lundi 21 juillet 2008

Le mystère de toutes les autres disparitions('Nvl Gazette'28 août 1996 p6)


Le mystère de toutes les autres disparitions

«La Nouvelle Gazette» du mercredi 28 août 1996 page 6

Dès l'annonce de la libération de Laetitia et Sabine, prisonnières dans une maison de Marcinelle, on avait évoqué un lien possible avec d'autres disparitions d'enfants et d'adolescents dans notre pays.

Très vite, il s'est confirmé que Dutroux et ses complices avaient participé à d'autres enlèvements, et pire encore: le samedi 17 août, on retrouvait les corps de Julie et Mélissa à Sars-la-Buissière.
Le dimanche matin, les enquêteurs appelaient aux domiciles des parents d'An Marchal et Eefje Lambrecks: Michel Lelièvre venait d'avouer l'enlèvement des deux jeunes filles. On se souvient que les adolescentes d'Hasselt avaient disparu le 22 août `95, après avoir assisté à un spectacle d'hypnose au Casino de Blankenberge, alors qu'elles se trouvaient en vacances avec des amis à la Côte, au Marinapark de Westende.

Enlèvement et panne
An et Eefje avaient raté le dernier tram pour Westende et avaient donc attrapé celui d'Ostende, pour se rapprocher de leur destination finale. Une fois à Ostende, elles avaient décidé de faire de l'auto-stop. Malheureusement, Dutroux et Lelièvre les avaient repérées, déjà lorsqu'elles se trouvaient dans le tram.
Selon certains journaux flamands, ils ont d'ailleurs donné aux enquêteurs des éléments précis sur les circonstances de l'enlèvement: «Nous avions d'abord cherché en Wallonie. Nous n'avons vu nulle part quelqu'un que nous aurions pu enlever. C'est pourquoi nous avons roulé ce soir-là vers la Côte. C'était la saison touristique et nous avions plus de chance de trouver quelqu'un».
Ils auraient ensuite kidnappé les jeunes filles, les emmenant dans une camionnette blanche et les endormant à coup de médicaments.

Détail terrible: sur l'autoroute, la camionnette est tombée en panne.
Les hommes ont alors sorti An et Eejfe inconscientes du véhicules et les ont allongées sur l'accotement. Lelièvre est resté à leurs côtés pour faire le guet pendant que Dutroux revenait dans la région de Charleroi chercher un véhicule de remplacement...
Les parents de Eefje, divorcés, se sont très peu exprimés après la disparition de leur fille mais, comme ceux de An, ils n'ont jamais cru semble-t-il à une fugue.

Les familles avaient d'ailleurs réuni une série d'indices concrets qui contredisaient cette hypothèse.
Durant les mois qui ont suivi la disparition, on a cru voir les adolescentes à plusieurs endroits.
Ainsi, certains témoins affirmaient les avoir reconnues à la Costa Brava, où ils les avaient même vues chanter dans un bar karaoke.
Paul Marchal s'était alors rendu en Espagne, mais sans succès.

Et les autres
An et Eefje ne sont pas, on le sait, les seuls noms venus à l'esprit lors de l'arrestation de Dutroux: ainsi qu'est devenue Nathalie Geijsbregts (10 ans), de Bertem? Le 26 février `91 à 7h30, ses parents l'ont déposée à l'arrêt du bus scolaire. Une voisine dit l'avoir vue monter dans une voiture grise (la CX retrouvée à Sars la Buissière?).

Qu'est-il arrivé à Kim et Ken Heyman, un frère et une soeur kidnappés le 24 janvier 1994 à Anvers. Kim a été découverte morte, sans qu'on ait identifié son meurtrier. Quant à Ken, on ne l'a jamais retrouvé.

On ne peut s'empêcher non plus de penser à la petite Elizabeth Brichet, dont on est sans nouvelles depuis le 20 décembre `89.
Ce jour-là, elle n'était jamais revenue de chez son amie, non loin de son domicile de Saint-Servais. Plusieurs personnes disent aussi l'avoir vue depuis (voir article dans cette page), notamment en Espagne.
Plusieurs commissions rogatoires ont été envoyées à l'étranger, toujours sans succès.

On évoque aussi le cas du petit Gevrije Cavas (6 ans), disparu en rue en `85 à Bruxelles, alors qu'il suivait son grand frère en rue.

Et celui de Loubna Ben Aïssa (9 ans), partie acheter un yaourt dans un magasin tout proche de son domicile: elle s'était évanouie dans la nature à Ixelles, en août `92.

Enfin, après les événements de ces derniers jours, la maman de Sylvie Carlin (19 ans), de Roucourt près de Tournai, réaffirme que sa fille, disparue en décembre `94, a été victime d'un enlèvement. On craignait à l'époque pour la vie de l'adolescente, qu'on disait dépressive mais sa famille dément.
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Tentative d’enlèvement à Welkenraedt

Troublantes similitudes


« La Nouvelle Gazette» du mercredi 28 août 1996 page 6

A Welkenraedt les portraits-robots établis lors d'une tentative d'enlèvement ressemblent étrangement à Dutroux et Lelièvre !

Une tentative d’enlèvement d’enfant s’est produite le 17 avril au centre de Welkenraedt

Le dossier contient ainsi des similitudes troublantes avec les évènements des dernières semaines.
Dans les faits, la fillette, Caroline (prénom d'emprunt), âgée d'une huitaine d'années, n'en était pas à ses premières frayeurs.

Le 23 février 1996, alors qu'elle se promenait dans le centre de Welkenraedt, deux hommes à bord d'un véhicule ont suivi de près Caroline, l'observant bizarrement. Celle-ci se sentant menacée, a directement rejoint son domicile en courant. Prenant l'incident au sérieux, les parents ont alerté la gendarmerie de Welkenraedt qui a acté un premier dépôt de plainte.

A peine deux mois plus tard, le 17 avril, aux environs de 19 heures, la fillette joue sagement dans la cour à l'avant de la maison, au moment où elle se penche pour prendre sa corde à sauter, deux hommes surgissent par derrière elle, et l'agrippe au bras, la traînant jusqu'à la boîte aux lettres.
La fillette se débattant, est légèrement blessée au genou. Fort heureusement, des personnes sont passées au même moment et les deux individus ont donc lâché l'enfant avant de remonter dans leur voiture.

Selon les dires de Caroline, la voiture qui serait une Renault R18 quatre portières modèle de 1983 et de couleur rouge, serait la même que celle qui l'avait déjà suivie dans le centre de Welkenraedt.
Les pleurs de la gamine ont alerté ses parents qui se sont alors rendus à la gendarmerie de Lontzen. Des hommes de la brigade ont parcouru le quartier à a recherche du véhicule décrit, mais sans succès.

Même réseau?
D'après les souvenirs de l'enfant, les deux hommes du 17 avril seraient bel et bien les mêmes que ceux qui l'avaient suivie le 23 février. Pris de panique compte tenu du climat de disparitions et craignant une nouvelle tentative d'enlèvement, la famille de Caroline a quitté Welkenraedt pour s'établir ailleurs. Peu de temps après ces évènements, des portraits-robots des deux hommes ont été réalisés par la gendarmerie selon la description de la fillette.

C'est maintenant avec stupeur, face au tragique dénouement des évènements, que les parents constatent une similitude entre ces portraits et ceux de Dutroux et de Lelièvre.
En date du 26 août, photocopies des documents du dossier ont été envoyées à M° Victor Hissel, avocat des parents de Julie et Mélissa.

Françoise Peutat
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Nihoul vu à Bertrix le jour de l'enlèvement de Laetitia

« La Nouvelle Gazette » du mercredi 28 août 1996 page 6

Le volet consacré à Michel Nihoul dans l'enquête progresse lui aussi.
Des témoignages recueillis par les enquêteurs, notamment de touristes hollandais, a permis de déterminer que l'escroc bruxellois avait été vu dans la région de Bertrix quelques jours, voire quelques heures, avant l'enlèvement de Laetitia.

D'autres éléments recueillis par les enquêteurs seraient également accablants pour Nihoul. De telle sorte que le Bruxellois devait être réinterrogé de manière intensive ces dernières heures par la 23ème brigade de la PJ, chargée de ce volet. On sait que pour les enquêteurs, Nihoul est sans doute l'organisateur de la «logistique» et de « l'évacuation » de ce réseau.

Par ailleurs, les perquisitions menées lundi à Ostende dans un appartement de la Louizastraat appartenant à une connaissance de Casper Flier et dans deux boxes de garage aux 3e et 4c étages d'un immeuble baptisé Ritz, ont donné quelques résultats. Elles ont permis de saisir des sacs- poubelle remplis de vêtements, d'enfants et d'adultes. Elles ont aussi permis de saisir une bobine de film 8 mm mais dont le contenu paraît anodin.
En ce qui concerne les autres disparues, il paraît acquis que le dossier relatif à Nathalie Geijsbregts est formellement joint au dossier, de même que celui de Laurence Mathues: des témoignages et l'usage de médicaments relieraient ce dernier dossier à l'affaire Dutroux.

Ph.C.
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Dutroux en juin dans les Pyrénées ?

« La Nouvelle Gazette » du mercredi 28 août 1996 page 6

Une Dinantaise proclame l'avoir reconnu... là où elle dit avoir vu, dix mois plus tôt, la petite Elizabeth

Dès les retrouvailles de Laetitia et Sabine, les enquêteurs namurois ont repris l'examen du dossier relatif à la disparition d'Elizabeth Brichet en décembre 89.
Sans doute faut-il y insister au moment où une déclaration fait grand bruit, celle d'une Dinantaise, assurément sincère, qui affirme en effet avoir reconnu Elizabeth «dont le visage n'avait pas changé, sinon « qu'il c'était aminci » le 5 septembre 95, à Bagnères-de-Bigorre, dans les Pyrénées françaises, où elle a vu une jeune fille se promenant avec un homme et un chien.

Terriblement émus, cette dame et son compagnon sont retournés une première, puis une seconde fois sur place (encore en juin dernier) pour localiser l'endroit et photographier un immeuble qui leur a paru suspect.
Ce faisant, ils ont suscité l'énervement de l’occupant des lieux en qui, aujourd'hui, ils identifient... Marc Dutroux.

Ces Dinantais peuvent être rassurés : des devoirs ont déjà été effectués à ce sujet, ne serait-ce que pour «fermer une porte» comme disent les policiers. Et comme l'emploi du temps de Marc Dutroux au cours des derniers mois sera retracé, cela permettra de confirmer, ou non, son éventuelle présence dans les Pyrénées. Ou ailleurs !

C'était à préciser au moment où ce témoignage est médiatisé comme tout ce qui touche à «l'affaire». Ce qui ne fait qu'ajouter à l'angoisse lancinante dans laquelle ont replongé hier les parents d'Elizabeth, à l'annonce des nouvelles fouilles entreprises à la rue Daubresse à Jumet.

E.H.
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Le centre de psychologie de crise de l’armée

Pour ceux qui doivent encaisser l'insupportable

«La Nouvelle Gazette» du mercredi 28 août 1996 page 6

Tout le monde en parle avec émotion, beaucoup sont bouleversés, les enfants sont impressionnés, certains en font même des cauchemars... L'affaire Dutroux occupe tous les esprits. Que dire alors des victimes, et aussi des enquêteurs qui vivent au coeur de cette tragédie - magistrats, policiers, gendarmes, légistes - chargés d'interroger Dutroux et ses comparses, de rechercher les corps, de visionner les vidéos pédophiles ?

Quelques organes, encore récents, de soutien aux victimes et aux intervenants peuvent aider à amortir le choc. Stress-team pour les gendarmes, aide aux victimes à la cellule disparitions... A l'origine de ces initiatives, le naufrage du Herald of Free Entreprise. On s'était rendu compte alors de la nécessité d'accompagner moralement ceux qui avaient passé des jours et des jours à récupérer des cadavres puis à les identifier.

Ce ne sont pas des malades
C'est après cette catastrophe, il y a cinq ans, que l'armée a mis en place le centre de psychologie de crise dirigé par le commandant Luc Quintyn, psychologue, à l'hôpital militaire de Neder-over-Hembeek. Sa philosophie: ne pas «psychiatriser» les gens, «leurs réactions sont normales dans les situations anormales où ils sont placés!» Sa clientèle: tous ceux qui doivent faire face à des situations à haut risque. Il s'agit pour moitié de militaires, et pour l'autre moitié de civils: pompiers et autres services d'urgence, personnel pénitentiaire, personnel du secteur privé aussi, banque ou transport de fonds par exemple.
Jusqu'alors, rien n'avait été fait pour aider les personnes exposées à des traumatismes dits «vicariants», notion que Luc Quintyn éclaire de deux cas simples: «prenez une infirmière dans un service d'urgence qui voit arriver un enfant sans qu'il puisse être réanimé. Elle va se dire que cet enfant aurait pu être le sien, voire se sentir coupable... Même chose pour un pompier qui ne peut pas pénétrer dans une maison en feu où se trouvent encore des blessés, par exemple. »

Le rôle du chef
Dans un but préventif, le centre de psychologie de crise s'adresse en priorité aux supérieurs hiérarchiques des professionnels exposés à ces traumatismes.
Pourquoi? «On a constaté, dit Luc Quintyn, que pour aider le personnel dans son processus de deuil, en termes d'efficacité, la première place revient au chef. Ensuite vient la famille, puis les collègues et enfin, en quatrième place seulement, le psychologue ou le médecin.»
Le «chef» est donc encouragé à réunir son personnel après une situation critique pour lui permettre d'exprimer ses émotions.

Quelles sont les réactions les plus fréquentes? «D'abord une agressivité sous-jacente, due à l'impuissance devant les faits. Tous ces professionnels sont formés à intervenir; par exemple un pompier est formé pour sauver des vies. S'il n'a pas pu le faire, son sentiment d'impuissance est très grand. Ensuite viennent des problèmes de culpabilité: si j'avais fait ceci plutôt que cela, j'y serais arrivé, etc. »

Une aide «rentable»
On peut se demander, avec une bonne dose de cynisme, pourquoi on commence à consacrer des efforts à ce type d'aide. «Les raisons sont multiples, explique Luc Quintyn. D'abord, la santé: le traumatisme affecte la concentration et la mémoire. Cela peut avoir des conséquences graves: pensez au gendarme qui dispose d'une arme de service! Ensuite, la motivation: on a constaté qu'elle augmentait chez le personnel accompagné préventivement. L'estime pour les chefs qui font la prévention augmente aussi, au point que cela crée parfois des jalousies chez les autres cadres!»
Quant aux victimes elles mêmes, elles montrent souvent une grande force. «80% des victimes d'un incident critique s'en sortent par leurs propres forces et grâce à l'aide de leur famille, note Luc Quintyn. Le premier soutien dont a besoin une mère qui trouve son bébé mort, ce n'est pas celui d'un «psy», mais bien celui de son mari, de ses parents, de ses amis. »

Respecter les victimes
En ce qui concerne l'affaire Dutroux, le psychologue se félicite de voir enfin, «pour la première fois en Belgique, un procureur du Roi qui reçoit les familles victimes, officiellement, et pour leur demander leur collaboration. C'est très important: enfin on considère les victimes comme des adultes, on leur donne la parole. »

On sait que les victimes ne réclament pas seulement la parole, mais aussi le droit d'être informé. Il suffit de penser aux parents de Julie et Métissa... Leur histoire est dramatique à l'extrême et leur persévérance est hors du commun, mais leur souffrance et leurs revendications sont partagées par de nombreuses autres personnes.
«Sur des centaines de victimes qui sont passées au centre, nous avons constaté que les principaux problèmes après un an étaient le fait de ne pas être reconnues comme victimes et le manque d'information. La justice, les médecins, les gouvernants, tout le monde sera obligé à l'avenir de tenir compte de cette nouvelle dimension», conclut Luc Quintyn.

Corinne Toubeau



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