dimanche 27 juillet 2008

Le déluge interrompt les fouilles('MEUSE'30 août 1996 p10)


Le déluge interrompt les fouilles

A Jumet, les enquêteurs ont dû se rabattre sur le hangar et la maison


«LA MEUSE» du vendredi 30 août 1996 page 10

Les enquêteurs sont toujours à pied d'oeuvre au 63-65 de la rue Daubresse à Jumet, au chalet de Bernard Weinstein, ce complice dont Marc Dutroux a avoué l'assassinat, et dont le cadavre a été retrouvé à Sars-la-Buissière, là où ont également été retrouvés les corps des petites Julie et Mélissa.

Les recherches sont cependant devenues de plus en plus difficiles après 40 heures de pluies diluviennes.
Jeudi à midi, le porte-parole de la gendarmerie, le major Jean-Marie Boudin, a donc annoncé que les recherches se concentraient à l'intérieur du hangar ainsi que dans le chalet de Weinstein.
A l'extérieur, dans le terrain, il est impossible de continuer à creuser pour l'instant.

Les enquêteurs se sont donc attaqués à la chape de béton qui recouvre le sol du hangar: ils l'enlèvent afin de pouvoir creuser le sol en dessous. Mais il se confirme que les quatre emplacements examinés la veille n'ont pas livré de corps.
Les badauds sont de moins en moins nombreux à l'entrée de la rue Daubresse : il ne fait vraiment pas un temps à mettre un curieux dehors.
Les journalistes, eux, attendent le point-presse avec impatience. Autant pour les infos du major Boudin que pour la soupe distribuée par la Croix-Rouge.

Fin des fouilles
L'après-midi s'annonce longue: le vent et la pluie redoublent d'intensité, rendant l'attente et les recherches de plus en plus inconfortables. A tel point que, quelques minutes après 16 heures, le major Boudin annonce l'arrêt des fouilles pour jeudi. Elles reprendront probablement ce matin.

Pendant ce temps-là, les opérations de « déblayage » se sont poursuivies dans la maison et le terrain de Sars la Buissière, comme la veille. Toute la journée, des camions ont emporté des débris et des ferrailles en tout genre qui encombraient la maison, le terrain et le hangar.

Par contre, à la Docherie (rue Destrée, où habitait Michel Lelièvre), à Mont-sur-Marchienne (rue des Hayettes, où vivait Michel Diakostavrianos) et à Marcinelle (avenue de Philippeville, où étaient séquestrées Laetitia et Sabine), rien n'a bougé : des combis de gendarmerie montent simplement la garde, jour et nuit, devant les maisons, comme depuis le début.

Anne Dauchot
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Carrousel de véhicules aux abords du palais de Justice

« LA MEUSE » du vendredi 30 août 1996 page 10

Journée fort calme, hier, à Neufchâteau. Du moins le matin. Ceux qui battaient !e pavé sous le déluge ne pouvaient guère que parler de l'affaire, attendre des nouvelles des fouilles... On apprenait quand même que la défense de Marc Dutroux restait problématique.
Au petit barreau de Neufchâteau, personne,semble-t-il, n'accepte le rôle périlleux de conseil du monstre.
Un cas pour l'actuel bâtonnier, Me Poncelet qui sera remplacé, dès le 2 septembre, par le Bastognard Me Annet... II semble toutefois que l'on puisse faire appel à un avocat d'un barreau extérieur, avant d'en désigner un d'office...
L'après-midi, les choses s'accéléraient. Vers 14 h, dans la tourmente, c'est un véritable ballet de véhicules qui jouaient au chat et à la souris, tantôt par l'avant, tantôt par l'accès arrière du palais de justice.
Fourgons cellulaires, voiture blindée, taxi... Plusieurs prévenus - trois apparemment – bien dissimulés sont entrés dans le bâtiment. Lesquels? Pierre Rochow, le dernier inculpé, ainsi que deux des trois autres inculpés du week-end dernier, soit Gérard Pinon et Thierry Dehaan.

Nouveaux éléments?
A priori, non. Simplement de nouvelles auditions, juste avant la chambre du conseil qui, aujourd'hui, devra confirmer ou non les quatre derniers mandats d'arrêt, décernés plus particulièrement sur le volet du trafic de camions, qui mena, sans doute, au meurtre de Bernard Weinstein. Rochow, Pinon, Dehaan et Georges Zicot, le PJman de Charleroi – contre lequel il y aurait, comme on l'a déjà évoqué, davantage que cette histoire de faux P.V. dans le cadre de ce trafic précis – comparaîtront donc pour savoir s'ils resteront en prison.

M.P.
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Jumet sous les flashes de la presse étrangère

«LA MEUSE» du vendredi 30 août 1996 page 10

Les fouilles à la rue Daubresse et l'« Affaire Dutroux » en général suscitent une vive émotion partout en Europe. « L'affaire Dutroux» ne laisse personne indifférent.
Même au-delà de nos frontières, même à milliers de kilomètres, cette sordide affaire est à la Une. C'est ainsi que, dans le petit village de Jumet, on constate une omniprésence de la presse étrangère...
Ils sont venus d'Angleterre, de France, de Hollande ou même de Suède, et attendent tous, dans des conditions parfois pénibles, de nouvelles révélations.

Dans quelles conditions vivent ils ces événements ? Comment sont-ils accueillis par la population?
Certains de nos confrères nous ont répondu.


La télévision allemande est présente depuis plus d'une semaine. Ils ont déjà suivi les événements de Sars-la Buissière et ont été particulièrement touchés par l'hospitalité de la population. Certains leur ont offert une place de parking, d'autres une tasse de café ou un abri. Un journaliste nous confiait à ce sujet : « Les gens comprennent que nous faisons notre métier, et ils veulent nous aider».
Il semble simplement regretter le peu d'informations divulguées par le major Boudin (« En Allemagne, ou en Angleterre, on aurait plus d'informations concernant l'enquête... »).

Cette affaire intéresse cependant beaucoup la presse germanique car de nombreux enfants sont encore portés disparus en Allemagne.
Les journalistes de la télévision suédoise, correspondants permanents à Bruxelles, sont très attentifs à cette histoire. La Suède connut en effet une affaire semblable, de moindre gravité toutefois, il y a quelques années. Ils espèrent que cette triste affaire belge puisse relancer en Suède les travaux législatifs en matière de pédophilie.
France 2 est présente depuis le début. Les journalistes se plaignent des conditions difficiles (la pluie n'a cessé de tomber depuis deux jours), ils ont dévalisé tous les magasins de sport de la région, à la recherche désespérée de vêtements imperméables et de bottes.
Eux aussi apprécient l'accueil de la population : « Les gens sont très sympas, on sent qu'ils ont envie de discuter

On n'avait jamais vu cela
Dans ce petit quartier, rien n'est plus pareil. L'épicier avoue que depuis que le magasin est ouvert, il n'avait jamais vu ça. Il reconnaît avoir du mal à suivre...
C'est en effet le seul petit commerce à proximité, et par conséquent, seul point de ravitaillement pour les différentes équipes de journalistes. « Les affaires ont explose». déclare-t-il.
Cette relance des affaires ne parvient toutefois pas à effacer le malaise ambiant. Bernard Weinstein, qui habitait à la rue Daubresse, était venu plusieurs fois faire ses emplettes à l'épicerie...
Madame Boman, plus connue sous le nom de «Marie-Lou.» a transformé sa maison (située face à l'épicerie) en véritable point de repère pour presse égarée...

De nombreux journalistes viennent téléphoner, recharger les accumulateurs, demander où ils peuvent trouver un magasin de vêtements, une friterie... Et Marie-Lou s'efforce de répondre à toutes les demandes.
Ancienne bénévole des restaurants du coeur, c'est tout naturellement qu'elle a offert son salon en guise d'abri.
Au fil des jours, en même temps que naît un certain scepticisme par rapport aux « révélations » de Dutroux, le calme revient...
Dans ce quartier, personne ne se connaissait vraiment. Aujourd'hui, tout le monde se parle. Si les recherches échouent, si les journalistes s'en vont, la tranquillité reviendra mais les Jumétois n'oublieront jamais cette folle semaine...

P.E.
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Marc Dutroux aurait-il menti ?

« LA MEUSE » du vendredi 30 août 1996 page 10

Cela fait maintenant trois jours que des dizaines de personnes de la gendarmerie et de la protection civile fouillent de fond en comble le sol de la maison de Jumet sans avoir encore trouvé lamoindre trace de corps enterrés.

Pour expliquer leur ardeur au travail, ils avancent deux raisons:

- La première est que, par deux fois, Marc Dutroux n'a pas menti aux enquêteurs. Lorsque le jeudi 15 août, il leur a dit «Je vais vous donner deux filles », il les a conduits à Sabine et Laetitia.
Lorsque le samedi 17 août, il s'est rendu à Sars-la-Buissière, il a désigné l'endroit exact où il avait enterre Julie et Mélissa.

- La seconde raison est que sa version semble être corroborée par son épouse Michelle Martin.
Rappelons que les travaux ne sont toujours pas terminés et, qu'à la décharge des enquêteurs, les conditions atmosphériques les ont fortement perturbés. Les fouilles reprendront ce matin.
Mais malgré cela, l'hypothèse d'un mensonge de Marc Dutroux n'est aujourd'hui plus écartée. Dès mardi, les enquêteurs avaient attiré l'attention des médias sur le fait que l'individu pouvait également les mener en bateau et raconter n'importe quoi. Pour apporter de l'eau au moulin de cette version, certains enquêteurs racontent que Marc Dutroux n'a plus été aussi précis, dans la nuit de lundi à mardi, en désignant les endroits du hangar de Jumet où les corps auraient été enterrés.
Comme pour dire: «Vous savez, moi je n'y étais pas vraiment, c'est Weinstein qui. a tout fait. »

Et c'est là le danger. Une fois les premières journées de surprise passées, Marc Dutroux est sans doute en train de se rendre compte que moins il en dira, moins ce sera dangereux pour lui.
Et que plus il pourra «charger» Weinstein de tous les maux (le truand français ne peut plus le contredire depuis longtemps), mieux son dossier de défense s'en portera.

L.G.
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Zicot victime de la gendarmerie, selon maître Mayence

«LA MEUSE» du vendredi 30 août 1996 page 10

L'avocat carolo Philippe Mayence a commencé, jeudi, devant la presse qu'il avait réunie dans un hôtel de
Charleroi, la défense de son client Georges Zicot, cet inspecteur principal de la police judiciaire de Charleroi arrêté dans le cadre d'un trafic de véhicules volés.
Cité dans le dossier Dutroux, Georges Zicot a été arrêté, dimanche, et présenté au parquet de Neufchâteau, où il a été inculpé d'association de malfaiteurs, de faux en écriture, de complicité de séquestration et de recel d'objet volé.
Dans le cadre de son dossier pénal, Zicot a été inculpé en même temps qu'un courtier en assurances,
Eric Dehaan, et que le propriétaire d'un hangar à Ransart, Gérard Pinon, qui sont tous deux considérés comme ses complices.
Philippe Mayence a porté de graves accusations à l'encontre de la gendarmerie et, sans citer le procureur général près la cour d'appel de Mons, d'une haute personnalité de la justice, qui ont, selon lui, monté un complot contre Georges Zicot.
Pour lui, on vit en pleine guerre de polices et on touche à la question du secret des sources policières.
Le faux dont est accusé Georges Zicot concerne les manquements volontaires dans un de ses P.V. L'intéressé explique qu'en cela, il a voulu protéger son informateur Pinon, qui lui avait dénoncé le vol d'un camion commis à Braine-l'Alleud par Dutroux. Il a écrit que le camion dont il est question était entreposé ailleurs que dans le hangar de Georges Pinon.

Philippe Mayence a affirmé que Georges Zicot n'a jamais été en relation avec Dutroux. Il ignorait complètement les activités pédophiles de ce dernier, qu'il n'a pas non plus voulu protéger dans le cadre d'une enquête menée par la gendarmerie â propos du la séquestration de deux adolescents.
L'avocat carolo a annoncé les assimilations et la connexité volontaires qui lui ont été faites entre le dossier Dutroux et cette affaire de faux P.V.

Cette volonté, il la retrouve dans les relations quotidiennes de la presse dont les échos reprennent systématiquement des éléments de procès-verbaux donnés par la gendarmerie et accusant son client.
Ces «Fuites » ne viennent pas du parquet de Neufchâteau, en qui il a une entière confiance, en particulier dans la personne du procureur Bourlet et du magistrat instructeur Connerotte.

Philippe Mayence a rencontré, jeudi après midi, Georges Zicot à la prison de Huy. « Toutes les assimilations que nous constatons » ont tué mon client tant sur le plan humain que sur le plan professionnel », a-t-il dit, avant de dénoncer les conditions dans lesquelles Zicot est interrogé par les gendarmes de Huy.
Pour Philippe Mayence, il n'y a aucun doute. « La gendarmerie et trouvé en Georges Zicot un bouc émissaire idéal pour protéger le protecteur de Dutroux il fallait que quelqu'un paye: c'est lui. » Mais il s'en expliquera devant la Justice. On notera que Georges Zicot comparaîtra, ce vendredi matin, devant la chambre du conseil de Neufchâteau.


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