre vous, continue à réagir suite au décès de Julie et Melissa.

André Paets, d'Anderlecht, pense que la démocratie de notre pays est malade. Selon lui, les gens sont avides de technologie et de croissance et c'est cela qui entraînerait le chômage, l'agressivité et l'oisiveté ainsi que toutes les déviances qui en découlent directement.

Georges Delval, d'Ostende, va dans le même sens : « Nos démagogues de circonstance savent fort bien que ce n'est pas en battant !es tricheurs fiscaux, en coupant les mains des pilleurs-tueurs de fourgons bancaires ni en pratiquant la peine de mort que l'on changera quoi que ce soit en matière de récidive des diverses formes de délinquance. De même, les peines incompressibles ne feraient que fabriquer des fauves sans espoir (...) Les solutions ? Il n'y en aura jamais aussi longtemps que l'économisme prévaudra sur l'humanisme et que le désir de puissance, lié à l'argent et au sexe, demeurera une composante essentielle et obsessionnelle du monde dans lequel nous vivons.
A cet égard, ne soyons pas hypocrites : l'enrichissement des Dutroux et autres proxénètes n'est rendu possible que parce qu'il existe une demande multiforme, à la fois considérable et très lucrative, sur le marché du sexe. »

Frédérique Haulot, de liège, est fort inquiète pour ses enfants et petits-enfants. Elle se demande comment elle pourrait faire confiance à un système capable de libérer 1, 10, 100 Dutroux. Elle s'interroge : « Comment persuader mes enfants que !a démocratie est le moins mauvais mode de gouvernement et qu'elle n'a d'autre alternative que la dictature, avec tout ce que cela suppose ? Dans quelle société voulons-nous faire grandir nos enfants? (...) Je VEUX, pour tous les jeunes, une démocratie armée d'un système de protection efficace; une démocratie qui reconnaisse que la pédophilie existe, qu'elle tue ou mutile à jamais. »

Dernière remarque en ce qui concerne la démocratie.
Catherine Hudts, de Molenbeek, est allée vérifier dans le dictionnaire la définition du mot démocratie. Elle y a trouvé la définition suivante : « Régime politique dans lequel le peuple exerce sa souveraineté lui même sans l'intermédiaire d'un organe représentatif. » Elle se demande alors : «Pourquoi M. De Clerck, ministre de la Justice, ne nous écoule pas quand nous réclamons l'incompressibilité des peines ?

J'ai honte d'être belge !
Eric Lootens, de Brame-le Comte, est écoeuré : «Aujourd'hui, J'ai honte, honte d'être adulte, honte d'être belge, honte d'être humain. (...) Combien faudra-t-il encore de Julie, de Mélissa pour qu'enfin /a Justice et le gouvernement se décident à bouger? (...) Mon coeur saigne, car, une fois de plus, on a touché ce qu'il y a de plus cher, de plus beau: la pureté de nos enfants... »

Jeanine Deulin, de Wangenies, se demande si Melchior Wathelet est si pauvre qu'il n'a pas de téléphone en vacances. Elle trouve qu'il a réagi beaucoup trop tard. Mme Deulin est dégoûtée et elle sait de quoi elle parle : « Cela fait 17 mois que je pleure la disparition de mon fils. Les enquêteurs et les magistrats font un travail formidable, ils effectuent un travail de fourmi et j'ai pu trouver un soutien psychologique auprès d'eux. Le malheur, c'est que leur travail est toujours saboté en haut lieu. »

Nicole, d'Etalle, vit également une situation difficile: « Je suis dans une affaire où je me bats parce que ma fille a été prise dans un réseau de pédophiles par le biais d'un droit de visite. On ne me croit pas, on se moque de moi. Le juge ne fait pas son travail correctement un non-lieu a même été prononcé. J'accuse également le monde médical de ne pas prendre ses responsabilités, il serait grand temps que les choses bougent. »

Ulinda, de St-Pieters-leeuw, est également outrée par ce qui se passe en ce moment. « J'ai été violée par un membre de ma famille alors que "'avais 6 ans. Une plainte a bien sur été déposée et il n'a fait que trois ans de prison. En sortant il a recommencé avec sa fille âgée de 11 ans et il a de nouveau refait trois ans de prison.
Tout ça pour dire que les pédophiles sont vraiment des gens incurables et qu'en aucun cas il ne faut les libérer.
Aujourd'hui, ce sont les prisonniers de Verviers qui nous ont écrit. Ils confirment effectivement qu'en prison les pédophiles ont un traitement de faveur. Ils expliquent cela par le fait que ces gens là se conduisent toujours bien et sont discrets. « Qui mieux qu'un pédophile peut vivre dans le mensonge, l'hypocrisie et la discrétion? Qualités requises pour séduire (tromper) nos enfants et la justice...

Espoir non partagé
André, revendeur en rue de SDF Journal, est plein d'espoir. Pour lui, les deux fillettes ne sont pas mortes pour rien. Il pense que beaucoup de choses vont changer et que cette évolution ira dans le sens d'une plus grande protection.

Par contre, Jean Hubeau, de Thiméon, n'a plus guère d'espoir. « Julie et Mélissa sont mortes pour rien, car rien ne changera ! On continuera à libérer anticipativement les pédophiles, violeurs, kidnappeurs et assassins d'enfants.
Marc Dutroux et ses semblables ont encore de beaux jours devant eux. Dans quinze ans, il sera libre de recommencer ses crimes. Ainsi en a décidé Stefaan De Clerck, ministre de la Justice. »

Et aujourd'hui encore, nous terminons par un poème envoyé cette fois-ci par
Gémini, notre astrologue.
Petites princesses de douleur / Des torrents de larmes et de pleurs / Sur vos jeunes vies arrêtées en plein bonheur / Se sont déversés, venant des quatre points cardinaux l Pour être emportés par une brise légère, tout là-haut//
Princesses ici-bas, vous avez été... / Vous voilà reines dans la voie lactée / Que cette pluie d'ores d'argent, vous enveloppe tel un linceul / Dans lequel, jamais, plus jamais, vous ne serez seules. / Mille soleils, sur vos fronts purs, se posent telle une couronne / Afin que vos petites âmes rient et non point frissonnent. / Trésors terrestres, jouez avec la lune vagabonde bonde/Mettez un manteau d'étoiles pour courir dans des rondes/Muses avec Vénus, vous boirez le nectar des dieux l Vous danserez sur les nuages dans vos nouveaux cieux.

Ni. Ke.

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