mardi 15 juillet 2008

Toute la ville en deuil(DH vendredi 23 août 1996)


Liège a participé aux funérailles de Julie et Mélissa

Toute la ville en deuil

«La Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 4

LIÈGE- Pour Julie et Melissa, nos établissements seront fermés ce jeudi 22 août de 9 à 12 h. L'affiche, reproduite à des milliers d'exemplaires, est placée sur la devanture de tous les magasins de la Cité ardente. Barrée de noir, elle est parfois corrigée à la main, le fermé étant, pour l'occasion, remplacé par un en deuil.

Ce jeudi matin, alors que la plupart des passants se presses vers la Basilique Saint-Martin, c'est toute la ville, en fait, qui a pris le deuil.

Liège, d'ordinaire si bruyante, joyeuse et animée, est écrasée de silence. Dans le piétonnier du centre-ville, plusieurs terrasses n'ont même pas été dressées et les bus circulant à proximité, crêpes noirs au rétroviseur, avancent au ralenti comme pour ne pas troubler la quiétude du moment.

Derrière certaines vitrines obscurcies, deux petites bougies brillent faiblement...
Même les grandes surfaces –la Fnac, Mark and Spencer... - et les banques ont fermé leurs portes sur la Place Saint-Lambert. Juste en face, le drapeau du palais provincial est en berne, comme le sont ceux de l'hôtel de ville et des autres bâtiments publics éparpillés dans la ville.

Tout se fige


On travaille bien sûr, sur différents chantiers du centre-ville,mais, là aussi, c'est comme si on tentait de le faire avec le moins de bruit possible. Pas un outil qui cogne, pas un cri, dans cette Ville en recueillement et, sur le méga chantier de la Place Saint-Lambert, les engins de génie civil ne sont pas utilisés. De temps à autre, un ouvrier porte le regard vers Saint-Martin qui domine la ville de sa masse grise éclaboussée de soleil...
A 11 h juste, les cloches de la Basilique commencent à sonner. Les bus, les voitures s'arrêtent, les travailleurs déposent l'outil. C'est le moment où toutes et tous portent, avec émotion, leurs pensées vers cette cérémonie qui débute sur les hauteurs de liège.
Dans les ateliers et les usines, dans les bureaux et les administrations, tout se fige. A l'hôtel de ville, le Collège échevinal arrête ses travaux et ses membres descendent signer le registre de condoléances.
Plusieurs dizaines de pages ont déjà été remplies par des liégeois, tout au long de la semaine...

S'en souvenir Toujours


Pendant une heure encore, la ville reste ainsi en léthargie. Quand elle finit par s'éveiller, vers midi, c'est comme si elle sortait d'un mauvais rêve. Un cauchemar que personne, pourtant, n'oubliera.
« Il faut s'en souvenir. Toujours. Pour que cela n'arrive plus jamais... », entend-t-on, au hasard d'une conversation.

Même si la cérémonie est terminée, en effet, il est impossible de penser à autre chose qu'aux deux gamines de Grâce-Hollogne et à leur sort tragique. Les magasins ouvrent les uns après les autres mais les visages restent graves et tendus.
Manifestement, l'émotion reste présente, dans toute la ville, alors qu'à ses portes, un triste cortège fleuri prend la route vers un petit cimetière de Mons lez Liège...

Ed. F.
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Verviers ville en deuil :«Ce geste, c’est la moindre des choses »

«La Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 4


VERVIERS- Sur de nombreuses façades, des drapeaux tricolores étranglés par des morceaux d'étoffe couleur de deuil. Autour de nombreuses antennes de voitures, des bandes de tissus sombre nouées. Dans pratiquement toutes les vitrines éteintes et sur tous les volets clos, en dessous des visages de Julie et Melissa, les slogans de la douleur et de la révolte, agrafés de noir...
« Plus jamais cela ! » « Nous vivons dans un monde dangereux, non pas à cause des yens dangereux qui y vivent mais à cause de ceux qui regardent et qui laissent faire... » « Honte »...

Hier, entre 11 et 13 heures, au moment où à Liège, la foule se pressait pour pleurer ses deux enfants martyrs, Verviers était ville agonisante. Seules quelques terrasses accueillaient tout de même les consommateurs.
Mais la très grande majorité des commerçants verviétois avait choisi de suivre l'appel lancé par « Verviers Commerce », à savoir, fermer les portes des boutiques, à la mémoire des deux fillettes liégeoises. Même le cirque Alexandre Bouglione, de passage dans l'ancienne cité lainière pour une semaine, avait annulé les représentations qui étaient prévues hier.

Derrière un volet à moitié baissé, un commerçant de la place du Martyr commente son geste, partie visible d'un iceberg nourri d'un profond sentiment de révolte... « Il fallait marquer le coup... Je suis vraiment déçu par la société actuellement. Le système est tellement mal fait ! On a l'impression que d'une pare on engage tout le temps plus de policier et gendarmes, et que d'autre part, on a de moins en moins de résultat Par exemple dans cette affaire-ci, ou dans les attaques de fourgons. On a le sentiment d'être trompés : on favorise les délinquants par rapport aux gens honnêtes, qui sont en plus surtaxés... »

Alléger leur fardeau...
Pour cette commerçante mère de famille, qui elle aussi a fermé son magasin pendant deux heures, hier, le problème se pose différemment.
« Par cette action, j'entends surtout manifester mon soutien aux parents de Julie et Melissa. Je me sens proche d'eux, puisque j'ai moi-même une fille du même âge.
Après tout ce qu'ils ont vécu, je crois que c'est la moindre des choses, ce geste...
J'espère surtout que cela peut quelque part alléger au moins un tout petit peu leur fardeau...

Si la plupart des commerçants du centre-ville avaient donc suivi le mouvement hier, faisant de Verviers une cité en deuil, tous n'adhéraient pas entièrement à cette façon d'exprimer leur solidarité. Et ce cafetier de confier : « Je suis moi-même père de famille et je suis à 100 % solidaire des parents des deux fillettes. Mais je trouve que tout cela est trop médiatisé. Le fais d'assister à tout l'enterrement en direct, à la télévision, je trouve cela dérangeant. Je n'étais donc pas personnellement favorable à une action commune, en bloc, où tout le monde ferme son magasin quelques heures.
Mais j'ai suivi le mouvement car je ne voulais pas être mal compris et montré du doigt.. Maintenant, il est clair qu'il y a de nombreuses choses à améliorer dans le fonctionnement de la justice. Je trouve que beaucoup de peines sont trop légères, même si je suis personnellement opposé à la peine de mort ».

LB.
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Emotion à Huy : Recueillement sur la grand place

«La Dernière Heure » du vendredi 23 août 1996 page 4


HUY - Des crêpes noirs nouées aux antennes des voitures, des drapeaux en berne accrochés aux fenêtres, des photos de Julie et Melissa barrées d'un ruban sombre ou placées tout près d'un bouquet de fleurs... Comme partout ailleurs, hier matin, à Huy, on pensait à Julie et à Melissa.

En signe de deuil, les banques et certains magasins ont fermé leurs portes entre 10 h et 13 h. Dans la galerie du shopping, les commerçants ont éteint toutes les lumières de leur établissement.

A 11 h, l'ensemble du personnel de l'administration communale hutoise, a observé un arrêt de travail. Les employés communaux, mais aussi les policiers et les pompiers se sont réunis sur la Grand-Place et ont formé un grand arc de cercle.
Après s'être recueillis, ils ont signé le registre de condoléances qui sera remis aux parents des deux petites victimes. Des passants se sont associés à cet hommage silencieux des enfants aussi
Depuis lundi, des dizaines de personnes se sont succédé à l'hôtel de ville de Huy afin de signer le registre de condoléances.

A Wanze, Ohey, Andenne, Amay, Clavier, Ouffet, Hamoir et Tinlot, où de tels registres ont également été mis à la disposition de la population, de nombreux messages de sympathie destinés aux parents ont aussi été récoltés.

Mercredi, les commerçants de la rue Sous-le-Château ont réalisé une collecte, auprès des passants et de leurs clients, pour offrir des fleurs à Julie et Melissa. Ils ont récolté 9.000 F. Les forains, qui occupent le quai d'Arona à Huy, ont également offert une couronne de fleurs aux deux petites filles.

A Amay, c'était le dernier jour de la plaine hier. Avant de présenter leur petit spectacle, les quelque
130 enfants présents ont observé une minute de silence en hommage à Julie et Melissa, deux petites filles de leur âge qui auraient pu être leurs amies.

V.T.

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