mardi 15 juillet 2008

Des moments d’intense émotion(DHvendredi 23août1996)


Des moments d’intense émotion

Une balade de circonstance

« Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 3

LIÈGE - Les parents de Julie et de Melissa ont choisi eux-mêmes les chansons et les prières qui ont encore renforcé le côté émotionnel de ces absoutes.

Ainsi, lorsque le petit Antoine, un chanteur namurois de huit ans, a posé sa voix sur la superbe chanson d'Yves Duteil, Pour les enfants du monde entier, les personnes présentes dans la basilique ainsi que tous les téléspectateurs anonymes ont eu du mal, beaucoup de mal, à retenir leurs larmes.

A des centaines de kilomètres de là, dans une villa corse où il passe ses vacances, Yves Duteil a suivi à la télévision ces obsèques. « Mercredi, une dame belge, proche du Comité de soutien Julie et Melissa, m'a téléphoné pour me demander si les parents pouvaient utiliser cette chanson au cours de la messe. J'ai accepté tout de suite. Quand j'ai vu des extraits des obsèques sur une chaîne française, j'ai été profondément ému. La version offerte par ce petit Nicolas a davantage de poids que si j'avais chanté moi même « Pour les enfants du monde entier. »

En tant qu'auteur, je me sens particulièrement touché. Cette chanson a permis aux parents de ces deux fillettes de reprendre courage. Ils m'ont dit qu'ils avaient écouté souvent ce disque au cours de ces derniers mois. Mon souhait est que cette ballade leur a permis de puiser dans les souvenirs, les bons souvenirs j'entends, qu'ils gardent de leurs enfants. Je l'ai composée dans ce sens. Comme un phare qui doit guider les parents vers la lumière et l'espoir.

Yves Duteil a envoyé un télégramme de condoléances aux parents de Julie et Melissa. « Ce qui est arrivé en Belgique est horrible.
Le courage et la détermination de ces deux familles qui n'ont cessé de se soutenir doivent servir de leçon à tout le monde. Il ne faut plus que cela se reproduise. En Belgique ou ailleurs.

L.L.

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Pour les enfants du monde entier

« Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 3

Pour les enfants du monde entier Qui n'ont plus rien à espérer Je voudrais faire une prière
A tous les Maîtres de la Terre

A chaque enfant qui disparaît C'est l'Univers qui tire un trait Sur un espoir pour l'avenir De pouvoir nous appartenir

J'ai vu des enfants s'en aller Sourire aux lèvres et coeur léger Vers la mort et le paradis Que des adultes avaient promis

Mais quand ils sautaient sur les mines C'était Mozart qu'on assassine Si le bonheur est à ce prix De quel enfer s'est-il nourri?

Et combien faudra-t-il payer
De silence et d'obscurité
Pour effacer dans les mémoires Le souvenir de leur histoire?

Quel testament, quel évangile Quelle main aveugle ou imbécile Peut condamner tant d'innocence A tant de larmes et de souffrances?

La peur, la haine et la violence Ont mis le feu à leur enfance Leurs chemins se sont hérissés De misère et de barbelés

Peut-on convaincre un dictateur D'écouter battre un peu son coeur? Peut-on souhaiter d'un président
Qu'il pleure aussi de temps en temps?

Pour les enfants du monde entier Qui n'ont de voix que pour pleurer Je voudrais faire une prière A tous les Maîtres de la Terre

Dans vos sommeils de somnifères Où vous dormez les yeux ouverts Laissez souffler pour un instant La magie de vos coeurs d'enfants

Puisque l'on sait de par le monde Faire la paix pour quelques secondes Au nom du Père et pour Noël Que la trêve soit éternelle

Qu'elle taise à jamais les rancoeurs Et qu'elle apaise au fond des coeurs La vengeance et la cruauté Jusqu'au bout de l'éternité

Je n'ai pas l'ombre d'un pouvoir Mais j'ai le coeur rempli d'espoir Et de chansons pour aujourd'hui Qui sont des hymnes pour la vie

Et des ghettos, des bidonvilles Du coeur du siècle de l'exil
Des voix s'élèvent un peu partout Qui font chanter les gens debout

Vous pouvez fermer vos frontières Bloquer vos ports et vos rivières Mais les chansons voyagent à pied En secret dans des coeurs fermés

Ce sont les mères qui les apprennent A leurs enfants qui les reprennent Elles finiront par éclater Sous le ciel de la liberté

Pour les enfants du monde entier.


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Où sen vont,

« Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 3

Où s'en vont,
Où s'en vont, Où s'en vont,
Tous ces potes qu'on aime
Nos certaines affections
Qu'on est long,

Qu'on est long,
A dire les "Je t'aime"
Qu'on pense quand ils s'en vont...

Refrain:
Où vont les gens qu'on aime
Quand ils s'en vont
C'est pas vrai qu'ça s'arrête
Ce s'rait trop con!

Les copines, les tontons,
Tous ces anges à nous
Nos divines affections.
Qu'on est long, Qu'on est long,
A dire les "Je t'aime" qu'on pense
Quand ils s'en vont...

Refrain:
Où s'en vont,
Où s'en vont,
Tous ces potes qu'on aime
Nos certaines affections.

Qu'on est long, Qu'on est long,
A dire les "Je t'aime" qu'on pense
Quand ils s'en vont...


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Anonyme, amis et parents étaient tous là

Dignes pour le dernier voyage

« Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 3

LIÈGE- « Respect » et «dignité » : la volonté des parents de Julie et Melissa a été respectée ce jeudi, jour des funérailles.
Les milliers de personnes présentes, très tôt le matin, autour de la basilique Saint-Martin ont su contenir leur rancoeur et leur colère, montrant qu'elles étaient là pour soutenir les pauvres parents et non pour réclamer vengeance.

« C'est le moins que l'on puisse faire », commente sobrement une dame appuyée contre une barrière nadar. « J'ai moi aussi deux petites filles du même âge, elles représentent tout pour moi.
Je comprends la peine des parents, je suis avec eux et je suis venue le leur montrer.

Le moins qu'on puisse faire.
Massés contre les barrières métalliques, hissés sur les appuis de fenêtre et les perrons, regroupés sur les balcons, ils étaient ainsi plusieurs milliers - de sept à huit mille vraisemblablement - à guetter l'arrivée du cortège funèbre puis à suivre la messe sur les quelques écrans disposés autour de la basilique.

Avant cela, quelques centaines d'entre eux s'étaient regroupés devant le funérarium pour un der nier hommage aux petites victimes de Marc Dutroux, puis devant le domicile de la famille Russo.
Des dizaines de bouquets de fleurs ont encore été déposés sur le pas de leur porte, inondant la pelouse avant d'être chargés sur les corbillards.

Quelques minutes après dix heures, chacun a regagné sa voiture et le cortège a lentement glissé vers Saint-Martin. Il était précédé de deux camions de pompiers débordant de gerbes, de bouquets, de message et d’autres signes de compassion qui seront disposés.

Au cimetière
Le silence pendant la messe est émouvant, simplement troublé par quelques reniflements que l'on tente en vain d'étouffer, par le bruissement des mouchoirs que l'on déplie et des larmes que l'on fait disparaître. Et il n'y a pas que les dames qui pleurent. « Je ne crois pas être une mauviette » se défend maladroitement un homme d'une quarantaine d'années, « mais je ne peux m'empêcher au calvaire qu'on connu les fillettes, et aux tourments que vivent aujourd'hui les parents. »

Cette émotion, on la retrouve encore en début d'après-midi, à Mons-lez-Liège, lorsque les familles des victimes franchissent la grille du cimetière de Pré Malieppe.
Deux ou trois cents personnes ont tenu, là encore, à les accompagner.
Elles ont malgré tout attendu que les parents s'en soient allés avant d'entourer les deux petites tombes et rendre un dernier hommage aux fillettes.

Avec « respect » et « dignité ».

Jo. M.

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