lundi 21 juillet 2008

Les incroyables explications de Dutroux('Nvel Gazette'28 août 1996 p5)



Les incroyables explications de Dutroux

« La Nouvelle Gazette » du mercredi 28 août 1996 page 5

Pour la première fois depuis son interpellation, voici deux semaines, Marc Dutroux a pu rencontrer vendredi un avocat avant le week-end.

Me Didier de Quévy, qui avait défendu le Carolorégien lors de son précédent procès en 1989, s'est rendu à Neufchâteau à sa demande.

Si le ténor du barreau bruxellois a refusé de défendre à nouveau son ancien client, il a néanmoins effectué pour lui certaines démarches officielles urgentes. Notamment la demande de désignation d'un collège d'experts psychiatres et celle d'un avocat.

Ces explications de Dutroux, comme Me De Quévy, nous estimons utile de les signaler, mais sans pour autant les cautionner ni les prendre pour argent comptant.
Me De Quévy est aussi de venu le premier à recevoir pendant une heure, en dehors des enquêteurs, des confidences de Marc Dutroux.
Certaines ont étonné le pénaliste, d'autres l'ont laissé sceptique... C'est que, lorsqu'il l'a rencontré, Marc Dutroux avait passé 9 jours dans un cachot et n'avait, selon l'avocat, aucune conscience de l'ampleur qu'a prise dans les médias et l'opinion publique la découverte des corps de Julie et Mélissa.

Il a fallu lui mettre les journaux sous le nez pour qu'il comprenne ! Lors de l'entretien qu'il a eu avec son ancien défenseur, Marc Dutroux s'est essentiellement décrit comme un malade.
Il a expliqué s'être construit un monde à lui, un univers fermé avec Julie et Mélissa, dès l'instant où elles ont été ses captives. «Je les aimais. C'était mes enfants. J'ai voulu les garder, mais sans leur faire de mal», dit-il en substance. Au point d'avoir chassé sa femme et ses propres enfants de la maison pour pouvoir vivre cette relation schizophrène, cachant les gamines dans la cave lors des visites familiales.

A la pharmacie
L'homme nie même avoir abusé sexuellement des fillettes. Les seuls faits de mœurs qu'il admettait vendredi devant Didier De Quévy étaient ceux perpétrés sur Sabine et Laetitia, retrouvées vivantes, qu'il ne peut contester. Il insiste aussi pour mettre totalement hors cause son épouse, Michèle Martin. Marc Dutroux rejette aussi toute responsabilité dans la mort des deux petites Liégeoises, sur lesquelles il avait demandé à Michel Lelièvre de veiller tandis qu'il était en prison.
A sa sortie, l'une d'elles était morte et l'autre à bout de forces. Il affirme s'être rendu dans une pharmacie pour y acheter des médicaments et des fortifiants pour tenter de la sauver, mais en vain.
Mais dans ses explications, Marc Dutroux se montre souvent confus sinon contradictoire. On sait qu'il a déjà affirmé avoir liquidé Weinstein, soit parce que celui-ci voulait le «doubler », soit parce qu'il ne s'était pas bien occupé de Julie et Melissa.
Selon la version donnée à Me De Quévy, c'est aussi parce que Weinstein voulait tuer les gamines, jugées trop encombrantes, qu'il l'aurait liquidé ! Mais alors, ce devait être avant son séjour en prison? Confusion...

Victime
Par ailleurs, Marc Dutroux ne cesse de se poser en victime.
Victime de ses complices, en particulier Lelièvre et Weinstein, qui le tenaient par le biais de Julie et Melissa auxquelles il était attaché, et qui l'obligeaient à séquestrer d'autres filles enlevées. Le réseau c'est les autres, pas lui!
Victime de la société, qui ne l'a pas compris, pas aidé, pas soigné... Et de s'en prendre aux assistantes de probation ou au psychiatre sur lesquels il n'a pu compter.
Bref,le discours déculpabilisant classique du psychopathe pervers, même si, parfois,Marc Dutroux dit avoir conscience de la gravité de ses actes et éprouver des remords...

M' De Quévy observe d'ailleurs certains changements dans son chef par rapport au passé. « Dans l'ancien dossier, il niait tout. Ici, il admet certaines choses. Son mode de fonctionnement a changé. » Et l'avocat de frémir en se rappelant du rapport remis dans les années 80 par l'expert psychiatre. Celui-ci concluait à la normalité et la non dangerosité de Dutroux, «alors que la moitié des tests n'étaient pas faits. » C'est à l'appui de ce rapport que le plaideur demanda, en vain, la levée de la détention préventive, longue de 4 ans, de son client. C'est aussi sur cette base que le ministre Wathelet le libéra plus tard...

Si tout le discours de Marc Dutroux est loin d'avoir entièrement convaincu Me De Quévy - qui l'a invité à une totale sincérité ! - il l'a en tout cas persuadé de la nécessité d'un examen par un collège d'experts psychiatres. Et de celle de bénéficier de l'assistance d'un avocat désigné ou commis d'office.
Car, invoquant sa conscience personnelle, le pénaliste bruxellois a personnellement refusé cette mission.
« Vendredi, je l'ai défendu temporairement, vu l'urgence, pour demander la désignation de psys et d'un avocat. Mon mandat s'est arrêté là. »

André Balthazart
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Voyage au bout de l’horreur

«La Nouvelle Gazette» du mercredi 28 août 1996 page 5

On se doutait que tout était encore loin d'être découvert.

Pendant quelques jours, l'attention s'était braquée sur les péripéties de l'enquête et certains commençaient à s'impatienter de voir les recherches marquer apparemment le pas.
Mais c'était compté sans la détermination, l'énergie et le feeling dont font preuve depuis le début de l'affaire le Procureur du Roi de Neufchâteau et son imposante équipe. En bon Ardennais, Michel
Bourlet a gardé les pieds sur terre et ne s'est pas laissé distraire par les tiraillements et autres règlements de comptes suscités notamment par l'arrestation d'un inspecteur de la PJ de Charleroi et attisés par la mise en cause d'un haut magistrat, en l'occurrence le Procureur Général de Mons.
Le tout sur fond de guerre des polices.
Et si l'impatience d'un de nos confrères du Soir, qui a lâché des informations prématurées - ce n'est pas la première fois -, a mis un temps le magistrat hors de lui, celui-ci ne s'est pas départi pour autant de l'esprit d'ouverture qu'il a affiché dès le départ de l'affaire.

On pensera à tout ça plus tard, pour l'heure ce qui importe c'est d'élucider le plus grand nombre de cas de disparitions et de répondre à l'attente insupportable des parents: telle est la philosophie qui guide notre super procureur dans son travail.

Mais en attendant le résultat de ces fouilles pénibles, on constate que le voyage au bout de l'horreur semble décidément n'avoir pas de limite. Et on se prend à se demander où s'arrêteront les investigations: jusqu'à combien la liste des fillettes victimes de la perversité assassine de Dutroux et consorts nous obligera-t-elle à compter?

De même, le nombre de personnes impliquées confirme qu'on n'a pas affaire à une bande d'amateurs mais bien à un vaste réseau international.

Bref, s'il fallait encore le souligner, nous sommes en présence d'une des affaires les plus sombres de l'histoire d'une région, dont, soit dit en passant, la réputation déjà si souvent mise à mal, aurait préféré se passer.

Benoît DEGARDIN
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Il ne trouve pas d’avocat pour le défendre

« La Nouvelle Gazette » du mercredi 28 août 1996 page 5

Bien qu'interpellé depuis deux semaines exactement, Marc Dutroux n'a toujours pas d'avocat. Pourtant, quelle que soit l'horreur des faits dont il est soupçonné ou en aveux, le Carolorégien a le droit d'être défendu comme tout citoyen.
Mais il semble qu'il ait toutes les peines du monde à se trouver un conseil qui accepte de prendre sa défense.

On le lira par ailleurs, un pénaliste du barreau de Bruxelles, qui l'avait déjà défendu précédemment, a décliné la demande en ce sens de Dutroux, tout comme l'avocat qui défendait ses intérêts civils à Charleroi.

Marc Dutroux pourrait encore contacter l'un ou l'autre juriste de son choix, mais si tous refusent d'assurer sa défense, il lui faudra alors solliciter le bureau de consultation de défense, d'Arlon ou de Charleroi, pour obtenir un avocat pro deo.

Toutefois, celui-ci pourrait refuser cette mission en se retranchant, comme tout autre confrère, derrière sa clause de conscience. Voire en invoquant le préjudice que causerait la situation par rapport à sa clientèle, qui pourrait se détourner de ses services...
Reste alors la commission d'office d'un conseil par le bâtonnier de l'ordre du barreau local. Mais même dans ce cas de figure, l'avocat désigné pourrait refuser d'intervenir.
« La meilleure solution dans ce cas-ci, nous disait hier le bâtonnier de Bruxelles, Pierre Legros, serait que le bâtonnier d'Arlon ou celui de Charleroi se désigne d'office pour défendre les intérêts de
Marc Dutroux.

Ce serait tout à son honneur plutôt que déléguer, d'autant qu'il serait le mieux placé pour expliquer la situation à la population, estime M. Legros. Il y va de la grandeur du barreau. Un avocat bruxellois ayant été sollicité, j'ai pris contact en ce sens avec mes homologues d'Arlon et Charleroi, pour que la défense de Marc Dutroux soit assurée. Le plus tôt serait le mieux... »

Précisons que l'absence d'avocat au chevet du Carolorégien n'entache pas pour l'instant les actes de procédure déjà posés, une telle assistance n'étant pas indispensable en chambre du conseil.
Elle ne l'est en fait que pour un procès d'assises.

A. B.
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Les douze jours d’un enfer

« La Nouvelle Gazette » du mercredi 28 août 1996 page 5

Douze jours, douze jours seulement, douze jours déjà, et l'impression que des siècles sont écoulés depuis le début de l'affaire: le 15 août, Sabine et Laetitia, libérées, permettaient de croire que le pire était passé. Il était encore à venir, comme l'ont confirmé depuis les arrestations, les aveux, les recherches, les découvertes. Récapitulatif macabre de l'affaire Dutroux.

• 15 août. Sabine, enlevée à Kain et Laetitia, kidnappée à Bertrix sont retrouvées dans une maison de la chaussée de Philippeville, à Marcinelle. Fin d'un calvaire, pour les deux fillettes. On sait qu'elles ont échappé à des pédophiles. On va comprendre bientôt qu'elles ont échappé à la mort. Premières arrestations: celles de Marc Dutroux et de sa compagne Michèle Martin.

• 16 août. Des fouilles sont entreprises au domicile de Dutroux, à Sars la Buissière.

• 17 août. On retrouve dans la soirée les corps de Julie et Mélissa, enterrées près de la maison de Dutroux à Sars la Buissière. Elles sont mortes de faim. On exhume aussi le corps de Bernard Weinstein, qui fut un complice de Dutroux, et qu'il a avoué avoir abattu. Arrestation .de l'agent immobilier Jean-Michel Nihoul et de Michel Lelièvre. Ce dernier est particulièrement impliqué dans l'enlèvement d'Ann et Eefje au littoral l'an dernier.

• 19 août. Dans une conférence de presse, le ministre de la Justice se dit opposé aux peines incompressibles.

• 21 août. Arrivé à Neufchâteau du superintendant de Scotland Yard John Bennet, l'homme qui avait élucidé l'affaire West, appelée «La maison de l'horreur», en Grande-Bretagne.

• 22 août. Funérailles de Julie et Mélissa. Des fouilles sont menées à Sars la Buissière et à Marchienne Docherie, là où Dutroux avait creusé des passages souterrains menant à des sortes de petites cages. Arrestation de Michel Diakostravianos, déjà interpellé puis laissé en liberté le 18 août. Inculpé d'association de malfaiteurs, on lui reproche d'avoir participé au versant «trafic de voitures» des activités de Dutroux.

• 23 août. Célébration à Bertrix. Laetitia Delhez, une des deux rescapées de l'affaire Dutroux, y est présente. A Jumet, les fouilles continuent rue Daubresse, dans la maison qui fut celle de Bernard Weinstein. On espère encore y retrouver des corps. Le Procureur du Roi de Neufchâteau participe à une émission de TV de la RTBF, et y lâche sa fameuse petite phrase «... si on me laisse faire...». Fouilles encore à Marcinelle, à Mont-sur-Marchienne, ainsi que dans un hangar de la rue Lemoine à Ransart.

• 25 août. Arrestation de Georges Zicot, inspecteur à la PJ de Charleroi, de Gérard Pinon, propriétaire d'un hangar à Ransart, et de Eric Dehaan, un assureur. On les inculpe d'association de malfaiteurs, de faux et d'usage de faux. On leur reproche d'avoir participé aux activités «trafic de voitures» de Dutroux. A Sarsla-Buissière, cérémonie en souvenir de Julie et Mélissa. A Courcelles, fouilles chez un démolisseur, Peter Rochow, un ami de Dutroux.

• 26 août. Arrestation de Pierre Rochow, fils du démolisseur chez qui on a entrepris des fouilles la veille. Là encore, c'est du dossier «trafic de voitures» qu'il est question.

• 27 août. Reprise des fouilles, sur une grande échelle, rue Daubresse à Jumet, là où a vécu Bernard Weinstein. On sait le résultat qu'elles ont donné...







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