mardi 22 juillet 2008

Pourquoi Dutroux a tué Weinstein('DH'29 août 1996 p3)


Pourquoi Dutroux a tué Weinstein

LE COMPLICE ASSASSINÉ EST-IL L'INDIC ?

Les raisons du règlement de comptes

«La Dernière Heure» du jeudi 29 août 1996 page 3

BRUXELLES - Le document, révélé la semaine dernière par RTL TVi, démontrant que les forces de l'ordre étaient au courant depuis fin 93 (soit deux ans avant l'enlèvement de Julie et Melissa) des projets monstrueux de Marc Dutroux, pose une interrogation. Qui a pu informer la BSR de Charleroi que «l'intéressé (Marc Dutroux) était occupé à faire des travaux dans les caves d'une de ses maisons de Charleroi (...) dans le but d'y mettre des enfants en attente d'être expédiés à l'étranger » ?

Réponse évidente : un proche de Dutroux au courant de ses faits et gestes. Un homme est tout désigné: Bernard Weinstein, le truand français dont le cadavre a été retrouvé dans le jardin de Dutroux, à Sars-la Buissière, à proximité des corps des deux fillettes de Grâce-Hollogne.
L'hypothèse tient la route. En 1993, Weinstein aurait balancé Dutroux pour la construction des geôles dans les caves. La BSR de Charleroi en prend bonne note... Quinze jours après l'enlèvement de Julie et Mélissa, soit deux ans plus tard, en juillet 95, un document confidentiel est transmis à Liège, faisant état des activités et du passé de Dutroux. Un autre suivra, précisant la manière avec laquelle l'intéressé s'y prend pour les rapts d'enfants. Pour sa rédaction, les enquêteurs carolos ont rencontré à nouveau un indic.
Est-ce toujours Weinstein, qui joue l'agent double?

Aveux orientés
Fin 95, après l'affaire du vol de camion et des séquestrations, et juste avant son incarcération, Dutroux aurait liquidé Weinstein.
Parce qu'il voulait me doubler », dit-il. Dans l'affaire du trafic de véhicules ? Dutroux, plus simplement, n'a-t-il été prévenu que Weinstein l'avait vendu aux enquêteurs dans le dossier des enlèvements? Probable...
Les derniers aveux de Dutroux, qui mène les enquêteurs dans la propriété de Weinstein pour désigner des endroits peu précis, montrent apparemment que le monstre de Sars la Buissière a bien l'intention de charger son ex-complice. Quitte à se décharger sur lui des pires crimes. Weinstein, lui, est mort et ne parlera plus.

Cache isolée
Les enquêteurs se posent aussi beaucoup de questions à propos de la conception et de la réalisation de la cache découverte chaussée de Philippeville à Marcinelle enlevées par la bande Dutroux.
Certains avaient avancé que l'intervention de chiens aurait permis de retrouver rapidement les enfants. Rien n'est moins sûr. Selon les détails techniques que l'on commence à connaître, il apparaît que Dutroux s'attendait apparemment à des fouilles assez poussées. Il avait notamment installé un système de ventilation d'air en hauteur, pour extraire l'air vicié et le renouveler
Les enquêteurs pensent que ce dispositif aurait empêché les chiens de repérer quoi que ce soit.

Par ailleurs, la cache elle-même était tapissée de plaques isolantes, sans doute pour empêcher des opérations de forage de recherche, voire l'utilisation de micro caméras de repérage.
La fermeture de la cache était, elle aussi, élaborée. La porte était dissimulée derrière une armoire, on le sait, mais aussi mue par deux systèmes, l'un hydraulique, l'autre faisant appel à des poulies.
Les enquêteurs restent persuadés que Dutroux avait les compétences pour réaliser le travail.
Et pour imaginer le système ? Ici, ils en doutent et relèvent que l'un des membres de la bande (qui ?) avait une formation d'ingénieur civil.

A. D. et B. F.
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CONSCIENCE

Une cause maudite

«La Dernière Heure» du jeudi 29 août 1996 page 3

NEUFCHÂTEAU - Depuis plusieurs jours apparaissent clairement les difficultés, pour Marc Dutroux, de trouver un avocat. A l'heure actuelle se pose effectivement une question lancinante : qui va le défendre ?
Où plutôt, qui est prêt à le défendre ? Ce n'est guère un secret de polichinelle, personne, pour l'instant, ne souhaite plaider la cause Dutroux. A commencer par Me Didier De Quévy, qui l'avait pourtant défendu en
1989, lors de son procès où, déjà, il était question d'enlèvements, de séquestrations et de viols.

"Être avocat c'est avoir des obligations, explique-t-il. Mais je suis aussi père de famille. J'ai une petite fille de l'âge de Julie et Melissa. J'en ai discuté avec elle et cela me pose un problème de conscience.
J'ai juste accepté un mandat limité qui consistait à écrire au juge d'instruction dans le cadre d'une demande de désignation d'un collège d'experts psychiatres. Pour cela, je l'ai vu en prison vendredi dernier. C'est tout, je lui ai dit que je n'en ferai pas plus. Mais il a le droit d'être défendu comme tout le monde.

Pression populaire
Ce problème de conscience, il est également soulevé par le bâtonnier du barreau de Neufchâteau, là où l'on instruit l'affaire. Le climat de choc dans lequel la Belgique est plongée depuis bientôt près de quinze jours maintenant n'est évidemment pas étranger à ce qui pourrait devenir un cas d'école si nul ne se résout à se saisir du dossier Dutroux.
La pression populaire est telle que l'on évoque, du côté des barreaux, les actes irréfléchis de certains adeptes des pratiques judiciaires ancestrales.
Et les conséquences familiales ou autres imputables à cette envie de faire justice à sa manière.
C'est synonyme de monter aux barricades, explique Me Poncelet, bâtonnier à Neufchâteau jusqu'au
1er septembre. Le code prévoit que lorsqu'un détenu n'a pas d'avocat, il peut demander au bâtonnier de lui en commettre un d'office.
Nous avons reçu une demande de ce type de M. Dutroux. Nous sommes en train de l'examiner. Si personne n'intervient, nous désignerons effectivement d'office un avocat.
Mais ce dernier, s'il présente au bâtonnier des motifs valables touchant sa conscience peut refuser.
Vous imaginez la pression autour de ce procès. Ce sera loin d'être évident. Le conseil en charge de la défense de M. Dutroux devra avoir les reins très solides. Il doit cependant bien exister quelqu'un en mesure de prendre ce dossier...
A l'heure actuelle donc, le bâtonnier de Neufchâteau n'a pas encore communique sa décision.
Certains actes de la procédure judiciaire nécessiteront cependant la présence d'un avocat. Mais, jusqu'ici, on ne semble passe bousculer au portillon...

N. Dr
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Croire en la justice ?

«La Dernière Heure» du jeudi 29 août 1996 page 3


L'ÉDITORIAL DE PAUL MASSON

On a appris que, demain vendredi, le ministre de la Justice présentera au conseil des ministres une série de mesures destinées à remédier, entre autres, aux faiblesses du système de libération conditionnelle et à la répression des abus sexuel sur les mineurs.
II ne s'agit pas encore des réformes fondamentales qui devront intervenir, à la suite des épouvantables révélations de ces derniers jours. Ces réformes devront être décidées dans une certaine sérénité et en dehors de toute précipitation; mais le délabrement de la justice tel qu'il apparaît aujourd'hui exige qu'elles ne soient ni éludées ni remises aux calendes grecques.
C'est un travail supplémentaire que le gouvernement a sur la planche; la pression de l'opinion publique le contraint de s'y atteler sans tarder.

Ceci dit, il faut rendre au PRL ce qui lui appartient : dans son programme électoral de l'année dernière, il n'avait pas attendu l'émotion et la colère actuelles pour constater que la justice n'avait plus la confiance du citoyen et préconiser sa modernisation et le renforcement de ses moyens d'action.

Parmi les mesures proposées à l'époque par les libéraux francophones figurent:
- l'augmentation de certaines peines pour les coupables d'infractions odieuses telles que les violences et les assassinats commis sur les enfants, les vieillards, les membres des forces de l'ordre et les travailleurs exposés;
- l'établissement de peines incompressibles de longue durée pour les crimes les plus graves;
- la modification de la loi Lejeune et la limitation stricte des possibilités de congé pénitentiaire et de libération conditionnelle des condamnés pour des actes de violence contre les personnes.
Ce n'est donc pas par opportunisme, mais après de mûres réflexions et dans le souci de protéger la société en faisant prévaloir la sécurité publique sur les droits individuels des condamnés, que le PRL s'exprime aujourd'hui comme il le faisait hier.
A la différence des partis de la majorité, jusqu'ici très discrets sur le sujet, après quatre années de sur-place du ministre Wathelet et qui bougent enfin, sous la pression des événements.
Le Premier président de la Cour de cassation française a dit un jour que « même lorsqu'ils disent ne plus croire a rien, les hommes continuent à croire en /a Justice ». Nous nous trouvons, aujourd'hui en Belgique, dans l'obligation de faire cette terrifiante constatation que le citoyen en arrive à ne plus croire à la justice.
Et qu'un procureur du Roi dise en public qu'il fera la vérité à tout prix sur une affaire qui glace les esprits les moins sensibles, « si on le laisse faire »...
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Meurtre en Slovaquie ?

«La Dernière Heure» du jeudi 29 août 1996 page 3

BRATISLAVA - Marc Dutroux est soupçonné du meurtre d'une jeune Slovaque, a annoncé mercredi le chef du bureau slovaque d'Interpol, Rudolf Gajdos. Celui-ci a déclaré que Dutroux était également soupçonné d'avoir préparé l'enlèvement d'au moins une autre Slovaque.

Mais il s'est empressé d'ajouter qu'en l'état actuel des choses, des preuves manquent encore pour accuser formellement Dutroux d'agissements criminels en Slovaquie. Seules existent de fortes présomptions.
Ainsi, « une des hypothèses de la police dans l'affaire du meurtre d'une jeune tzigane, en juillet de cette année à Topolcany, dans l'ouest de la Slovaquie, est que Marc Dutroux pourrait y être impliqué », a dit Gajdos sans préciser l'âge de la victime.

Portrait-robot du coupable
Une des raisons qui étayent cette hypothèse est la ressemblance de Dutroux avec un portrait-robot du coupable présumé.
Le chef d'Interpol-Slovaquie a expliqué que le portrait-robot du meurtrier de la jeune Tzigane correspondait « à 60 % » à celui de Dutroux et que ce dernier s'était rendu à Topolcany à l'époque du meurtre.
Par ailleurs, un témoignage d'une personne qui aurait été complice de Dutroux laisse supposer que le Belge aurait violé une femme à Trencin, une autre localité de l'ouest du pays.
La police belge nous a aussi informés que Dutroux et un autre homme avaient aussi envisagé l'enlèvement d'au moins une Slovaque », a dit encore dit le représentant d'Interpol.
Il apparaît certain que Dutroux et ses complices ont eu de multiples contacts avec des jeunes filles en Slovaquie, mais apparemment il ne s'agissait pas de mineures d'âge.
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NOUVELLE JOURNÉE D’ATTENTE À HASSELT

Le calvaire de Pol et Betty Marchal continue

«La Dernière Heure» du jeudi 29 août 1996 page 3

HASSELT - Attendre, encore attendre des nouvelles informations. Bonnes ou mauvaises, pourvu qu'on découvre la vérité, a-t-on envie d'écrire. Voilà à quoi se résume le calvaire des parents d'An.
Les journées passent et se ressemblent dans la maison des Marchal. On sursaute à chaque sonnerie de téléphone, toujours à l'affût de nouvelles informations en provenance de fumet ou de Neufchâteau.
Et si la télévision fonctionne en permanence, ils ont appris à leurs dépens qu'il ne faut écouter que les informations transmises officiellement par le procureur du Roi Bourlet. Rien n'est plus douloureux pour eux que de vivre l'impatience des mots.
Tressaillir face aux rumeurs et aux nombreuses supputations avancées par les uns et les autres.
Inlassablement, ils continuent de recevoir patiemment les journalistes qui font le pied de grue devant leur maison. Ceux-ci font désormais partie intégrante du paysage. Un modus vivendi s'est installé entre les médias et la famille Marchal : «Quand on sait quelque chose, on vous prévient », a déclaré le papa de An. Dans la rue bordée de champs de maïs, « la circulation s'est faite plus dense ces derniers jours », nous confie un voisin. Les voitures passent, ralentissent u n peu et regardent cette façade qui présente comme seul ornement les photos des deux adolescentes disparues il y a plus d'un an. Les quelques passants, qui se promènent malgré la pluie, affichent une mine de circonstance. Leur regard, parfois curieux, est souvent rempli de compassion.
Comme on peut l'imaginer, tout le monde soutient Pol et Betty dans ces moments particulièrement difficiles. Beaucoup de proches se déplacent, comme pour témoigner d'une volonté indestructible de refuser la fatalité.
Entre espoir et abattement.

« Pool est très fort »
Dans la maison voisine, le frère de Pol Marchai se fait discret. « Il allait bien jusqu'à hier, nous confie-t-il, depuis lors, tout le monde vit des moments très difficiles. Heureusement qu'il est très fort car le contexte devient de plus en plus émotionnel. Pol a beaucoup de travail avec la presse, donc on se voit tard le soir, entre 23 h et minuit, quand c'est plus calme.
Visiblement très affecté par l'angoisse de cette attente interminable, il s'arrête de parler, la gorge noué et la larme à l'oeiI.
Plus tôt dans l'après-midi, Pol était sorti de sa maison pour aller chercher dans sa voiture un jeu de Monopoly. « On va un peu s'amuser », dit-il en ayant la force d'afficher un large sourire. Une heure plus tard, vers 15 h, il partait dans sa voiture aux côtés de Betty. Ils nous assurent qu'il n'y a rien de nouveau et demandent qu'on ne les suive pas. Ils ne regagneront leur domicile que dans la soirée. Encore une journée écoulée.

Jean-François Leconte
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AUTOCOLLANTS « PROTEGEZ NOS ENFANTS »

Le témoignage d'un libraire: « Ne les oublions pas »

«La Dernière Heure» du jeudi 29 août 1996 page 3

BRUXELLES - La librairie Press-Shop au niveau - 1 de la gare Centrale, tenue par MM. De Blende, père et fils, a été parmi les premières à lancer une antenne pétition pour Julie et Mélissa.

M. De Blende explique: « Il ne faut jamais oublier ce qui s'est passé. Le problème, c'est que les gens ont mémoire courte. Je le vois bien dans ma librairie où je vois quotidiennement passer plus de 1.000 personnes. Lors de la découverte des corps de Julie et Mélissa, les gens ont été très touchés, ils se sont tous sentis concernés et sont venus signer la pétition en masse. En une semaine, j'ai récolté pas moins de 6.500 signatures.
Ces derniers temps, il y a eu un relâchement, les gens oublient. C'est un peu tôt et c'est pour cela que je me bats, il ne faut jamais oublier...

Et c'est le combat que mène la rédaction de La Dernière Heure /Les Sports en publiant un autocollant dans son édition d'hier, elle veut lutter contre l'oubli. Ce qui est arrive ne doit pas rentrer dans la rubrique des faits divers normaux.
Et M. De Blende de coller deux autocollants sur sa voiture. « Je pense qu'il faut sensibiliser la population.
Ma librairie se situant dans une gare, j'ai la possibilité de toucher beaucoup de gens. Ce matin, j'ai distribué des autocollants à tous mes clients et les gens réagissent positivement. Certaines personnes m'en demandent plusieurs pour les donner à leurs proches.
Néanmoins, je me pose encore quelques questions. J'ai entendu l'autre jour à la radio que, depuis 1980, plus de 1.000 enfants ont disparu.
Ma question est la suivante : Que font les parents ? Et puis, il y aussi le fait qu'on ne parle plus d'autres pédophiles.
Et enfin, qu'en est-il de l'affaire dans l'affaire ? Va-t-on approfondir l'enquête dans ce sens là ? Je l'espère... N'oublions jamais ».

CI. Oboura et Ni. Ke.







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